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ORPHANIDËS. ^ ETAT ACTUEL DE LA FLORE GRECQUE. 7S

salie, par exemple, étouffe sous une chaleur de 35 à 38 degrés cent., quelc[ues heures après il rencontre, sur le sommet de l'Olympe, une température de 5 à 8 degrés seulement. Entre ces deux extrêmes, on trouve superposés les différents climats dont chacun favorise une végétation spéciale, et le passage d'un climat à l'autre se fait quelquefois très-brusquement.

Cependant ce panorama magique a un défaut digne d'attention. Comme tout ce qui est beau sur terre dure peu, cette végétation splendide s'éteint comme un éclair, et le botaniste qui compte recueillir à son retour dans une localité une plante qu'il a vue en fleur trois ou quatre jours auparavant, la reverra avec étonnement en fruit ; qu'il retarde davantage, et il en retrouvera à peine les traces. La rapidité avec laquelle passe et défleurit la végétation grecque est, sans doute, le résultat de la grande chaleur et des vents qui facilitent la fécondation ; mais je crois qu'elle peut être aussi attribuée à une tendance naturelle de la vie de ces végétaux, c'està-dire à une fugacité propre à ces espèces.

En général, la végétation de la Grèce se développe, hors quelques petites exceptions, à deux courtes époques : pour les plantes des plaines et du littoral, depuis le mois de mars jusqu'à la fin de inai, et pour les plantes des montagnes, depuis le mois de juin jusqu'au 15 août.

Passé le mois de mai, dans les plaines, tout est brûlé par un soleil ardent, partout règne une sécheresse affreuse, et le botaniste étranger, ignorant qu'il foule aux pieds les germes d'une riche végétation, peut avec raison maudire le pays. De même, sur les montagnes, passé le 15 août, c'est-à-dire après les premières pluies, on ne trouve plus que des plantes en pleine fructification ou quelques plantes d'automne, telles que des Colchiques et des Crocus. Cependant, entre ces deux saisons, quelques vallons privilégiés, situés dans une région moyenne, servent de transition entre la sécheresse estivale des plaines et le printemps tardif des montagnes.

Indépendamment de tout ce que je viens d'exposer, il existe encore d'autres différences frappantes entre la végétation grecque et celle du reste de l'Europe. V Dans notre flore, nous avons un grand nombre de plantes épineuses, notamment dans les genres Euphorbia, BhamnuSy Poterium^ Verbascum. 2"* Il est rare de rencontrer en Grèce des bois composés d'un grand nombre d'espèces d'arbres, CQmme il airrive souvent en ïjurope. Si cela arrive cbe^ nous, ce

7A COKGRiS INTERVÂTIOlfAL DB BOTAmQDE.

n'est que dans la région moyenne des montagnes. Une de celles qoi se distinguent le plus pour la variété des arbres dont se composent ses bois est le mont Athos.

§ f • — BlelieMie de la flore ci*^®^»^* Aanoiérailoii de •«• plante* par classe* et famillce natarellee. ■

Sibthorp, ayant parcouru la Grèce dans deux voyages depuis le Pont-Euxin jusqu'au bout de l' Asie-Mineure, ei depuis les confins de la Servie jusqu'au cap Ténare, dans le Péloponèse, toute la Thrace et toutes les îles de l'archipel grec, y a trouvé :

Plantes phanérogames 2335

Plantes cryptogames 253

Le but principal de Sibthorp, à ce qu'il paraît, était de retrouver les plantes mentionnées par Dioscoride, et cela se voit dans le Prodromus Florœ Grœcœ^ où se tfouvent, auprès des noms scientifiques, les noms grecs vulgaires et les noms de Dioscoride. Ces derniers, d'après les résultats d'une étude spéciale que j'ai faite depuis plusieurs années, non-seulement ne sont pas toujours exactement expliqués, mais dans plusieurs cas sont tout à fait erronés.

Après Sibthorp, Tournefort, dans son voyage au Levant, a découvert quelques rares espèces, principalement en Crète et dans les îles.

Dùmont d'Urville et Castagne, plutôt amateurs que botanistes de profession, ont ajouté quelques chaînons à la grande chaîne de* la végétation grecque.

D'autres botanistes ont fait encore deux bons ouvrages : Grisebach , qui nous a donné une très-belle Flore de Roumélie, Bory de Saintr- Vincent et Chaubard, qui ont décrit, dans la Flore du Péloponèse et des Cyclades, 1821 espèces de plantes, faisant partie des collections que l'expédition scientifique envoyée en Morée par le gouvernement français, a faites dans cette partie de la Grèce.

