‹ Acques [i.e. Jacques] Cartier [microforme]Chapitre 8 sur 55 · ET ONE · texte numérisé non relu

ET ONE

— Que dis-tu là, Etienne ? s’écria Jacques Cartier, en NN —

se levant; quoi! on n’a pas vu Constance à Paramé”? Diva

— Non, mon oncle, pas de la journée! répondit le Bi — ;

jeune homme, les larmes aux yeux. A inlervi

— Sainte Vierge! quel nouveau malheur encore! — $ s’exclama la maîtresse de la maison, en joignant les Eaura c mains. Ds q

— Min Gieu, ça n’est pas possible ! ça n’est pas possi- cheuse, ble! grommelait Jean Morbihan d’un air consterné.

La vieille nourrice, étant sourde, regardait cette scène avec une sorte d’hébètement, et cherchait à en deviner la signification. Le mousse riait malicieusement sous cape, en prenant grand soin de n’être pas remarqué, | L’étonnement se peignait sur les traits du reste de la | compaghie.

| — Voyons, reprit Cartier, s'adressant à son neveu,

(|: ne pleure pas comme un enfant. Constance n’est point | ‘ | ?

a JACQUES CARTIER. 39

perdue. On la retrouvera. Tu es allé chez les darnes

1 Moreau? j Ù — Mais oui, mon oncle, ; ail M — Etontadit? an J — On m'a dit que Constance n’était pas venue au il 4 pardon, comme elle l'avait promis. F6 08 |

— Oh! fit la femme du pilote, je ne sais quel pressen- EN | | timent.… à il À — Bon, bon, Catherine, ne sois pas ainsi affolée, in- teptl L: terrompit maître Jacques. Constance n’a pu s’égarer. Il

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4 y a tout au plus une lieue d’ici à Paramé, Elle a fait cent EUR

4 fois lechemin… 1 r, en 5 — Mais les routes sont bien peu sûres, en ces temps! 4: i 6° observa dame Catherine. ke i dit le MM — Sile village où elle devait se rendre est près d’ici ! Li

AM intervint Charles de Mouy, avec un geste rassurant. |. tan — Sans deute, sans doute, dit Cartier. La jeune fille .

nt les Maura changé d’idée et sera allée visiter d’autres amis, dans quelque paroisse voisine. C’est une intrépide mar-

possi- Mcheuse... un caractère et un corps de fer. De

é. — Depuis quelques jours, elle paraissait soucieuse, PA nn: scène emarqua tristement Catherine. 4 | viner — Le fait est, murmura Jean Morbihan, que, depuis LA

sous Me huitaine, la jeune demoiselle était brumeuse comme . arqué. ane matinée de mars, dans l'ile où elle est née, da CN 1 ! ‘ ‘ de la MR": ,° — Que dis-tud fui cria Cartier.

— Oh! rien, rien en tout, répondit le vieux marin,

prenant de plus belle ardeur le rapiécetage de sa otte, U

eveu, point

De temps à autre, Lucas glissait un regard sournois sur les assistants.

— Je vous demande bien pardon, messire, dit maitre Jacques à Charles de Mouy.…

— Je vous comprends. Vous allez vous mettre à la M recherche de votre pupille. Avez-vons besoin de mes À

services”? Je laisserai mes gens à votre disposition. …, re ; 5 ‘ — Merci pour cette offre bienveillante, répondit Car-

tier, elle ajoute encore à ma dette de reconnaissance } envers Votre Seigneurie. Mais mon monde suffira, j'es- | père. Du reste, il n'y a pas encore lieu de se tourmen- } ter. Le couvre-feu n’est pas sonné. Constance peut ren- #

trer par la poterne du château. Le sergent de garde la

connaît, il ne manquerait pas de lui ouvrir si elle se pré- f

sentait au guichet.

— Je suis tout marri de ce qui vous advient, repartit le vice-amiral, et je souhaite sincèrement, maïtre Jacques, que votre anxiété ne se prolonge pas davantage, Mais, puisque mes services ne vous sont d’aucune utilité, je vais me retirer... et demain, si vous avez besoin de quelque chose, comptez sur moi.

Après ces mots, il se leva, s’approcha de la femme du pilote, prit courtoisement congé d’elle et sortit de la salle pour rentrer au château, où il avait pris ses quartiers.

