INSTITUT DE FRANCE
L'Institut possède à la fois une bibliothèque et des archives. Ces deux dépôts, indépendants l'un de l'autre, ont été visités par l'accusé.
Bibliothèque de V Institut.
La plus précieuse des collections manuscrites de cette bibliothèque est la collection des Godefroy, famille de savants qui, de 1632 à 1681, ont rempli la charge d'historiographes de France et recueilli à ce litre des documents historiques, des pièces diplomatiques, des correspondances autographes réunis en 549 portefeuilles ou volumes in-folio. Avant 1848, les pièces de ce recueil n'avaient ni numéros, ni cotes, ni estampilles ; l'inventaire en était fort incomplet.
La justice a limité ses investigations à 22 portefeuilles qui ont été plus spécialement consultés par Libri ; ils sont intitulés Lettres, divisés par règnes et numérotés de 251 à 275. La plupart des lettres des rois de France ou de personnages illustres qu'ils contenaient ne s'y retrouvent plus aujourd'hui. - Le portefeuille n° 254 mentionne des pièces signées de Charles VII et de Louis XL 11 n'en reste pas une.
Une liasse porte : « Lettres du règne de Charles VIII en original ; il y en a treize signées de la main de ce prince. » On en retrouve neuf en totalité et pas une qui soit signée de la main de Charles VIII.
Au dos du tome n° 255, on lit : « Il y a une lettre originale de Calvin, d'une belle écriture, dans Varticle de Henri II; il y a une lettre de François I er qui recommande Jean Benoisse pour être procureur du roi et de la ville. » Ces deu* pièces ont disparu.
Les volumes suivants n'ont pas été plus respectés ; mais il importe de signaler les lettres qui, soustraites aux collections de l'Institut, se retrouvent dans les ventes de Libri.
Il manque dans le tome n° 265 une Correspondance tout entière de Henri IV avec Marguerite, sa première femme. Une seule de ces lettres a paru dans le commerce, et c'est dans une des ventes de Libri.
11 manque dans le tome n° 266 des lettres de l'avocat gênérai Servin à sa femme. La seule qu'on ait vue dans le commerce a figuré dans une vente de Libri.
Il manque dans le tome n° 267 : 1° des lettres du maréchal à? Ancre ; 2° des lettres du connétable de Luynes ; 3° des lettres de Balzac. On les retrouve, en certain nombre, dans les ventes de Libri.
Il manque dans le n° 273 : 1° des lettres d'Anne d'Autriche au chancelier Séguier; 2° des lettres de Af ,u de Montpen- Her au même ; 3° des lettres d'Arnauld d'Andilly au même ; 4° des lettres de Christine de Suède à Maxarin ; 6° deux lettres de Chanut, ambassadeur de Suède. On voit dans les rentes de Libri des lettres de ces divers personnages, notamment deux lettres de Chanut.
C'est à partir de 1837 et jusqu'en 1846 que Libri a mis en vente ces lettres et divers opuscules autographes émanés des Godefroy, pièces qui proviennent, sans aucun doute, de la bibliothèque de l'Institut.
Cette bibliothèque possédait, en outre, des lettres adressées aux Godefroy par Dupuy, Michel de Marillac, Ducangc, Gobelin, Pélisson, Bergeron, de Lionne (le ministre), Colbert, Mathieu Mole, Achille de Ilarlay, Peiresc, les frères de Sainte- Marthe, Camuzat, le maréchal Fabert, etc. On retrouve ces lettres, au moins en partie, dans les ventes Libri.
Le catalogue des manuscrits vendus à lord Ashhurnham porte : Correspondance et manuscrits inédits de Th. Godefroy, savant jurisconsulte et historien français, 2 vol. in-f», sur papier, 17" siècle, autographe. »
On a saisi, au domicile de Libri, 53 pièces (environ un demi-volume in-f°), qui, comme celles de la collection, sont annotées quelquefois assez longuement de la main de Théodore, de Denis ou de Jean Godefroy, et, parmi ces pièces, il y a une lettre de Charles VIII. On a vu que toutes les lettres de ce prince avaient disparu.
Les papiers de Libri ne révèlent nullement les acquisitions qu'il aurait pu faire de pièces si précieuses et d'une origine si manifestement suspecte.
Les soustractions ont été faciles dans trois autres recueils, dont les pièces ne sont ni cotées, ni estampillées, ni inventoriées. Ce sont 1° la Correspondance de Henri et d'Adrien de Valois; 2° celle de Guichenon; 3° Lettres originales, écrites à Scévole de Sainte -Marthe. Or, les experts constatent que Libri est le premier qui ait fait paraître dans ses ventes, depuis 1837, des lettres adressées aux Valois et à Guichenon. On a trouvé chez lui trois lettres écrites aux Valois, par un savant nommé Bigot, dont le nom n'a jusqu'ici figuré sur aucun catalogue de vente, et trois adresses de lettres à Guichenon.
Une note d'une écriture ancienne et jointe au volume des Lettres à Scévole de Sainte- Marthe, indique, non pas le nombre des lettres qu'il renferme, mais les noms de ceux qui les ont écrites, par exemple, de Ronsard, de Casaubon, d'Etienne Pasquier, de N. Rigault, de Robert Estienne, de Scudéry, etc.
Ces noms se retrouvent dans les ventes de Libri, et les lettres de ces personnages ont disparu de la bibliothèque. Libri a laissé à son domicile une lettre de Joseph de la Seala à Scévole de Sainte- Marthe. Elle provient évidemment du volume de l'Institut, où elle était placée entre deux lettres du même, Tune de Iô86, l'autre de 1598. L'intitulé, les dates, les notes mises au dos de celte lettre sont de la môme écriture aue l'intitulé, les notes et dates des autres pièces. Elle porte des traces d'arrachement, et Ton remarque des vestiges semblables à la place qu'elle occupait. Cette lettre ne pouvait foire partie du recueil acheté par Libri, à la vente Perrin de Sanson ; car les lettres de ce recueil étaient adressées, non à Scévolc de Sainte-Marthe, mais bien à ses fils, connus sous le nom de frères Sainte -Marthe.
L'Institut possède 12 volumes de manuscrits de Léonard de Vinci, transportés, en 1797, de la bibliothèque Ambrosienne de Milan à Paris. Ces volumes, ou plutôt ces cahiers, écrits à rebours» comme tous les manuscrits de Léonard de Vinci, et remplis de dessins, sont cotés de A à M et numérotés par feuillet. Ils sont renfermés dans un meuble dont le bibliothécaire a la clef, et très-rarement communiqués.
Libri les a longuement et minutieusement étudiés; c'est ce que prouve une note de sa main trouvée à son domicile ; elle est en italien, et quelques mots sont écrits en caractères slénographiques.
Dix volumes sont restés complets ; il n'en est pas de même des deux autres. Le volume À a perdu 50 feuillets ; le volume B, 16. Tous les deux portent des traces de déchirures. Ces feuillets n'avaient pas encore disparu en 1838 et 1810, époque de la publication du 1" et du 3 e volume de V Histoire des Sciences mathématiques, où ils sont cités par Libri.
Deux personnes seulement ont travaillé sur ces manuscrits après l'accusé, toutes deux parfaitement honorables. L'une d'elles s'étant aperçue des lacunes, s'est empressée de les signaler au bibliothécaire, M. Landresse.
En 1845, le catalogue d'une des ventes de Libri annonçait sous le n° 423 : « Vinci (Leonardo), dessin original fait à la a plume, 2 pages in-4 w , etc. Ces deux pages sont remplies « d'écritures autographes tracées à rebours. » Jusque-là on n'avait encore vu dans les ventes publiques qu'un seul autographe de Léonard de Vinci. Ces deux pages furent vendues 200 fr. A s'en tenir au préjudice matériel souffert par l'Institut, ce préjudice a été considérable, puisqu'il a perdu soixante- six feuillets ou cent trente-deux pages de Léonard de Vinci.
On lit dans le catalogue des manuscrits vendus & lord
Ashburnham : « Deux volâmes remplis d'écritures et de « dessins de Léonard de Vinci; deux volumes in- 4° sur pa- « pier, lô' siècle. Précieux manuscrit autographe. » Les manuscrits n'ont pas été soumis à l'examen des experts. Us sont du même format que ceux de l'Institut.
Si les papiers de Libri mentionnent des acquisitions qu'il aurait faites de quelques ouvrages de Léonard de Vinci, ces ouvrages ne sauraient être confondus avec les autographes enlevés à la bibliothèque de l'Institut et ceux que Libri a mis en vente. Un de ces ouvrages, par exemple, est un tr<Uiato délia pittura en deux volumes. Il a été payé 2l) fr. Ce prix dit assez que ce n'était pas un autographe.
M. P. Lacroix, dans sa lettre du 24 juin 1849, à M. le juge d'instruction, annonce que a des pièces authentiques venues de Florence prouvent qu'en 1827 (suivant la lettre originale, et, en 1823, suivant la même lettre imprimée), il (Libri) était devenu acquéreur des autographes de Léonard de Vinci. » Cette preuve reste à faire ; en tout cas, elle appellera une attentive vérification ; il faudra justifier d'acquisitions bien importantes pour expliquer les ventes faites à lord Ashburnham.
Archives de V Institut.
Les archives de l'Institut, placées sous une surveillance spéciale, ne sont accessibles qu'aux académiciens.
Les ouvrages de science et les inventions nouvelles étant soumis a l'approbation de l'Académie qui les fait examiner par des rapporteurs choisis dans son sein, les archives devraient seules posséder les documents de ce genre, qui sont autant de précieux autographes émanés des célébrités de la science française. De tels documenta ne peuvent entrer dans le commerce. Aussi, jusqu'en 1839, les ventes publiques n'en offrirent pas un seul. On y avait bien rencontré des lettres autographes de d'Alembert, Buffon, Cassini, Condorcet, Fontanelle, Lalande, etc.; mais ce fut une nouveauté que la mise en vente, à la date du 27 février 1839, de deux rapports, l'un de Clairaut et d'Alembert, l'autre de d'Alembert et Lemonnier, sur des ouvrages soumis à l'Académie; et cette nouveauté était due a Libri. C'est encore lui, et lui seul, d'après les constatations de l'expertise, qui a vendu des documents du même genre, notamment deux autres rapports de d'Alembert.
