SUR LA FLEUR DES SAPINDACÉES
Par M. le profesieur BAOLKOFBlft,
atlachë au Jardin botanique de llunidi.
Ce que je me propose de communiquer au Congrès, ce n'est qu'une petite notice préalable sur la structure de la fleur chez les Sapindacées et sur la structure de la graine, c'est-à-dire sur ce que Ton a appelé Tarille. Mes recherches sur ces points ne sont pas encore terminées et n'embrassent pas encore tous les genres ; cependant je crois que les faits observés jusqu'à présent ne subiront pas de modifications importantes par des recherches ultérieures.
Vous savez, messieurs, qu'il y a parmi les Sapindacées des genres à fleurs régulières et d'autres à fleurs irrégulières, mais symétriques. La plupart d'elles sont construites sur le type quinaire. Je ne veux parler ici que de ces dernières.
Chez les SapindiiSy par exemple, et également chez les Cupania^ on observe ordinairement cinq sépales, dont la préfloraison est quinconciale, et dont l'un se ti-ouve placé immédiatement contre l'axe primaire de l'inflorescence. Suivant l'ordre de la genèse, ce sépale est le deuxième. En un mot, c'est un calice pentaphylle et opisihaple (i). Avec ce calice alterne la corolle pentaphylle ; avec la corolle alterne un verticille de cinqétamines (supei-posées au calice), et avec celui-ci un deuxième verticille de cinq étamines (superposées
(1) Ce tenne, qui n'est point en usage dans la botanique française, signifle adossé.
2à CONGRÈS INTERNATIONAL DE BOTANIQUE.
à la corolle) • Ensuite on trouve un verticille de trois carpelles soudés en un pistil triloculaire; Tun d'eux est placé au-dessus de la bractée.
Chez les genres à fleurs irrégulières, cet ordre n'est pas renversé, il est seulement modifié par le développement particulier du torus en disque unilatéral, et par l'avortement de quelques étamines et de l'un ou de plusieurs des pétales. En ce qui concerne ce dernier point, on ne trouve presque nulle part d'interprétation bien correcte chez les auteui*s. Les uns considèrent ce pétale avorté comme étant supérieur, les autres comme étant inférieur, d'autres enfin le considèrent comme étant le cinquième. Mais si l'on examine avec soin, on doit reconnaître que ce n'est ni le supérieur, ni l'inférieur, ni le cinquième ; c'est plutôt, suivant l'ordre de la genèse, le troisième, lequel est placé entre le sépale troisième et le cinquième, vis-à-vis du sépale quatrième. C'est par ce même quatrième sépale que passe l'axe de symétrie de la fleur, c'est-à-dire le diamètre sur lequel les parties intérieures de la fleur, je veux dire la corolle, les étamines et les carpelles, sont disposées symétriquement.
Pour bien comprendre ceci, il ne faut pas se borner à l'observation d'une fleur prise isolément ; il faut au contraire observer l'ensemble des fleurs réunies en une inflorescence.
L'inflorescence représente, dans les genres dont il s'agit ici, dans lesPaullinia^ Serjaniay Cardiospermnm^ etc., ce qu'on appelle cincinnus avec M. Cari Schimper, de Mannheim, ou cyme scorpiotde avec MM. Bravais. Presque toujours, quand les fleurs d'une semblable inflorescence sont symétriques, l'axe de symétrie a dévié de sa position ordinaire, de sorte qu'il se rapproche le plus possible de l'axe sympodial ou idéal de l'inflorescence entière, pour devenir de cette façon presque parallèle avec lui (comme MM, Karl Schimper etWydler l'ont démontré pour différentes plantes). La nature sacrifie pour ainsi dire ses propres règles de construction de la fleur à un but plus élevé, c'est-à-dire à la construction harmonique de toute une inflorescence.
Je n'ai à ajouter à ce que je viens d'énoncer que quelques mots concernant le disque et l'androcée. La symétrie de la fleur ne se borne pas à agir sur la corolle et à éliminer un des pétales. Elle affecte aussi le torus, particulièrement entre les pétales et l'androcée, et même l'androcée. Le torus est dilaté dans le sens de l'axe de symétrie, de façon que l'androcée et le gynécée tout entiers sont transportés du centre de la fleur vers le côté opposé au sépale
RADUOFER — FLEUR DES SAPINDAGÉES. 25
^[uatrième. Il suit de là qu*il y a deux centres dans la même fleur: un pour le calice et la corolle» placé dans le prolongement du pédoncule, et un autre qui est occupé par le pistil entouré des étamines et situé sur un point avancé de Taxe de symétrie.* La partie du disque située au-dessus de l'insertion du deuxième et du quatrième pétale (et souvent aussi celle située au-dessus de Tinserlion du premier et du cinquième pétale), est gonflée en excroissances gîbbeuses, qu'on appelle généralement des glandes.