— Min Gieu! je me charge de la retrouver, notre demoiselle, s’écria le vieux Jean Morbihan, chaussant vivement ses bottes, dès que le vice-amiral fut parti.

— Où vas-tu? où veux-tu aller? s'enquit Cartier, qui réfléchissait.

Jean Morbihau se gratta le front d'un air indécis.

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— Une idée, mon oncle! s’écria Étienne Noël.

— Voyons ton idée. À — Si Constance avait été chez nos parents de Saint- u 4 [5 à }

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«Ni Hydeuc. | | Al à la . | — Non, non, dit dame Catherine. Elle n’est pas à | l #7 Saint-Hydeuc; ou elle aurait passé à Paramé et s’y se- il rait arrètée pour ouir la sainte messe. ji paie — À quelle heure a-t-elle quitté la maison? interrogea ; | 1 na tiC maitre Jacques.

j'es- — Ce matin, à six heures.

men- — Mais que vous a-t-elle dit, ma tante? reprit vivetren- | ment Etienne.

dé: ta — Elle m’a dit qu’elle irait tout droit à Paramé,'où se pré: | elle était invitée et où elle assisterait à l'office divin avec les dames Moreau. Oh! combien je me repens de partit l'avoir laissée partir! Un pressentiment… h c: Jac — Allons, femme, laisse là tes pressentiments ! dit atage. Cartier, avec une teinte d'humeur. : | e uti- — Et que vous avez tort, maître! Da oui, c’est moi besoin qui vous l’assure, riposta Jean Morbihan ; les pressenti-

ments... j int

— Tais-toi! signifia le pilote sévèrement. Ce n’est #4 | Hi pas le temps de parler, mais d’agir. Holà! gourmette! |

— Me voici! me voici! dit, en se frottant les yeux, Lucas, qui feignait de dormir étendu sur un banc.

— Toi, tu vas courir au presbytère de Roteneuf,. Cest là que Constance a fait sa première communion; , peut-être est-elle allée voir le bon recteur.

— Çà, mon gars, mets tes jambes à ton cou! ajouta | le timonier, en appuyant ce conseil d’une vigoureuse

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42 LES GRANDS COUREURS D'AVENTURES, claque sur la partie la plus charnue du corps de Lucas qui, par un bond prodigieux, prouva aussitôt qu'il n’avait pas usurpé son sobriquet de Saute-en-l’Air.

— Toi, Jean, mon vieux camarade, tu vas gouverner 4 sur Saint-Hydeue, avec Étienne et Antoine, qui pren- M dront de nouvelles informations à Paramé, et moi, je 4 visiterai Saint-Servan, avec Charles,tandisque mon beau- À

frère fera avec ma femme des recherches dans la ville. — Volontiers, répondit Marc dJalobert d’un ton bourru.

— Et moi! me comptez-vous pour rien? si vous le À souffrez, je vous accompagnerai à Saint-Servan, maître À

Jaëques? insinua le notaire.

— Soit! consentit Cartier.

Et, s’approchant de la vieille nourrice, de plus en plus intriguée par ces mouvements et ces discours, dont elle commençait à soupçonner le sens, quoiqu'elle ne les comprit point parfaitement, il lui dit d’un ton bas qu'elle entendait assez bien, malgré sa grande surdité : :

— Ce n’est rien, bonne Manon; ce n’est rien; nous allons sortir, n’ayez inquiétude. Bientôt nous serons de retour. Veillez, en nous attendant ; et, si Constance rentre, qu’elle n’aille pas se coucher avant que je lui aie

parlé.

__ — Ettiens du bouillon chaud, nourrice; car la pauvre 1

Constance sera sans doute à demi morte de froid et de faim ! ajouta du même ton dame Catherine.

— Oui, oui, répondit la vieille, par un mouvement des lèvres plutôt qu'avec la voix,

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— Comment! tu es encore là, méchant morveux!

tonna Jean, en administrant une nouvelle gourmade au mousse qui semblait fort occupé à mettre ses souliers, et prêtait néanmoins une oreille curieuse à ce qui se disait autour de lui.

Lucas détala avec l’agilité d’un écolier surpris en faute par son magister.

—- Oh! pour l’amour de Dieu, ne battez donc pas ainsi ee pauvre enfant ! s'interposa dame Catherine.

