Tome V
La section des Lombards étant déjà comprise dans ane des catégories précédentes, il n*y a pas lieu de la compter ici de nouveau. Mais nous devons adjoindre à notre liste les deux sections de Vile et de VArsenaly dont les délibérations ne sont pas connues (1), mais qui, au témoignage de la section de Mauconseil, pratiquaient Tusage des bons ou billets-monnaie.
Nous arrivons ainsi au total de 27 sections, au moins, soit plus de la moitié de la Commune.
(1) Cependant, pour la section de VArsenaly la Gazelle nationale ou Moniteur universel (n» du 13 novembre 1791) enregistre un avis des soumissionnaires de V Établissement palHotique des billets de confiance àe la section.
Le Bulletin de la fuite du roi, (21-24 juin 1791.)
Sous le titre de « Bulletin de la fuite du m, rédigé par une commission spéciale composée de MM. Desvignes, Gallien, D£sprez et Leprince, officiers municipaux », la Bibliothèque historique de la Ville de Paris conserve un paquet de feuillets manuscrits, dont le premier est daté du 21 juin 1791, à midi, et le dernier est clos le 2^ juin 1791, à neuf heures du matin (1). Ce paquet, faisant partie de la collection de M. Etienne Charavay, était enregistré sous le même titre par le Catalogue des autographes et des documents historiques composant la collection de M, Etienne Gharavat (5-6 avril 1900), qui en donne la description suivante :
« Curieux document, offrant, heure par heure, le résumé de tous les faits qui ont eu lieu dans la capitale, et particulièrement à la mairie, pendant ces jours d'alarmes. VHistoire parlementaire de la Révolution, par Bûchez et Roux, ne dit pas un mot de ce qui se passa alors à THôtel-de-Ville. Ce Bulletin est donc une source d'information entièrement nouvelle pour les historiens futurs de cette époque. »
Or, le Bulletin n'est pas l'œuvre d'une commission spéciale composée d'officiers municipaux ; il est formé simplement de la collection de quelques rapports adressés à une section par les délégués spéciaux envoyés à l*Hôtel-de-Ville à l'effet d'établir entre cette section et le Conseil général une communication permanente.
Les quatre prétendus officiers municipaux sont :
Desprez (Guillaume), apothicaire, membre du comité de la section des Gobelins en 1791, et électeur de la même section en 1791-1792;
Desvignes (Pierre-Hubert), chimiste, ancien représentant de la
(1) Pièces manusc. 32 p. in-4 (Bib. de la Ville dé Paris, collection Charavay, n* 173, 18-).
Commune pour le district de Saint- Victor, électeur de la section des
Gobeliusen 1791-1792;
Gallîen (François-Barnabe), ancien greffier au Parlement, ancien représentant de la Commune pour les districts réunis de Saint- Jacques-du-Haut-Pas et du Val-de-Grâce, membre du comité de la section des Gobelins en 1791;
Leprince (Simon-Christophe), receveur de tailles, ancien représentant de la Commune pour le district de Saint-Victor, assesseur du juge de paix de la section des Gobelins en 1791 et électeur de la même section en 1791-1792.
Ils étaient délégués par la section des Gobelins, et ils le disent, à la fin de leur premier rapport, daté du 21 juin, de midi à une heure et demie :
Nos pouvoirs sont reconnus. Nous sommes la 3* section qui a pris les mêmes mesures.
Le document est curieux, mais moins que ne le supposait Charavay. H n'offre pas, heure par heure, le résumé de tous les faits qui ont eu lieu dans la capitale, ni à THôtel-de-Ville, pas même à la Mairie (i). 11 signale seulement à la section des Gobelins ce qui se passe d*intéressant au Conseil général de la Commune, ou ce qui paraît intéressant aux commissaires- de la section.
Si le procès-verbal du Conseil général de la Commune n^existait pas, le Bulletin donnerait une idée approximative de ce qui s'y fit. En présence du procès-verbal officiel, ces notes perdent beaucoup de leur intérêt.
