‹ ActesChapitre 49 sur 77 · LETTRE DE M. A. DE1VI9 A M. LE COMTE JAUBERT · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. A. DE1VI9 A M. LE COMTE JAUBERT

Cher monsieur et très-honoré collègue,

.... Vous savez que depuis nombre d'années je m'occupe, en temps et lieux opportuns, de la fécondation artificielle de plusieurs Palmiers-Dattiers femelles qui, parmi quelques autres espèces, végètent glorieusement dans mon jardin d'Hyères.

Or, en l'année 1863, à l'époque du mois de mai, revenant de féconder un Palmier dont les fleurs femelles me paraissaient épanouies, je passai devant un Chamœrops humilis femelle dont les spathes étaient ouvertes depuis trois jours, mais qui n'avait point encore été en contact avec les flemrs d'un Chamœrops mâle, opération à laquelle, d'ordinaire, je n'avais point manqué jusque-là de me livrer le 1" du mois de mai. Or, il faut que vous sachiez, au préalable, que je n'avais pas dans mon jardin, en 1863, un seul Chamœrops mâle, et que, chaque année, j'allais religieusement

chercher les fleurs mâles à , dans un jardin qui possède deux

magnifiques pieds de Chamœrops mâle; toujours est-il que cette fois, comme pour réparer le temps perdu, je saupoudrai, à plusieurs reprises, le Chamœrops femelle, et que j'attachai môme de nom-

breuses brindilles de la fleur fécondante aux branches qui portaient les fleurs femelles.

Deux ou trois mois après cette opération, je m'aperçus d'un singulier phénomène : jusqu'au moment dont je parle, les fruits de ce Chamœrops femelle avaient été parfaitement ronds et gros comme le bout du petit doigt; mais, depuis la fécondation, les fruits avaient changé de forme; ils s'allongeaient comme ceux du Dattier, et ils étaient notablement plus gros que ceux récoltés jusque-là dans les années précédentes. A la fln de l'année je remarquai même que quelques fruits, dont les stigmates n'avaient point été atteints par le pollen du Phœnix dactylifera^ mais qui avaient reçu celui du Chamcerops mâle, parvinrent môme à maturité complète en conservant la forme ronde qui contrastait singulièrement avec la forme ovoïde-allongée des autres fruits. J'ajoute qu'il y eut aussi une vingtaine de fruits enveloppés à dessein d'une feuille de papier, et ainsi préservés du contact de tout pollen, qui n'atteignirent pas la grosseur d'un pois. Bien entendu que ces petits fruits ne possédaient point de germes.

M. Naudin, qui était venu à cette époque passer quelques jours à Hyères, et auquel j'avais raconté le fait, a vu de ses propres yeux et a emporté des fruits dans ces trois états difl*érents, et il m'engagea à renouveler l'expérience.

En 1864, je fécondai de nouveau artificiellement le pied du Chamcerops femelle en question et exactement de la même façon , et j'obtins exactement le même résultat de la double fécondation. En 1865, je n'employad à cette fécondation que le pollen du Chamœrops humilisj et toujours sur le môme arbre, et les fruits parurent et se maintinrent cette fois tout à fait ronds et d'une grosseur ordinaire.

En 1866, nouvelle fécondation par les deux pollens du Chamœ^ rops et du Palmier-Dattier, retour des fruits à la forme ovoïde-allongée ; la chair du fruit avait le goût de la datte beaucoup plus prononcé que celle des autres fruits de mon jardin fécondés par le pollen du Chamœrops mâle.

En 1867, cette année même, fécondation répétée par les deux pollens; cependant j'avais pris la précaution de recouvrir une partie des fleurs d'une large feuille de papier très-fort. Mais je crains que beaucoup de pollen étant resté sur les branches et les feuilles, et la feiûlle de papier ayant été enlevée après l'opération, je crains, dis-je, qu'il ne soit resté assez du pollen du Dattier pour que, après coup et

Page 1