‹ Acques [i.e. Jacques] Cartier [microforme]Chapitre 37 sur 55 · RENE · texte numérisé non relu

RENE

scellé le grillage extérieur, Georges se mit à l’œuvre,

Constance lui avait procuré quelques-uns des outils nécessaires : des ciseaux à froid, des leviers de petite dimension, mais de grande force; des coins, et jusqu’à une poulie pour descendre, sans bruit, la pierre dans le cachot dès qu’elle serait détachée de son emboîtement,

Silencieusement, Georges besoignait la nuit; le jour il se reposait, après avoir serré ses instruments sous une dalle du cachot. Il dépensa près d’un mois à faire jouer la pierre de taille dans son alvéole. Il était brisé de lassitude. Les plaies se rouvraient à ses pieds, endoloris par les pénibles stations auxquelles il les soumettait sur d’étroites lamelles de fer, et quoiqu'il eût soin de garnivses chaussures avec des tresses de paille. Ses mains, gonflées, couvertes d’ampoules, saignaient aussi. Ses vêtements tombaïent en lambeaux. Mais il n’y avait pas de temps à perdre. Ne pouvait-on à toute minute le venir prendre pour le conduire au supplice ? La vie, la liberté d’un côté, la torture, la mort de l’autre sont des artisans de courage indomptables. Ils expliquent les prodiges d’un Latude ou d’un baron de Trenck.

Un matin, Georges, en se jetant sur son grabat, murmura : « Enfin ! à ce soir. »

Toutes les mesures étaient prises. La pierre remuait, à volonté, dans son encastrement. Après l’avoir ébranlée, : le captif était parvenu à introduire, dessous le bloc, cinq ou six morceaux d'acier ronds, gros comme des tuyaux de plume. Son intention était de les utiliser comme rouleaux, et ils fonctionnaient très-bien. Sans grand effort, on pouvait chasser la pierre du dehors au dedans

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Cette pierre enlevée, Georges passait par l'ouverture qu'il avait si laborieusement faite, se glissait le long d’une corde, au pied de la tour, et joignait Constance, à quelques pas, sous le portail de Saint-Thomas.

Is se rendaient à sa maison, dont Georges avait une clef cousue dans la doublure de chacun de ses déguisements ; ils y prenaient deux costumes d'homme, de l’or, descendaient sur la grève par le souterrain, s’emparaient de la première barque venue et gagnaient la pointe de Dinard, où le jeune homme connaissait une retraite sûre. De là, ils se réfugieraient en Ecosse, aussitôt qu’une occasion se présenterait.

Les choses étaient sagement prévues, sagement combinées. La nuit suivante n’aurait pas de lune. On était dans la saison des brouillards. Et, depuis vingt-quatre heures, une brume épaisse flottait sur la ville. IL était peu probable qu'elle se dissipât durant la j journée ou la soirée prochaine.

Néanmoins, malgré toutes ces précautions, toutes ces chances favorables, le chef des Tondeurs souffrait d’une anxicté extrême. Il était pris de fièvre. Il n’avait pas de repos. Sur sa couche, il se trouvait mal à l’aise, Debout, le pavé lui brülait les pieds. Ses sens étaient maladivement éveillés. Il percevait les moindres sons. Ces sons, silégers qu’ils fussent, lui causaient les plus douloureux frémissements. En dépit de la pénombre, il voyait distinctement les rayures que la lime avait faites aux grilles; les interstices, — si habilement dissimulés Pourtant, — produits par le descellement de la pierre,

apparaissaient à ses regards, comme de larges crevasses béantes, qui devaient fatalement sauter aux yeux de quiconque entrerait dans la prison.

Quand arriva le gardien, apportant sa maigre pitance ordinaire, Georges tremblait si fort que cet homme, saisi de compassion, proposa de lui envoyer le physicien.

On pense bien que notre captif refusa cette faveur.

— Pauvre diable ! murmura l’honnèête porte-clefs en se retirant, il n’en a pas pour longtemps à vivre!

Dès que le couvre-feu eut sonné, Georges termina rapidement ses derniers préparatifs.

Le dessus de la meurtrière était formé par un lourd et long linteau, qui s’étendait fort avant, de chaque côté, dans la muraille. Dans l’entre-deux de ce linteau avec les pierres supérieures, Georges fixa sa poulie. Puis, appuyaut par l’embrasure sa main droite sur la face externe du bloc, rendu mobile, il l’attira à lui. Le mouolithe obéit à la traction. Quand il eut dépassé, de moitié, la paroiintérieure du mur, Georges attacha une corde dont le bout, passé dans la gorge de la poulie, fut solidement amarré au pilier du cachot.

Notre homme alors acheva d'extraire le bloc de sa cavité ; et, défaisant le nœud de la corde, il affala doucement l’énorme pierre, à l’aide du pilier autour duquel s'enroulait deux fois la corde et dont il se servait comme d’un cabestan pour empêcher le fardeau de choir tout d'un coup.

Cette rude tâche finie, le prisonnier eut comme un sentiment d’effroi. L’air entrait à flots par une ouverture de dix pieds carrés.

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Georges éteignit la bougie qu ARRET il avait oublié de souffler.

Bientôt le jeune homme seremit. Il empoigna la corde arrêtée à la pierre, se coula par l'ouverture et opéra sa descente, après avoir emmailloté ses mains dans des chiffons, afin de ne les pas bräler par le frottement.

Un brouillard très-dense le protégeait, Quelques minutes encore et la liberté lui sourirait dans les bras et par le visage de la plus charmante des maîtresses.

Déjà Georges avait le pied sur la planche de salut. A travers les vapeurs, il distinguait Lucas, assis, faisant le guet sur le revers du fossé, quand un cliquetis d'armes et un bruit de pas se firent entendre.

Le gourmette prit aussitôt la fuite, Georges plongea résolûment dans la douve ; mais elle était peu profonde. La garde du château avait aperçu le malheureux. Malgré une résistance acharnée, il ne tarda pas à être réintégré dans la forteresse.

On l’enferma, accablé par la lutte qu’il avait soutenue, désespéré de son échec, dans une des logettes du Grand Donjon, à quelque cent pieds au-dessus du niveau de la mer.

Lucas s’était hâté de prévenir Constance ; et la pauvre fille, non moins désespérée, était remontée à sa chambre, sans avoir remarqué qu’un homme, posté dans l’ombre au coin de la maison, observait ses mouvements. Le gourmette allait à son tour remonter à la soupente où il cuuchait dans le grenier, lorsque cet homme le happa au passage.

— Terr i ben! à nous deux, mon gars!

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