WEDDELL. — QUINQUINAS. S
M. J.-E. Planchon demande à M. Rivière si Thybride observé par lui est fertile ou stérile, et, dans le premier cas, quelles sont les conditions de sa fertilité.
M. Rivière répond qu'il a réussi à féconder artificiellement cet hybride par lui-môme, et qu'il en a récolté des graines.
M. Planchon fait observer que c'est généralement le pollen qui est stérile dans les hybrides ; que , du moins, il Ta toujours trouvé tel.
M. Rivière dit que le pollen s'est trouvé complètement fertile chez \eLœlia hybride, au contraire de ce qu'il est chez les Catasetum et chez les formes singulières connues sous le nom de Myantkus.
M. Ed. Morren rappelle que feu le professeur Ch. Morreu, son père, est le premier qui ait réussi à féconder artificiellement des Orchidées, en 1836. Les gousses de Vanille obtenues alors par lui l'ont été depuis dans plusieurs établissements. M. Morren ajoute que les expériences d'hybridation faites par M. Rivière l'ont été presque à la même époque par M. Dominy, chef de culture de MM. Veitch.
M. J.-E. Planchon dit qu'il ne faudrait pas généraliser d'une manière absolue l'observation de M. Ch. Darwin, d'après laquelle peu d'Orchidées devraient la fertilité à leur propre pollen. Il cite notamment YOphrys scolopax^ et XOphrys apifera^ dans lesquels la longueur des caudicules permet que le stigmate soit fécondé par un simple abaissement des masses poUiniques.
M. Rivière ajoute qu'il n'a vu fructifier VOncidmn Cavendishianum qu'en fécondant entre elles des fleurs de pieds différents.
M. Weddell dépose sur le bureau des échantillons de diverses espèces de Quinquina, et fait la communication suivante :
SUR LA CULTURE DES QUINQUINAS, Par M. H..A. IIEDDELL.
Messieurs, C'est avec une vive satisfaction que je me vois chargé, par mon ami M. J. -Eliot Howard, de Londres, d'appeler Tatiention du Congrès
sur les échantillons que j'ai l'honneur de déposer sur le bureau. Cette satisfaction, vous la comprendrez et vous la partagerez, je crois, lorsque vous saurez que les écorces mises sous vos yeux ont été retirées de caisses débarquées, il y a quelques jours, sur les quais de Londres, et renfermant la première récolte.que les plantations de Cinchona de l'Inde anglaise aient livrée au commerce européen. Ces écorces témoignent donc du succès d'une entreprise qui, au point de vue de l'humanité, peut être regardée à juste titre comme une des plus utiles de notre siècle.
Les progrès de la culture des Cinchona^ dans les Indes, ont été exposés dans plusieurs ouvrages de date assez récente. Je demande néanmoins la permission d'en dire ici quelques mots qui, j'ose l'espérer, ne seront pas sans intérêt, surtout en vue des pièces qui vous sont soumises. Et puisque ces pièces me rappellent encore tout naturellement le nom de M. Howard, je dirai, en commençant, que, par ses profondes connaissances en quinologie, aussi bien que par son habileté comme chimiste, et par son noble désintéressement, notre éminent confrère a rendu à cette œuvre les plus importants services, et doit être mis au premier rang de ceux qui ont contribué à sa réussite. A la science, il en a rendu de non moins grands (1) ; mais je me contenterai, en ce moment, de rappeler que c'est en grande partie à son tact persévérant que Ton a dû de connaître enfin l'origine botanique du vrai Quinquina rouge, dont vous avez précisément ici les écorces sous les yeux.
La première tentative de culture des Cincfiona, dans les Indes britanniques, eut lieu en 1853 (2), époque à laquelle un certain nombre de plants de C Calisayaj d'origine française, y furent transportés sous la surveillance de M. Fortune. Ce ne fut cependant que quelques années après, en 1859, que le gouvernement anglais se mit sérieusement à l'œuvre, en envoyant au Pérou M. Cléments Markham. Ce voyageur, auquel on doit les plus grands éloges pour le zèle et la persévérance qu'il a déployés dans la mission difficile qui lui était confiée, partit d'Angleterre avec un habile jardinier (M. Weir)» aborda au Pérou par le port de Callao, et se dirigea ensuite sur
(1) Le magnifique ouvrage publié par M. Howard sou» le tilre de Illustrations of Ihe Nucva Quinologia of Pavon (1 vol. in-f* avec 30 planches coloriées) est connu de tout le monde.
