FLORINE
PRÈS avoir conseillé le jeune homme , conseillons là jeune fille.
Pour cela, il nous suffira de lui mettre sous les yeux une page iï Une fille d'Eve y de Balzac :
a Beaucoup de gens, séduits par le magnifique piédestal que le théâtre fait à une femme, la supposent menant la joie d'un perpétuel carnaval. Au fond de bien des loges de portiers , sous la tuile de plus d'une mansardé, de pauvres créatures rêvent, au retour du spectacle, perles et diamants, robes lamées d'or et cordelières somptueuses,
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se voient les chevelures illuminées, se supposent applaudies , achetées , adorées , enlevées ; mais toutes ignorent les réalités de cette vie de cheval de manège... Pendant chaque représentation , Florine change deux ou trois fois de costume, et rentre souvent dans sa* loge, épuisée, demi-morte.
Elle est obligée d'enlever à grand renfort de cosmétiques son rouge ou son blanc , de se dépoudrer si elle a joué un rôle du dix-huitième siècle. A peine a-t-elle eu le temps de dîner. Quand elle joue , une actrice ne peut ni «e serrer , ni manger , ni parler.
Florine n*a pas plus le temps de souper. Au retour de ces représentations qui , de nos jours , ferment le lendemain , n a-t-elle pas sa toilette de nuit
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à faire, ses ordres à donner? Couchée à une ou deux heures du matin , elle doit se lever assez matinalement pour repasser ses rôles, ordonner ses costumes, les expliquer, les essayer; puis déjeuner, lire -les billets doux, y répondre , travailler avec les entrepreneurs d'applaudissements.... Souvent Florine , pour aller cueillir bourgeoisement des fleurs à la campagne, est obligée de se dire malade. Ces occupations purement mécaniques ne sont rien en comparaison des intrigues à mener, des chagrins de la vanité blessée , des préférences accordées par les auteurs , des rôles enlevés ou à enlever, des malices d'une rivale, dés tiraillements de directeurs , de journalistes , et qui demandent une autre
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journée dans la journée. Quant à la fortune y quelque considérables que soient les engagements de Florine, ils ne couvrent pas les dépenses des toilettes du théâtre , qui , sans compter les costumes , exige énormément de gants , de souliers , et n'exclut ni la toilette du soir ni celle de là ville. Le tiers de cette vie se passe à mendier, l'autre à se soutenir , le dernier à se défendre ; tout y est travail. »
Il n'y a pas une ligne à retrancher de cette page^ quoiqu'elle date de trente années.
Demandez plutôt à M"® Schneider.
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