SAINT-MALO, PATRIE DE JACQUES CARTIER
Existe-t-il en France, ou même dans le monde entier,
{une ville qui, relativement à sa popalation, puisse
s’enorgucillir d’avoir enfanté autant de célébrités que Saint-Malo? Quelle pépinière, quelle pléiade d’illustrations dans tous les genres! Ses seuls marins fameux, on
à & + en pourrait compter cent, non compris les Jacques Car-
tier, les Porée, les Duguay-Trouin, les Mahé de la Bourdonnais, les Surcouf, les de Coisy, et, comme dit leur excellent biographe, M. Ch. Cunat: «Tous donnèrent plus d’une fois sujet aux ennemis de la France de leur appliquer ce mot de Philippe, roi d’Espagne, en parlant de Turenne : « Voilà un homme qui m’a fait passer de bien mauvaises nuits. » | Mais à ces beaux noms, consignés au premier rang dans les fastes de notre histoire nationale, ne se borne pas la liste des grands hommes qui ont Lonoré Saint- Malo par leur bravoure à toute épreuve ou. leurs vastes
talents. Des philanthropes, comme Jacques Vincent, sei.W : gneur de Gournay, Alain Magon de la Gervesais, PierrM
de la Haye ; des savants, comme Nicolas Trublet, li P. Alain de Large, le physicien Maupertuis, l’érudil Joachim Porée, l'historien Nicolas Frottet, le médecin à Broussais; des administrateurs comme Pierre-Louis ‘ Boursaint, Féron de la Féronnays; des poètes comme François-Marie Lescaut, Marie-Jeanne Bougourd (l’auteur de /a Jeune Mère), Michel de la Morvonnais et l’immortel Chateaubriand; des philosophes comme Offroy M de Lamettrie et Robert de Lamennais, vingt autres enfin, renommés dans les sciences, les arts et les lettres, 4 viennent encore enrichir le catalogue des glorieuses 4 personnalités auxquelles la cité malouine servit de ber : ceau.
Que rapporter des actions d'éclat dont elle fut le théâtre? qui les pourrait citer toutes? « Cet îlot de 4 Saint-Malo, dit en son noble langage Jules Janin, cet ilot # de Saint-Malo, fils de l'Océan, est un véritable navire à À l'ancre, bercé par les tempêtes; les arbres ressemblent : à des mâts qui attendent la vague lointaine. L'air, le # ciel, le nuage, le bruit, la nuit, le jour, tout rappelle, à Saint-"!"0, la vue du matelot des lointains rivages.
« ‘ie dr matelot, passion de la mer, amour de l'orage, orgueil de l’écume salée, pêche et bataille, amour, abordage! Honneur à Saint-Malo! Ce vaisseau est assuré par une ancre éternelle qui touche au fond de la mer. »
Comparaison d’aussi haut style que de haute justesse, surtout si l’on examine les anciennes Vues de Saint- Malo : le rocher sur lequel s'élève la ville a la forme
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d’un navire, qu’une chaine énorme, — le Sillon, — retiendrait à la terre ferme.
Cette ville, si légitimement réputée, et dont tout cœur français a droit d’être fier, ne date guère que du huitième siècle. Fondée par les évêques d’Aleth, avec les décombres mêmes de la cité de ce nom, voisine alors, aujourd’hui disparue, elle se composa d’abord d’un mo- Lastère, placé à la crête du rocher Saint-Aaron, et protégé par une forte muraille, dans l'enceinte et autour de laquelle s’élevèrent peu à peu des cabanes de pècheurs. Maintenant encore il est, je crois, facile de reconstruire par la pensée cette enceinte primitive, qui devait être circonscrite par les rues actuelles du Boyer, Sainte-Anne, Saint-Benoit, Danican et une partie de la rue consacrée à la mémoire de ce Porcon de la Babinais, que M. Cuïat qualifie si proprement de Regulus malouin.
Quoi qu’il en soit, favorisé par la bonté de son port et son heureuse situation à l'embouchure de la Rance, Saint-Malo, qui avait été baptisé du nom de son premier évèque, crüt rapidement en grandeur, en prospérité sous la domination et la juridiction cléricales.
