‹ Acques [i.e. Jacques] Cartier [microforme]Chapitre 35 sur 55 · D ZN ) EN ® 7: > À Q SW 8%. ° ; ] AN €" CV SE LU · texte numérisé non relu

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— Faites-vous partie de la bande des brigands dits les Tondeurs ? °

— Non, répliqua Maisonneuve d’une voix faible.

— Serrez d’un cran!

Le bourreau obéit, Le greflier leva la tête; ce stoïcisme commençait à l’intéresser. Quant au physicien, il était dans l’admiration.

L’épiderme du patient se couvrait d’une sueur abondante. Ses traits étaient affreusement contractés. Ses lèvres décolorées, ses prunelles ternes, immobiles dans leur orbite.

Flegmatiquement, le juge recommenca sa monotone interrogation. | NAT ES — Non, soufila Georges dans un soupir.

È — Que dit-il ?

— Il nie toujours, fit le greffier.

— Curieux! curieux! très-curieux! cas exceptionnel! murmurait le médecin, en se penchant sur le moribond. hi Tiens, il a une peinture au-dessous du sein gauche.

UE Drôle de peinture, tout de même; quatre poissons avec

| un cœur !...

| 1} — Peut-on continuer? dit le juge.

— Heu! heu! les battements du cœur baissent; le | pouls est bas aussi, très-bas; la suffocation bien avancée. Mieux vaudrait, je crois, lui accorder quelques mi-

nutes de répit.

HET — Est-il encore capable de comprendre et d’articuler DEL un son? dé |

— Comprendre? heu! c’est douteux !.… articuler un son ? je ne sais trop.

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— Serrez d’un demi-cran, commanda le procureur.

On serra d’un demi-cran, et il réitéra sa question.

Mais, cette fois, pas de réponse. La dernière lueur de force morale du misérable capitaine s’était éteinte avec la dernière lueur apparente de sa force physique.

— C'est trop! c’est trop! desserrez la machine, s’interposa le médecin, en versant dans la bouche du supplicié quelques gouttes d'un cordial des plus stimulants.

L’exécuteur lächa sa manivelle. Maisonneuve reprit promptement ses sens.

— Je vous pose ma seconae question, lui dit le juge. Vous reconnaissez-vous l’auteur de l'assassinat d’un marinier à bord du brig de maître Jacques Cartier ?

— Non.

— Vous m'avez bien entendu?

— Oui.

— Je vais faire exposer vos pieds au feu.

L'aide du bourreau saisit dans le brasier, avec des pinces, une plaque de fer rouge, et la maintint à un pouce environ de la plante des pieds de cet infortuné.

— Avouez, dit le juge.

Georges fut vaincu par l’excès de la douleur. Il poussa un cri aigu, et s’'évanouit de nouveau.

— C'est assez pour aujourd’hui, à moins que vous ne vouliez le tuer; car c’est un luron, un vrai luron, disait complaisamment le physicien, en faisant revenir le jeune homme à lui.

Dès qu’il eut recouvré la connaissance, le greffier lui lut son procès-verbal et lui demanda s’il savait signer. Georges répondit négativement, Le scribe inscrivit cette

réponse sur son dossier. Le juge et le médecin y apposèrent leur paraphe et le captif fat rapporté dans son cachot.

Son corps était rompu, brisé. Bien des jours devaient s’écouler avant qu’il püût refaire usage de ses membres. Peut-être même resterait-il estropié ; car le feu avait profondément entamé les chairs de ses pieds. Mais son |

u esprit n'avait presque rien perdu de l’élasticité qui lui |

était propre. En peu de temps, il eut retrouvé sa puis- (

fl sante énergie. D © | { Cependant, Georges avait fait une remarque rien

I | moins qu’encourageante, en se rendant à la salle de la

Lil! question : c’est que les gonds de la première et de la

| i seconde porte de sa prison étaient scellés extérieure-

l) L ment, et, de plus, que ces deux portes s’ouvraient en

|| | dehors, au lieu de s'ouvrir en dedans, comme la troi-

sième, de telle sorte que, si, du cachot, l’on parvenait à

forcer la seconde porte, le battant retombait sur la pre-

| 1 mière, dont il doublait, dès lors, les difficultés d’effrac- |

4 TUE tion.

fill Il fallait donc renoncer à une tentative d'évasion par b

(l cette voie.

Durant les longs jours qu’il passa couché sur la paille, Georges rumina bien des projets. Néanmoins, au mois d | de décembre il ne s'était encore arrêté à aucun. Deux | : choses l’étonnaient et le contrariaient. Il n’avait pointde le nouvelles de sa bande, point de nouvelles de Constance. fe HR Il n’était pourtant séparé de celle-ci que par un bien s( | TR | court intervalle. Car il n’y avait pas cent pas de la tour q D EN Li Qui-Qu’en-Grogne à la maison de Jacques Cartier! Son

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n bien à la tour er! Son

gardien se montrait insondable, incorruptible. De même le physicien qui lui donnait des soins.

Savoir attendre, c’est la science de la vie. Le banditgentilhomme savait attendre. Toutefois il craignait que, de nouveau, on ne le soumit à la torture, pour le conduire ensuite au dernier supplice. Mais, fort heureusement les autorités judiciaires étaient alors partagées en deux camps, à Saint-Malo : l’un sous les ordres de l’évèché ; l’autre sous les ordres du lieutenant du roi. La juridiction ecclésiastique, s'appuyant sur ses anciens priviléges, réclamait l’accusé; la juridiction laïque prétendait le garder, les crimes qu’il avait commis étant, alléguait-elle, de son ressort à elle. De là une fastidieuse contestation qui pouvait fort bien traîner jusqu'à ce que le misérable qu’elle concernait s’en allât naturellement de vie à trépas.