Quarante-six rapports écrits ou signés par Buffon, Vaucanson, Cassini, d'Alembert, Laplace, Condorcet, Legendrc, de Jussieu, Fourcroy, etc., ont été trouvés dans les papiers
de Libri. C'est plus qu'il n'en a paru dans toutes les ventes, et ces documents n'ont pas encore figuré sur les catalogues. On a saisi en même temps de nombreuses lettres adressées par diverses personnes a Bignon, Mairan, secrétaires de l'Académie des sciences, et à Le beau, secrétaire de l'Académie des inscriptions ; deux notes, dont une de la main de Bignon, sur l'état des pensions des membres de l'Académie des sciences en 1725; une note scientifique du géographe de l'Isle, lue à l'Académie des sciences en 1726; diverses autres notes analogues déposées à l'Académie des sciences ou des inscriptions; six lettres de ministres adressées aux présidents ou directeurs de l'Académie des sciences de 1775 à 1799, et qui trouvent leur place dans le carton ir 35 des Archives ; une chemise vide sur laquelle on lit : <« Procès-verbal des expé- « riences de M. Lavoisier. . . déposé à l'Académie le 7 dé- « cembre 1773. » Le mémoire que cette chemise renfermait a été vendu par Libri, sous le n° 265, le 16 avril 1846, comme étant, d'après le catalogue, des plus importants pour la science de la chimie. La provenance de ces lettres et rapports ne peut être un instant douteuse; ce sont des documents qui appartiennent nécessairement aux Archives. Que peut-il d'ailleurs manquer à la preuve de la soustraction, quand on découvre, en même temps, un procès-verbal original d'une séance de l'Académie des sciences signé La pi a ce, Lacépède et Prony ; puis une quittance rédigée et signée par Euler, pour le prix qu'il remporta à l'Académie des sciences en 1772? On a saisi, en outre, cinq lettres autographes laissant encore voir les traces d'une estampille ovale, imprimée à l'encre rouge, représentant un soleil au milieu de trois fleurs de lis, et qu'on a tenté d'enlever à l'aide d'un acide. Celte estampille appartient à l'Institut. La première est de Renaldini à RobervaL On ne connaît pas de lettre de Renaldini qui ait passé dans les ventes. La seconde est de Torricelli au Père Mersenne. 11 n'a paru dans le commerce qu'une seule lettre de Torricelli, mais elle était adressée à Roberval, et c'est Libri qui la mettait en vente en 1846. Dans le catalogue des manuscrits vendus par Libri à lord Ashburnbam, on lit sous le n° 1238 : « Correspondance « inédite et autographe de Torricelli avec le père Merci senne, précieux manuscrit infolh, 17* siècle, sur papier. » Or, d'une part, on ne trouve pas trace, dans les papiers de Libri, de l'acquisition qu'il aurait faite de ces lettres ; d'autre part, le carton n° 29 des Archives renferme une chemise intitulée Lettres de Torricelli à Carcavi, Roberval, Mersenne; et il ne reste dans celte chemise qu'une copie d'une lettre de Torricelli au Père Mersenne. Quant aux trois autres lettres,
dont deux de Borda, rien non pi a s n'en justifie la possession entre les mains de Libri.
Au catalogue des manuscrits Tendus à lord Ashburnham, figure un article ainsi conçu : « Manuscrits inédits et auto- « graphes de Frcnicle, célèbre géomètre français du 17 siè- « cle (très-important), in-folio sur papier. » Or, le carton n° 33 des Archives contient l'indication d'ouvrages de Frénicle qui ont disparu. On lit, dans le même catalogue : a Correspondance inédite et autographe de Descartes avec « le P. Mersenne. Précieux manuscrit in-folio et in-4°, « 17 e siècle sur papier. » Le même carton n° 33, indique soixante-cinq lettres de Descartes au P. Mersenne, qui ne s'y trouvent plus. Le carton 27 renferme une chemise intitulée « Lettres de Descartes au P. Mersenne et au chevalier Car « vendish, etc. » On n'y voit plus que trois lettres adressées au P. Mersenne.
En 1836, Libri a acheté à la vente Perrin de Sanson un recueil de lettres adressées à Gassendi , qui renfermait, d'après les énonciations du catalogue, au moins une et peutêtre plusieurs lettres de Descartes au P. Mersenne. Depuis celle époque, il s'est rendu acquéreur des papiers d'Arbogast, contenant, dit-il, de nombreux autographes, notamment de Descaries. Mais alors même qu'il justifierait de l'acquisition légitime d'un certain nombre de ces pièces, il resterait toujours à sa charge le fait de la détention inexplicable de documents nécessairement soustraits à l'Institut.
Bibliothèque nationale.
a Une pièce séparée, dit le témoin Claude, employé à la « Bibliothèque nationale, au département des manuscrits, la « salle Frérel, servant de dépôt provisoire et absolument « interdite au public, était mise à la disposition de M. Li- « bri... Il y travaillait seul, les portes fermées; il y a « compulsé la collection Baluze ej. plusieurs autres, d
Un jour que Libri voulait rester seul à la Bibliothèque après la fermeture, comme cela lui était arrivé plusieurs fois, M. Hase, qui était de service, crut devoir s'y opposer, bien que son observation eût été faite avec mesure et convenance, il reçut de Libri, le soir même, une provocation en duel, malgré ses 60 ans.
L'instruction a dû limiter ses recherches à certaines collections plus spécialement explorées par l'accusé.
Collection Baluze. — Cette collection comprend tous les papiers qui ont appartenu au savant Etienne Baluze, bibliothécaire de Colbert. Ses fonctions et ses relations avec d'éminents personnages lui avaient permis de rassembler
de précieux documents, des lettres politiques ou scientifiques qui forment aujourd'hui 379 volumes in-folio. En 1810, celte collection était dans un ordre parfait, pourrue d'un double catalogue, mais sans cote, sans estampille. C'est en 1843 seulement qu'elle fut cotée, estampillée et reliée. — A cette époque on put constater des lacunes considérables.
Un grand nombre de pièces détournées de la collection Baluze se sont retrouvées soit dans les ventes de Libri, soit à son domicile.
L'armoire n* 4 renfermait quatre liasses contenant une correspondance politique de M. de Marca, évéque de Conférons, avec les ministres Letellier, Mazarin, etc., pendant les années 1644 à 1651, relativement aux affaires de la Catalogne. Deux notes de la main de Libri et saisies à son domicile prouvent qu'il a compulsé les quatre liasses. Or, à l'une de ses ventes qui, ainsi qu'on l'a dit, se faisaient ou sous le nom d'aulrui, ou sous un nom supposé (vente Charon, 16 avril 1846, n° 298), figure une lettre autographe si-
Î;née de P. de Marca au cardinal Mazarin, datée de Barccone, 23 mars 16 i8, et le catalogue ajoute : « Se plaint de différente personnages de la Catalogne ; » à une autre de ses ventes (vente Riffet, n° 468), on rencontre une autre lettre, sans date de P. de Marca au chancelier.
Dans l'armoire n° 5 était une liasse de pièces originales écrites par de Malherbe à M. de Bullion, son parent, et une autre liasse contenant divers opuscules, notamment Beroaldus de Labyrintho. La première liasse manque tout entière, et la seconde a perdu le Beroaldus. Or, dans une des ventes de Libri (vente Charon, n° 41), on voit un « Beroalde de Vcrville. Lettre autographe, dit le. catalogue, a à la suite de laquelle se trouve une dissertation de deux « pages in-folio, également autographe, sur la forme des an- « ciens labyrinthes ; » à la même vente, sous le n° 20, une lettre de Malherbe à M. de Bullion, du 10 novembre 1620; à une autre vente (vente Goltlieb W., n° 298), une lettre du même à M. de Bullion, en date du 13 mars 1614.
Enfin le catalogue des manuscrits vendus à lord Ashburnham mentionne 4 volumes in-folio de lettres et manuscrits divers, tous autographes de Malherbe.
La même armoire n* 5 renfermait deux fascicules intitulés l'un : « Lettre de divers officiers à la reine de Sararre (Jeanne d'Albret); » l'autre, « Lettres à la reine de Ntimrre et au prince de Navarre, par Catherine de Mcdici.s et Charles IX. » Dans les ventes de Libri on trouve : \ v une lettre de Gaspard île Coligny à la reine de Navarre, smis l;\.
date du 13 janvier 1669 (vente Charon, du 8 décembre 1846) ; 2° des lettres de Catherine de Médicis à la reine de Navarre (vente Jacob et vente Charon, du 16 avril 1846).
Le premier article du portefeuille n° 1 de l'armoire 6 était un recueil ayant pour tilre : « Remarquée sur diverses pièces qui ont été faites au sujet du règlement que le roi veut faire touchant tes maisons religieuses, 1667, » ce recueil a disparu; et dans un des catalogues de Libri (vente Charon, du (6 avril 1846, n° 21), on lit : « Baluze. Recueil de pièces relatives au règlement que le roi veut faire touchant les maisons religieuses, 26 pages petit in-folio, entièrement écrites par Baluze. On y a joint une lettre autographe signée, à Colbert, du 15 octobre 1673, avec des notes en marge de la main de Colbert. »
L'armoire 6 et l'armoire 7 contenaient des « lettres écrites au duc Bernard de Saxe-Weimar par plusieurs personnes (1636 à 1639)-, » des n lettres du roi et de la reine au duc de Weimar et du duc de Wetmar au roi (1636 à 1639); » « trois lettres autographes de Hugo Grotius au duc de Saxe en 1636; » enfin des « lettres écrites par le roi ou ses ministres, et papiers divers relatifs aux missions de M* de Sabran à Gènes, à Vienne et à Londres, »
La liasse renfermant ces dernières lettres est mentionnée dans une note prise par Libri sur la collection Baluze.
Or, des lettres qui viennent d'être rappelées, un bon nombre ne se retrouvent plus, et on les voit passer dans les ventes Libri. Ainsi on y rencontre des lettres écrites au duc de Saxe-Weimar par 1° Hugo Grotius, sous la date du 19-29 octobre 1637 (vente Gottlieb, n* 2S9); '> Gaston d'Orléans, sous la date du 17 avril 1638 (même vente, n° 19); 3° Boutiquier de Chavigny, sous la date du 19 mars 1638 (vente Charon du 8 décembre 181.5, n° 99); une lettre d'Abc! Servien à M. de Sabran, en date du 26 novembre 1631 (vente Charon du 16 avril 1846, n* 3 <1).