« Grâce, dit son historien, à la modicité du prix exigé par les seigneurs ecclésiastiques pour accorder ce que l'on a appelé depuis congé d'amiral, le commerce maritime prit bientôt de l'extension, » Dès le milieu du treizième siècle, Les Malouins allaient en course et méritaient le titre de troupes légères de la mer; en 1244, ils s'associaient à la Ligue anséatique; sous saint Louis, ils prenaient une part active aux Croisades; puis ils se lan-
çaient vaillamment, opiniàtrément dans cette lutte sanglante qui, pendant près de deux cents ans, désola la France et l’Angleterre.
Plusieurs fois assiégée, prise et saccagée durant ces guerres formidables, la ville de Saint-Malo ne développa pas moins sa population, sa richesse, sa puissance. Tan= dis que le pavillon britannique flottait sur Paris et sur toutes les forteresses normandes, le cardinal-évèque Guillaume de Montfort arma quelques nefs à Saint- Malo, battit et dispersa la flotte anglaise qui bloquait le Mont-Saint-Michel. En récompense de cette victoire, Charles VIT rendit, le 6 août 1495, un décret par lequel les vaisseaux malouins seraient exempts pendant trois années de toute imposition dans les ports soumis à la couronne.
Cet édit et les lettres de franchise accordées par le duc É |
François [°’ de Bretagne, en 1446 et 1447, aux habitants ‘
| de Saint-Malo furent très-avantageux au commerce. 4 | Aussi l'agrandissement de la ville nécessitat-il bientôt (4 | . à 4 P | des fortifications nouvelles. 5.
Suivant une tradition, dont l'autorité me paraît sus-. ; | pecte, les Malouins étendaient déjà si loin leurs excur- L | sions maritimes que, dès 1492, l’année même de l’arri- #8 | vée de Colomb dans la mer desAntilles, ils auraient, «de ; = | concert avec les Dieppois et les Biscayens, » découvert 1 b | l’île de Terreneuve et quelques côtes du Bas-Canada, À , | cette époque, cependant, les navigateurs de Saint-Malo ; | s'étaient acquis une notoriété rare, et leur havre passait ; | ; pour l’un des plus considérables du continent. ;
Deux ans plus tard, le 31 décembre 1494, naissait
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Jacques Cartier, le futur explorateur du Saint-Laurent, — Je héros de ce récit.
Saint-Malo, dont la population monta (en 1700) jusqu’à près de 20,000 âmes, 2nfra muros, et dont les relations se prolongeaient dans toutes les mers connues; Saint-Malo qui, avant la paix honteuse de 1763, avait, en quatre années, armé 40 navires pour les Antilles, 33 pour la côte de Guinée, 438 pour Terreneuve et le Canada, non compris de nombreuses expéditions pour les Grandes-Indes et la Chine; Saint-Malo, à présent déchu de sa splendeur, et dont le vaste port, à demi désert, les somptueux bâtiments abandonnés et noircis par le temps, semblent en deuil de la vie absente, de leurs hôtes disparus; Saint-Malo, dont le recensement donne à peine aujourd'hui 10,000 habitats, était tout aussi peuplé, mais bien autrement animé, bien autrement affairé au milieu du seizième siècle,
Que, sous le rapport du pittoresque, de l'élégance, la ville de la Renaissance ou du moyen âge eût paru à un poète supérieure à la ville moderne! Malgré ses quais magnifiques, ses superbes remparts, sa Bourse, son Intendance,ses monumentales constructions rectilignes, de la défunte Compagnie des Indes, sur les rues de Chartres et d'Orléans, ses hautes maisons du temps de Louis XV, son beau chantier de marine, son môle des Noirs, les bassins grandioses qu’on a substitués à son havre de ms rée, malgré son Casino, ses bains de mer, malgré même son rauroad, — celle-ci peut faire regretter celle-là, avec ses grèves ubruptes, ses ruelles escarpées, hérissées cà ct là d’escaliers branlants; ses places étroites, mais
bigarrées de gens de toutes les nations, ses bâtisses multiformes, aux étages surplombant, aux pignons aigus, ornementés, aux vitraux de couleur ; et ses nombreuses tours, et ses dômes, et ses clochers, et ses campanilles, et ses pyramides égarées dans les nues, et, en un mot, le mouvement qui, du matin au soir, régnait à l’intérieur comme au dehors des murs.
