COLLECTIONS BOTANIQUES DU MUSÉUM. 2M
feaseurs-administrateurs, assistés de MM. Tulasne et Naudiii, aidesnaturalistes. Ils ont pu faire, sous leur savante direction, une revue des diverses collections botaniques du Muséum, assurément remplie d'intérêt, suffisante pour en remporter une impression générale et grandiose, mais insuffisante pour en connaître les richesses et pour savoir quel concours ils pourraient en attendre pour leurs études. C'est dans l'intention de combler cette lacune que le présent rapport a été rédigé, grâce aux notes exactes et actuelles qui ont été obligeamment fournies par MM. Brongniart et Decaisne, ou empruntées à des documents déjà publiés. On s'est flatté de saisir l'occasion de résumer l'histoire et d'indiquer l'état actuel des collections botaniques du Muséum, ce qui n'a jamais été entrepris d'une manière spéciale.
Ces collections forment deux départements distincts : les collections de plantes vivantes, placées dans leur ensemble sous la direction supérieure du Professeur de culture, et l'École de botanique ainsi que les herbiers et leurs annexes, placés sous celle du Profes seur de botanique.
Les collections de plantes vivantes comprennent ainsi : 1° l'École de botanique ; 2° les Écoles des arbres fruitiers et des plantes potagères ou économiques ; 8* les serres ; 4"* les pépinières ; 5" le service des graines.
I. L'École de botanique, qui, au siècle dernier, était au Muséum la véritable et presque la seule collection botanique qui servît à l'étude, est universellement reconnue pour la plus vaste et la plus riche qu'il y ait aujourd'hui en Europe. Elle offre une surface de plus de 2 hectares. Le nombre des plantes qui y sont cultivées est environ de 12 000. Elle admet 8 ou âOOO plantes qui sont rentrées tous les ans dans les serres. Toutes les plantes y sont munies d'une étiquette, indiquant leur nom en latin, leur patrie et leur usage.
En 1843, la nécessité de replanter l'École et d'en doubler presque rétendue fournit à M. Ad. Brongniart l'occasion de la distribuer suivant une classification nouvelle qui lui appartenait et qu'il a exposée dans son Énumération des genres de plantes cultivés au Muséum d'histoire naturelle de Paris (1). On sait qu'après les Cryptogames et les Monocotylédonés , la série instituée par M. Brongniart se continue par les Gamopétales, les Dialypétales
(1) Une deuxième édition do cet ouvrage a été publiée en 18ô0«
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(où sont intercalés les Apétales angiospermes d'Adrien de Jussiem), et se termine par les Gymnospermes. C'est la nécessité d'appliquer sa méthode à la plantation d'im jardin qui a forcé H. Brongniart de suivre cette marche : « Si j'avsds eu, dit-il, l'intention de passer du » simple au composé, comme pour les Monocotylédons, j'aurais dû » commencer par les Gymnospermes, puis par les Dialypétales, » et, dans un livre, ce serait probablement la marche la plus natu- » relie à suivre. >
En replantant l'École, on a respecté, dans la crainte de les détruire, quelques arbres qui existaient dans l'ancienne École créée par Desfontaines en 1824, et qui sont parvenus aujourd'hui à un dfegré remarquable de croissance; parmi eux, nous citerons un Diospyros calycinay les Cornus mas, C. sanguinea^ C. lutea^ un Juglans olirep/brmw d'environ 15 mètres de hauteiu*, un Cratœgus Azaroltis de 10 mètres, un exempladre du rare Pirus sinaica Thouin, un Genista œtnetisis^ un Pistacia chia^ un Carya amœna; plusieurs Quercus^ Q. Tumeri ((?. Pseudosuber Santi), 0- crinita (de 12 mètres de hauteur) , Q, ^gilops {Q, macrolepis Kotschy) , Q. Pseudo^ suber Desf . Il faut noter surtout le célèbre Pintis Laricio planté par Laurent de Jussieu en 177i, et dont la hauteur est de 2& mètres.
L'espèce est entendue à l'École de botanique dans le sens le plus large ; cependant, dans quelques cas, pour éclairer les botanistes sur la valeur des formes élevées au rang d'espèce par quelques auteurs modernes, on a cherché à réunir toutes les formes connues de certains genres indigènes. C'est ainsi que les Rosa sont actuellement représentés par 128 types, et les Sempervivum par 75.
L'École de botanique (Jardinier-chef : M. B. Verlot) est, par son étendue, par le nombre des plantes qu'elle contient et par le soin qu'on met à leur étiquetage, la régulatrice de toutes celles qui existent en France ; on peut même ajouter qu'elle en est la pourvoyeuse, car c'est d'elle que toutes nos écoles secondaires tirent la majeure partie de leurs plantes.