Enfln, chez les genres à fleur symétrique, Fandrocée n'est pas complet ; généralement ce sont deux étamines qui ont été supprimées dans le verticille extérieur, mais ce ne sont pas, comme on serait disposé à le croire, celles qui sont traversées par Taxe de symétrie ; c'est plutôt la quatrième, située au-dessus du sépale premier, et la cinquième au-dessus du sépale second. Chez YJEscitlus^ par exemple, c'est encore la deuxième, au-dessus du sépale quatrième ; enfin ce sont, pour nous exprimer d'une autre manière, celles qui se trouvent renfoncées entre les excroissances du disque, et qui sont pour ainsi dire étoufi'ées dans leur développement. Le verticille intérieur est complet. C'est en ce point que je difl%re de l'opinion exprimée par M. Payer dans ses leçons sur les familles naturelles, lequel prétend que le verticille extérieur et épicalicien est complet. Je veux bien admettre qu'il soit diflicile de se mettre entièrement hors de doute sur ce point. Il faut étudier pour y arriver la direction des faisceaux fibro-vasculaires, surtout dans les phases de développement où le disque n'a pas encore pris une forme trop irrégulière. Un fait tend encore à confirmer mon opinion, c'est que le pétale supprimé est ordinairement celui qui devrait occuper une place entre deux glandes du disque.
En ce qui concerne Tarille de la graine, il faut, il me semble, distinguer l'arille proprement dit , qui est pour ainsi dire un troisième tégument de la gemmule développé pendant l'accroissement de celle-ci en graine mûre, des difl<érentes transformations du tissu de la gemmule que l'on peut appeler pseudo-arilles. C'est un semblable pseudo-arille qu'on rencontre, à mon avis, chez les Cardiospermum^ et probablement aussi chez les Paullinia^ etc. Ce n'est autre chose que le tissu basai de la gemmule, placé entre le f unicule et la gemmule proprement dite, qui se transforme en masse spongieuse , et qui se sépare du funicule et plus tard aussi du testa de la graine. Chez le Cardiospermum^ on voit prendre part à cette
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tranaformation le tissu qui environne l'insertion du funicule et même les parties du tégument qui entourent le micropyle : développement qui ne peut jamais être interprété comme un arille proprement dit, car celui-ci, étant un troisième tégument, ne pourra naître que de la partie axile, c'est-à d'u*e du funicule de la gemmule, et non des téguments eux-mêmes.
M. Auguste Rivière met sous les yeux du Congrès des Orchidées fleuries, et fait la communication suivante :
SUR UN LjELIA hybride, ET SUR LA FÉCONDATION DES ORCHIDÉES,
Pir M. Auf. RIVIËRB.
JirdiDier en clitf du Luxeoibourg*
J'ai déjà eu l'honneur de mettre sous les yeux de la Société impériale et centrale d'horticulture, le 24 août 1865, la plante intéressante que je présente aujourd'hui au Congrès (1). Elle provient d'un croisement fait entre deux espèces très- distinctes d'un même genre : les deux parents sont le Lœlia crispa^ plante-mère, épiphyte, et le Lœlia cinnabarina^ plante-père, terrestre.
Avant de retracer les caractères de mes semis, je crois devoir donner ici approximativement ceux des deux parents, afm de mettre chacun à même d'apprécier les différences qui existent entre eux :
1** Caractères du Lœlia crispa^ plante-mère. — Les pseudobulbes assez gros, en forme de massue, mais un peu aplatis, sont longs de 20 à 25 centimètres, garnis, dans toute leur hauteur, de 6 ou 8 écailles sèches et engainantes ; la première, celle du bas, est très-petite, tandis que la dernière, qui est très-longue, enveloppe les deux tiers du pseudo-bulbe dans sa hauteur, et le dépasse même quelquefois de 1 à 2 centimètres. Celui-ci est terminé par une seule feuille épaisse, coriace, presque plane, longue de 30 à 40 centimètres, large dans sa partie moyenne de 6 à 7 centimètres. Quand les pseudo-bulbes sont normaux, c'est-à-dire de force à fleurir, il existe à l'aisselle de la feuille une spathe coriace, longue d'environ 15 centimètres et large de 2 ou 3.
Du centre de cette spathe sort, en juillet-août, une hampe de 20 à 30 centimètres, et portant 5 à S fleurs grandes, odorantes et à 6 divisions ; 5 de ces divisions sont blanches. Les trois extérieures,
(1) Voy. le Journal de la Société impériale et centrale éChorticuUure^ t. Wl, p. 268.
RITliRB. — PÉCONDÀTIOIf DIS ORCHIDÉES. 27
longues de 6 à 7 centimètres, larges de 2, sont terminées en pointe et un peu tourmentées; les deux autres, intérieures, sont de même longueur, mais beaucoup plus larges que les trois autres, car, dans leur partie moyenne, elles mesurent 3 centimètres et demi de largeur. Ces deux dernières divisions sont un peu ondulées, etc.