(2) Le premier pas ofBciel fait en Angleterre pour introduire la culture des Cinchona dans les Indes britanniques Va été à la suite d'une dépêche du gouverneur général de rinde, en date du 27 mars 1852.
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cçlui dlslay, pour gagner la province de Cai'abaya où il suivit, à peu de chose près, Titinéraire que j'y avais suivi moi-même uue douzaine d'années aupî«'avant. Il y recueillit, non sans difficulté, un grand nombre de plants de Cinchona qui ftirent confiés à des caisses de Ward, mais qui moururent malheureusement tous pendant la traversée ou peu après leur arrivée à Madras; perte considérable, mais qui ne fit pas, fort heureusement, péricliter l'entreprise elle-même. £n eflet, M. Markham n'avait pas voulu en confier le succès à ses seuls moyens. Dès avant son départ d'Angleterre, il avait eu soin d'enrôler au profit de l'œuvre quelques hommes aussi habiles que dévoués, parmi lesquels on doit citer en première ligne le botaniste Spruce (1), auquel on dut d'obtenir bientôt de jeunes plants, et surtout des graines, de plusieurs espèces de Cinchona dont l'expérience avait depuis longtemps démontré la valeur. La perte de la récolte de M. Markham se trouva ainsi amplement compensée.
Quelques-unes des graines obtenues de la sorte furent semées dans les serres du Jardin royal de Kew (2) , en Angleterre ; les. autres, dirigées immédiatement sur l'Inde, y furent distribuées entre divers sites signalés comme étant les plus propres à fournir aux plantes à cultiver les conditions de sol et de climat qu'elles tiouvent dans leur pays natal. Il est inutile de suivre les péripéties de cette culture dans ces diverses localités; bornons-nous à l'étudier dans celle qui a produit les échantillons que nous avons devant nous, c'est-à-dire Ootacamund dans les montagnes de Nilghiri. Cette plantation, placée sous la direction de M. Mac Ivor, ne tarda pas, grâce à la rare intelligence de ce cultivateur, à atteindre un degré de prospérité qui doit nécessairement la faire prendre pour modèle de toutes celles que l'on pourra établir par la suite. Quelques chiffres montreront du reste, beaucoup mieux que toute description, les rapides progrès de l'établissement. Ainsi, quand M. Mac Ivor s'établit à
(1) c'est par le zèle infatigable de M. Spruce que le gouvernement a été rois en possession du Cinchona succirubra^ qui rivalise avec le C. Calisaya par l'importance de ses produits, et d'autres espèces du versant occidental des Andes de l'Equateur. M. Cross accompagnait M. Spruce, comme jardinier, dans cette expédition, et Ht ensuite, seul, deux autres voyages quinologiques, avec le même succès : l'un au distnct de Loxa, Tautre à Pilayo, dans la Nouvelle-Grenade. M. Pritchett visitait |>endant ce temps les montagnes d'Huanuco, et recueillait des graines et de jeunes plants des espèces de cette localité classique. — Voyez, pour d'amples détails sur ce sujet, le très -intéressant volume de M. Markham, intitulé : Travels in Peru and India,
(2) Alors sous la direction du célèbre Sir William Hooker, lequel n'a jamais cessé, non plus que son illustre flis, le directeur actuel, d'apporter le plus vif intérêt à toutes lee-qoeations qui «e rattachent à la culture d«s Quinquinas.
