‹ Acques [i.e. Jacques] Cartier [microforme]Chapitre 29 sur 55 · REA · texte numérisé non relu

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— Leur chef? queslionna involontairement Constance,

— Min Gieu, oui; leur monstre de chef, répondit Jean Morbihan, en adressant à la jeune fille un regard tout à la fois attristé et colère.

— Tant mieux, si tu dis vrai, reprit Cartier. De toute manière, mon homme, tu peux compter sur une belle récompense. Mais, pour l'instant, soyons à nos affaires et allons décharger la cargaison du brig, car je me propose de partir, dans quelques jours, pour Paris, rendre compte de mon voyage à notre honoré sire, le roi.

A ces mots, Morbihan se mit à gronder entre ses dents. Puis, tandis que les étrangers quittaient le logis de Cartier, il s’approcha de Constance et lui dit :

— Petiote, je veux te parler, moi. Cela ne te convient pas, hein?

— Maïs si, mais si, répondit-elle en affectant ane

aieté loin de son esprit.

Le vieux marin et Ja jeune fille montèrent dans la chambre de celle-ci.

C'était une grande pièce bien froide, bien vide à la mode du temps. Excepté le vaste lit-clos, ciré, luisant comme une glace, et deux bahuts, les meubles étaient rares contre les murailles lavées à la chaux. La cheminée. faisait face au lit. Elle ressemblait par ses dimensions et sa profondeur à l’orifice d’une caverne. Aussi l'air, en s’y engouffrant, y psalmodiait-il incessamment un chant lamentable. Des sculptures, grossières imitations de fruits,essayaient de décorer le manteau de cette cheminée. Un luth, quelques romans de chevalerie et livres de piété sur une étagère, un miroir

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en fer bruni, une demi-douzaine d’escabelles compléaient, avec un prie-Dieu gothique, le mobilier de cette chambre, dont un lacis de solives enjolivéés de peintures composait le plafond. Un carrelage de faïence, blanche et bleue, tenait lieu de parquet. Trois ou quatre pots de fleurs tentaient vainement de combattre la nudité du local, mais en rompaient cependant l’uniformité,.

En entrant, le vieux Morbihan se jeta sur un siége. | Constance sauta sur ses genoux avec la souplesse d’une chatte et lui passa un bras autour du cou.

— Qu'est-ce que vous avez contre moi, père? dit-elle en le câlinant du regard et du geste.

Jean ne s'attendait pas à ces caresses. Il en fut dés- | armé.

Brusquement, toutefois, il s’écria, après quelques moments de silence :

— J'ai, min Gieu.…. jai... j’ai que je ne suis pas cond tent de toi, petiote... Non, pas content, en tout,

— Parlez, que vous ai-je fait? demanda Constance, s'amusant, comme une enfant, àtresser en nattes les longs cheveux du marin.

— Ce que tu m'as fait, ce que tu m'as fait... tu es une | cajoleuse !

— Après? dit-elle souriante. +

Jean Morbihan se morigénait intérieurement de sa Dora faiblesse. Il prit son courage à deux mains et, enlevant Constance de dessus ses genoux, il la placa sur une esca- hs |!) belle, à quelques pas de lui, pour ne point se laisser CEE LE HI «ensorceler par ses minauderies. » UMA | .— Ma fille, ta conduite est répréhensible, très-répré- It |

hensible, dit-il de son ton le plus sévère. Elle offense le

bon Gieu et elle afflige ceux qui t’aiment. Moi, le pre-

mier, moi qui t'ai élevée avec cette brave Manon. après t'avoir rapportée de la Terre Neuve...

HET — Mais, enfin, quelle faute ai-je commise? s’écria

| Coñstance d’un ton impatient.

— Tu le sais bien, da oui, tu le sais! tu sais ce que je

DL veux dire. N’es-tu pas éprise du bandit qui a tué Yvon?

| — ce que je ne me pardonnerai jamais... non da, ja-

| mais | EU — Moi! dénia l’impudente, en riant aux éclats. HT Le front du vieux Jean se plissa. Sa voix se fit grave, Il presque dure quand il prononça ces mots :

LU — Ma fille, il ne faut pas mentir. J’excuserais tout de toi, car je t'aime presque à la déraison; mais pas de mensonge. Je le déteste, le mensonge ! C’est la porte de Merrière des mauvaises actions. Malheur à ceux qui s’en servent! Ils se condamnent à n'être pas absous de leurs De péchés. Je préférerais te savoir morte, plutôt que délibérément menteuse!