Le labelle, qui forme la 6* division, est long de 6 centimètres environ; les deux parties latérales viennent s'appuyer sur le gynostème, mais sans le cacher entièrement; elles se terminent en lobes obtus. Le lobe médian, long de 2 centimètres, est crispé; les deux bords en sont rapprochés et d'une couleur violette très-intense. Le gynostème est assez gros, un peu arqué, d'une couleur blanche et long de 2 centimètres et demi à peu près.
2» Caractères du Lœlia cmnabarina, plante-père. — Les pseudobulbes, longs de 12 à 20 centimètres, sont renflés à la base et vont en diminuant de grosseur jusqu'à leur sommet, ce qui leur donne la figure d'un cône très-allongé, souvent de couleur brune ou violacée; ils sont garnis de quatre écailles sèches, engainantes, de couleur grisâtre. La dernière de ces écailles enveloppe à peu près les trois quarts de chaque pseudo-bulbe dans sa hauteur, et le dépasse aussi quelquefois de 1 ou 2 centimètres.
Une feuille épaisse, coriace, presque verticale, longue de 20 à 80 centimètres, large de 3 ou 4 et un peu en pointe, est placée au sommet du pseudo-bulbe. A l'aisselle de cette feuille, on remarque, quand la plante est prête à fleurir, une spathe sèche, mince, grisâtre, pointue, du centre de laquelle s'élance une hampe flexueuse, longue de 30 à 60 centimètres, où s'épanouissent, en juillet-août, 10 ou 15 fleurs de moyenne grandeur et d'une très-belle couleur d'un rouge cinabre. Il y a, comme dans la plante-mère, six divisions au périanthe; les trois extérieures sont longues de 3 à â centimètres, et larges d'environ 1 centimètre; les deux autres, intérieures, sont un peu plus étroites. Toutes sont aigués, un peu arquées, étalées, etc. Le labelle est d'une couleur plus foncée ; les parties latérales, terminées en lobes très-aigus, s'appuient sur le gynostème, lequel se trouve, par cela même, entièrement caché. Le lobe médian, ondulé et crispé, se réfléchit assez brusquement. De chaque côté du lobe médian, qui se trouve entre les deux lobes latéraux, il existe un sinus très-profond. Le gynostème, à peine long d'un centimètre, est de couleur violacée, etc.
S"" Caractères du Lœlia de semis. — La plante obtenue par la
fécondation artificielle du Lœlia crispa et du Lœlia cinnabarina^ dont nous venons de signaler les caractères d'une façon trës-abrégée» possède des pseudo-bulbes longs d'environ 20 centimètres, renflés et légèrement ovales vers le milieu; les extrémités sont plus minces que le milieu; cette conformation leur donne assez la figm^e d'un fuseau allongé un peu aplati. Six écailles sèches, minces, grisâtres, se déchirant quelquefois, adhèrent aux pseudo-bulbes et les enveloppent complètement; la deraière, beaucoup plus longue que les autres, prend naissance vers le tiers de la hauteur de chaque pseudobulbe et le dépasse de 1 à 2 centimètres, comme dans les deux parents. Une feuille coriace, épaisse, longue de 25 à 28 centimètres, large de 4, un peu arquée, contournée, obtuse, parfois un peu violacée en dessous, termine le pseudo-bulbe ; quand la plante est de force à fleurir, il y a, à l'aisselle de cette feuille, une spathe longue d'environ 14 centimètre, large de 2, du centre de laquelle se détache une hampe assez grêle, de 30 centimètres de longueur, portant 2 ou 3 fleurs odorantes, larges de 8 à 10 centimètres.
Les divisions du périanthe sont d'un jaune pâle terne ; les trois extérieures sont longues de â à 6 centimètres, larges de 15 millimètres, aiguës et presque planes; les deux inférieures sont de même longueur et de même largeur que les extérieures, sont un peu ondulées, tourmentées, et les bords en sont un peu roulés en dessous. Le labelle est d'un jaune plus intense; il est long de h centimètres à peu près. Les parties latérales qui cachent le gynostème se terminent en lobes 'arrondis, etc. Le lobe médian est réfléchi, recourbé et crispé. Le gynostème, long à peine de 2 centimètres, est un peu courbé et de couleur violacée: il difière de celui du Lœlia crispa; mais, par sa forme et sa couleur, il se rapproche de celui du Lœlia cinnabarina.
La toufle de ce Ixelia étant composée de plusieurs individus, nous y avons observé, au moment de la floraison, trois vaiiétés bien distinctes : Tune a le labelle unicolore; la seconde a les lobes latéraux teintés de violet; enfin la troisième, qui est la plus belle, et dont les fleurs sont aussi un peu plus grandes, a les trois lobes du labelle d'un rouge violacé.
D'après la description succincte que nous venons de donner de ces trois plantes, il est facile de voir que notre semis tient le milieu entre le père et la mère; mais, par l'ensemble de son port, de son inflorescence et de la forme de ses fleurs, on y reconnaît parfaitement le Lœlia crispa (plante-mère) .