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SUR LES ANOMALIES DE STRUCTURE DE LA TIGE DE VERODIUM PETRMUM L

Par M. J.-B. PliANCHOIV,

ProfetMur à la Faculté des sciences de Ifontpellier.

La note suivante n'est que le résumé succinct d'un travail que l'auteur se propose de publier en l'accompagnant de figures.

C'est parmi les lianes, les plantes parasites et les familles du groupe des Cyclospermées qu'on a surtout signalé des exceptions à la structure ordinaire des tiges ligneuses des plantes Dicotylédones. Tout n'est pas dit néanmoins à cet égard, et bien des faits de ce genre se révéleront encore par l'étude détaillée de familles supposées normales ; témoin les singuliers faits de structure récemment découverts par M. Trécul chez diverses Ombellifères ; témoin aussi VErodium petrceum^ c'est-à-dire un végétal indigène assez remarquable pour qu'on pût le croire bien connu.

La souche ligneuse de ce joli sous-arbuste se divise, dans sa partie aérienne, en branches courtes et rugueuses ; elle se prolonge en bas, sans démarcation tranchée, en un long pivot de racine simple ou peu rameux. C'est la tige que nous étudierons de préférence dans sa constitution intime. On peut la ramener au type suivant :

Au dehors, une enveloppe assez épaisse de périderme rouge-brun, plus ou moins exfolié, formé de nombreuses couches de cellules tabulaires.

Sous le périderme, une couche épaisse d'écorce constituée principalement par des lames rayonnantes de tissu libérien faisant suite aux lames de tissu ligneux, et séparées l'une de l'autre par des bandes de tissu parenchymateux. Ces dernières bandes sont le prolongement des rayons médullaires ; elles se réunissent entre le liber et le périderme en une zone mince de tissu médulliforme, une sorte de moelle externe, répondant à ce qu'on appelle ailleurs couche herbacée de Técorce. La moelle interne existe à l'état de cylindre obscurément pentagonal dans les rameaux encore jeunes et non aoûtés. Elle disparaît vite et se résout en rayons médullaires, à mesure que se dessinent les faisceaux ligneux des tiges adultes : elle persiste ailleurs, sous la forme de zone médullaire interne , autour des productions ligneuses anomales dont il va être question, alors surtout

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que ces productions occupent l'axe de la tige. Ce tissu parenchymateux médullaire existe également à Tétat disséminé dans les lames du liber. Ses cellules renferment de nombreux cystolithes arrondis, à surface granuleuse; sa couleur d'un blanc mat, son apparence un peu spumeuse, le distinguent, à la longue, du tissu plus compacte du liber et du corps ligneux.

Le corps ligneux, vu sur une coupe transversale, se présente en faisceaux rayonnants, linéaires-cunéiformes, tantôt simples, tantôt bilobés ou bifurques, tantôt plus ou moins lobés-flabellés, toujours alternant avec des rayons médullaires qui, pendant le retrait produit par la dessiccation, se divisent aisément sur leur longueur et tapissent alors les faces latérales des faisceaux ligneux contractés. Ces faisceaux ligneux, d'un jaune très-pâle, sont absolument dépourvus de fibres : ils sont formés de cellules cylindroïdes, deux ou trois fois plus hautes que leur diamètre transversal , très-élégamment réticulées-annelées, à la façon des fausses trachées. Du reste, pas de trachées véritables. Le liber/formé d'un tissu compacte, à cellules prismatiques, courtes, épaisses, très-cohérentes, ne saurait se confondre avec le bois aux faisceaux duquel ses propres faisceaux semblent faire suite, en se séparant comme eux par le retrait en lames ou rayons distincts. L'absence des couches annuelles concentriques dans le bois et le liber, le défaut complet de vraies trachées et de vraies fibres ligneuses, la disparition précoce de tout cylindre de moelle central : voilà déjà des faits singuliers chez une Géraniacée. Mais le plus étrange reste à voir dans l'intérieur même des tiges.

Au lieu de la moelle centrale qu'on semblerait devoir trouver dans l'axe des tiges ligneuses, ce qu'on y rencontre féquemment, c'est comme une seconde tige enchâssée dans la tige principale, et que distingue, au premier abord, la teinte rouge sanguine de son périderme. Des coupes faites en divers sens révèlent bien vite, dans cette production interne, les éléments d'un corps ligneux, d'un liber, de rayons médullaires, d'un périderme. Bien plus, la tige intérieure en renferme parfois une seconde et même plusieurs successivement emboîtées, tiges dont certains éléments sont indistincts, mais que séparent trèsnettement les bandes rouges de leurs péridermes respectifs. Il arrive fréquemment que les tiges emboîtées, au lieu de se recouvrir complètement, représentent des sortes de cornets superposés, le plus extê*rieur dirigeant Sa pointe vers la base de la tige et coiffant simplement le suivant, lequel en coifle incomplètement im troisième et ainsi de

J.HS. PLAKCflON. — ERODIUM PSTRiBim. 1?S

duite. L'6D9emble de ces production^ simule une espèce de stalactite à texture stratifiée, dont la base élargie occupe parfois le sommet déprimé de la souche, tandis que le sommet aigu semble s'enfoncer dans Taxe même de la tige principale.

