LEURS GENS
E temps n*est plus, heureusement, où un grand seigneur pouvait dire insolemment à un grand acteur : ,
« Eh ! pourquoi diable as-tu des gens, mon pauvre Baron ! »
Adolphe est le valet de chambre de
Acteurs et Actrices. 9j
Cârdénio ; c'est un garçon intelligent et même rusé^ qui est en train de perpétuer la race des domestiques célèbres, à commencer par le Brinon du chevalier de Grammont, pour finir au Baptiste de la Vie de Bohême.
Je n'ai qu'une crainte pour Adolphe, c'est que l'ambition ne vienne un jour ou l'autre lui tourner la tête, et qu'il ne s'avise de quitter la livrée en se croyant appelé à des destinées plus éclatantes. Déjà, nous l'avons vu, il y a quelques mois^ solliciter auprès de son maître la permission de paraître parfois au fond de la scène du Vaudeville, parmi ces personnages muets que l'on désigne ainsi : « Invités, invitées. »
Cardénio y a consenti. C'est un malheur.
94 Fkjstotiomia Pariiieaaa.
Adolphe. — Tiens , c'est %'ous , monsieur ?
Nous. — Tu vois, Adolphe.
Adolphe. — Est-ce que vous n'allez pas dans la salle ? le rideau est levé.
Nous. — Je le sais, Adolphe; mais je préfère rester ici. J'attends ton maître.
Adolphe. — C'est différent. (On /rappe à la porte de la logt ' " trez!
Un garçok de théâtre. — I très pour M. Cardénîo.
Adolphe. — Bien. (Le gar théâtre sort, Adolphe approc lampe, s'assied tranquillement cachette les lettres.)
Nous, surpris. — Qu'est-ce fais donc là ?
Adolphe. — Vous le voyez : je lis le courrier de monsieur. Des demandes de stalles, des invitations.
(Avec humeur.) Allons^ bon! encore ellef
Nous. — Il t'autorise à dépouiller sa correspondance ?
Adolphe. — Oui; c'est un service qu*il m'a prié de lui rendre, pendant tout le temps qu'on jouerait Rosita.
Nous. — Et dans quel but ?
Adolphe. — Le rôle est très-fatigant, comme vous savez; c'est un rôle de sept cents ^ et qui préoccupe beaucoup monsieur. Voilà pourquoi il m'a recommandé de ne lui mettre sous les yeux rien de ce qui pourrait le troublerou lui donner des idées étrangères à la pièce. Le? acteurs, voyez-vous,
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ce n'est pas comme les auteurs
Nous. — Une grande vérité ,
Adolphe !
Adolphe. — Ils ont besoin de plus de ménagements.
Nous. — Certes !
Adolphe. — Depuis trois mois, j'ouvre toutes les lettres qui arrivent à l'adresse de M. Cardénio, ici ou chez lui. Celles qui sont insignifiantes ou purement agréables^ je les lui montre ; les autres, je les garde.
Nous. — Tu les gardes?
Adolphe. — Pour les lui communiquer quand son congé commencera*
Nous. — C'est très-bien imaginé; mais parmi ces autres lettres, il y en a.... de toute nature.. .•