‹ Acteurs et actrices. DessinsChapitre 9 sur 19 · LE GRAND ACTEUR ONUPHRIUS. (P · texte numérisé non relu

LE GRAND ACTEUR ONUPHRIUS. (P

Acieuis et AcliiCiS. 3 J

C'est comme cela qu'il faut mener les

directeurs.

Le c\maradk. — Et celui-là t'a promis de la pluie?

Onuphiuus. — Parbleu!

Le comédien Onuphrius est dans son cabinet avec son auteur, qui lui lit un drame.

L'auteur, brandissant son manuscrit. — «... Les hommes vous ont pardonné, madanij ; mais Dieu vous pardonnerat-il, LUI ! [La comtesse, étouffant ses sanglots, se jette aux pieds du comte, qui la relève avec dignité. Il tend une main à Frédéric ; de l'autre il lui montre le cadavre de Mac Trévor ; et de l'autre saisissant le testament...»

j6 Physionomies Parisiennes.

Onuphriis — Ah çà! combien at-il donc de mains?

L'altiiu, continuant. — a... saisissant le tcsiamcnt, il le déchire à leurs j'ciix. Anna va pour s'élancer :

mais le comte, la clouant du regard, lui dit. ^ Mac-Trévor le bandit n'existe plus; il n'y a plus ici la fille de Mac- Trévor, il y a la fille du comte Sigismond ! [TabUwu. La toile tombeS »

Eh bien 1 qu'en dis-tu r Qu'en pensestu? Est-ce assez joli? Est-ce assez corsé ?

Onlphrils. — Oui. ., oui..., oui..

L*\iTi.iR. — Est-ce assez mouvementé? Et quelles situations! un crescendo perpétuel î

Onuphrils. — Certainement; mais. .

L'auteur. — Mais quoi ?

Onuphrius. — Il y a trop de personnages.

L'auteur. — Qu'est-ce que cela te fait ? Tu n'en rassortiras que mieux.

Onuphrius. — Tu ne m'entends pas ; je veux dire qu'il y a trop de rôles à côté du mien.

L'auteur. — Pas plus qu'il n'en faut : l'amoureuse, le traître et le comique. Un drame à quatre; que veuxtu de moins ?

Oîivpumvs, njarchant dans la chambre. — C'est donc bien nécessaire, un comique ? Moi, je trouve que c'est ce qui compromet toutes les pièces aujourd'hui. A quoi cela sert-il, un comique ?

L'auteur. — Celui-là, tu le sais

}S Physionomies PaiisicnTS.

bien, ne fait que passera travers l'action.

Onuphrius. — Raison de plus ; puisqu'il est inutile, tu dois le supprimer.

L'autkur. — Nous verrons... Que dis-tu de la jeune première ?

Onuphrius. — Elle a tout. Tu lui as tout donné. Ah ! tu es encore un joli camarade, toi!

L'autfir. — Ma pièce ne peut p:is se passer de femmes, cependant. Je n'écris pas pour les lycées.

Onuphrhs. — Qui est-ce qui te parle de te passer de femmes ? Tu portes toujours les choses à lextréme.

Tu aurais pu faire la jeune première moins intéressante, voilà tout. Deux

rôles intéressants dans une pièce se nuisent toujours.

L'auteur. — Ah !

Onuphrius. — C'est élémentaire, cela.

L'auteur. — Il faut pourtant qu'elle t'aime pour amener la scène de la déclaration. Tu dois être content de la scène de la déclaration, hein ?

Onuphrius. — Pas mal, pas mal.

Mais il est inutile que la femme soit là pendant ce moment. Elle gâterait tout.

L'auteur. — Comment, inutile !

Où veux-tu qu'elle soit, puisque tu tombes à Ses genoux ?

Onuphrius. — Un rien t'embarrasse. Elle sera dans un cabinet à côti, où son tuteur l'aura enfermée à

Physioncmits ParisitHnes .

double tour. Je tomberai à genoux devant la porte. L'eiïct sera bien plus grand.

L'aiikir. — Je n y avais pas pense, je l'avoue.

Onithrus. — A qui donnes tu le troisième rôle r

L'aiti ru. — Le rôle de Mac-Trcvor ? A Griboux ; il n'y a que lui.

Onuphrrs. — J'en suis fâché; je ne peux pas jouer avec Griboux, il me porte sur les ncris ; c'est plus fort que moi. J\ii fait mettre dans mon engagement que je ne serai jamais d'une pièce où sera Griboux.

L'aitf.lr. — Alors, je prendrai Saint-Colin.

Oniphrus. — Veux-tu un bon conseil ? Prends plutôt Roussel.

L'auteur. — Une utilité ?