Qu'’est-elle devenue, cette noble cathédrale, commencée par les picoteurs aléthiens vers le huitième siècle? Qu'en subsiste-t-il? Un tronçon, avec un méchant portail, relevé sous Louis XIII ou Louis XIV. Où sont aussi ces trois gigantesques colonnes-phares, surmontées de flèches effilées, qui se dressaient fièrement près de cette basilique? Où l'église des Récollets avec son clocheton ouvré en dentelle? Où l’hôpital Saint-Thomas et ses gothiques arceaux? Où ce vaste couvent des Bénédictins dont la chapelle, dans le style byzantin, était un chefd'œuvre d'architecture? Où encore le joli moûtier des religieuses du Calvaire? Où donc enfin le palais épiscopal, qui rivalisait, disait-on, de luxe, de somptuosité avec celui de Rennes?
De tous ces éditices, si remarquables à un titre ou à un autre, il ne reste plus à cette heure que l’église Saint-Sauveur. Encore n’a-t-elle rien conservé des admirables sculptures qui faisaient autrefois son orgueil et y attiraient la foule des visiteurs.
Mais si Saint-Malo a vu tomber en poussière tous ses vieux monuments, il en a été un peu partout de même; et non pour le malheur de l'humanité. Si attrayant que soit le tableau rétrospectif de leurs beautés détruites, il
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ne doit point nous faire pleurer le passé et calomnier le présent. Notre âge vaut décidément, forcément et NA- TURELLEMENT mieux que ceux qui l’ont précédé : de mème ses successeurs vaudront mieux que lui, car la loi du progrès nous emporte. Les arts produits délicats du sentiment contemplatif et extatique ont cédé le pas aux arts fruits de la civilisation industrielle; l’utile a suc. cédé à l’agréable, l'application pratique à l'application idéale. Le droit du plus grand nombre s’est imposé aux prétentions de la minorité. Saint-Malo y a perdu peutûtre; mais combien d’autres y ont gagné!
Soyons juste et véridique, d’ailleurs : Saint-Malo pos- | sède encore, valide et menacant, son fort château féodal, que nous aurons bientôt l’occasion de décrire, et qu’on achevait d'édifier en 1534, au moment où commence notre narration.
À cette époque, vis à vis du château, à quelques pas du pont-levis qui en garde l'entrée et « jouxte l’hospital Saint-Thomas, » dit un document du temps, devant l'hôtel de Chateaubriand, métamorphosé, hélas! aujourd’hui en une auberge, l'Hôtel de France, on voyait une maison de bois entrecroisés et de moellons, d’un seul étage, projeté à au moins deux pieds en avant sur
le rez-de-chaussée. Cette maison, vieillotte, ratatinée,
péchant quelque peu contre les lois de l’équilibre, mais proprette au dehors comme au dedans, avait trois entrées : l’une, la principale, sur une petite place, ombragée d’arbres, en face du château; les deux autres devant l'hôtel de Chateaubriand. Rien ne la distinguait
de la généralité des habitations de Saint-Malo. Comne 2e
la plupart, elle était couverte en tuiles rouges, courbes,
et ses portes et les volets de ses fenêtres à guillotine
étaient bardés de fortes plaques de tôle, assujetties sur les panneaux au moyen de boulons en fer rivés. Seulement, l’une de ses portes de derrière s’ouvrait sur un perron, abrité par un appentis que supportaient deux colonnettes, et auquel montait un escalier en équerre,
de quelques marches, muni d’une rampe eu pierre
pleine. Ce perron servait, pour ainsi dire, de vestibule
aux appartements de l'étage supérieur.
C’est dans cette maison qu'était né Jacques Garticr,; c’est là qu'il vivait avec sa femme, Catherine Desgranches, fille de Jacques Desgranches, « connétable de la ville el cité de Saint-Malo ; » le’ est là que nous le trouverons dans la soirée du dimanche 49 avril 1534.
Quoiqu’on soit au printemps, le froid est pénétrant au dehors; il tombe une pluie fine et glaciale.
Soulevons le lourd marteau de bronze, à tête de lion, posé à la porte du rez-de-chaussée, et entrons sans facon dans cette hospitalière demeure, où l’étranger honnête est Loujours sûr de trouver franc accueil.
