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RIVIÈRE. — FÉCONDATION DES ORCHIDÉES. 3S

Nous avons dit que, pour opérer la fécondation des Orchidées, il suffisait, dans le plus grand nombre des cas, quand les masses polliniques étaient caudiculées, de toucher au rétinacle qui est trèsvariable aussi dans ses formes, et qui, le plus souvent, est trèsapparent. Mais dans une espèce d* Odonioglossum^ YO. bictoniense^ le rétinacle, de la même longueur que le caudicule, est placé dans une sorte de fourreau presque en suspension, au-dessus et au milieu de l'antre stigmatique ; de sorte que, pour opérer la fécondation des Orchidées qui offrent cette particularité, il faut toucher le talon du rétinacle, à la base du caudicule, ou bien saisir, quand l'opercule est tombé, les masses poUiniques avec des brucelles.

Dans certaines espèces du genre Epidendrum , la fécondation artificielle est assez difficile à opérer, parce que le labelle est fortement appliqué sur le gynostème et bouche presque complètement l'entrée du stigmate, qui est très-étroite. Il faut alors déchirer le labelle afin de se donner plus de facilité pour opérer.

Pour la fécondation du genre Dendrobium et des espèces analogues, il faut tremper le petit pinceau dont on se sert dans la liqueur stigmatique; on soulève l'opercule, et les masses polliniques, qui ne possèdent ni caudicule ni rétinacle, tombent sur le labelle ; on les enlève alors au moyen du pinceau enduit de liqueur, et on les enferme dans la cavité du stigmate.

Les organes sexuels des Cypripédiées ont une disposition toute différente; on ne remarque ni opercule, ni caudicule, ni rétinacle aux organes mâles. Ceux-ci, au nombre de deux, sont placés et soudés de chaque côté du gynostème, et se montrent sous la forme de petits corps glanduleux courbés vers le labelle et supportant chacun deux masses d'un pollen mou et gluant. Immédiatement audessus des organes mâles, on voit le gynostème se diviser en deux parties. La partie supérieure est très-élargie, d'une couleur jaune, brune ou verdâtre, selon les espèces, et d'une forme plus ou moins arrondie, ayant à sa partie inférieure une échancrure quelquefois très-prononcée. Cet appendice, par la position qu'il occupe, semblerait remplir les fonctions d'opercule pour abriter ou protéger les organes staminaux; mais il paraît, d'après les observations de divers botanistes, que c'est une étamine avortée. La seconde partie, qui est inférieure par rapport à la position de la fleur, est moins grande, d'une couleur blanche et d'une forme toute particulière, rappelant assez ce Champignon pédicule qu'on ren-

COKGRÉS BOT. 3

ih CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE.

contre quelquefois sur les Bouleaux et qu'on désigne sous la dénomination de Boletus vemicosus; c'est l'organe femelle. Il est recourbé, et sa face stigmatique est tournée vers le labelle. Cet organe, dans le genre Cypripedium^ est complètement emprisonné par les bords du labelle qui le recouvre entièrement, et semble soutenir ce dernier.

La fécondation artificielle des belles plantes qui composent le groupe des Cypripédiées est une opération assez minutieuse à exécuter. Il suflSt cependant de prendre sur les deux étamines ce pollen glutineux dont nous avons déjà parlé, et de )e transporter sur l'orifice stigmatique qui se trouve presque en contact avec le labelle, et qui n'est point visqueux comme dans les autres Orchidées. Pour faire plus facilement cette opération, il faut, dans les genres Cypripedium et Selenipedium^ appuyer fortement sur le labelle, afin de dégager complètement l'organe femelle.

Les masses poUiniques de la Vanille n'ont ni caudicule, ni rétinacle, et sont presque adhérentes à l'opercule, qui, dans ce genre, est articulé. Pour opérer la fécondation, il faut détacher l'opercule avec des brucelles : ensuite, à l'aide d'un petit pinceau dont on a coupé les poils à moitié pour leur donner plus de consistance , on enlève le pollen par la pression et on le transporte immédiatement sur l'organe femelle, en ayant bien soin, toutefois, de soulever l'appareil qui cache cette partie ; sans cette précaution, le rapprochement des organes sexuels est impossible, et par conséquent la fécondation ne peut avoir lieu. Cependant, si l'on veut encore opérer la fécondation avec plus de facilité et de sûreté, il est utile, et même nécessaire, de fendre le labelle dans toute sa longueur.

Le moment de la fécondation, pour le plus grand nombre des espèces, arrive à partir du deuxième jour de la floraison , depuis 10 heures du matin jusqu'à h heures du soir ; mais le genre Vanilla fait exception, l'épanouissement du périantfae ou plutôt de la fleur ayant lieu chez lui vers 6 heures du matin et cessant à 10 heures de la même matinée. Il faut donc opérer de 7 heures à 9 heures 1/2 ; passé cette limite, les parties de la fleur se flétrissent et l'opération ne donne aucun résultat.