En outre, au domicile de Libri, on a saisi deux lettres adressées à M. de Sabran à Gênes, en 163*, et signées Servyen; une lettre au même, de Victor Amédée, duc de Savoie, en date du 6 décembre 1637; une lettre au duc de Weimar, par la princesse de Salm Chrestienne de Croy ; enfin une lettre au même, par Bouthillier de Chavigny, en date du 25 juillet 163S. Celte pièce porte au dos la cote armoire 6, écrite de la main de l'employé Lalandc, un des rédacteurs du catalogue Baluze.
De la collection Baluze faisaient encore partie : 1* des n lettre^ écrites au duc d'Orléans, par Marie de Médicis, sa « mère, et par Anne d'Autriche, sa belle-sœur. » (Liasse %,
art- 2, paquet 8.); — la liasse entière a disparu ; 2° des» lettres « écrites à Bal me, et quelques-unes de lui, dont les plus re- « marquables sont celles à lui écrites de Rome par D. D. Maa billon et Claude Estiennot» (Liasse 1, paquet 9); 3° la « correspondance bibliographique très-étendue entre M. Col- « bert, ministre y M. Colbert 9 coadjuteur de Rouen, et M* Ba- « luxe, concernant le travail de leurs bibliothèques, » (Paquet 10 , n° 3.) Cette correspondance a de nombreuses lacunes.
Or, dans les ventes Libri ûgurent 1* quatorze lettres écrites a Gaston, duc d'Orléans, par Marie de Médicis; 2° sept lettres écrites à Baluxe par Mabillon, Rome, 9 octobre 1 686 ; le P. Quesnel, 29 mars 1680; Magliabechi, 26 décembre 1681 et 1 6 mai 1684 ; Grœvius, Utrecht, 29 novembre 1686, et une autre lettre sans date; Beauvilliers (le duc de), 3 juillet, sans autre date ; 3° dix lettres ou billets de Colbert à Baluxe, et de Baluze aux Colbert, relatif à des envois de manuscrits, à des emprunts ou acquisitions de livres, a des arrangements de bibliothèques.
Au domicile de Libri ont été saisis : 1° une lettre en date du 12 septembre 1627, de Marie de Médicis à Gaston, doc d'Orléans, son fils; 2° une lettre de J. Georges Kulpis a Baluxe, Strasbourg, 30 août 1683; 3* deux lettres, Tune de Baluze à Colbert,. du 22 janvier 1670, l'autre de Colbert à Baluze, du 30 juin 1 676 ; trois billets de Colbert à Baluze, en date des 1" mai,. 15 mai, 14 juillet 1681. Ces billets et lettres ont pour objet des demandes de livres, des projets de catalogue, des détails de bibliothèques. La date des trois billets, tous les trois de 1681, ne saurait passer inaperçue. Dans la correspondance de Baluze, qui contient actuellement environ trois cents lettres et embrasse un intervalle de vingt-quatre années, du 4 avril 1667 au 29 avril 169l, on passe brusquement, par suite d'une lacune considérable, du 7 septembre 1680 au 28 décembre 1681. Une autre particularité mérite d'être remarquée : la lettre du 22 janvier 1 670, de Baluze à Colbert, trouvée au domicile de Libri, est relative à un changement de catalogue, changement dont Colbert, par sa réponse en marge, se montre peu satisfait. Or, la suite de cet incident se trouve dans la collection de la Bibliothèque nationale. (Paquet 10, n° 3.)
Quand Libri est détenteur de pièces dont l'origine est manifestement établie cl bien connue de lui, qu'il a pu compulser seul, libre de toute surveillance; quand on cherche vainement dans ses papiers la trace des acquisitions qu'il aurait pu faire et qu'on le voit néanmoins vendre des volumes entiers de ces autographes, une telle possession de-
vient une charge accablante, et il paraît bien difficile, pour ne pas dire impossible, de la justifier.
Correspondance de Boulliau. — La correspondance de Boulliau, célèbre astronome du 17* siècle, se compose de trente-neuf volumes in-folio, qui ont été reliés vers 1831 et 1832. Libri Ta consultée.
Dans vingl-cinq volumes environ, l'expertise a constaté des traces évidentes de soustraction. Vingt pièces qui manquent à la collection figurent dans les ventes de Libri. Quatre ont été trouvées à son domicile; une de ces quatre pièces, qui est une lettre originale de Bourdelot, a été l'objet d'une expertise spéciale. Elle a élé détachée du vingt- quatrième volume de la correspondance. Les experts, après avoir comparé le papier de la lettre et le papier de la souche qui était restée à la Bibliothèque nationale, en ont reconnu la parfaite identité; c'est, disent- ils, la même vergeure, le même serré, la même transparence, la même vétusté, la même force; c'est la même dislance et le même nombre des lignes parallèles dites pontuseaux. Au milieu de la feuille à gauche, un filigrane transparent représente unegr.ippe de raisin. Cette grappe se retrouve partie dans la souche, partie dans la lettre; et ces deux parties rapprochées Tune de l'autre s'adaptent avec une parfaite exactitude. 11 en est de même de la lettre et de la souche dont les dimensions sont idenliques et qui, lorsque l'une est présentée à l'autre, se correspondent et s'unissent sur tous les points de manière à faire corps ensemble. Enfin, un petit défaut provenant du séchage et existant dans la lettre se trouve continué dans la souche.
Des constatations non moins décisives ont été faites sur une lettre d'Hévélius appartenant à l'Observatoire et saisie* au domicile de Libri. Ces faits parlent assez d'eux-mêmes pour que le raisonnement n'y puisse rien ajouter.
Correspondance de Peiresc. — Les papiers et manuscrits du savant Peiresc, conseiller au parlement d'Aix, se trouvent en dépôt dans plusieurs bibliothèques publiques, à Paris, à Carpenlras, à Montpellier, et la Bibliothèque nationale possède dix volumes in-folio de sa correspondance. Us ont été reliés vers 183 1. M. Guérard, conservateur adjoint, a numéroté les pièces des six premiers volumes en 1833, et JV1. Claude les pièces des autres volumes vers 1846. C'est à cette dernière époque qu'elles ont clé toutes estampillées.
Libri a consulté cette collection, où l'on remarque de fréquentes lacunes et des traces d'arrachement. Dans ses ventes ont passé des autographes que leur objet, leurs dates, les annotations ainsi que les noms propres rattachent à la correspondance de Peiresc. Telles sont les lettres de Saumaûr,
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de Rigaut, de Dupuy, de Naudé, de Chifflet, de Diodati, de Duchesnc, de Oodefroy (ventes RifTel, Saint-Julien, Canazar). Ces lettres manquent au dixième volume de la correspondance. Quatre adresses de ces lettres sont restées jointes à la collection. Une note mise sur une de ces adresses indique la date du 2 juin 1632 pour une lettre de Chifflet qui a disparu. On retrouve précisément dans une vente de Libri (vente Riflet, n° 416) une a lettre de Chifflet de 1632. » Sur une autre adresse, on lit : « Diodati, 29 décembre 1634, d et une a lettre de Diodati de 1634 » figure à la vente Uiffet, sous le n° 421. Une leltre de Merscnne à Peiresc a été vendue par Libri avec cette particularilé remarquable : l'épreuve du catalogue trouvée au domicile de l'accusé énonçait bien que la lettre était adressée à Peiresc ; mais dans le catalogue publié, ce dernier nom avait disparu. On avait procédé de même pour des lettres adressées à Hévélius et à Dupuy. A l'aide de cette précaution, on n'éveillait ni l'attention des bibliothécaires, ni les soupçons des acquéreurs.
Une lettre de Campanella à Peiresc du 24 février 1636 a été saisie au domicile de Libri. Elle provient du tome VI de la collection. Au haut de la première page on voit encore la trace d'un numéro qui a été gratté. Mais pour cette pièce la prescription est acquise.
Collection Dupuy. — La collection des lettres, pièces et documents historiques réunis par les frères Dupuy, gardes de la bibliothèque du roi, se compose de 970 volumes infolio, pour lesquels il existe un inventaire succinct des pièces renfermées dans chaque volume et une table des matières par ordre alphabétique.
Cette collection, explorée par Libri, présente de nombreuses lacunes. Les investigations se sont concentrées sur quelques volumes seulement.
Volume 708. Lettres de Casaubon. — Toutes les lettres de ce volume, consacré à la correspondance du célèbre hellé^ niste Casaubon avec le président de Thou, sont numérotées en chiffres romains, et un inventaire placé en tète du volume donne à la fois la date, le numéro et la première ligne de chacune d'elles. Ces indications précises ont -permis de constater l'absence de 21 lettres.
Avant 1836, « l'autographe de Casaubon, dit le Manuel de V amateur d? autographes, par Fontaine, bien que recherché, n'avait point encore passé dans les ventes. » C'est dans celles de Libri qu'on en voit pour la première fois, et l'an y trouve précisément des lettres ayant les dates des lettres enlevées et qui sont indiquées sur l'inventaire : Tune d'elles, datée du 26 février 1612, était dénuée de suscription. Le
catalogue Libri l'annonçait néanmoins comme « très-probablement adressée a de Thou. » Celait même certain pour qui en connaissait la provenance; mais cette connaissance ne pouvait être avouée, le doute était prudent.
D'autres lettres de Casaubon, sans date, figurent dans les ventes de l'accusé. Postérieurement à ses premières ventes, on rencontre dans le commerce des autographes qui onl évidemment appartenu à la collection Dupuy. Ainsi une lettre de Casaubon, à laquelle l'inventaire donne le n° 77, a été achetée aux enchères à Londres au mots de décembre 1848. Mais, ainsi que le font observer les experts, des lots d'autographes ont été cédés par Libri à des libraires français ou étrangers et jetés ainsi dans la circulation.