Descendant une marche, nous voici dans une longue et large salle basse : tout y annonce le séjour habituel du marin. C’est qu’en effet, fils de marin, Jacques Cartier est marin lui-même, Si son père fut l’un des riches armateurs de Saint-Malo, Jacques a encore augmenté le patrimoine qu’il lui a laissé. Mais, fidèle aux anciennes coutumes, il ne dédaigne ni le lieu où il poussa son premier vagissement, m les habitudes de ses aïeux. Dans cette salle enfumée, aux solives noires comme le char-
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bon, dans cette salle dallée, où, en plein midi, le jour filtre parcimonieusement à travers des vitres verdàtres, enchâssées dans des losanges de plomb, vous remarquez des filets, des instruments de pêche, des avirons, des ancres, des armes raugés çà et là ou accrochés à la muraille, ou suspendus au plafond. Une table massive, car-
ice, luisante, en bois bruni par l’âge et flanquée de deux
bancs solides à défier la pesanteur d’un Gargantua, occupe tout le milieu de la pièce et réfléchit les capricieuses clartés réverbérées par une large et profonde cheminée, dans laquelle, sur un tre plus élevé que le sol de la pièce, flamboient, en pétillint avec bruit, deux troncs de châtaignier, couchés horizontalement l’un contre l’autre, De là, ces rayons fantastiques von se réfléchir sur une immense vaisselière, chargée de bassines en cuivre et de faiences coloriées qui renvoient la lumière jusqu’au fond de la salle où l’on distingue un lit monumental. Ce lit ressemble à une armoire sans battants; ses épaisses cloisons sont couvertes de sculptures, aux arêtes desquelles se joue la lumière, qui vient mourir enfin par l'ouverture de l’alcôve, en jetant un dernier reflet sur un grand Christ d'ivoire, fixé au fond et dont l’aspect, dans cette pénombre flottante, impose à l'esprit de hautes et graves pensées.
La pièce sert à la fois de cuisine, salle à manger, de travail, de réception et de chambre à coucher. On y sent circuler cet air patriareal si rare aujourd'hui et qu’il fait si bon respirer.
En épousant Catherine Desgranches, en 1519, Jacques Cartier avait fait meubler, à l’étage supérieur, un appar-
32 LES GRANDS COUREURS D'AVENTURES. ( tement dans un goût plus moderne et plus en harmo- 1 pois nie avec sa fortune. Il l'avait même habité du vivant M de ses père et mère ; mais, après le décès de ceux-ci, il 1 était revenu s'installer dans la salle où avaient vécu et M étaient morts ses ancêtres. Il espérait bien, lui aussi, y # rendre l’âme à son créateur, si la mer, sa perfide mai- "f tresse, lui en laissait le choix.
Huit heures venaient de sonner au beffroi du chàteau.
Cartier, sa famille et quelques hôtes étaient groupés près du feu,
Assis dans une “haire en jonc, dans le coin de droite, sous le manteau de la cheminée, notre marin causait avec un brillant seigneur placé près de lui, sur un siége 4 aussi primitif. ‘4
Ce seigneur était Charles de Mouy, sieur de la Meil-
leraye, vice-amiral de France. } L
Vis à vis de Cartier, dans l’autre angle de la chemi- 1 br née, on remarquait sa femme, Catherine Desgranches, 1 né qui achevait de tricoter un long bas de laine, mais dont # [Lav les yeux rougis, les paupières gonflées par les larmes, A proc annonçaient que, si ses doigts besognaient agilement, M eco son imagination était absorbée par des réflexions bien | infé étrangères à son modeste travail. ur
Près d'elle se tenaient Antoine Desgranches, son es frère; Marc Jalobert, son beau-frère, et M° Julien 4 ne
Lesieu, notaire royal de la cour de Rennes. Derrière M
eux, la nourrice de dame Catherine, la mère Manon, ù (1 filait à la quenouille, en marmottant des patenôtres; 4 le timonier de Jacques Cartier, Jean Morbihan, raccom-
l'OUPÉS
droite, causait
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Meil-
heminches, s dont
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, Son !
Julien rrière anon, | tres ; COM-
u chà- #
harmo nodait nne paire de bottes de pêche; un domestique,
vivant M x-ci, il M vécu et À AUSSI, y M le mai- M
harles Guyot, faisait des filets ; puis un gourmette (1), e jeune Lucas, dit Saute-en-l'Air, fourbissait, en bâilant, le poignard de son maitre. Enfin, à un bout de la ièce, devant une petite lampe, aux lueurs fuligineuses, ’agitait une servante, en train de ranger de la vaisselle sur une étagère.
Tous ces personnages, avec leurs physionomies et leurs ostumes si caractéristiques, tous ces objets, diverse-
É fment frappés par des jets vagabonds de lumière et É d'ombre, offraient un spectacle saisissant, que dominait | la belle et màle figure de Jacques Cartier. ressortant comme dans une auréole aux rayonnements du
foyer.