Les Illustrationes Plantarum orientaliumy de MM. le comte Jaubert et Spach, ouvrage d'un grand mérite, ont ajouté à notre ûore un bon nombre de belles espèces.

Mais tous ces excellents travaux n'étaient que des fragments, des études partielles et séparées de la grande flore grecque. Tous ces botanistes n'opt parcouru le pays qu'à la bâte ; ils n*0Dt pris que

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ce qu'ils ont trouvé sur leurs pas ; aucun d'eux n'a habité le pays constamment, aucun n'avait de correspondants réguliers parmi les habitants du pays pour en recevoir continuellement des collections et des découvertes nouvelles.

Cette honorable tâche était réservée à M. Edmond Boissier, qui dans Tétude qu'il a entreprise depuis vingt-cinq ans de la végétation de l'Orient, a compris la riche et belle flore de la Grèce.

M. Boissier, après plusieurs voyages qu'il a faits en Grèce et en Orient, a trouvé ou a su se créer des correspondants aélés ; en outre, il a envoyé à se^ frai^ plusieurs collecteurs qui ont parcouru l' Asie- Mineure et plusieurs autres provinces de la Grèce. En un mot, M. Boissier, après I9, publication de sa première livraison des Dîagnoses^ en 18â2, a centralisé le$ recherches de tous les observateurs qui s'occupaient 4e la flore grecque. Ainsi dans les dix-neuf livraisons de ses Diagnoses^ il a décrit une grande quantité d'espèces nouvelles, et récemqiènt il a complété son œuvre par la publication de son Flora orientalis. J'ai regardé comme un honneur de me ranger parmi ses correspondants et amis , et je lui ai communiqué mes découvertes, qu'il a bien voulu publier dans ses Diagnoses et dans son Flora orientalis.

Grâce à ces grands travaux, la flore grecque, dane les limites mentionnées ci-dessus, compte actuellement, d'après le catalogue et le tableau ci-après, 6668 espèces, c'est-à-dire plus du double de celles que Sibtborp'a recueillies et que Smith a énumérées dans le Prodromtis Florœ Grœcœ.

Mais ce qui étonne, c'est que 1649 espèces ont été découvertes dans l'espace de trente ans : c'est ce qui démontre la grande recherche de la flore grecque, et je n'hésite pas à assurer que si de zélés collecteurs examinent la grande montagne du Rhodope et des monts Açrbcérauniens , le Pinde et le grand Olympe de Thessalie, la montagne d'Gssa. les montagnes de la haute Macédoine dans la province d'Ochrida, le Cerceteus dans l'île de Samos, et les hautes montagnes du continent opposé; si Ton étudie avec zèle les Cryptogames dans toutes les régions de la flore grecque, et les Algues marines de toutes les côtes, plus de 1500 espèces nouvelles seront à ajouter, et la flore grecque parviendra au nombre de 7500 espèces.

Si nous comparons maintenant notre flore à celle d'une plus grande étendue de terrain, & celle, par exemple, de toute l'Allemagne,

qui est la septième de l'Europe entière, si nous examinons Texcellait ouvrage de Kocfa, qui a pour limites les bords de TAdriatique et les sommets des Alpes» nous compterons 3A26 espèces seulement, c'està-dire 1000 espèces de moins que n'en comptent nos Dicotylédones. Voici le tableau des familles de la flore grecque :

Énumératim des classeSj familles^ genres et espèces de la flore grecque.

Genres. Espècef. Eipèoee

Alg» 52 132

FuDgî 15 63

Lichenoidc. ... 28 124

MuKine 27 74

Hepatico 12 24

Filicet 19 44

Lycopodiaceœ . . 2 2

Equisetice»... . 1 9

Characes. 1 2

Total.... 157 474

Gramme® 72 314

Cyperaceœ 7 72

Jmicacett 2 27

Araee» 5 11

Typhace» 2 4

Palm® 1 1

Melanthaceœ. . . 4 15

Asparaginaceœ. . 5 13

Liliace» 17 158

Amarymdeœ... 6 13

Dioscoreœ 1 2

Inde® 5 47

Orcbidaceœ. ... 13 72

ButomaceiB .... 1 1

Alismaceœ. .... 3 4

Nigadee 5 13

Lemnaceœ 1 2

Total.... 150 769

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