— Mon Dieu! comme vous me dites cela, Jean! san-

glota Constance. | Le bonhomme fut aussitôt gagné. Il se reprocha sa | raideur. Et, pour l’atténuer, il alla prendre la jeune fille tout en larmes et La remit sur ses genoux. pe — Voyons, voyons, disait-il d’un ton mouillé; ne | pleure pas comme ca,ou mes yeux vont ruisseler comme

i | des fontaines. Je n’ai pas voulu te gronder, mais seule-

! ment t'avertir. Avoue que tu es amoureuse de... Je vous

ai surpris un jour causant derrière le pignon... da oui...

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Et dans la nuit d’avant-hier, pas plus tard, comme nous venions de débarquer, est-ce que je ne l'ai pas vu qui sautait par la fenêtre, hein? Si je ne savais que la vieille Manon était là, terr i ben! Ah! tu as du bonheur, toutefois, que maître Jacques ne l’ait pas apercu! Ma pauvre fille, il n'aurait pas pris lu chose comme moi, lui ! Mais tu ne peux épouser un... enfin, tu diras ce que tu voudras, c'est un brigand... un meurtrier... Encore si je m'étais éveillé une minute plus tôt, j'aurais pu douter... Min Gieu, ouit Mais là je l’ai vu, vu comme je te vois, il a égorgé.…

— Êtes-vous sûr que ce soit lui ?

— Sùr! repartit Jean Morbihan, en levant ses regards au ciel: Ah! que trop sûr! que trop sùr!

— Et vous dites que vous l’avez vu assassinant Yvon? reprit fermement la rusée créature.

— Vu assassinant! répéta Jean, vu assassinant !.… pour ça, non. Mais quand je l'ai pris, Yvon était mort, et pas un autre que ce Soudard.…

— Enfin, vous ne pouvez jurer que c’est lui l’assassin ?

Morbihan se gratta le front. Cette logique l’embarrassait,

— Non, tu as raison, dit-il au bout d’un instant. Cependant, tout prouve.

— Eh bien, interrompit la jeune fille, enhardie par son premier succès, vous ne devez pas, sur une présomption légère, accuser peut-être un innocent.

La réponse alla droit au cœur du vieux marin.

— Un innocent ! s’écria-t-il; un innocent! 1l avait en-

core son stylet à la main. Non, il n’est pas innocent ! Non, ce chef de...

— Qui vous a dit que c'était le chef?

— Je l'ai reconnu, repartit Morbihan en haussant les épaules. Il s'appelle ici, pour toi comme pour d’autres, Georges de Maisonneuve...

Constance tressaillit et promena un regard inquiet dans la chambre.

— Oh! Jean, mon protecteur, mon père chéri, ne le perdez pas, si vous m’aimez, ne le perdez pas... Sa mort serait la mienne! proféra la jeune fille, en se glissant aux pieds du marin, qu’elle arrosa de pleurs.

— Mourir! toi! qu'est-ce que cela? que dis-tu? repritil tout ému, en l’entourant de ses bras, comme pour la défendre d’un ennemi.

— Je dis que s’il meurt je mourrai, répliqua Constance avec une sombre énergie.

— Mais tu voudrais donc l’épouser ? fit le père Jean d’un ton stupéfait.

— Il ne s’agit pas de cela; il s’agit de le sauver. Promettez-moi de m'aider ?

— Impossible, petiote! un criminel, un pirate, le meurtrier de. |

— Vous voulez donc ma mort!

— Ta mori! Terr i ben! tais-toi. Que je n’entende plus ce mot-là !

— Alors, aidez-moi à le sauver!

— Le sauver! mais comment?

— Ah! Jean, mon ami, mon père adoré, que vous êtes bon! Vous cesserez de dire que vous l'avez reconnu...

ocent !

sant les autres, inquiet il, ne le sa mort

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repritpour la

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de plus

D'ailleurs, en êtes-vous certain? Vous ne le chargerez plus d’un meurtre qu’il n’a peut-être pas commis... et vous ne vous exposerez pas à des remords éternels. car s'il n’était pas coupable !... Me prometiez-vous tout cela ? Vous n’ètes pourtant pas méchant! vous m’aimez pourtant!

— Et tu l’épouserais ? fit-il à demi vaincu.

— J'ai votre parole, n'est-ce pas? dit Constante, re- À doublant ses caressantes supplications.

— Oui, si tu fais serment de ne pas l’épouser.. Ah! l'enjôleuse, elle.

— Tout ce qui vous plaïi !

— Que pensera de moi maître Jacques? |

— Maître Jacques ne sait pas que c’est /ui/ riposta vivement Constance.

— Je l’ai donné à entendre...

— Mais on doute.

— Min Gieu, èst-ce que tu vas m’apprendre à mentir? s’'écria le père Jean, dont la conscience honnête se débattait impuissante dans le réseau de tendres arguties dont la jeune fille l’avait enveloppée.

Pour toute réponse, Constance s'enfuit dans une pièce voisine en criant :

— Merci, mon bon ami Jean, j'ai votre parole! nr

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