Il touchait à sa quarantième année. C'était un homme dans toute la force de la maturité, d’une stature moyenne et bien prise, nerveuse, vigoureusement constituée. Son visage était expressif, très -accentué, et la teinte brune que le hâle de la mer y avait empreinte ajoutait encore à l’énergie de ses traits secs, même anguleux.
À lLavait le regard profond, un peu dur, les sourcils rap-
prochés, les joues maigres, presque creuses; le nez long, recourbé comme le bec d’un oiseau de proie, la lèvre inférieure légèrement proéminente ainsi que le menton. Il portait toute sa barbe, roussàtre et clair-semée. Le haut de sa tête, couronné par un front spacieux, sillonné de quelques rides, annonçait la promptitude, la vigueur
(1) On dit mousse aujourd’hui; mais cette dénomination, qui semble venir du hollandais, ne fut pas adoptée chez nous avant le milieu du dix-septième siècle.
re 1
des résolutions, l’opiniàtreté, l'ambition. Pleine de
| bonté, la partie inférieure ne manquait pas d’une certaine sensualité rabelaisienne; mais l’ensemble disait ! hautement la hardiesse des conceptions jointe à une fermeté d'exécution inébranlable, 48 den
ques! [
lettres aux Te
teaux,
Pour vêtement, il avait un feutre noir, à bords étroits ! et relevés à la mode du temps; un pourpoint de drap | marron, serré à la taille par une ccinture de cuir, des braies de même étoffe, également galonnées, et des bottes D molles, à retroussis. De son pourpoint entr'ouvert, s’é- . chappait, en bouillonnant autour du cou, une fraise de 4 ré + fine dentelle, et sur sa poitrine pendait une petite arba- 4 lète d'argent, insigne de son grade de pilote hauturier, À — Oui, messire, par ma Catherine, si le vent vire | cette nuit, nous appareillerons dès demain matin, disait Jacques en s'adressant à Charles de Mony.
plus bi
s'écria
dans L quel € « Foi
d'avis,
— Et il virera le vent, j’en suis sûr, moi; da oui; je | sens ça à mes rhumatismes, marmotta le vieux Jean ! ent | Morbihan. M dadri | — Tout est donc prèt? demanda le vice-amiral. 4 : | — Tout, messire, tout! Ah! j'attends depuis assez | A | | longtemps cette occasion d'élever mon pays au rang sde à | -qu'il mérite dans l’histoire des découvertes modernes, pare | répondit Jacques avec un enthousiasme qui fit soupirer en 13 | sa femme. Oh! continua-t-il, en portant la main à son NT | front, j'ai lutté, lutté depuis quinze ans! Il m’a fallu es- Ste | suyer bien des déboires, bien des rebuffades, Enfin, grâce dat | | en soit rendue à yotre généreuse initiative, messire, . | grâce aussi à la bonté de monseigneur Philippe Chabot, çois I
| grand amiral de France, je possède aujourd’hui les
ques,
ne de le cerdisait
1e fer. 4 ) | Mounous pour l’an présent. »
étroits {
> drap r, des bottes
t, s'é- à ise de À arba- # urier, !
t vire disait
ui; je
assez rang rnes, pirer à son u espràce ssire, abot, i les
Jean !
lettres patentes qui m’autorisent à « voyager et aller aux Terres-Neuves, passer le détroit de la baie des Chàteaux, avec deux navires équipés de soixante comya-
— Et par Neptune, je n’en suis pas fché, maitre Jacques! Notre seigneur le roi de France ne pouvait confier plus belle et plus noble mission à plus brave capitaine, s'écria Charles de Mouy en frappant sur la garde de son épée, Quand nous lui parlämes du projet, il hocha d’abord la tête d'un air incrédule, car l’insuccès du Klorentin Verazzoni l'avait dégoûté de nouvelles expéditions dans les mers inconnues. Mais ayant aperçu je ne sais quel courtisan espagnol qui souriait ironiquement : « Foi de gentilhomme, reprit-il changeant soudain d'avis, vous avez raison, Chabot et de Mouy; nous aussi irons faire des conquêtes ès Terres-Neuves. Je voudrais hien connaître l’article du testament d’Adam qui lègue en entier l'héritage du Nouveau-Monde à mes cousins de Madrid et de Lisbonne. »
— Royalement parlé! fit Jacques en souriant.