Le rôle qu'elle remplit vis-à-vis de la province est aussi celui des diverses sections du service des cultures, où la province et les colonies viennent puiser à pleines mains. On a lu plus haut (p. A2), dans une communication de M. Weddell, ce que l'administration du Muséum, bornée à ses seules ressources, avait fait pour l'acclimatation du Quinquina, et il n'est pas besoin de rappeler ici que c'est
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encore du Muséum qu'est sorti le Caféier, qui a fait la fortune de nos colonies des Antilles. C'est du Muséum que nos provinces du Midi ont reçu le Mûrier des Philippines ; celles de toute la France, le Sophora du Japon, le Gleditschia sinensis^ le Planera^ le Juglaiis nigra, le Paulownia, le Robinia, l'Ailante, sur lequel on a espéré fonder une industrie séricicole nouvelle, et enfin une quantité d'arbres résineux dont l'économie forestière s'empare tous les jours. Même dans l'industrie plus modeste des fleurs, le Muséum a rendu des services qui ne sont pas à mépriser, si l'on envisage la multiplicité et l'étendue des intérêts qui y sont engagés aujourd'hui. C'est lui qui a procuré à l'horticulture d'agrément, depuis le commencement de ce siècle, le Dahlia, les Chrysanthèmes de la Chine et de l'Inde, le Cobœa, la Sauge et le Lin à fleurs rouges, et vers le milieu du siècle dernier, la Reine-Marguerite, plantes dont la culture fait vivre aujourd'hui des milliers d'hommes.
En outre, au cours de culture est annexé, près de l'École de botanique, et communiquant avec elle, un jardin d'expériences, qui ne peut se prêter à des indications détaillées, parce que la disposition en est renouvelée constamment selon les essais qu'on y doit faire. 11 suflit d'en mentionner l'existence pour que l'on en conçoive l'utilité. C'est là que M. Naudin a fait ses expériences sur les hybrides végétaux, ses cultures spéciales de Cucurbitacées ; on a pu y voir souvent des semis de plantes nouvelles, précieuses acquisitions pour l'horticulture, qui se répandent sans que toujours on en connaisse la source ; l'administration du Muséum, qui possède à peine le nombre d'ouvriers nécessaires pour exécuter ce qu'elle conçoit, n'a pas le loisir de faire valoir les services qu'elle rend. Pour ne parler que des tentatives les plus récentes, il y a deux ans, c'étaient les graines envoyées de Chine par l'abbé David, qui, à l'aide de soins bien entendus, produisaient un grand nombre de plantes nouvelles ; cette année, c'étaient les semis des graines provenant de l'expédition scientifique du Mexique, et envoyées par M. Bourgeau, qui excitaient l'attention des naturalistes. On remarque dans le jardin d'expériences un aquarium pour plantes de marais, une collection àUsoeteSp une fougeraie, etc.
IL L'École des arbres fruitiers, confiée aux soins de M. Cappe, jardinier, renferme une collection spéciale d'arbres fruitiers, unique en Europe, qui a reçu les accroissements suivants :
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En 1800 elle contenait 178 variétés de Poiriers, 54 de Pêchers. 1830 — 262 — — 49 —
Cette collection sert de base à une publication magistrale et bien connue, que Ton doit à M. le professeur Decaisne, le Jardin fruitier du Mttséum^ parvenue aujourd'hui à son VHP volume. La rigueur des déterminations synonymiques adoptées dans cette publication et par conséquent dans TÉcole, est si bien reconnue, que .la plupart des sociétés d'horticulture de France et d'Allemagne s'adressent au Muséum pour obtenir des greffes des espèces et des variétés qui y sont cultivées, et qu'elles regardent avec raison comme les étalons de l'arboriculture fruitière.
III. Les serres (Jardinier- chef: M. Honllet) comprennent plusieurs locaux distincts : un grand corps de bâtiment, construit vers 1800, et désigné sous le nom ^ Orangerie ^ cette dernière sous la surveillance de M. Rihoell; deux grands pavillons vitrés du côté du midi, renfermant l'un des plantes de serre tempérée, l'autre des Pahniers ; une serre courbe divisée en deux étages, et une serre chaude partagée en trois compartiments, et renfermant l'aquarium dans celui du milieu ; enfin, plusieurs petites serres de moindre importance consacrées à la multiplication.
Il ne .peut entrer dans notre plan d'indiquer le grand nombre de végétaux conservés dans les serres du Muséum ; mais nous ne pouvons nous dispenser de signaler ceux qui sont le plus intéressants par leur développement ou par leur rareté, savoir :
1** Dans le Grand pavillon tempéré :
Uvistona australisy Cupania Cunninghami^ Chamcerops Griffithiana^ Jubœa spectabiliSy Cocos auslralis^ Musa Ensete.
2" Dans le Grand pavillon des Palmie7's :
Corypha umbraculifera^ Astrocarijuni Ayriy Uvistona 5ineiisiSy Thrinax radiatay Martinezia cai^otœfolia ^ Areca Verschaffeltii y Cupania filicifoliay Ravenala mtidagas^ cariensisy Garcinia lancifolia^ Crescentia regalis.
3" Serre courbe supérieure :
Une belle collection d'Euphorbes charnus, de Cactées, d'Agave^ et surtout un grand nombre d'espèces de Zamia, d!Ence-