Cependant, il est possible d'y puiser quelques renseignements qui viennent compléter utilement, sur certains points, les indications du procès- ver bal.
Certains menus incidents, qui ne sont pas mentionnés du tout au procès-verbal, ont trouvé leur place au Bulletin. Par exemple, ces deux motions anti-monarchistes. Du 22 juin, à huit heures moins dix minutes du matin :
Sur la proposition faite par le procureur-syndic de voiler l'image du roi(2)j
Le Conseil a ajourné, jusqu*à ce qu'il soit constant que le roi n'avait pas été enlevé.
(1) La mairie alors n'avait pas son siège à THÔtel-de-Ville.
(2) Le buste du roi, offert par lui-même, avait été placé dans la salle de TAssemblée des Représentants provisoires de la Commune le 8 avril 1790. (Voir lr« série. Tome IV, p. 127-128, 175, 489 et 636.)
Du 22 juin, à uDe heure et demie de Taprès-inidi :
M. PAPrLLON, cûlonei delà gendarmerie de France (1), propose de faire changer le bouton uniforme^ qui est trois fleurs de lys (2),
Du 23 juin, à ouze heures et demie du maliu, celle commuoicaLioc alarmante :
M. CAiixtcr DE Gertille, revenant de campagne (3), a trouvé vers Neuilly un quidam qui courait ventre a terre : ledit courrier s*eJit arrêté a Un et lui a dit qu'il y avait un nombre innombrable de gens sans aveu et Je brii^.inds qui avaient Tair de vouloir se rendre à Paris. Le sieur de G kk ville a cru devoir prier MM. les commissaires de la Ville d'en prévenir leis sections.
Et enfin, du 23 juin^ à midi^ une motion relative aux commiasairos des sections :
Proposition de M, Dkyeux, pour que tous les commissaires envoyés pnr leurs sections dans la circonstance présente soient inscrits sur un tableatj^ pour constater leur exactitude (4).
Le plus souvent, il s'agit simplement de détails à ajouter k ceux fournis par le procès-verbaL
Le procès-verbal du 21 juin constate que la section des Postes est autorisée à apposer, les scellés sur les papiers de l'abbé Viriot, soupçonné de détenir des libelles incendiaires (Sj.
Le Bulletin du 21 juin ne reproduit pas cette décision. Mais celui du 22 juin, sept heures du matin, dit, à ce sujet :
Le commissaire de police de la section des Postes est venii rendre compte de Tapposition des scellés qu'il avait faite, en vertu des ordres de la Municipalité, sur les papiers de M. Vîriot, comme suspect d'avoir des écrits incendiaires, qu'il se proposait, disait-on, de faire passer dans les dëparlemeuls.
Et, de fait, il a déposé à Ja Municipalité un carton conteuBot quelques papiers.
Le même procès-verbal du 21 juin insère l'arrêté relatif à Tapposition des scellés sur les fonds, papiers et autres cfTets dépentîant do la liste civile, chez TocRTiîAtJ dk Sbpteuil [{%).
(1) Papillon avait été nommé colonel de la I" divieion de RendarmcrJe nati«> Dde eo mai 1191. (Voir Tome IV, p, 34i.)
(2) La décret du 5 septembr^î 1730, qui avait réglé la forme et ]'ia&crî|itJori du bouton uniforme, ue s'appliquait qu'à ia garde oalionale. {Voir Tome \, p, ^»/ J
(3) Cependant, le retour dtî Cahtktv di: GEuvn.LKt premier BubstJtut-adjoinl du procureur de U Communtî, en coagé depuis le 4 lual. retour annonce' pour le 21 ou te 22 juin, n'e&t aigualé au procès*verbaI quels 23 juin. (Voir Tome IV, p. 575, et ci-desfius, p, iG3.)