— Min Gieu, ça n’est pas mal en tout pour un Francais, murmura Jean Morbihan, vieux Breton qui nonseulement ne pardonnait point à la reine Claude d’avoir, en 1515, consenti la cession définitive de la Bretagae à la France, mais ne croyuit même pas à cette cession, et nourrissait contre les Français un sentiment de haine d'autant plus vif qu’il était moins raisonné,
— Oui, reprit le vice-amiral, et tout de suite François [°° mit deux navires à votre disposition, maître Jacques, plus soixante hommes.
— Ah! dit Cartier, ce sont ces hommes qui ont été le} plus difficile à rassembler. Vous ne sauriez croire, mesM sire, combien de jalousies à suscitées autour de moi la fa M veur royale. Les marchands de cette ville se sont ligués M contre l’entreprise. Non contents de la décrier, ils ont | tout fait pour débaucher les gens que j’engageais, les cachant ou les faisant cacher dans l'espérance que je re-h noncerais à mon dessein. YŸ renoncer ! à ce dessein, le rêve ; de toute ma vie ! les insensés! Néanmoins, sans l’ordon- À nance que j’ai ohtenue de la cour de Saint-Malo, défen- # dant aux bourgeois et négociants de recéler mes mari- # niers et compagnons de mer, et sortir leurs navires du 4 port jusqu’à ce que mes équipages fussent complets, à M
peine de cinq cents écus d’amende; sans cette ordon-
nance qui fut rendue et proclamée le dix-neuvième jour de l’année dernière, je doute que j'aurais pu réunir le Ë monde nécessaire à l’expédition. Mais laissons là les 1 doléances, et permettez-moi, messire, de vous remer- M
cier d'être venu pour assister à notre embarque- ?
ment.
— Par Neptune! je n’aurais eu garde d’y manquer. |
Et vous croyez, maître, qu’il aura lieu demain ?
— Je le sounaite, dit Cartier, mais il faut que la brise change, et passe au sud-ouest, le vent favorable pour a sortir du golfe. Dans tous les cas mes mesures sont ; prises, mes gens enfermés à bord, et j'ai reçu la sainte |
communion aujourd’hui. Je pourrais mettre à la voile cette nuit même...
Comme il pronoucait ces paroles, dame Catherine, ne pouvant se contenir davantage, éclata en sanglots.
au pa s'emb des sa sa pré Ce 50 bénir
Sau
Un parut
l'a pa louve
— Non, non, tranquillise-toi, ma bonne femme,
êté le M <écria Jacques; non, je ne partirai pas cette nuit. PACE — Sice n’est pas cette nuit, ce sera demain, dit-elle i La fa- A
d'une voix profondément altérée.
— D'ailleurs, continua Cartier, refoulant ses propres émotions et pour donner un nouveau tour à l'entretien, cette soirée nous la devons à la gaieté, On célèbre ici les fiançailles de ma pupille Constance Dubreuil avec mon neveu Étienne Noël; et jose espérer, messire, acheva-t-il, en s'inclinant devant Charles de Mouy, que vous daignerez signer le contrat.
— Avec plaisir, avec plaisir, dit le vice-amiral; mais où donc sont les futurs ?
ligués 1 ils ont is, les jere-| le rêve rdon- À défen- # rmari- ® res du 1
ets, à à — Ce matin, la jeune fille est allée chez une amie, rom ® au pardon de Paramé. Quant à notre gars, comme il " 0 s'embarque avec moi, il a dû s'approcher aujourd’hni nir le &
des sacremcon!s. Et, après diner, on l’a envoyé chercher sa prétendue. Ils ne tarderont pas à arriver. On frappe. Ce sont enx sans doute, ou messire le recteur qui doit bénir la cérémonie. Gourmette, va ouvrir.
Saute-en-l’Air avait déjà obéi.
Un robuste jeune homme, haletant, à la mine effarée, parut dans la salle,
là les M emer- à arque- ?
quer. |
SRE #4 — Constance est-elle rentrée ? demanda-t-il d’un ton POULE KA auits s sont D ide dis ie
“+ S — Rentrée! Mais non, répondit dame Catherire, *e ja ® levant avec inquiétude.
l € . Li . Li , "e — Ah! mon Dieu! alors que lui est-il arrivé? On ne l'a pas vue de toute la journée à Paramé, repartit le
e, ne ;
nouveau venu, avec un accent de doulenr indicible, n 3