On a saisi : 1° au domicile de M. Cbaron une lettre de Casaubon à de Thou, datée du 27 novembre 1611 et portant encore le n° 46 sous lequel elle est indiquée à l'inventaire Dupuy ; 2° au domicile de Libri, une lettre du même à de Thou en date du l #r mars 1612, sur laquelle on voit le n° 54 de l'inventaire et des traces de déchirures. Vainement a-t-on cherché dans les papiers de Libri les indices d'une acquisition qu'il aurait pu taire des lettres de Casaubon à de Thou.
Volume 714. Lettres de Rubens. — Ce volume, qui contenait les lettres de Rubens à Dupuy, de 1626 à 1629, n'en a conservé que 27.
Il y a des traces d'arrachement entre une lettre du 20 mai 1627 et une autre du 12 août, même année. Dans la vente du 8 décembre 1845, sous le n* 366 figure une lettre du 30 mai 1625 ; mais cette date n'est pas exacte, la date réelle, est 1627. Le contenu de la lettre indiqué sur le catalogue, prouve qu'elle a été écrite durant le siège de La Rochelle, c'est-à-dire de 1627 à 1628 et non en '6?5. Au premier aspect, l'autographe semblait ne pouvoir provenir de la Bibliothèque nationale, qui ne possède pas, sous la date de 1625, de lettre adressée par Rubens à Dupuy.
11 y a des traces d'arrachement entre une lettre du 30. septembre et une autre du II novembre 1627. Dans les yentes de Libri (Riffet et Saint-Julien figurent deux lettres de Rubens, l'une de 1627, sans autre date, l'autre du 21 octobre même année, qui se placent bien, comme on le voit, entre le 30 septembre et le 1 1 novembre.
Il y a des traces d'arrachement entre une lettre du 13 mars 1628 et une autre du 16 avril même année. Cne lettre, de Rubens, du 23 mars 1628, a passé dans la vente Gottlieb. Le catalogue publié n'indique pas a qui cette lettre est. adressée; mais l'épreuve portait Kubtns à Dupuy.
Il y a des traces d'arrachement entre les lettres du 29 juin et du 14 juillet 1628. A Tune des ventes de Libri
g;nte S***, n° 161), on rencontre une lettre de Rubens, du juin 1640. Cette date de 1640 est fausse comme celle de 1625 ; ainsi que la lettre du 30 mai, la lettre du 29 juin a été écrite pendant le siège de La Rochelle ; elle est de
11 y a des traces d'arrachement après la lettre du 14 juillet 1628, et dans une vente Libri (vente du bibliophile Jacob) se trouve une lettre de Rubens, du 2h février 1629. Libri est le premier qui ait mis dans le commerce les autographes de Rubens. On s'adressait même à lui pour en obtenir à l'amiable; c'est ce que {prouvent plusieurs lettres saisies à son domicile.
Volume 688. Lettrée de Rubens, de Galilée, de Gassendi, de Camden, etc. — - Les pièces de ce volume étaient inventoriées ; on y voit de nombreuses lacunes.
Il y manque notamment une pièce ainsi désignée sur l'inventaire : « Inscript, àutogr. de Rubens, manière exacte de peser. » On a saisi chez Je sieur Gharon une lettre de Rubens, qui porte la marque évidente de tentatives de raccommodage , ayant pour but de dissimuler des traces de déchirure. Au haut de la première page, on lit ces mots de la main de Dupuy : Maniera exactissima da pesare.
Des lettres de Galilée, de Heinsius, de Barclay , de Camden ont également disparu. On en rencontre fréquemment de ces trois derniers personnages dans les ventes Libri; on y voit aussi trois autographes de Galilée (ventes S***, n° 167, du 8 décembre 1846 ; ir 172, du 16 avril 1846 ; n° 194). Auparavant, une seule lettre de Galilée avait paru dans le commerce.
Le même volume a perdu des traités de Gassendi, intitulé sur l'i nven taire : « Isles flottantes, maculœ solares, éclipse de 163.5. » Or, parmi les documents autographes vendus à lord Ashburnham, se trouve un manuscrit de Gassendi, désigné sous ce titre : Commentaria de rébus astronomicis.
Enfin, un alphabet cophte, porté sur l'inventaire et qui manque à la collection, a été saisi au domicile de Libri.
Volume 707. Lettres du président de Thou. — Plusieurs piècesont été soustraites de ce volume qui contient les lettres du président de Thou à Casaubon. Une de ces lettres, du 25 août 1612, a passé dans la vente Libri du 8 avril 1841, et le volume 707 a précisément une lacune du 10 juillet 1612 au l* r octobre de la même année. L'adresse d'une autre lettre écrite a Casaubon par le même et portant la date du 29 décembre 1612, a été trouvée au domicile de Libri. Or,
dans le volume il existe une lacune du 25 octobre 1612 au 24 mars 1618.
Volumell 3. Lettrée de Saumaise, — Dans ce recueil de lettres adressées par Saumaise à Du pu y, de 1617 à 1639, l'expertise a constaté de nombreuses soustractions. Antérieurement aux ventes Libri, aucune lettre de Saumaise n avait été vue dans le commerce. Les catalogues de vente de Libri nous en présentent quatre qui, par leurs dates, rentrent dans la période qu'embrasse le volume 713. Une lettre de Saumaise, détournée de ce volume, a été rachetée à Londres par la Bibliothèque nationale.
Volumes 716-719. Lettres de Peiresc. — Ces volumes renferment, entre au très pièces, une série de lettres de Peiresc à Dupuy. Libri est le premier qui ait produit des autographes de Peiresc dans les ventes publiques. On en voit deux, sous les dates des 16 juin 1630 et 1* juillet 1627, aux ventes des 8 avril 1844 et 8 décembre 1845; une autre, sous la date du 30 juin 1639, à la vente Gottlieb. L'épreuve du catalogue porte que cette dernière lettre est adressée à Dupuy. Libri a vendu à lord Ashburnham cinq volumes in-folio de lettres et manuscrits de Peiresc ; on en a saisi à son domicile un paquet considérable. L'instruction n'a pas trouvé trace d'une seule acquisition.
DÉPARTEMENTS
L'expertise a constaté dans les bibliothèques de Carpen • tras et de Montpellier des soustractions d'autographes se rattachant à l'affaire Libri.
Carpentras.
La bibliothèque de Carpentras conserve une partie de l*aivcienne collection formée par Peiresc.
En 184 1 , ce recueil formant 86 volumes était en bon état ; c'est ce qu'atteste une note de Libri. Cette note se rencontre. au milieu de beaucoup d'autres dans un cahier contenant des détails fort circonstanciés sur les manuscrits de Carpentras, et qui, par la date du 18 janvier 1841, qu'on voit au feuillet 22 verso, paraît avoir servi à Libri lors de sa tournée de 1840-1841. Elle est ainsi conçue : « Il y a 86 volumes, « tous en bon état, si l'on en excepte 2 ou 3, auxquels il « manque quelques feuillets. » Libri avait minutieusement compulsé ce recueil, et l'on n'en veut d'autre preuve que les. cahiers de notes qu'il a rédigés.
Des 86 volumes, 4 1 étaient anciennement paginés, et vers 184 ô, le bibliothécaire actuel de Carpentras, M. I^ambert, a. inventorié page par jwge toute la collection.
Une vérification minutieuse, faite avec le plus grand soin, sous les yeux du bibliothécaire, a établi que 1738 feuillets avaient disparu des 41 volumes anciennement paginés. Les volumes étant en bon étal en 1841, et la soustraction ne portant pas sur les pièces inventoriées en 1845, c'est entre ces deux époques que se placent les détournements.
Dans l'intervalle de Tune à l'autre, en 1842, Libri fît un voyage à Carpcutras. 11 travailla dans la bibliothèque, sur la collection de Peiresc, avec une liberté que ne gênait aucune surveillance.
Or, indépendamment des autographes de Peiresc, que l'instruction soutient avoir été détournés de la Bibliothèque nationale, on a trouvé chez Libri 343 feuillets paraissant provenir de la collection de Carpentras.
Ces feuillets ont été envoyés dans cette ville et rapprochés des lacunes qui viennent d'être signalées Sur les 343 feuillets, 295 ont retrouvé leur place dans le recueil. Les numéros de ces feuillets sont exactement ceux des feuillets absents ; les chiffres sont tracés par la même plume, enfin il y a identité de sujet. Nul doute ne peut donc s'élever sur leur provenance.
L'instruction, on l'a dit, n'a.pu découvrir où Libri aurait légitimement acquis des manuscrits de Peiresc, et cependant elle saisit à son domicile 295 feuillets qui sont à la fois une partie seulement des 1738 feuillets enlevés à Carpentras et un reste de ceux qu'il a vendus. Il se trouve en même temps que plusieurs de ces feuillets sont précisément ceux que ses notes avaient analysés. Comment, d'ailleurs, Libri aurait-il pu consentir à acheter des autographes qu'il avait attentivement étudiés, dont pour lui l'origine n'était pas douteuse et qui auraient été nécessairement soustraits d'un dépôt public ?
Un recueil de la même bibliothèque intitulé : Lettres écrites par divers savants à M, de Mazaagues, a perdu 74 feuillets, qui devaient contenir, entre autres, des lettres de Mont' faucon, de Jacob Spon et du P. Lclong. Des lettres de ces personnages figurent dans les ventes publiques de Libri. Enfin on a trouvé à son domicile le 46* feuillet du premier volume de ce recueil. Ce feuillet avait conservé son numéro.
Montpellier.
L'instruction a déjà montré Libri visitant, en 1841 et 1842, la bibliothèque de la Faculté de médecine de iMonlpellier.
Cette bibliothèque possède les manuscrits de la reine Christine, qui forment une double collection : l'une ne renferme guère que des copies ; on n'y a remarqué aucune soustraction. L'autre, en quinze volumes in-folio, contient les mi-
notes et papiers de la reine et les originaux des lettres qui lui étaient adressées par les personnages les plus illustres de son époque. Celle dernière collection n'a pas été respectée.
Les volumes 4, 6, 7, 8 et 10 ont été paginés dans le dernier siècle. On y a constaté la disparition de 173 feuillets.