Onuphrius. — Allons, tu es injuste pour Roussel. Un élève de Machanette ! Il te Jouera très-proprement ton Mac Chose ; et puis un si brave garçon 1... surchargé de famille.

L'auteur. — Il bégaye.

Onuphrius. — Non , il zézaye.

Mais qu'importe ! Ton traître n'en sera que plus haïssable; cest ce que tu démandes.

L'auteur. — Pourquoi ne m'invitestu pas à le supprimer, lui aussi , comme le comique et comme l'amoureuse ?

Onuphrius. — Le fait est qu'une lettre suffirait peut-être... Une dénonciation habilement dictée... Tu réfléchiras.

4 2 Physionomies Parisiennes.

L'autelr. — C'est tout réfléchi : je suivrai tes conseils. Seulement, qui de quatre ôte trois, reste un. 11 n'y aura plus que toi dans la pièce.

O.MPHuus. — Eh bien?

Moi, je trouve cet « Eh bien: » sublime.

Il dit tout, il résume tout.

Il me laisse confondu, effaré, terrasse!

Onuphrius court après son auteur pendant ses répétitions du drame. Il le joint, il l'entraine derrière une coulisse.

'( Viens par ici, j'ai deux mots ù te dire. »

Son auteur le suit.

« Comment trouves-tu ce couteau de chasse? lui demande Onuphrius.

— Ah ! oui, voilà un beau couteau de chasse , un fier couteau de chasse , là!

— Eh bien! sois content, je le porterai à ma ceinture pendant la pièce.

Tu ajouteras quelques mots pour justifier cela.

— Tu es fou , s'écrie l'auteur en pâlissant; un couteau de chasse ; et pourquoi ? Tu es en habit noir tout le temps; tu représentes un homme du

monde actuel, le comte Sigismond. »

Mais Onuphrius :

« Oh! j'ai changé le costume; je me suis fait faire un habit Louis XV dont tu me diras des nouvelles. Il faut bien que ce soit pour loi, va.

44 Physionomies Parisiennes.

— Mais ma couleur locale! Je me suis évertué à faire de TAllemagne moderne pendant cinq actes !

— Avec quelques retouches tu t'en

tireras facilement. Je t'aiderai Et

puis, quoi ! ton comte Sigismond peut avoir la toquade d'user les habits de ses ancêtres! »

Onuphrius est moins Her qu'on pourrait le supposer. Il ne dédaigne pas de descendre dans le premier dessous.

Là, il rencontre le souffleur.

Le souffleur. — Bien le bonjour, monsieur Onuphrius.

Onuphrius. — Dites donc, Latapv ?

Latapv , ôtant sa Ccxsqucttc. — Monsieur Onuphrius?

Onuphrius. — C'est toujours vous qui avez le service de la rampe ?

Latapy. — Oui, monsieur Onuphrius.

Onuphrius, — C'est alors vous qui haussez ou baissez le gaz... .

Latapy. — Selon les indications du régisseur, oui, monsieur Onuphrius.

Onuphrius. — Ce brave Latapy!

Savez-vous que vous n'êtes pas changé depuis quinze ans que je vous connais,

Latapy. — Trente ans, monsieur Onuphrius, trente ans au mois d'avril qui vient. J'étais avec vous à l'Odéon en en

Onuphrius. — Ah bah ! Satané Latapy ! Et avez- vous toujours votre petite femme ?

4 0 P.ysionomies Parisiennes.

L.vTAPY. — Vous voulez dire ma grosse femme. Merci bien, monsieur Onuphrius. Dam2 1 elle ne se fait pas

jeune non plus elle est comme

nous.

O.NLPHuiLS. — Latapy , permettezmoi de VOUS offrir ces cinquante francs, en souvenir de notre ancienne amitié Ne me refusez pas, ce serait me désobliger.

Latapy. — Vous êtes. bien bon, monsieur Onuphrius Mais comment pounai-je reconnaître?

OnuphiUL's. — C'est bien simple.

Vous savez que nous avons une rude soirée aujourd'hui. A chacune de mes entrées, forcez un peu le gaz.

Latapy. — C'est entendu , monsieur Onuphrius.

Acteurs et Actrias.

ONurHiuus. — Adieu , mon cher Latapy, adieu.

Latapy, le rappelant. — Ah ! mons'cui- Onuphrius, permettez .... fautil aussi forcer le gaz pour les cntrces de M. Roussel?

Onuphrius — Gardez-vous-cn bien !

Roussel souffre beaucoup des yeux; i! ne peut pas jouer dans une trop vive luiniùre. Ménagez le gaz à Rous sel

48 Physionomies Parisiennes.

LA pltith: actrice bernardine.