(4) Dea remerdmii en U furent adressés par le Conf^eil i^éiiéral, le 26 juin, aui commissaires des sections tjui avaient suivi ses séances depuis b* départ du roi, tVoir ci-dessuSf p. 134-!850
(îi) Séance du 21 juin, (Voir cî-dessus, p. ri.) (6> Séance du 21 juin. (Voir ci-dessus, p. Jo-IG.)
Le Bulletin du 21 juin, midi trois quarts, signale cette décision en ces termes :
Sur la proposition, soufflée par M. LePrimce (1) au Conseil général;
La Municipalité a ordonné que la section ferait dans tous les cas apposer les scellés sur les effets de M. de Septeuil, premier valet de chambre du roi et caissier de la liste civile, par le juge de paix.
Le procès- verbal du 22 juin contient seulement, au sujet de la justification de d'Aumont, chef d'une division de la garde nationale, mis en état d*arrestalion la veille, Tarrété prescrivant Timpressioa du certificat du Commandant-général (2).
Le Bulletin du même jour s'occupe, dans trois endroits dififérenls, de rafFaire d'Aumont.
A huit heures moins dix minutes du matin, le commissaire note ceci :
Il a été fait lecture d'une lettre de M. d'Aumoj4T, qui demande que la Municipalité rende ses justifications publiques.
Le Conseil a ordonné que, préalablement, M. d'Auuont ferait le récit sigoé de la conduite qu'il a tenue pendant les vingl-quatre heures qui ont précédé.
Puis, à une heure de l'après-midi, autre note :
Suppression de la justification de M. d'Aumont.
Enfin, à deux heures :
Justification de M. d*Auhont par Tétat-major de Tarmée parisienne et son général.
Le procès -verbal du 22 juin ne s'occupe qu'une fois des processions, sans les désigner, pour dire que les tentures de la manufacture des Gobelins seront exposées au dehors comme propriété nationale, à l'octave de la Fête-Dieu, c'est à-dire le 23 juin (3).
Le Bulletin du même jour mentionne à trois reprises les décisions relatives aux processions.
D'abord, à huit heures moins dix minutes du matin :
Le Conseil général a arrêté qu'il serait fait une ordonnance de police pour les processions, qui doivent avoir lieu- demain, comme à l'ordinaire.
Puis, à une heure de l'après-midi, résumé de Tarrété inséré au procès-verbal :
(1) Commissaire de la section deg Gobelins. (Voir ci-dessus, p. 596.)
(2) Séance du 22 juin. (Voir ci-dessu», p. 48-49.)
(3) Séance du 22 juin. (Voir ci^dessus, p. 50.)
Les tapisseries des Gobelins seront tendues, en mettant sur la porte : Tapisseries nationales.
EnfîD, à six heures du soir :
Il y aura processions et feux de joie, comme à l'ordinaire.
Le procès-verbal du 22 juin signale, en même temps, le rapport des commissaires chargés d'apposer les scellés au Luxembourg sur les appartements de Monsieur et de Madame et l'arrêté invitant ces commissaires, ainsi que ceux de la section du Luxembourg (dite mal à propos : section des Carmes), à continuer leurs recherches (i).
Le Bulletin du même jour, séparant les deux incidents, résume le rapport des commissaires :
D'abord, à onze heures du matin :
La section du Luxembourg (appelée encore ici à tort : section des Carmes) est chargée de continuer ses travaux sur les recherches qu'ils ont commencées sur le départ de Monsieur, frère du roi.
Puis, à quatre heures et demie de l'après-midi :
Les municipaux chargés de mettre les scellés chez Monsieur et chez Madame, au Luxembourg, rendent compte qu'ils n'ont pu découvrir la plus légère trace de leur évasion : ils ont interrogé toutes les personnes qui sont restées, et pas une n'a été mise dans le secret de leur fuite; M. de BoNNEUiL (2), premier valet de chambre, a dit qu'il était resté une cassette remplie des bijoux et des diamants de Monsieur; ils ont été mis sous les scellés et en lieu de sûreté.
Le procès-verbal du 22 juin mentionne la demande d*armes pour les Forts de la Halle présentée par le commandant du bataillon de Saint-Jacques-de-la-Boucherie et l'arrêté renvoyant la demande au département (3). Mais il ne dit rien de plus.
