RIVIÈRE. — FÉCONDATION DES ORCHIDÉES
Je crois ne devoir point passer sous silence un caractère important à mon point de vue ; c'est Tépoque de végétation de ces trois plantes.
J'ai dit un peu plus haut que le Lœlia crispa^ plante-mère, donne ses fleurs en août-septembre. Aussitôt après leur chute, on voit les bourgeons se développer, s'allonger et se former en pseudobulbes, feuilles, spathes, etc. Ce travail commence vers la fin d'octobre pour se terminer en mars-avril. Decemoment jusqu'à l'époque de la floraison, la plante se constitue. L'inflorescence ne se développe donc, comme on peut en juger, que lorsque la plante a parcouru toute sa période végétative.
Le Lœlia cinnabarina^ plante-père, a au contraire un mode de végétation tout différent : ses pseudo-bulbes, ses feuilles et ses spathes se forment pendant l'été, et ce n'est que dans Tannée suivante que la hampe se montre pour faire voir ses jolies fleura d'un rouge cinabre.
Mais, dans la variété issue de ces deux espèces, la végétation commence dès le printemps pour se continuer au delà même de la floraison. Le moment du repos de la végétation de ce curieux hybride est donc du mois d'octobre au mois de mars.
La première fleur de l'hybride que je présente au Congrès est apparue le 22 août 1805, sept ans après le semis des graines.
Un grand nombre de semis de graines d'Orchidées ont été faits par mes soins au Jardin botanique de la Faculté de médecine de Paris, récemment supprimé à la suite des changements introduits dans la disposition du jardin du Luxembourg, lequel comprend maintenant ce qui reste des anciennes collections de la Faculté.
La collection du Jardin de la Faculté avait été commencée, en 1888, au moyen d'un envoi de plantes fait par M. Peixoto, médecin de l'empereur du Brésil. Ce noyau de collection, composé de 33 espèces, avait été adressé à M. Achille Richard, professeur de botanique, qui le confia aux soins de M. L'Homme, son habile jardmier en chef.
Au moyen d'échanges faits à diverses reprises avec différents horticulteurs et amateurs distingués, tels que MM. Cels, Makoy, Thibaut et Kételêer, Lûddemann, Chantin, Luna, Milleret, Guibert, Pescatore, etc., le nombre de ces plantes s'accrut successivement, et, aujourd'hui, la serre aux Orchidées en contient environ 1200 espèces ou variétés.
Après quelques années d'études et de tâtonnements sur leur végé-
tation particulière et exceptionnelle, M. L'Homme était parvenu à établir, et le mode de culture actuellement employé, et la multiplication de ces plantes par division ou section de leurs pseudo-bulbes.
Vers I8/1O, il confia à mes soins, sous sa direction, ces nouvelles plantes. Au bout d'un certain temps, il me vint à l'idée de les multiplier par semis ; mais, pour arriver à ce résultat, il fallait nécessairement des graines. Je voyais sans cesse fleurir ces plantes, qui gardaient leurs fleurs plus ou moins longtemps selon les espèces, puis je les voyais défleurir, ne laissant pour souvenir d'une si belle appai'ition que des pétales fanés et des tiges dégarnies.
En observant attentivement, je remarquai que, les fleurs une fois flétries, l'ovaire prenait une teinte jaunâtre, diminuait au lieu d'augmenter de volume, et qu'enfin le périanthe tombait, entraînant dans sa chute, avec l'ovaire non fécondé, tout espoir de fructification. Pourtant, disais-je, elles doivent produire des graines.
Un fait bien simple et bien naturel vint enfin me révéler le mystère.
Un jour, en soulevant un châssis pour donner de l'air à la serre des Orchidées, je fus surpris par le bourdonnement d'un gros bourdon noir, qui entra brusquement dans la serre, et se jeta sur la fleur d'un Cattleya Mossiœ^ en s'agitant avec vivacité, Quelques jours après, la fleur du Cattleya prenait une forme nouvelle ; ses sépales s'étaient élargis et recourbés à leur base , rapprochés à leur sommet ; son ovaire s'était gonflé et avait grossi; on eût dit que le fruit allait se former, et il se forma en eK^t.
Je compris parfaitement alors la manière dont s'était accomplie celte fécondation, et, imitant le travail de l'insecte, j'opérai moimême une fécondation artificielle, opération très-simple, surtout lorsqu'on connaît les organes sexuels des plantes de cette famille.
En y réfléchissant, je compris facilement combien la fécondation naturelle doit être diflicile chez les Orchidées (1). Tout s'y oppose, pour ainsi dire, et particulièrement les raisons suivantes :
1** La nature toute particulière du pollen. Contrairement à ce qui a lieu chez toutes les espèces de plantes, dont le pollen est pulvérulent, celui des Orchidées, comme celui des Asclépiadées, qui fait aussi exception, est solide, c'est-à-dire que les grains en sont agglutinés en masses désignées sous le nom depollinies.
(1) J*ai besoin de rappeler que ces observations ont été faites il y a plus de vingt ans, avant la publication des travaux de H. Cli. Darwin^ de H. Béer et d'autret naturalittes.