Ootacamundt en mars 1861 , il y rencontra 6S5 plants de Cinchona^ la plupart appartenant au C. succirubra. Eh bien ! en avril 1862, il y en avait 31 i93, et, un an après, 157704. Ce dernier recensement avait eu lieu en avril 1863. Au mois de décembre de cette même année, le nombre des plants de Cinchona existant à Ootacamund était de 277 080 1 A partir de ce moment on ne les compte pour ain» dire plus; et, à l'heure qu*il est, c'est presque par millions qu'on peut les dénombrer. Dans la seule propriété particulière de Dova Shola, il y en a 900000; et l'enthousiasme pour cette culture est tel, qu'indigènes et étrangers, rajas et paysans, tous veulent avoir leur plantation de Quinquinas. J'ajoute que cette immense multiplication a été obtenue par un système de bouturage par très-petits tronçons, grâce auquel, par exemple, un pied de C. offidnalis Vritusinga, présenté au gouvernement par M. Howard, et arrivé dans l'Inde en avril 1862, a pu compter, dix-neuf mois après, 68fi0 rejetons.
Les résultats que je viens de faire connaître sont déjà bien remarquables, mais ceux dont il me reste à parler tiennent presque du prodige.
Aux débuts de cette grande expérience, c'est-à-dire il y a quinze ans, on pouvait craindre que le rendement des écorces ne diminuât, par suite de la culture de l'arbre dans des conditions qui ne seraient pas tout à fait celles où il végète en Amérique; tout au moins devait-on avoir quelques doutes sur le résultat ; eh bien ! on est en droit aujourd'hui d'affirmer que la richesse des écorces des Cinchona cultivés dans Tlnde, sera non-seulement égale à celle des écorces américaines, mais aiTÎvera même peut-être dans certains cas à être double et peut-être plus considérable encore. Ceci n'est pas aujourd'hui une hypothèse, mais un fait; et M. Mac Ivor a obtenu ce résultat par un moyen si simple que je n'exagérais pas en disant que les résultats obtenus tenaient presque du prodige. Pour y arriver, il lui a suffi, en effet, d'appliquer sur l'écorce de l'arbre une couche de mousse qui la garantît, pendant une certaine période de sa croissance, de l'influence combinée de l'air et de la lumière. Ainsi, voici par exemple une écorce de C. succirubra développée à Tair libre et âgée de quatre ans; son rendement en alcaloïdes est de 6,95 pour 100. Si, au contraire, six mois seulement avant de l'enlever, vous l'eussiez enveloppée d'une couche de mousse, ce rendement aurait dépassé 9 pour 100. Ce n'est pas tout. Ce que cette application de mousse, ce que ce tnoussage de l'écorce offre peut-être de plus in-
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téressant à noter, c'est qu'il permet à Fâubier d'un arbre dénudé de son écorce^ pour les besoins du commerce , d'en reproduire une seconde et même une troisième (1); chacune de celles-ci étant nonseulement plus riche en alcaloïdes que l'écorce qui l'a précédée, mais étant proportionnellement plus riche en quinine, cette quinine étant en outre d'une extraction plus facile. Anatomiquement ces écorces diffèrent des autres par l'absence plus ou moins complète des fibres du liber. Enfin, un dernier fait qu'il faut signaler, parce qu'il peut résulter de la culture et qu'il pourra avoir une certaine importance quand on saura exactement sous quelles influences il se produit, c'est la conversion des alcaloïdes voisins l'un dans l'autre (2) : de la quinine, par exemple, en cinchonidine, ainsi que cela s'est vu dans le C. Calisaya, ou delà cinchonine en quinidine, comme M. Howard Ta constaté pour le (7. micrmitha.
Je termine ici ce que j'avais à dire sur la cultiu*e des Quinquinas dans l'Inde anglaise, et je demande la permission d'appeler pendant quelques instants votre attention d'un autre côté.
