CHEZ LES OUVRIERS QUI LA MANIENT
Par H. le docteur CAIS90.
Au commencement du mois de juin dernier, je me trouvai appelé adonner des soins à deux ouvriers atteints, tous les deux, d'un eczéma de la face, du cou et du scrotum. Cette maladie cutanée s'accompagnait chez les deux sujets^ de fièvre, de céphalalgie, de
coryza, d'épistaxis et d'enrouement. Elle se termina par desquamation vers la fin du second septénaire.
Ces deux malades offrant des phénomènes morbides identiques, il était naturel de penser qu'une même cause avait dû agir sur eux. Quelle était cette cause?
Ces deux ouvriers étaient tonneliers ; rien dans leur profession ne pouvait justifier le développement de la maladie qu'ils présentaient. Interrogés sur l'emploi de leur temps pendant les jours qui précédèrent le début du mal, ils racontèrent qu'ils avaient été occupés la veille à faire une palissade au moy^ de roseaux secs. Les roseaux furent aussitôt examinés ; on les trouva couverts d'une moisissure blanche qui fut considérée comme la cause de la maladie.
Ces faits ne sont pas nouveaux dans la science. Ils avaient été signalés déjà par plusieurs auteurs. Chaptal les avait notés, le premier, en 1790, dans ses Éléments de chymie (t. III, p. 182). Cinquante ans plus tard, ils sont décrits dans un mémoire du docteur Fave (de Montpellier) , mémoire qui fut analysé en 1840 parle docteur Trinquier dans le Journal de la Société de médecine pratique de Montpellier^ et publié, en 1859 seulement, dans h^ Revue thérapeutique du Midi. Depuis lors les travaux se sont multipliés : nous citerons le mémoire de M. Michel de Barbantane (Bulletin de thérapeutique^ 1845), celui de M. Maurin, de Marseille {Revue thérapeutique du Midij 1859) , l'article de M. Beaugrand [Annales d hygiène publique^ 1861), celui du professeur Tardieu [Diction^ naire d* hygiène publique, article Vanniers, 1861), et enfin le chapitre que M. le docteur Bazin consacre aux éruptions propres aux ouvriers qui travaillent la Canne-de-Provence, dans ses Leçons sur les affections cutanées artificielles.
A quelle cause faut-il attribuer l'éruption dont nous avons parlé? Cette cause n'est plus douteuse. L'éruption dépend de la moisissure qui se développe à la surface du roseau et qui n'est autre chose qu'un Champignon de la classe des Mucédinées et du genre Sporotrichum, d'après l'examen qu'en a fait M. le professeur J.-E. Planchon, qui se propose de publier prochainement à son sujet une note plus spécialement botanique.
Chaptal attribuait cette éruption à un arôme particuUer s'exha lant des roseaux. D'après le docteur Fave, au contraire, elle est due à la poussière fine et blanchâtre qui couvre le roseau en putréfaction et à laquelle il donne le nom de moisissure. M. Michel pense