DdLtïS le Bulle li7i d\i 22 juin, huit heures moins dix minutes du matin, la demande est également enregistrée en ces termes :
Sur la demande faite par le bataillon de Saint-Jacques-la-Boucherie pour avoir des armes, afin d'armer MM. les Forls de la Halle ; Le Conseil général a arrêté d'en faire la demande au département.
Mais le Bulletin de midi et demi du même jour ajoute ceci :
Députation des Forts de la Halle, enrôlés dans le bataillon de Saint-Jacques-la-Boucherie en exécution de l'arrêté du département, adopté pour
(1) Séance du 22 juin. (Voir ci-dessus, p. 51.)
(2) GuESNON DE BoNNEUiL, arrêté le 21 juin. Sur sa réclamatioD, le Comité des rapports ordonna que la cassette et le portefeuille^saisis chez lui seraient restitués. (Voir TuETEY, Répertoire général^ t. I, n»» 2405-2406.)
(3) Séance du 22 juin. (Voir ci-dessus, p. 57.)
100 fusils. Ils déposeront leur drapeau dimanche 3 juillet à la Comm"ne, tous habillés eu uniforme à leurs dépens (1).
Le procès-verbal du 22 juin sigoale Tarrôté teadant à la prorogation de la date fixée pour la réunion de TAssemblée électorale da département, 27 juin (2).
Le Bulletin du môme jour, six heures du soir, signale cette décision en ces termes :
Sur la demande de la section des Gobelins et de quelques antres :
Il a été arrêté que le Corps municipal s'adresserait au département
pour obtenir de l'Assemblée nationale une prolongation bien éloignée
du 27.
Le procès-verbaldu 23 juin signale la nomination de trois commissaires chargés de rédiger un projet d*arrété, en forme de proclamation, relativement à l'arrivée du roi (3).
Le Bulletin du même jour, midi trois quarts, résume la motion qui amena cette nomination, ainsi qu*il suit :
Sur la proposition faite par le sieur Pindré (4) de faire une proclamalior. pour engager tous les citoyens à entretenir à l'arrivée du roi le même ordre qui a régné depuis son absence et à se souvenir que sa personne est sacrée ;
L'Assemblée a nommé des commissaires pour sa rédaction.
Le procès-verbal du 23 juin reproduit l'arrêté du Conseil du département prescrivant au procureur-général syndic de dénoncer un placard du Club des Cordeliers (5).
Le Bulletin du même jour, neuf heures du matin, résume ainsi ledit arrêté du Conseil départemental :
Arrêté du département, qui dénonce une affiche du Club des Cordeliers et ordonne de faire les poursuites contre les sieurs Colin, président, et Gendron, secrétaire (6), ledit écrit jugé incendiaire et contre le bon ordre et la tranquillité.
Le procès-verbal de la séance du 23 juin constate le dépôt du procès-verbal dressé à la suite de la perquisition opérée chez Auguste, orfèvre du roi (7).
(1) Le dépôt du drapeau des Forts de la Halle n'eut lieu qu'à la séance du Conseil général du 40 juillet. (Voir ci-deàsus, p. 318-320.)
(2) Séance du 22 juin. (Voir ci-dessus, p. 58.)
(3) Séance du 23 juin. (Voir ci-dessus, p. 94.) '^
(4) Aucun membre du Conseil général ne portait un nom semblable à celui-là.
(5) Séance du 23 juin. (Voir ci-dessus, p. 96-97.)
(6) Les noms exacts des deux signataires sont : Colun et Champion.
(7) Séance du 23 juin. (Voir ci-dessus, p. 97.)
APPENDICE fiOt
Le Bulletin du même jour, huit heui-es et demie du matin, fournit quelques détails sur les constatatious faites chez ledit orfèvre :
Le sieur Adgusts a déclaré avoir reçu du commissaire de la maison du roi : 149 marcs deTermeiî et 572 marcs d'argent. lï a été décidé que ceiî deux objets resteraient en dépôt entre les mains dudit sieur Auguste, tl a déclaré n'avoir rien autre appartenant à Sa Majesté.