. Quoique l'opération de la fécondation artificielle des Orchidées ne soit pas difficile à exécuter, on ne réussit cependant pas toujours, et bien des fois j'ai échoué dans mes tentatives. Cer^

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laines observations m'ont appris que bien des fleurs ne peuvent être fécondées par leur propre pollen. Je ne citerai qu'un fait à cet égard.

Vers Tannée 1860, j'essayai de féconder un Oncidium Caven-dishianum avec son propre pollen : les fleurs restèrent stériles. Prenant alors du pollen sur un pied difllérent, j'obtins des fruits fertiles : je fis ensuite le contraire , transportant le pollen du pied devenu fertile sur le stigmate de celui qui m'avait servi à le féconder. Le résultat fut satisfaisant.

Aussitôt que l'acte de la fécondation est accompli, on voit, quand il est complet, les bords de l'antre wStigmatique se gonfler, celui-ci se fermer, les sépales se rapprocher et changer de couleur ; l'ovaire prend en même temps un accroissement assez rapide, trèsrapide même, dans les premiers jours qui suivent la fécondation.

Quelquefois l'eflet contraire a lieu ; c'est ce que nous avons remarqué dans une espèce du genre Sianhopea. Après la fécondation parfaitement opérée, l'ovaire est resté longtemps inerte, c'est-à-dire sans développement ; sa couleur verdàtre était le seul signe de son existence ; il demeura dans cet état pendant plusieurs mois ; mais tout à coup il prit une vigueur nouvelle et se développa avec une rapidité extraordinaire.

Quant à la maturité du fruit, elle a lieu, selon les espèces, après im espace de temps plus ou moins long. Le fniit de la Vanille , par exemple, met une année entière pour ai'river à sa parfaite maturité !

On reconnaît très-facilement les fleurs sur lesquelles la fécondation artificielle n'a pas réussi : leur ovaire jaunit ou noircit, puis il se détache et tombe au bout de quelques jours, etc.

Les remarques que je viens de présenter ont été insensiblement amenées par les expériences faites depuis 1843. Dès cette année, je soumis à l'expérience les plantes suivantes :

Cattleya Mossiœ^ Stanhopea tigrinay S, oculata^ Gongora macuiatùy Leptoies bicolor^ Epidendrum crassifolium , E. radiatum^ E. cochleatum^ Chysis braciescens^ etc.

Le résultat des essais que je tentai fut heureux, et j'en suivais attentivement les progrès, c'est-à-dire le développement des ovaires , qui prenaient un accroissement rapide. Mais bientôt des horticulteurs et des amateurs vinrent visiter la serre où se

trouvaient mes plantes. En les voyant chai-gées de fruits nombreux, ils firent des observations qui parurent fondées au jardinier en chef. Les plantes ainsi fécondées, disaient-ils, devaient s'altérer et ensuite périr. Hélas ! on conclut de là qu'il fallait cesser les fécondations artificielles, et même qu il fallait retrancher tous les fruits. Le jardinier en chef voulait, avant tout, conserver des plantes qu'il aimait tant, et, sous ce rapport, il avait parfaitement raison.

Je dus donc exécuter ses ordres, et, le lendemain, toutes les plantes étaient dégarnies de leurs fruits, à l'exception d'une seule que j'avais pu obtenir de laisser intacte. C'était VEpidendrum crassifolium.

Cependant un pas était déjà fait. Cette fécondation m'avait démontré que, par la forme des fruits , on pouvait facilement, dans les grands genres, former des groupes parfaitement distincts. Pour en donner un exemple, disons que les Epidendrum cochleatum^ radiatum^ fragransy etc. , qui ont les pseudo-bulbes en forme de massue un peu aplatie, donnent des fruits ailés, tandis que les espèces à pseudo-bulbes ovoïdes ou arrondis, comme les Epidendrum ionosmurriy ochranthum^ phœniceumy atropurptireum, etc., ont les fruits oblongs et sans ailes. Enfin, les espèces de ce même genre, dont les tiges sont longues et cylindriques, comme VEpidendrum crassifolium^ etc., ont encore des fruits d'une forme particulière. Je remarquai, en outre, que les pseudo-bulbes qui naissaient sur des plantes munies de fruits devenaient une fois plus forts^ ou au moins aussi vigoureux que les autres.

Ces expériences furent reprises plusieurs fois, mais, par des circonstances toutes particulières, que je ne puis rapporter ici , je ne pus les poursuivre que quand je fus moi-même chargé de la direction du jardin du Luxembourg, et débarrassé des obstacles que m'avait opposés l'autorité de mes supérieurs (1). Aussi ai-je eu la douleur de voir mes expériences, qui avaient donné l'éveil , reprises en Angleterre et en Allemagne par de^ horticulteurs plus entreprenants que les horticulteurs français, et couronnées bientôt de résultats importants et pratiques. C'est là une nouvelle preuve des entraves qu'une routine aveugle impose souvent à la marche de la science et surtout de la science horticole.

(1) C'est une de mes tentatives qui a permis à M. Ëd. Prillieux de soumettre à l'examen microscopi<iue la germination de VAngrecum maculalum^ sur laquelle nous avons publié un mémoire spécial dans les Annalet des tciences naturelles, ^* série, t. V, oabier n^ 3.

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