Dans les ventes Libri ont figuré beaucoup de lettres de la reine Christine, et Ton a saisi à son domicile un cahier de ces lettres portant le titre : Medaglioni délia regina Christina. Les experts l'ont rapproché dune lacune' existant dans le 8* volume de la collection. Voici comment Us s'expriment sur ce point : « En le rapprochant du volume, on a ne peut guère douter qu'il n'en ait fait originairement « partie ; et, bien qu'on ait enlevé, au moyen de ciseaux « ou d'un canif, les numéros écrits au haut des pages de ce « cahier, tout nous fa»t supposer qu'il a dû être placé jadis « entre les feuillets 95 et 118. » Dans cette appréciation, les experts ont eu à tenir compte de la dimension des feuillets, du rapport des dates, de la place occupée par les numéros, en un mot, de toutes les circonstances propres à établir l'identité.
Libri, dans le catalogue détaillé qu'il adressait au ministre en décembre 1841, disait du 8* volume de la collection : « 11 y manque beaucoup de pièces. » Mais cette circonstance ne suffît certainement pas pour écarter de lui des charges qui ont leur gravité. Il lui reste à expliquer la possession des autographes trouvés en son domicile. Tout dans ces pièces annonçait qu'elles avaient été volées. Signaler une lacune, c'était un moyen d'éloigner le soupçon qu'il en fût l'auteur ; ce n'était pas se créer un obstacle. On verra d'ailleurs qu'il avait su rentrer en possession du catalogue de 184 1 . Que peuvent enfin les inductions contre le fait d'une détention que rien ne justifie, qui, à raison de 1a nature des pièces, de la suppression des numéros, serait déjà suspecte et qui le devient bien autrement quand ces pièces se retrouvent entre les mains d'un homme qui peut, sans hésitation, reconnaître d'où elles viennent ?
Une lettre officielle de Libri, écrite en 1841» mentionne un recueil fort important conservé aussi à la bibliothèque de Montpellier sous la cote H. 272. C'est un volume de lettres adressées i Aide Manuce, « volume, dit-il, qui contient une « lettre de Tasse et une de Pierre Arétin. » Cette dernière lettre, qui portait le n° 149, a disparu, ce qui a été facile à constater par la pagination et l'inventaire placé en tète du volume. Au catalogue de la vente Libri, du 16 avril (846, on rencontre un article ainsi conçu : « Arétin (Pietro Aretino) lettre
h autographe à Paul Manuce , célèbre imprimeur. » — « Nous ne doutons pas, disent les experts, que cette lettre « ne soit celle qui devait se trouver dans le volume dont « nous nous occupons, sous le n* 149. » Les lettres d'Arélin sont, en effet, très-rares, et celle qui a été vendue par Libri est précisément, comme celle de Montpellier, adressée à Manuce. Jusqu'en 1848, cinq lettres seulement d'Arétin ont passé dans les ventes, et de ces cinq lettres une seule était adressée à Paul Manuce ; c'est celle qui a été vendue par Libri. Si l'identité est indubitable, il est certain, d'une part, que la soustraction a eu lieu depuis 1841, puisqu'à cette dernière époque, Libri signalait l'existence de la lettre dans la bibliothèque de Montpellier ; d'autre part, que cette mention ne l'a nullement empêché, ici comme ailleurs, de s'approprier l'autographe qu'il avait désigne.
La défense de l'accusé sur les autographes et les manuscrits est à peu près nulle. Il lui aurait fallu, dit-il , des moyens bien caractérisés afin de constater Videntité des pièces, par exemple l'indication de la date, du format... Les collections publiques ont été mises au pillage. Les autographes qui en provenaient se sont répandus dans le commerce. Il en a acheté partout, les preuves en sont dans ses mains. Il faudrait établir l'identité des pièces saisies à son domicile et de celles qui ont été perdues par les bibliothèques.
Rien n'a été négligé pour assurer la constatation de cette identité.
Peut-elle être douteuse aux yeux de Libri lui-même, quand il s'agit notamment des rapports de l'Académie, des procèsverbaux, des mémoires,... des autographes analysés dans ses notes et retrouvés chez lui avec leurs numéros d'ordre, de tous ceux qui n'existent pas en double exemplaire et que leurs titres désignent suffisamment ?
Les généralités dans lesquelles se réfugie l'accusé semblent attester l'impuissance où il est de présenter une sérieuse justification.
Manuscrits,
Libri, après avoir tenté de vendre ses manuscrits, d'abord au British muséum, puis au gouvernement sarde, les a définitivement cédés à lord Ashburnham, en mars 1847, au prix de 200,000 fr. Cette riche collection se composait de mille neuf cent un articles, et formait environ deux mille deux cents volumes.
Lord Ashburnham prit vis-à-vis de Libri l'engagement d'honneur de garder le phis profond secret sur l'affaire qui
se réglait entre eux. C'est ce qu'atteste un écrit trouvé au domicile de ce dernier (1).
A l'aide de divers documents, l'instruction a recherché l'origine de tant de richesses soustraites à son examen. Elle est arrivée à constater que, sur huit cents manuscrits environ dont on ne voit aucune trace d'acquisition de la part de Libri, quatre-vingt-treize seraient antérieurs au 12 e siècle, savoir : six du 6 e siècle, cinq du 6 e , quatre du 7*, trois du 8*, quarante-sept du 9 e , douze du 10 e , seize du 11 e .
On se demande comment un simple particulier a pu, avec des ressources fort ordinaires, réunir tant de précieuses raretés qui, depuis lontemps, ne se trouvent plus que dans les bibliothèques publiques.
Les ventes publiques offrent peu de manuscrits antérieure au 12 e siècle. La bibliothèque de la duchesse de Berry, dont le libraire chargé de la vente disait que depuis plus de trente ans il ne s'était pas présenté de collection aussi précieuse au point de vue de l'antiquité, ne comptait que vingt-neuf manuscrits antérieurs au 12 e siècle, savoir : seize du 11% dix du 10 e , deux du 9 e , un du 6 e . La collection Gianftiippi, la célèbre bibliothèque du comte Bou tour lin étaient moins riches encore. Libri, à lui seul, en possède quatre-vingttreize : et Ton a beau interroger ses factures, ses papiers, les catalogues de toutes les ventes effectuées à Paris, on ne peut justifier cette possession.
Paris,
Dans le catalogue des ouvrages cédés à lord Àshburnham, figurent plusieurs manuscrits que leurs titres semblent rattacher à la Bibliothèque nationale , où des manuscrits semblables ont été dérobés. On a même saisi au domicile de Libri un feuillet arraché à la garde d'un manuscrit provenant évidemment de la Bibliothèque nationale, dont il porte encore l'estampille ; mais l'instruction n'a pu déterminer le volume auquel il appartenait, et n'a pas voulu s'arrêter à ces indices qui manquaient de portée et surtout de précision.
Quatre volumes (VBévélius, ayant l'estampille de la bibliothèque de l'Observatoire, ont encore été trouvés chez Libri.
(1) Lord Asbburnham ignorait, on n'en saurait douter un instant, le véritable motif qoi portait son vendeur a désirer le silence. Voici comment il s'exprime dans une de* lettres relatives à cette négociation : « Permettez-moi de vous assurer, avant d'aller plus loin, que je considère ebacnne de vos communications comme strictement confidentielle et que je suis obligé d'honneur à ne Taire la moindre mention d'absolument rien de ce qui s'est passé entre nous, à n'importa quelle personne que ce soit sans ?otre permission, m
Ces volumes ont-ils été empruntés, ont-ils été soustraits ? Bien que le prêt n'ait pas été établi, dans le doute, l'instruction a mieux aimé croire à un prêt qu'à une soustraction.
Dans le catalogue de la vente Ashburnbam, on voit un manuscrit ainsi désigné : « Liber de naturis rerum, in-folio* vélin, 14« siècle, 1307, très-important, encyclopédie scientifique inédite. » Or, la bibliothèque de l'Arsenal a prêté à Libri, en 1837 , un manuscrit intitulé sur l'inventaire : « De naturis rerum (sciences et arts, n° 6) » et décrit en ces termes sur le livre de prêt : « De naturis rerum , 1307 * un volume, pleine reliure, veau fauve. »
L'identité ne parait pas douteuse; mais le livre a été prêté* et le détournement échappe à l'action de la loi.
DÉPARTEMENTS
La justice a porté ses investigations, a-t-on dit, sur sept bibliothèques de départements.
Avant d'exposer les résultats obtenus, il convient de rappeler un fait qui a son importance.
En 1841, Libri obtint du ministre de l'instruction publique l'autorisation de consulter les catalogues des manuscrits de plusieurs bibliothèques départementales confiées à la garde d'un chef de bureau* Ces documents furent mis à sa disposition. Bien qu'il fût convenu que la communication aurait lieu sans déplacement, il profita de l'absence de ce chef de bureau pour emporter les catalogues.
Il fut, il est vrai, autorisé par le ministre à les conserver lors du voyage qu'il fit dans la même année. A son retour, on le chargea, sur sa demande, de la rédaction définitive de ces catalogues. 11 eut soin de se faire remettre et les lettres et les catalogues qu'il avait lui-même adressés au ministre pendant sa mission. De cette manière, en même temps qu'il savait les richesses que possédaient les bibliothèques de province, et qu'il lui était facile de connaître les manuscrits non catalogués, il avait encore tous les moyens de dissimuler les soustractions qu'il aurait faites, eussent-elles porté sur des manuscrits mentionnés dans ses notes, ses catalogues ou sa correspondance. Ces documents, qu'il avait obtenus comme membre de la commission des manuscrits, qu'il devait restituer , il les avait conservés, bien qu'il ne fit plus partie de cette commission depuis plusieurs années. On en a retrouvé une partie dans ses papiers.
Troyes, Lyon, Grenoble, Âix, Auxerre, Montpellier. Un an avant la mission de Libri, les manuscrits de la bi-
bliotbèque de Troyes avaient été inventoriés par M. Ra vaisson, inspecteur général des bibliothèques. Libri, à qui cet inventaire fut remis lors de sa mission, ne l'a pas rendu. On ne Ta pas trouvé à son domicile. Qu'est- il devenu?
A cette époque, la moitié environ des manuscrits de cette riche bibliothèque n'était pas cataloguée. Dans cette partie, les détournements étaient faciles, et il n'était guère possible de les constater. L'instruction a établi néanmoins que deux manuscrits latins d'un grand prix avaient disparu. Ce sont !• Un dialogue sur la musique, d'Eudes de Cluny; 2° Un traité des rites du baptême, par Jessé.