Du reste, cette forme de stalactite allongée est bien loin d'être la seule qu'affectent les excroissances caulinaires intérieures* Il en est qui ressemblent à des nodules, à des loupes plus ou moins arrondies^ à des fuseaux, à des corps cylindroïdes, à des rognons irréguliers. Parfois même , au lieu de se développer dans tous les sens, elles affectent une forme lenticulaire ou déprimée, et, dans ce cas, on les voit intercalées dans Tépaisseur des lames du périderme extérieur de la tige, au lieu d'occuper des interstices du corps ligneux ou du liber*

L'élément le plus développé dans ces superfétations de la tige, c'est toujours le périderme; c'en est aussi, ce nous semble, la partie la plus longtemps vivante et la plus en voie d'accroissement, au moins dans ses couches externes. L'élément libérien n'est pas toujours très distinct : les faisceaux ligneux et leurs rayons médullaires sont presque toujours fort apparents; mais, très -fréquemment, toute cette partie intérieure des excroissances est atteinte de nécrose, pour peu que ces excroissances soient âgées au moment où le scalpel les met à nu.

La présence de ces productions ligneuses intérieures n'est pas assez constante, leur distribution dans les tiges n'est pas assez régu* lière pour qu'on puisse les regarder comme un trait absolument normal de l'organisation de YErodium petrceum. Cependant il est rare de trouver un pied de ce sous-arbuste qui ne présente, au moins à l'état naissant, une ou plusieurs excroissances intra-caulinaires. Chez de vieilles souches (d'un diamètre de 2 à 3 centimètres) dont le sommet s'évase en coupe et porte une couronne de rameaux, c'est au centre même de la dépression que viennent affleurer les tranches de plusieurs tiges internes embottées l'une dans l'autre. Dans ce cas, la communication des tiges internes avec l'air extérieur se fait par la destruction du tissu superposé ou de la paroi de la souche. Mais, le plus souvent, les productions internes sont englobées dans la tige principale, sans ordre apparent, à des hauteurs différentes , en nombre indéterminé, sans communication avec le dehors, sauf les cas où cette conununication s'établit à travers une fissure de l'écorce.

On ne saursut donc reconnaître aux productions intérieures de la

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tige de YErodium une disposition symétrique, comme celle que présentent, par exemple, les corps ligneux secondaires de certaines Bignoniacées, et surtout de certaines lianes du groupe des Sapindacées, récemment étudiées par M. Netto. On les assimilerait plus volontiers aux singulières productions en forme de stalactites observées parM. Decaisne dans la tige morte d'un Echinocactmpycnoxyphus (voy. Decaisne, in Bull. Soc. bot. de France, t. V, pp, 213 et suiv.). Mais, pour éclairer l'étude de ces fonnations anomales de YErodium, c'est probablement au groupe des Ombellifères qu'U faudra demander des termes de comparaison. Le Myrrhis odorata en particulier, autant qu'il nous est permis d'en juger d'après les descriptions de M. Trécul {Ann. se. nat. 5* sér. V, pp. 296 et suiv.), le Myrrhis offrirait, dans sa racine déjà vieille, des formations corticales intérieures et des centres indépendants de formations ligneuses qui compliquent singulièrement la structure de cet axe, en y créant des zones d'écorce ou des faisceaux de bois noyés dans le tissu ligneux primitif. Là, paralt-il, c'est au moyen de cellules parenchymateuses interposées aux vaisseaux du bois, que se fait la genèse du tissu cortical ou ligneux supplémentaire. La couche génératrice, au lieu d'être condensée en une zone périphérique, serait donc disséminée, en quelque sorte, dans le corps même du bois. Nous croyons qu'une dispersion analogue du cambium explique également les productions secondaires de la tige de YErodium petrœum. Mais pour être explicite à cet égard, il nous faudrait avoir suivi l'évolution de ces excroissances intérieures. Une fois cette étude faite (et nous ne l'avons qu'ébauchée), nous essayerons d'établir une comparaison précise entre ces curieuses endomorphoses et les formations anomales déjà signalées chez un grand nombre de plantes ligneuses dicotylédones. Ce sera le cas aussi de faire connaître en détail les particularités de la structure des axes chez d'autres types de Géraniacées.

M. Weddell dit qu'il existe dans la famille des Urticées un fait analogue à celui qu'a observé M. Planchon sur YErodium. M. Ferdinand Mueller (de Melbourne) lui a parlé, dans une de ses lettres, d'un Laportea photiniphylla chez lequel on a trouvé une cavité complètement fermée, de 2 à â mètres de longueur, revêtue intérieurement d'une couche d'écorce tout à fait semblable à l'écorce extérieure de la même plante.

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