Le proc&S'Verbal du 23 juin môutionne en deux lignes le compterendu des commissaires chargés d'apposer les scellés au château des
Tuileries (1),
Le Buliçiin du même jour» minuit, donne de ce compte rendu un résumé intéressant :
Les commissaires du Conseil général chargés démettre les scellés au château des Toileries et de faire toutes les recherches capables de donner des indices sur le départ du roi, de retour de leur mission, ont dil qu*ils avaient interrogé la dame Rocbëville, femme de fçarde-robe de la reine^ qui leur a avoué que le roi et la reine s^étaient évadée par un couloir qui donne dans son appartement: qu'il y avait une porte de fer couverte d'une toile verte des deux côtés; que Ton avait déchiré la lotie le jour du départ pour Faire sauter le pêne de la serrure ; que ladite dame de Rocuevjlle avait prêté deux clefs des portes du dit couloir, et que^ ayant f^ardé vinf^t-quatre heures ses clefsj on en avait fait des doubles (il s'est effective m eut trouvé un sieur Bernabd^ seiTurîer, qui a dit les avoir faites); que, le jour du départ du roi, la reine et H. son auguste époux s'étaient couchés à onze heures et demie; et que, environ trois quarts d^heure après, elle avait entendu marcher et ouvrir les portes à côté d'elle; qu'elle, dameoE RochêvillEj avait eu peur et qu^elïe avait redoublé d'attention; mais que, s*êtant aperçue que quelqu'un avait ouvert les portes^ elle s*étail mise à une croisée j qu'elïe avait vu un flûcre ati bas de la petite perle qui communique dans la cour des Princes (seule porte où il n'y a jamais eu de factionnaires) ; qu'elle avait vu monter dans ledit flacre le roi et une femme qu'elle avait très for* soupçonnée être la reine, puisque cette même per^îonne avait une robe grise, faite en chemise, pareille à une que la reine avait fait faire il y avait quelques jours et pour laquelle elle avait consulté ladite dame Rocqevillë. La reine avait demandé diverses fois si les fiacres entraient jusqu'à la cour des Princes; et, sur ce qu'on lui avait appris que, passé minuit^ les sentinelles ne faisaient aucune difQi:ulté pour remmener les gens de service, elle avait probablement préféré cette voiture. ïl y a plusieurs autres faits dont votre commissaire Lipblnce se fera un devoir de rendre compte à MM. de ^assemblée de la section et à mesure qu'ils lui feront l'honneur de le questionner.
Il s'est trouvé dans les cuisines et dans les offices beaucoup de viandes, fruits, etc..
MM. du Directoire ont autorisé M?d. du Conseil général de les vendre (S)
{1) Sêwnce du 23 juin. (Voir ci-deisua, p. 103.)
(2) Le procès -verbal manuscrit du ConseU du déparleraeut eignale rautorisation de veudrc les comesUbLes trouvés dans et château. (Voir d-dessua, p. itS.)
Et ils ea ont fait 353 livres d'argent.
Sur remploi de la nuit du 23 au 24 juin, le procès-verbal ne dit rien.
Le Bulletin^ daté du 24 juin, neuf heures du matin, dit, à ce sujet :
Il n'y a rien eu cette nuit.
L'on s*est occupé à parapher les soixante registres pour les soixante bataillons, afin de mettre en écrit les gens de bonne volonté qui voudront composer les 300.000 hommes volontaires de I*armée et qui se rendront aux frontières, le tout suivant les décrets de l'Assemblée nationale (i).
Le procès-verbal de la séance du 24 juin constate que, à la demande de la section des Gohelins, il fut arrêté que les citoyens qui voudraient loger les gardes nationaux escortant le roi et sa famille à leur retour seraient invités à s'inscrire dans chaque section (2).