11 faut se hâter de reconnaître que, pour cette double disparition et pour les soustractions de manuscrits commises dans les bibliothèques de Lyon, Grenoble, Aix, Auxerre, Montpellier, l'instruction n'a recueilli aucun renseignement précis qui permit de les imputer à Libri.
Carpentras.
La commission qui fut, en 1 842, chargée d'inventorier les manuscrits de la bibliothèque de Carpentras a constaté la perte de plusieurs ouvrages précieux.
Un manuscrit coté 3K3 était ainsi désigné sur l'inventaire de la bibliothèque : € /{ Cortegiano di Castialione, in-folio, » sans autre indication. Ce manuscrit» qu il importe de ne pas confondre avec l'ouvrage imprimé portant le même titre dont il a été précédemment question, existait encore sur les rayons en 1841. Libri, dans un catalogue qu'il envoyait à cette époque au ministre, le mentionnait en ces termes : « II Cortegiano di B. Castiglione (cm note del tempo et correxioné), in-folio, papier, 16 e siècle. » En 1842, il avait disparu.
Or, dans le catalogue des manuscrits vendus à lord Ashburnham, on lit, sous le n° 1606 : « Castiglione. Il Cortegiano, in-folio sur papier, 16' siècle. C'est le manuscrit au* tographe de l'auteur avec une foule de corrections. Sur la première page, Paul Manuce a écrit le nom de Grolier. Ce volume (à la reliure de Grolier) est le seul manuscrit qu'on sache avoir appartenu a ce célèbre amateur. »
L'instruction a été justement frappée des caractères d'identité qui se révèlent entre le manuscrit de Carpentras et celui de lord Ashburnham ; elle a vainement tenté de remonter à la source de l'acquisition que Libri en aurait pu faire.
La bibliothèque de Carpentras possédait aussi un Dante ainsi désigné sur l'inventaire de Carpentras : « Dante (Divina comedia) in-8« vélin, relié en maroquin muge. » Libri
le désignait ainsi dans son catalogue envoyé au ministre etl 1841 : « la Divina comedia di Dante (Di Tommaseo SpineUi, « 1463) in-16, 15* siècle. »
On se rappelle qu'en 1842 ce manuscrit n'existait plus à la bibliothèque; que Libri l'avait eu à sa disposition; qu'après son départ et en rangeant les documents par lui consultés, on n'avait plus retrouvé la Dwina comedia, et que, par respect pour un nom cher à la science, on avait mis le détournement sur le compte d'un visiteur M ranger.
Or, le catalogue des manuscrits cédés à lord Àshburnham porte, sous le n* 406 : « Dante, Divina comedia (fort joli) in-16, carré, 15 f siècle, vélin. » La mention in «8* de l'inventaire de Carpentras aurait pu laisser croire d'abord à une dissemblance ; mais Libri, décrivant ce même ouvrage dans son catalogue adressé au ministre, le signale comme in-16.
Deux autres manuscrits sont désignés sur l'inventaire de Carpentras , le premier sous ce titre : a Guill. Piacentino, « Trattato di chirurgia, in-fol. ; » le deuxième sous ce litre i n Poggiu$(3. F.), Panegyricus ad Emmanuelem regem, in-fol. , « vélin, a On retrouve dans le catalogue de la vente faite à lord Ashburnham les mêmes manuscrits ainsi mentionnés : « !• Guillelmo daPiacenxa, Trattato di chirurgia, in-fol., « 14* siècle, sur papier; beau manuscrit d'un ouvrage cité par « l'Académie de la Crusca (important). » 2* Poggii Floren- « Hni Panegyricus ad Emmanueltm PortugaUiœ regem, in-4* a sur vélin, 15* siècle. »
Malgré ces rapports d'analogie, l'instruction n'a pas mis ces deux derniers ouvrages au nombre de ceux dont l'accusé doit compte à la justice.
On ne saurait passer sous silence les manœuvres employées par Libri, pour s'approprier, au préjudice de la bibliothèque de Carpentras, de riches manuscrits, lui qui avait reçu mission du Gouvernement d'en constater l'existence et d'en assurer la conservation. Le 20 mai 184 1, dans une lettre adressée au bibliothécaire, qui donna sa démission en 1842, il lui fait, pour la première fois, mais d'une manière vague, une proposition d'échange. Dans une lettre du 12 septembre 1813, il lui exprime le désir d'avoir « quelques manuscrits incomplets en provençal, ainsi qu'un frag- « ment d'un manuscrit grec, qui est une espèce de missel et « qui est également incomplet. Ces livres, dit-il, ne sont a d'aucune utilité pour la ville. » Enfin, il ajoute : « Si vous m pouvez aider à cet échange vous me ferez plaisir; et s'il « réussit, je m'engage à prendre une nouvelle souscription à « votre Castre plus nombreuse que la première. » Libri avait en effet, souscrit, en 1842, pour vingt exemplaires à
fi fr. (soit I ?0 fr.), à un ouvrage publié par ce bibliothécaire sur la taure de Pétrarque. La retraite de ce dernier ne permettait pas de donner suite i ces déloyales propositions. Quant à ces manuscrits incomplets, inutile* à la ville, et convoités par Libri, il n'est pas.inutile de rappeler qu'en 1842, il citait lui-même, dans le Journal dés savants, comme étant du plus grand intérêt, les manuscrits en langue provençale de la bibliothèque de Carpentras, et un évangéliaire grec manuscrit, qui parait bien être l'ouvrage adroitement mentionné sous la désignation vague, une espèce de missel. C'était faire entendre que ce manuscrit était peu important, et n'avait dû laisser qu'un souvenir confus.
Libri ne s'est pas présenté devant le juge d'instruction, mais il s'est défendu. Cette défense, quelquefois violente, toujours habile, se jette dans des détails où la vérité est trop souvent altérée et révèle toutes les ressources d'un esprit souple autant qu'audacieux. Il y a du calcul jusque dans sa témérité. Ses mémoires imprimés contrastent avec celui qu'il a produit devant la chambre des mises en accusation : dans les premiers, il est à côté des charges de l'instruction, les détails abondent ; dans l'autre, il faut répondre aux chefs de la prévention, sa réserve est extrême ; sous ses indications incomplètes on sent non la confiance d'un homme sans reproche, mais la crainte de se trahir par la netteté et la précision. Le soin de son honneur devait l'amener devant la justice, il l'a compris. Aussi veut-il être un proscrit, victime de la vengeance populaire. « Les dictateurs, a-t-il dit, n'ont « jamais eu la vie longue; les temps changeront. Alors, « quoi qu'il arrive, j'irai à Paris. » Libri est toujours à Londres. La justice lui demande compte de nombreux détournements commis dans des dépôts publics; elle produit ses preuves ; il faut y répondre et non crier à la persécution.
Ces détournements sont inadmissibles, répond-on; son caractère, sa position scientiûque devaient suffire pour écarter les soupçons. Lui, qui déplorait la dilapidation de nos collections publiques, qui encourageait la publication des catalogues, lui, qui prêtait les mains à la description Adèle, détaillée, au signalement des manuscrits, il aurait spolié ces bibliothèques qu'il se plaisait à enrichir, témoin celles de Carpentras, la Mazarine, la Bibliothèque nationale et les archives de Florence Ml y a là une invraisemblance devant laquelle doivent tomber toutes les charges de l'instruction,
La position scientiûque de Libri devait, en effet, le protéger et Fa protégé réellement contre le soupçon. C'est là ce qui explique la marche suivie, en 1846 et 1847, par le chef
du parquet, la discrétion et la lenteur inévitable de ses recherches ; c'est là ce qui a retardé la découverte de la vérité. Tant qu'il a été permis à la justice de douter, elle a douté; elle eût été heureuse de ne pas rencontrer de charges ; elle serait heureuse d'espérer une justification. Mais si les faits sont bien établis, n'y a-i-il pas quelque imprudence à rappeler trop complaisamment tout ce qui devait prémunir Libri contre les suggestions delà cupidité? Les faits ne deviennentils pas plus graves, précisément parce qu'ils étaient plus invraisemblables ?
Libri a publié, il est vrai, en 1842, dans le Journal des savants, une notice sur les manuscrits de plusieurs bibliothèques départementales. Il en décrit un certain nombre ; il y exprime le regret que les catalogues ne contiennent pas la description fidèle, exacte de chaque manuscrit et de toutes les pièces qu'il contient; qu'ils ne donnent pas l'âge et les circonstances paléograpbiquea les plus remarquables qui s'y rattachent. Mais, quand on veut réduire ce fait à sa propre valeur, on se demande quel danger il pouvait y avoir pour lui à décrire, par exemple, quelques-uns des manuscrits de la bibliothèque de Troyes, qui en possède des milliers. On y apercevrait même un certain avantage, celui d'écarter les soupçons, de se créer au besoin un moyen de défense; mais la justice ne s'arrête pas à de simples conjectures, elle veut des faits. Si donc elle démontre que tel manuscrit, tel autographe, tel ouvrage imprimé a été soustrait d'une bibliothèque publique; si ce document, portant encore la preuve de son origine, malgré les frauduleuses altérations qu'il a subies, se trouve en la possession de Libri (ou de ses acquéreurs), de Libri qui, pour se l'approprier, a eu des facilités bien regrettables ; si les faits de cette nature se reproduisent, à l'égard de divers établissements publics, avec les mêmes caractères, avec l'emploi des mêmes moyens, que deviennent les prétendues invraisemblances? Les vraisemblances doivent-elles prévaloir sur la réalité ? 11 s'agit de faits, l'accusation croit les établir ; c'est à l'accusé de les détruire.
La munificence de Libri aurait enrichi plusieurs bibliothèques ! Quant à celle de Carpentras et à la Maiarine, on sait désormais à quoi s'en tenir. Il faut voir maintenant ce qu'il en est de ses libéralités projetées à l'égard de la Bibliothèque nationale et des archives de Florence.