C'est à l'Angleterre, nous l'avons vu, que revient la gloire d'avoir offert au monde les premiers fruits de la grande entreprise dont je vous ai retracé quelques-unes des phases les plus intéressantes. Mais, ceci reconnu, il n'est que juste de revendiquer pour deux autres nations la part de mérite qui leur est due dans le développement de cette œuvre bienfaisante. Ces pays sont la France et la Hollande. Je commence par la France, et ici je vous prierai de m' excuser si je mets en avant mon propre nom. Peut-être ne le ferais-je pas si j'étais seul en fait dans le léger oubli dont je crois avoir à me plaindre, mais comme cet oubli porte surtout sur un établissement public,
(i) Les habitants de Loxa réussissaient parfois à obtenir de leurs arbres une seconde récolte, mais par un procédé bien moins parfait. Ils enlevaient Técorce d'un seul cdté du tronc. Les lèvres de la bande corticale laissée en place s'étendaient alors peu à pe-i et finissaient par recouvrir, plus ou moins complètement, la portion d'aubier dénudée. — Voyz Howard, /. c. , sub C, Urilusinga,
(2) La valeur commerciale des alcaloïdes des Quinquinas, et par suite celle des écorces dont on les extrait, dérive en grande partie de leur leudement thérapeutique. Or, il résulte des rapports publiés récemment par des commissions siégeant à Midras et à Bombay, et dont l'objet est de s'assurer expérimentalement, et sur une grande échelle^ de l'importance thérapeutique relative des quatre alcaloïdes de Quinquina actuellement employés, que les sulfates de cinchonine, de cinchonidine et de quinidine sont beaucoup plus efficaces qu'on ne le suppose généralement. Il est donc présumable que celte décision va donner du prix à bon nombre d'écorces que l'on a cessé d'exploiter, depuis que la croyance s'est répandue que la quinine possède seule à un haut degré les qualités dont on est obligé aujourd'hui de reconnaître l'existence, et seulement à un degré un peu moindre chez ses trois sœurs, et en particulier dans la quinidine.
établissement auquel j'ai été fier d'appartenir, je crois qu'il est de mon devoir en ce moment de défendre ses droits. Ce que je réclame pour la France, c'est le mérite d'avoir suscité le mouvement qui a eu pour résultat les diverses tentatives faites pour cultiver le Quinquina, et d'avoir fait le premier pas dans la voie féconde où Tout suivie, pour la devancer bientôt, la Hollande d'abord, l'Angleterre ensuite. Pour ce qui est de moi personnellement, je désire simplement constater que, quelles qu'aient été les suggestions faites antérieurement, ce n'est, en réalité, qu'à la suite de la publication de ma Monographie des Quinquinas, en 1849, et du rapport dont elle a été l'objet ; ce n'est que sous l'impression du cri d'alarme que j'y ai jeté que l'attention des gouvernements a été éveillée, et que les premiers pas utiles ont été faits pour opérer le transfert de la production et du commerce des Quinquinas du nouveau monde à l'ancien. Voilà, messieurs, la part que j'ai eue dans cette œuvre. Celle qui appartient au Muséum d'histoire naturelle est bien autrement importante. Et d'abord, ne dois-je pas dire que c'est comme voyageurnaturaliste de cet établissement que j'ai été à môme d'étudier l'état des forêts de Quinquinas et d'appeler l'attention sur la destruction qui en menaçait les espèces les plus précieuses? Ce sont ensuite les graines de Cinchona^ recueillies et remises par moi au Muséum, qui, semées dans les serres de cet établissement, sous la surveillance de M. Houllet, y ont levé et ont donné les premiers plants de Quinquina que l'on ait vus vivants en Europe. Ce sont enfin ces plants qui ont servi aux premiers essais de culture qui aient été faits, soit en Afrique soit en Asie. Dès leur apparition on se préoccupa, en eflet, des moyens de les transporter sous des climats que l'on pouvait supposer propices à leur développement, et les premiers qui soient sortis de France furent adressés, en 1849, à M. Hardy, directeur des pépinières des environs d'Alger, et furent livrés à la pleine terre, dans l'établissement du Hamma. C'est là le premier essai de culture du Quinquina, à l'air libre, qui ait été tenté hors de son pays natal. Une fut pas heureux, et l'on doit, par cette raison même, regretter plus vivement encore que le gouvernement français n'ait pas donné aloi*s une attention plus sérieuse à une question d'une importance aussi manifeste, en prenant en main l'œuvre dont le Muséum avait eu l'initiative.
La Hollande commença ses essais vers le moment où la France suspendait les siens,, en 1852, par conséquent environ sept années