Le Bulletin du 24 juin, neuf heures du matin, spécifie que c'est un des commissaires de la section des Gobelins qui suggéra cette mesure au Conseil général :
L'on assure que nos braves frères d'armes de Chàlons et de toutes les routes se font un devoir forcé d'accompagner le roi, ce qui probablement peut nous amener 5 à 6.000 volontaires, qui, écoutant plus leur zèle que leurs moyens, se trouveront gênés et malheureux pour la plupart^ rendus à Paris.
Mon avis (3) est de proposer au Conseil général de prier toutes les sections d*engager à donner l'hospitalité pendant deux ou trois jours à ces dignes compagnons du fléau de la France et peut-être de l'Europe. Je propose aussi d'ordonner aux boulangers une fournée de plus pendant deux ou trois jours, lors de l'arrivée du roi.
Voilà à peu près tout ce qu'il y a à glaner dans les rapports des commissaires de la section des Gobelins qui forment le petit recueil que M. Charavay appelait le BxUbtin de la fuite du roi,
(1) L'arrêté du Conseil général du 22 juin, rendu en exécution du décret du 21 juin, prescrivait que les registres destiués à riuscription des noms des gardes nationaux volontaires pour la défense des frontières seraient cotés et paraphés par les officiers municipaux. (Voir ci-dessus, p. 54.)
(2) Séance du 24 juin. (Voir ci-dessus, p. 131.)
(3) C'est Leprikce, commissaire de la section des Gobelins, qui écrit
Procès^verbal des commissaires du Corps municipaL
(17 juillet i791 )
On a reproduit, à Toccasion des événemenU du 17 juîllel 1791 el dans le but d*établir exactement les circonstances dans lesquelles ils ont eu lieu, la plua grande partie du procès-verbal dressé, au retour de leur mission au Thamp-de-Mars ou Champ de la Fédération, par Les trois commissaires envoyés au Groa-CaiUou, à la nouvelle des incidents de la matinée (l).
Réflexion faite, et considérant Hmporlance de ce document, on croit devoir le compléter en Iranscrivanl ici, d'après la copie certifiée par le greffier du tribunal du Vl« arrondisse me ot du département de Paris (2), le commencement de ce procès-verbal, qu'on s'était contenté d'abord de résumer :
MoNtaPAUTÊ ùK Paris Parle maire et ks oflÛciers municipaux.
£3^trait du registre des déiiùénUwns du Corps municipal,
i}u n juïitet nsL
Sur la norivcUe apportée au Corps municipal, tenant à THÔtel de la Commune, qtie 1 on venait de couper deux tètes au Gros-Caillou, nous avons été envoyés ^ Jacques-Joseph Hardy, Jeap-Baplîste-Ètïejme-Benolt- Olive Regn^ult et Jean Jacques Lk Roux, lous trois officiers niunicipaui, avec ordre du Corpa municipal de repo usiner la violence p^ir la force, de faire arrêter les coupables, i^i nous les rencontrions, mais aussi avec ordre de proclamer la loi martiale, si le meurtre qui venait d'être commis avait causé des attroupements dangereux. Notre mission portait que nous mettrions la plus grande prudence et la plus grande modération dans notre conduite (3).
(i) Pro^ès-nerhal du 17 juillet* (Voir d-dessus, p^ iMS'ê^Sj) (2) Pièce manusc. (Arch. nat.» W 2a4, a* 235),
à) Mtssion coDstatée au procés-verbal du Corps municipaL (Voir d<de«BU8, p. 401.)
Noas sommes partis, escortés par la compagnie du centre du bataillon de Bonne-Nouvelle et précédés par deux cavaliers ; en passant devant le derrière de la cour des voitures publiques du quai Bourbon, nous sommes rejoints par dix autres cavaliers, qui marchent devant nous. Nous sommes rencontrés par plusieurs ofûciers et soldats de la garde nationale, qui nous assurent que tout est calme et que le général, avec une forte garde» nous avait devancés.