Mais cette contestation fut profitable au chef des Tondeurs. Il lui dut d'échapper à de nouvelles tortures et, probablement, à la mort.

Vers la fin de décembre, sa guérison entrait dans une bonne voie. Ses articulations avaient repris leur flexibilité, leur jeu. Il ne souffrait plus que de ses plaies aux pieds. Elles l’empèchaient de marcher, même de se tenir debout.

On sait que c’est encore la généreuse coutume pour les dames charitables, dans beaucoup de nos villes, de faire, aux grandes fêtes chrétiennes de l’année, une sorte de pèlerinage dans les prisons et de distribuer quelques douceurs aux captifs.

À la Noël, Georges vit s'ouvrir son cachot d’une ma-

D pen

nière inusitée. Il fut visité par une foule de personnes, qu'il connaissait pour la plupart, mais qui ne le reconnurent pas. Son cœur battait chaque fois que les portes criaient sur leurs gonds. Enfin, dans l’aprèsmidi, comme le jour baissait et comme l’ombre envahissait sa mélancolique demeure, trois femmes arrivèrent. Georges, tout de suite, se dit que Constance était l’une de ces femmes. Et Constance découvrit que c'était lui, à travers les ténèbres et sous son déguisement,

Tandis que dame Catherine adressait, — suivant l’usage, — quelques paroles de sympathie au prisonnier et que la vieille Manon déposait près de lui un petit paquet de provisions, Constance, d’une main tremblante, laissait furtivement tomber, sur sa pauvre couche, un

|, Lwtwapier qu'elle avait roulé sous ses doigts.

Puis elles sortirent toutes trois, Constance la dernière. Était-ce un rêve? une de ces hallucinations auxquelles Georges avait été si souvent en proie depuis son incarcération? Mais non. Le papier était là. Georges le sentait. Il le serraît de toute sa force; il avait peur qu’il ne lui échappât. qu'il ne s’'évanouit. Comme il lui tardait de le déplier, d’en lire le contenu ! Par malheur, on ne voyait plus assez clair dans la prison ; et le moment d’allumer une bougie n’était pas venu. Quelqu'un pouvait entrer ” encore dans le cachot. Longues, éternelles furent les heures qui suivirent; car nous mesuroos le temps plus avec nos impressions qu'avec notre raisonnement.

Mais, le couvre-feu sonné, les rondes n'étaient plus à redouter. Georges fit de la lumière et déroula le billet. Il contenait un écheveau de soie, et ces mots seulement:

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lement:

JACQUES CARTIER, 18 «Demain ou après, minuit, on attendra au pied de la tour. »

— Ah! s’écria le jeune homme, je suis sauvé !

Cette nuit-là il dormit d’un sommeil profond.

Le lendemain, Georges se fit une plume d’un tuyau de paille, s’incisa légèrement le doigt et écrivit à Constance, sur le billet qu’il en avait reçu. Il raconta ses souffrances, peignit son état, demanda indirectement des informations sur ses gens; puis une corde, des limes, de l'encre, du papier; il termina en recommandant la prudence,

Ensuite il mit une petite pierre dans le billet, les enveloppa avec un chiffon, attacha le tout à l'extrémité du fil de soie et s’exerça à le lancer, par les barreaux, à travers la meurtrière.

Quand il fut sûr de réussir, il attendit l’heure désignée.

À minuit, le fil glissait sur la paroi extérieure de la tour. Georges retenait l’autre extrémité. Vingt minutes s’écoulèrent. Le prisonnier perçut une traction du dehors. Ce signal était facile à interpréter. Georges ramena le fil à lui. Bientôt il eut entre les mains une

corde, une lettre. et les objets nécessaires pour écrire. La corde était un franc-funin, de grosseur médiocre,

mais d’une grande force de résistance. Elle avait quelque çinquante pieds en longueur.

Georges la cacha sous sa paille, se proposant de soulever dès qu’il pourrait une pierre du dallage pour la fourrer dessous.

Dans la lettre, frémissante de passion exaltée, Con-

EU

stance lui mandait, en termes couverts, que, le soir de son arrestation, les Tondeurs avaient mis le feu à la ville, sans doute pour essayer de briser ses fers. Pendant la confusion, ils avaient escaladé la courtine du château, près de la tour des Moulins, délivré ses deux camarades, et ils le cherchaient, en se battant vaillamment, lorsque les gardes étaient parvenus à les repousser. Depuis lors, les Tondeurs semblaient s'être éloignés de Saïnt-Malo, car l'on n’entendait plus parler d'eux. Tout le monde ignorait, d’ailleurs, qu'il füt leur chef. Son hôtel était fermé. On le disait parti pour un voyage lointain. Quant à elle, pendant l'incendie, on avait tenté de l'enlever. Un homme déguisé, inconnu, avait profité de ce qu’elle était seule avec sa mère, à la maison, pour se jeter sur Constance et l'emporter dans ses bras. Il l'avait conduite à la Grande-Conchée, dans la caverne de la sorcière Maharite,où, succombant à ses émotions, elle était tombée gravement malade. Maharite la ramena chezses parents. De nouveau, elle fut prise de la fièvre, du délire. Présentement, sa santé se rétablissait heureusement. Elle ferait le possible et l'impossible pour arracher Georges à son odieuse captivité. IL pouvait compter sur le dévouement le plus absolu. Elle n'avait pas revu son ravisseur.

— C'est Éric! ce brave Éric! murmura Georges. Il voulait, tout à la fois, me rendre la liberté et une maitresse adorable! Oh! je récompenserai sa fidélité.

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