A mademoiselle Valérie, artiste dra- Diatiquc, au théâtre des Célestins, à Lyon.

(^;;:;^*'^;:;5 " ^ '^'^''' Jera, tra la, la, la! wl-^r- p:.^ En avant deux! Dzing et i^^ïrè^» blum ! Vive le gouvernement ! — Celle qui t'écrit, ton amie d'enfance et de Conservatoire , que tu appelais autrefois ton petit pruneau bleu, ta Bernardine, enfin (fais le salut militaire !) a débuté mercredi soir sur un vrai théâtre, à Paris.

« Engagée, ma chère, engagée î C'est à peine si j'ose le croire moi-même en

l'écrivant ici de ma plus belle encre rose. Pince-moi pour voir si je ne rêve pas ! — Mon nom est imprimé en toutes lettres dans le carré bariolé des affiches ; je m'arrête pour lire à chaque coin de rue, et je ne suis pas seule à m'arréter. « M"*' Bernardine remplira les rôles de Rocambolina et de la Pompe à feu. » Comme cela tire l'œil ! C'est d'un effet étourdissant, je te jure Voyons, ne te

moque pas de moi, ou je ne te dis plus rien.

« Mais je serais bien punie de ne rien te dire, va ! Cela m'étouffe, cela me suffoque. Je parlerais au peuple par la croisée, plutôt que de me taire. Je crierais : « Voilà ce qui vient de paraître ! Demandez ! les brillants dé-

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buts de M"* Bernardine au théâtre

des.... — Curieuse ! tu veux déjà savoir sur quel théâtre j'ai débuté. Il me plaît de te le laisser à deviner pendant dix minutes encore. Cherche, tu ne trouveras pas.

a Tu sauras donc, pour commencer comme les lettres de payse à /a)'*, que depuis notre dernière entrevue à la Tête d'Or^ il y a de cela six mois, j'étais en proie à une déveine numéro un. D'engagement, nulle partîmes ressources, épuisées. La province, je n'en voulais plus. Une saison à Cha:

leroi, une autre à Sens et ses environs (jolis, les environs !) m'avaient à moitié abrutie. Il me fallait Paris, enfin. — On n'est pas pour rien native de la rue du Cherche-Midi.

« Croirais-tu, ma chère Valérie, que les correspondants chez lesquels j'ai été mettre mon nom m'ont ri au nez lorsque je leur ai déclaré mon intention de me fixer ici. Kuschnick. m'a demandé si j'avais au moins un ministre dans la manche ; Formel, plus sérieux, voulait savoir par quel journal je lui étais envoyée. Je lui ai montré candidement les feuilletons de l'Argus ScnonaiSy où je suis portée aux nues, — ainsi qu'une épître en vers de M. Emmanuel des Essarts. Il a hoché la léte, et, comme je l'intéressais, il m'a offert un emploi de Co'.om bine à Rio-Janeiro.

« C'est drôle, tout de même : mon extrait de naissance me donne vingt ans ; j'ai de la physionomie ; je sais

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m'habiller ; je ne suis pas précisément une grue ; je sais autant de musique et d'orthographe qu'il en faut} et tout cela, à quoi aboutit- il? à me faire rester six mois sur le pavé!

a Voyons, Valérie, quelle aurait été ta conduite à ma place ? Je l'entends dans le meilleur sens du mot. J'ai essayé de faire mes atTaires moi-même et de voir les directeurs dans leurs antres. J'aurais eu plus vite fait d'entreprendre Tescalade de la lune avec mes trente-deux perles. — Te racontcrai-je mes pérégrinations, et comment j'avais fini par devenir là Juive errante de l'engagement ?

a Figure-toi ta petite camarade descendant chaque jour régulièrement ses quatre étages de son pied menu,

Acteurs et Actrices. J}

chapeau frais, brides neuves au vent, étroitement gantée, et se rendant dans toutes les ménageries dramatiques. Le frisson m'en reprend rien que d'y songer. Que d'heures passées, en ce galant équipage, sur une chaise, dans la loge obscure des concierges de théâtre, au milieu des odeurs d'un pot-au-feu toujours en ébullition ! Moyennant quelques pièces de monnaie, j'obtenais d'attendre l'arrivée du directeur ou de lui faire parvenir ma carte.

« Pendant ce temps-là passaient devant moi acteurs et actrices, s'arrétant joyeusement au seuil de la concierge pour lui demander : u Y a-til quelque chose pour moi , mère Chose? » et me jetant en dessous un regard curieux et narquois.