— Bah! il en verra bien d’autres à la mer, et c’est pour l’y accoutumer, tout doucement, ce que j'en fais là, voyez-vous, patronne, dit le père Jean en haussant les épaules. |

Puis, se tournant vers Étienne Noël, dont le visage et la contenance portaient les traces d’une douleur amère : |

— Min Gieu, mon gars, faut paste dévaler comme ca! notre demoiselle n’est pas loin, c'est moi qui te le dis.

On la retrouvera; sois tranquille. Le père Jean aimerait

mieux ne pas s’embarquer demain que de lever l’ancre avant qu’on sache ce qu’elle est devenue.Tu oublies donc que c'est nous qui l’avons élevée, la vieille et moi; que je suis son premier nourricier.. Mais en route!

Tout le monde quitta la maison, hormis Manon et la servante,

La pluie avait cessé; et le vent tournait au sud- Ouest, |

De grandes éclaircies bleues crevaient les nuages serrés comme les mailles d’un réseau à la voûte céleste. Ainsi que des diamants, les étoiles brillaient sous ce dais

44 LES GRANDS COUREURS D'AVENTURES, magnifique que la lune éclairait larg it, par intervalles, de sa blanche et paisible lum:

Le couvre-feu sonnaït au mome a la famille Cartier se miten quête de Constance. Les portes de la ville venaient d’être fermées. Mais, en sa qualité de gendre du connétable, maitre Jacques put se les faire ouvrir à lui et aux siens. Tandis que Jean Morbihan, Antoine Desgranches et Étienne Noël partaient dans la direction qu'il leur avait indiquée, le pilote fouillait, avec son serviteur et Me Lesieu, Saint-Servan, qui était alors une dépendance, un faubourg de Saint-Malo, dont il ne sc sépara, pour avoir une existence municipale propre, qu'en 1789.

Mais toutes les investigations furent sans résultat. Personne de leurs connaissances n'avait vu Constance, ce dimanche-là. Vers minuit, Cartier rentra chez lui en À se berçant de l'espoir que sa femme ou ses autres émissaires auraient été plus heureux, si même la jeune fille n’était pas‘revenue au logis.

Il n’en fut rien. -

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Vainement dame Catherine et Marc Jalobert s'étaient par livrés à de minutieuses perquisitions dans la ville et À dans le port. Constance n'avait pas été aperçue de la ral journée. Interrogé s’il l’avait vue sortir dans la matinée, le sergent de garde à la porte du château ne se le rappe- se F lait pas. Et cependant il connaissait bien demoiselle | L Constance ! poi

La désolation de dame Catherine ne saurait se pein- dre; un chagrin profond envahissait le cœur de maitre - Jacques; instruite par la servante de ce qui se passait, jer

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JACQUES CARTIER, 45 la vieille nourrice sanglotait à fendre l’âme. C'est que si Constance n’était pas née des époux Cartier, elle était leur fille d’adoption depuis son bas-àge; et, n'ayant pas d'enfants, ils l'avaient élevée avec la tendresse d’uti père et d’une mère; ils la chérissaient comme telle; disons plus: ils l’idolàtraient.

Silencieuse, mélancolique, entrecoupée seulement de gros soupirs, fut alors la veillée, dans cette salle immense, devant le brasier agonisant.

Assis à leur place respective, Jacques et sa femme craignaient de parler. A peine osaient-ils se regarder.

Le cœur gonflé, les yeux secs, mais brülants, l'oreille aux aguets, l’un et l’autre épiaient Les bruits du dehors, pendant que la nourrice psalmodiait lentement les Litanies des Saints.

Tout à coup, Catherine se leva, et vint se jeter convulsivement dans les bras de son mari, qui àvait aussi quitté son siége pour la recevoir. Pendant quelques minutes, ils mêlèrent leurs larmes et leurs lamertations.

— Ah! ne part2z pas’ ia nom de Dieu! Jacques, ne partez pas demain! criait la jeune femme.

— Je te promets, répondit Cartier, que je ne m’éloignerai pas d'ici avant d’avoir des nouvelles de Constance.

— Vous me le jurez, n'est-ce pas”? reprit Catherine se pendant à son cou.

Le pilote l’entoura de ses bras, la pressa contre sa poitrine et repartit avec tendresse :

— Oui, ma bonne femme, je te le jure.

— C'est, dit Catherine, que ce voyage m’etfraie... uu je ne sais quoi.

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