A l'en croire, il avait eu l'intention d'offrir ses riches collections à la Bibliothèque nationale. Il y mettait, de son aveu, trois conditions : J° réunir ses livres et manuscrits dans une même salle portant son nom ; 2" Me jamais séparer des autres, sous aucun prétexte, même pour un instant».
un seul de ces volâmes ; 3 # en faire paraître le catatoguo dans un temps donné, m A m» grande surprise, dit-il, ma proposition ne rencontra que des obstacles. » Cette offre se réduit à quelques mots échangés après un dîner entre l'administrateur de la Bibliothèque nationale et Libri. Celui-ci avait dit vaguement qu'il pourrait peut-être un jour faire un beau don à la Bibliothèque nationale (alors royale) si M. V administrateur le voulait, A quoi Tinter locuteur avait répondu quil accepterait avec grand plaisir. La conversation n'alla pas plus loin, ni l'offre non plus. Sérieusement faite, cette offre eût été accueillie. L'administrateur a déclaré qu'on n'eût pas hésité à faire fléchir le règlement ; on s>n est bien écarté pour satisfaire à la tolonté d'un testateur, M. Bcck, disposant, en faveur du déparlement des médailles, d'une valeur bien moins considérable, d'une valeur de 30,000 fr. 11 eût suffi, ajoute le même témoin, d'une lettre au ministre compétent ou mime au conservateur de la bibHothèque, pour engager Vaf faire dans une voie sûre et pour §a conduire à un résultat positif.
En 1S44, l'accusé avait obtenu, par l'entremise du ministre de France en Toscane, l'autorisation de faire des recherches dans les archives de Florence. Mais^il ne tarda pas à en être éconduit par un employé qui lui signifia le retrait de cette autorisation. C'était, au moins en apparence, une atteinte grave à l'honneur de Libri. De hautes influences politiques intervinrent en sa faveur et déterminèrent le gouvernement de Toscane à une réparation bien tardive. Ce fut en i84tf seulement qu'il rendit un arrêté présentant l'interdiction comme une mesure générale et ne concernant en aucune manière M. le chevalier, professeur, Guillaume Libri, Celui ci, qui avait adressé au ministre de Toscane une dénonciation sur des vols d'autographes commis dans les archives, se piqua au feu, suivant son expression, et s'efforça de prouver que ces vols étaient imputables aux employés. Dans ce but, il acheta du sieur Charon 821 lettres autographes italiennes. Il fit rédiger de cette vente un acte notarié, en présence de témoins, et la quittance du prix d'acquisition fut déposée parmi les minutes du notaire» Les pièces parvinrent ensuite au gouvernement de Toscane avec une expédition des actes de vente et de dépôt. Ces autographes avaient clé vendus au sieur Charon par un Italien, qui connaissait intimement Libri et le tutoyait dans sa correspondance. Le prix porté dans l'acte notarié est de 2, 100 fr. ; le prix réellement payé n'est que de 1,600 fr. Or, qu'est -il arrivé? Le grand duc de Toscane, et c'était facile à i>révoir, n'a voulu accepter les autographes qu'en
tenant compte à Libri (les 2,400 fr. que celui-ci était censé avoir déboursés. De telle sorte que «et acte de munificence devient, en fin de compte, une bonne opération. Il faut ajouter que l'accusé goûtait en même temps le plaisir de la vengeance et que tant de zèle à dénoncer des soustractions semblait devoir effacer jusqu'à la dernière trace les soupçons qui l'avaient humilié.
Pour expliquer la découverte des documents accusateurs tombés dans les mains de la justice, on a eu recours à un moyen qui mettrait la défense parfaitement à Taise : M . Libri y a-t-on dit, a fait des achats en bloc, son* examen anti-rieur ni postérieur, de parties 4e livres considérables. Quelques feuillets sont entrés à son insu dans des amas de papiers achetés sans triage% D'abord on reconnaîtra que les bibliophiles ne procèdent pas habituellement ainsi : ils recherchent avec une attention curieuse et ils découvrent facilement dans un ouvrage ce qui en fait le prix et la rareté. Ensuite les volumes, les manuscrits, dont ou reproche à Libri le détournement, sont tellement précieux que, dans Thypothèse même d'une vente en bloc, le possesseur les lui aurait signalés. Enfin leur nombre, les circonstances dans lesquelles ils ont disparu des bibliothèques pour se retrouver en la possession de Libri, les artifices auxquels on a eu recours pour les rendre méconnaissables, tout repousse l'idée qu'il en aurait ignoré l'origine, qu'il les aurait possédés à son insu ou vendus innocemment.
De la défense, on n'a pas craint de passer à l'attaque et l'on s'est permis contre les délégués de la justice d'odieuses insinuations : Une feuille de papier, a-t-on dit, pénètre plus aisément quun volume par-dessous les scellés. Libri, de son côté, a écrit à M. de Falloux (p. 23) : « J'ai laissé chez moi « pour environ 4ô,0G0 fr. de valeurs de différente nature : « des billets à ordre, des bons, des actions industrielles, etc.. « Au moment opportun je fournirai la preuve que ces va- « leurs ont disparu de chez moi, sans que j'aie pu savoir « ce qu'elles sont devenues. Tout annonce qu'elles ont dû « être soustraites dans les violations si fréquentes que mon « domicile a subies. » La passion conseille mal. Comment ! Libri aurait abandonné dans son domicile 45,0 fr. de valeurs, quand il prenait soin de faire enlever, non-seulement ses 18 caisses de livres, mais encore les 25 on 30,000 volumes de sa bibliothèque, quand il recommandait de brûler ses papiers, quand il quittait la France ! Oublie-t-il donc que, depuis sa fuite, son appartement, confié à la garde do son domestique, n'a plus été accessible qu'à ses amis, jusqu'au 22 mars, jour où la justice, avant toute nomination d'e\|UTU,.
s'y transportait elle-même pour n'.y plus trouver que le* gros meubles et consfaler l'enlèvement de ce qui les avait garnis ? Ces indignes récriminations doivent se taire devant la justice. Elles serviraient mal la cause réduite à de si tristes expédients. D'ailleurs les faits ne s'écroulent pas sous la violence des invectives ; quoi qu'on fasse, il faut bien compter avec eux. Or, après avoir été soumis au contrôle le plus attentif, le plus sévère, ceux qui viennent à la charge de Libri sont exactement précisés. * Existent-ils ? n'existent-ils pas ? L'indignation, fût-elle sincère, ne saurait dispenser d'une réponse.
En conséquence, Guillaume-Bru tus-Timoléon Libri, absent, est accusé,
D'avoir, à différentes époques, remontant à moins de dix ans, soustrait, frauduleusement, diverses pièces contenues dans des dépôts publics, et consistant en livres imprimés, en autographes et en manuscrits, savoir :
Premièrement, dans la bibliothèque Maxarine, à Paris, Les imprimés :
1° Pétrarque, gli Triomphi, 1475, Bologne, in-folio. 2° A. Cinthio, Origine delli volgari Proverbi, Venise, 1626, in-folio.
3° Homerus, de Bello trojano, Paris, 1498, in-4°. 4° Faccio degli Uberti, opéra chiamato , ditta Afurutt , Venise, 150l,in-4°.
ô° Boccaccio, la Teseîde, Venise, 1528, in -4* (recueil). 6° Pulci, il Driadeo, in- 4° (recueil.) 7° Gornazani, de Fide et vila Ghristi, 1472, in-4* (recueil).
8° Laurent de Médicis, Canzone a Ballo, Florence, 1 668, in-4° (recueil).
9° Justus de Gomitibus, la Bella Mano, Venise, 1474, in-4° (recueil).
10° Boiardo, Sonetti e Ganxone, Heggio, 1499, in-4* (recueil).
11° Boiardo, Timone, Scandiano, 1600, in-4* (recueil). 12° F. de Lodovici, l'Anthco gigante, Venise, 1624, in-4°.
13° Ariosto, Orlando Furioso, Milan, 1624, in-4*. 14° P. Bembo, Rime, 1635, Venise, in-4*.
15* Galeomyomachia.
16° ASneas Silvius, Historia de duobus amantibus, in-4" (recueil.)
17° Pétrarque, Epislola de Historié Griseldis, in-4*(recueil). 18° Libro del Esforcado Cavallero Partenuples, Burgos, 1547, in-4*, gothique.
19° Dante, Gonvivio, Florence, 1490, in-4*.
20° Phalaris Epistole, tradncte del latino da Bartol. Fontio, 1471, in-4*.
21° Seneque Epistole, in-4 9 , Rome, 1475.
22° Pamphyli, poette lepidissimi, Epigrammatum libri quatuor.
23° Antonio di Tempo, de Rhythmis vulgaribus, Venise, 1509, in-8° gothique (recueil).
24° N. Bossi : Dfiscorsi intorno alla tragedia, Vicence, 1589, in-8" (recueil).
25° N. Rossi : Discorsi intorno alla comedia, Vicence, 1689, in-8° (recueil).
26° Boccace : Dialogo d'amore, in- 12, Paris, 1624 (arraché d'un recueil).
27° Laurent de Médicis : Poésie vulgari, Venise , 1554, in-8°.
28° Angelo Politiano, Gose vulgari, Venise, 161)4, in -8°.
29° Rinaldo appassionato, Venise, 1638, in-8°. , 30 Tarchagnota, l'Adone, 1660, in-8° (arraché d'un recueil).
31° S trac. Campana, Lamento soprà el malo incognito, Venise, 1523, in -8° (arraché d'un recueil).
32° Clitia : L'infelice A more..., Venise, 1553.
33° Gino da Ptstoia et Buonaccorso da Montegnano, Rome, 1659, in-8-.
34° Et 23 pièces suivantes, formant un volume sous le n° 21,960 de la bibliothèque Mazarine :
1° Ariosto Stanze tramudade par el dottor Partesanon, Venise, 1694, in-8°.
2° G. G. Groce, Vita, Gesti... dal gigante dello Sgarmiglialo, in-8\
3° G. P. Baglione, Lamento..., Pérouze, 1595, in -8°.
4° Li nomi et cognomi di tutte le provincie e Gitta d'Europa, Sienne, in-8°.
5° V. Nicolai Opéra nova molta bella dimandata, in-8°.
6° Ant. da José : La Speranza di poveri, Naples, in-8°.
7° Successo bellissimo d'amore d'an Giardiniera, 1594, in-8°.
8° Lamento e morte di Bened. Mangone, in -8 e .