Nous arrivons au devant du comité de la section, où nous trouvons le général. Nous entrons dans une maison voisine, et, là, nous apprenons que deux hommes s'étaient glissés sous lautel de la patrie ; quMls en avaient été retirés et conduits au comité de la section par quatre gardes nationaux ; que, pendant qu'on recevait les dépositions, une foule d'assassins s'étaient précipités dans la salle du comité, avaient arraché les deux particuliers, les avaient à moitié étranglés, en les suspendant à la corde de la lanterne, en face du comité, leur avaient coupé la tête et l'avaient promenée dans quelques rues du Gros-Cnillou ; que, M. de La Fayette étant survenu, la troupe qui accompagnait les lêles s'était enfuie; qu'un de ceux qui les portaient avait été arrêté, mais qu'il s'était sauvé des mains de la garde. De là, nous allâmes au comité de la section, où deux particuliers proposèrent défaire leur déposition; nous la reçûmes et nous la déposons sur le bureau. Nous députâmes alors une ordonnance, avec une lettre, pour annoncer que tout était tranquille et que bientôt nous allions retourner è^ Thôtel de la Commune.
Nous fîmes une copie du procès-verbal de la section.
Voulant nous assurer de l'état dans lequel était Tautel de la patrie, nous en fûmes empêchés par l'arrivée du commissaire de police de la section , qui venait de faire cette visite et qui en dressa procès-verbal devant nous. Ce procès-verbal est remis à M. le Maire, ainsi que la copie du procès-verbal de la section.
Nous nous disposions à revenir, après nous être assurés, par des soldats que nous y avions envoyés, que le Champ-de-Mars était tranquille, lorsqu'on vint nous dire qu'un aide-de-camp de M. dk La Fayette était à l'hôpital du Gros-Caillou, qu'il avait été maltraité et menacé, ainsi qu'un cavalier de la garde nationale. Nous marchâmes au Champ de la Fédération. A l'entrée, il y avait des groupes de monde, mais sans foule décidée. M. Regnault monta sur un cheval et fit lecture des différents arrêtés du Corps municipal et du Conseil général, pris hier. Pendant ce temps, plusieurs particuliers se portèrent à quelques propos contre la cavalerie et contre les soldats de la compagnie de Bonne-Nouvelle, qui reçurent des coups de pierre.
Nous nous préparions à ordonner à M. le commandant-général...
On remarquera que, d'après le procès-verbal des commissaires, leur première lettre annonçait « que tout était tranquille » et qu'ils allaient bientôt retourner à l'Hôtel-de-Ville.
Or, le procès-verbal du Corps municipal constate la réception de cette lettre, mais dans les termes que voici : « ... lettre que viennent d'écrire MM. les commissaires députés au Gros-Caillou, par laquelle
ils confirment le meurtre de deux parliculiers dans le quartier du Gros-Caillou (1) ».
Ne fallait-il pas que le secrétaire du Corps municipal, pour justifier la proclamation de la loi martiale, décidée avant le retour des commissaires, passât sous silence Jes renseignements qui auraient été de nature à atténuer la gravité des faits?
Ainsi, la première lettre des commissaires affirmait que « tout était tranquille ». Leur seconde lettre, datée de quatre heures moins un quart, racontait que les citoyens assemblés au Champ-de-Mars étaient « réunis paisiblement et sans armes », se conformant « en tout aux termes de la loi », et que les commissaires n'avaient « heureusement été obligés de déployer aucune rigueur (2) *. Et c'est à la suite de ces communications, les seules officielles qui lui fussent parvenues, que le Corps municipal, sans attendre que ses commissaires fussent revenus, proclamait d'urgence la loi martiale et faisait marcher les canons! Visiblement, les excitations de l'Assemblée nationale avaient fait perdre tout sang-froid à l'Assemblée de THôtelde-Ville.
(1) Séance du 17 juillet. (Voir ci- dessus, p. 402.)
(2) Lettre déjà reproduite. (Voir ci-dessus, p. 414.)