9° Vanto et Lamento délia Gortigiana Perrarese, in-8°.
10° G. Accolti lo grande ammazzaraento de Papari, etc., Rome, 1595, in-8°.
11° P. di Pabritio, Opéra nova sopra l'abbondanza, in -8°.
12* G. Accolti Allegrezza de poveri, Roma, 1593, in -8*.
13° Gapitolio di Guccagna, in-8°.
14° R. Gieco, Fioretto e sciella di Vilanelle, Perwze, in-8",
16° Ganzone et Barzelette ridiculose, in- 8°,
16° G. C. Croce : Canaone di Maddona disdignoat, Bologne, 1694, in-8°.
17° J. SiraonMartini: Arpaliceamorosa Orvieto, 1694, in-8 - .
18° G. -G. Bruoetto : Opéra nova di dui amanti, Nsples, 1595, in-8».
19° B. Bellini, Opéra nuova, vaga e bella» in-12.
20° Opéra nella quale si contiene un bellissimo capitolo, in -8°.
21° Ravanello : La piacevole Astrologia.
22° Opéra nuova dove si contiene due mattimk beilissime f Florence, in-8°.
23° Antonio di Palma. Opéra nuova dove ai contteoe le aitutie délie cortegiane, in- 8°.
35° Opéra quale contiene le diece lavole de proverbi, Tarin, 1535, in-©° (recueil).
36° Operetta nella quale si contengono proverbi, in-8* (recueil).
37° Libretto copioso di bellissimi proverbi, in-8* (recueil).^
38° L'Ariosto herbolato, in-8°, Venise, 1645.
39° L. Malclavdli Gompendium, in- 8°.
Deuxièmement, dans les bibliothèques et archives de l'institut, en autographes *
1° De nombreuses lettres faisant partie de la collection de Godefroy, notamment des lettres de Henri IV à Marguerite sa première femme, de l'avocat général Servin, du maréchal d'Ancre, du connétable de Luynes, de Baluc, d'Anne d'Autriche au chancelier Séguier, de M u< de Montpensier au même, d'Arnaud d'Andilly, au même, de Christine de Suède à Maxarin, de Gbanut, ambassadeur en Suède ; des lettres écrites aux Godefroy par Dupuy, Michel de Marillac, Ducange, Gobelin, Pellisson, Bcrgeron, le ministre de Lionne, Colbert, Mathieu Mole, de Harlay, Peiresc, les frères Sainte- Marthe, Camuzat, le maréchal Fabert, etc.
2 e Des lettres adressées aux Valois et a Guichenon.
3° Une lettre de J. de la Scala à Scevole de Sainte Marthe.
4° De nombreux feuillets, écritures et dessins de Léonard de Vinci.
5° 48 rapports de l'Académie, écrits ou signés par Buffbn, d'An ville, Vaucauson, Gassini, d'Alembert, Laplace, Condorcet, Legendre, Fourcroy, Silvestre de Sacy et autres.
6° Plusieurs lettres adressées à Bignon, Mairan et Lobean, secrétaires de l'Académie, diverses notes et pièces, six lettres de minisires, adressées aux présidents ou directeurs de l'Académie des sciences de 1776 à 1799.
7" Un procès- verbal des expériences de l^voUier, dépose à l'Académie le 7 décembre I"î73-
8* Cinq lettres autographes de Renaldini à Roberval, de Torricelli aa P. Mersenne et de Borda.
9» Diverses autres lettres de.Torricelli à Carcavi, à Roberval et an P. Mersenne.
HJ° Des manuscrits autographes du géomètre Frénicle.
Troisièmement, dans la Bibliothèque nationale :
En autographes :
1° Collection Balaie.
Des nièces et lettres taisant partie de cette collection, savoir : lettres de la correspondance politique de M. de Marra, de Malherbe à de Bullion, un opuscule de Beroaldus, intitulé de babyryntho; lettres de divers ofticiers à la reine de Na~ taire Jeanne d'Albret; lettre a la même par Catherine de Médicis ; Remarques sur diverses pièces, au sujet du Règlement du Roi sur les maisons religieuses (1667); lettres écrites au duc Bernard de Saxe-Weymar, par Hugo Grotius, Douthillier de Chavigny et Gaston d'Orléans; une lettre de Chrestienne de Croï, princesse de Salm, au même; plusieurs lettres de Servin à M. de Sabran; une lettre de Victor Amédée, duc de Savoie, au même; plusieurs lettres à Gaston d'Orléans par Marie de Médicis et par Anne d'Autriche; plusieurs lettres écrites àBaluze par Mabillon et autres savants; plusieurs lettres bibliographiques entre Colbert ministre, Colbert coadjuteur et Baluze.
2° Correspondance Boulliau.
Cinq lettres faisant partie de cette correspondance.
3* Collection Peiresc.
Plusieurs lettres faisant partie de la collection Peiresc; notamment une lettre de Sauraaisc, deux lettres de Rigault, deux de Dupuy, une de Naudé, une de Chifflet, une de Diodati, deux de Duchesne el une de Godefroy.
4° Collection des frères Dupuy.
Divers documents et lettres disant partie de cette collection; notamment cinq lettres de Casa u bon au président de Thou; plusieurs lettres de Rubens à Dupuy; des lettres de Galilée, Barclay, Camden, Heinsius; des traités astronomiques de Gassendi, un alphabet cophte; deux lettres du président de Thou à Casauhon; quatre lettres de Saumaise au même; des manuscrits, des lettres de Peiresc à Dupuy, et autres papiers du même sa tant.
Quatrièmement, dans la bibliothèque de Troycs :
Eh impriméu :
1- tapîtnti del P. Arctino, etc.. Venise, I5i'». in-S\ 5° Canrionero de Pommces, etc., in-l?, I.j-S".
3° Il PecoronediserGiovanniFiorentino, Milan, 1568, in-8°.
4° L'illustre e famosa historia di Lancillotto del Lago, etc.» Venise, 1668, 2 vol. in-8*.
6° Homeri Hias in versus vulgares translata, Venise, 1626, in-4°.
6° Canzoni overo mascherate carnascialesche, Florence, 1660, in-8*.
7° Historia dei duc nobilissimi et valorosi fratelli.... Venise, 1612, in-8°.
8° Venturino Pisauro. 11 Cavalière, Milan, 1530, in-4°.
9° La Obsidione di Padua, in-4°, Venise, 1510 (recueil).
10° La Historia di tutte quante le guerre, etc., in-4 - (recueil).
11° Libro de Palvano, Venise, 1508, in-4° (recueil!.
12° Ludovicus Sfortunatus artibus sludens, ou Rime di Ludovico Sfortunato, Venise, 1489, in-4° (recueil.)
13° Malheolus, in- 4°.
14° Recueil des histoires de Troyes, composé par vénérable homme Raoul Lefebvre.
Cinquièmement, dans la bibliothèque de la ville de Grenoble :
En imprimés :
1° Dictionnaire du patois du Bas-Limousin, Tulle, in-4°.
2° Ant. Cornazani opus ... de proverbiorum origine, 1603, Milan, in-4->.
3° El sanguinolento et incendioso assedio del Gran Turcho, in-4°.
4° Stramhoti.. . da Sasso modonese, Milan, 1551, in-4°.
5° Libro Chiamato Buovo d'Anlona, Milan, in-4°.
6° Alcibiade Fanciullo a Scola, Orange, 166?, in-12°.
7° Opéra Joconda; G. Alioni, 1521, in-8\
Sixièmement, dans la bibliothèque de la Faculté de médecine de Montpellier :
En imprimés :
1° Catullus, Tibullus, Propertius; Aide, Venise, 1515, in-8°.
2° C. Sallustii Conjuratio Catilin» etBellum Jugurthinum ; Aide, Venise, 1519, in-8°.
3° Libro dell'arte délia guerra, di Nicolo Machiavegli; Aide, Venise, 1540, in-8°.
En autographes •
Plusieurs lettres, un cahier entier de Christine de Suède, et une lettre de P. Arétin à Manuce.
Septièmement, dans la bibliothèque de la ville de Carpentras :
En manuscrits :
!• II Cortegiano di Castiglione, in-folio, con note del tempo c correzioni, in-folio.
2° Dante, Divina Commediadi Tommaseo Spinelli, in- 16, vélin, XV* siècle.
En autographes :
De nombreuses pièces de Peiresc, notamment 295 feuillets des manuscrits de ce savant et diverses lettres écrites à de Mazaugues par Montfaucon, Spon et le P. Lelong.
Crimes prévus par les art. 254 et 255 du Code pénal.
Fait au parquet de la cour d'appel de Paris, le 2 mai 1850.
Le procureur général,
E. de Royer.
La cour d'assises du département de la Seine a rendu, par contumace, le 22 juin 1860, l'arrêt dont la teneur suit :
« Vu l'arrêt rendu le 12 avril 1850 par la cour d'appel de Paris, chambre des mises *>n accusation, lequel ordonne la mise en accusation et le renvoi devant la cour d'assises du département de la Seine, de Guillaume - Brutus-Timoléon Libri-Carrucci, âgé de 46 ans, né à Florence, membre de T Institut, professeur au collège de France, ayant demeuré à Paris (absent) ;
« Vu l'acte d'accusation dressé par le procureur général le 25 dudit mois d'avril, ensemble le procès-verbal en date du 22 mai suivant, portant signification au susnommé desdits arrêt et acte d'accusation, constatant, en outre, qu'il n'a pas été saisi ;
a Vu l'ordonnance de déchéance rendue par le président de la cour d'assises le 8 de ce mois, ensemble le procès-verbal du même jour, constatant les publications et affiches de ladite ordonnance ;
« Et cejourd'hui, à l'appel de la cause,
« Ouï la lecture faite par le greffier, de l'arrêt de renvoi susdalé et des procès-verbaux susdits;
Ouï, pour le procureur général, M. Suin, avocat général, en son réquisitoire, tendant à ce qu'il soit passé outre au jugement du fond;
Attendu la régularité de la procédure;
« La cour, après en avoir délibéré, faisant droit au réquisitoire,
« Considérant que la procédure est régulière, ordonne qu'il soit immédiatement passé au jugement du fond.
« En conséquence, ouï la lecture faite par le greffier, de 'acte d'accusation et autres pièces du procès;