54 Physionomies Parisiennes.

tt Mauvaises heures! Stupides épreuves ! — Au Gymnase , impossible d'approcher du dieu en grosses moustaches qui ne se souvient plus d'avoir joué les traîtres. J'ai écrit trois lettres au Vaudeville; — si M. Boïeldieu rils était encore secrétaire, au moins m'aiirait-il répondu sur Tairde la Dame Blanche. Visage de bois aux Variétés. Tous les directeurs aux eaux, — même Léon Cogniard.

Petit Léon , dans le sein d'Amphiirite . .

« Je n'ai pas pu, malgré toute ma bonne volonté, m'entendre avec M.

Dormeuil, du Palais- Royal : tout d'abord il m'a prise pour une autre ; — le lendemain, sans doute, il en aura

pris une autre pour moi. Des Folies, où l'on m'a répondu que « toutes les situations étaient occupées, » je me suis acheminée vers le théâtre des Deux Ja:(et , comme dit le Tintamarre, Partout on m'a engagée... à repasser, plus ou moins gracieusement. Cristi !

— En me voyant ainsi repoussée de toutes parts, te l'avouerai-Je, j'ai failli avoir un moment d'orgueil, je me suis crue une grande artiste méconnue ; et, le soir, en rentrant dans ma pauvre chambrette, j'ai involontairement cherché du regard au chevet de mon lit la guitare de Rachel!

« Pour un rien, je serais allée frapper au théâtre de mélo. Mais quoi ! pas d'organe ! pas de galoubet pour deux sous ! — Me vois-tu d'ici, vois tu ta

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petite Bernardine sedonnantdegranJs coups de poings dans la poitrine, comme Marie Laurent, et se jetant devant une porte pour empêcher Pié- Iro d'entrer dans la cabane où repose son enfant? « Son nânfdnt ! » J'aurais été d'un bleu !

« C'est alors que j'ai rencontré Berthc, — tu sais Berthe de Joyeuse, qui a été dans la troupe de Denizot.

« — Toi ici ! me dit-elle.

« — Comme tu vois.

« — Quel bonheur! et où es-tu casée i* »

« J'eus, ù cette demande, un sourire tellement bizarre, paraît-il, que Berthe me saisit par le bras, en s'écriant :

« — Viens tout de suite chez mon vii recteur! n

Acteurs et Actrices. J7

a Une heure après, je sortais du cabinet de M. *** avec un engagement pour deux ans, (Reprise du chœur d'allégresse.)

« Il était temps !

« Ma chère Valérie, je n'ai pas de pose à faire avec toi, surtout de pose à la sensiblerie. Nous en avons vu de dures ensemble. Mais, je te le répète, — il était temps !

«J'étais au bout du rouleau, ma chatte. J'avais vendu ma jolie robe des Femmes terribles. Ma tante de la rue de Condé avait pris le surplus. 11 ne me restait absolument, mais l;!i, absolument, qu'une mignonne paire de bottines à glands qui m'allaient comme un charme, et avec lesquelles je demandais par testament à être en-

j s Physionomits Parisiennes.

terrée; car j'avais fait mon testament.

Une idée! Je te donnais je ne me

rappelle plus quoi pas grand'chose,

par exemple. — N'est-ce pas qu'il est permis de se faire enterrer avec des bottines ?

«Ah ! tiens, j'étais à bout de forces. Quelque chose me soutenait dans ma vertu : — des souvenirs, et du dégoût.

Je ne me fars pas meilleure que je re suis , mais la misère exalte ma fierté. Explique cela qui pourra.

« Maintenant, Valérie démon cœur, le moment est arrivé de te faire connaître l'heureux théâtre qui a celui de me posséder.

« Boulevard de je ne sais qui, un nouveau boulevard enfin, une maison toute neuve au fronton de laquelle on

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lit : Distractions théâtrales. C'est là un joli petit théâtre, s'il te plait, tout frais et tout riant, blanc, argent et or, comme on les fait à présent.

« On a inauguré mercredi avec une pièce qui pourrait bien être une féerie , si ce n'était une revue. Cela a pour titre : Les Fredaines du prince de Satin. Je ne sais pas pourquoi ; il n'y aurait aucun inconvénient à ce que cela s'appelât Fortiinatus , ou même les Soirées du Bosphore. Cela ressemble à tout, mais tant d'autres choses, à leur tour, ressembleront aux Fredaines du prince de Satin ! Je suis curieuse de voir comment les journalistes se tireront lundi de leur analyse. Veux-tu la mienne en attendant ?

« Le premier acte se passe chez un

6o Physionomies Parisiennes.

photographe. J'arrive chez lui pour poser, avec une demi-douzaine de mes compagnes. Nos costumes ont été taillés dans une étoffe faite de l'air du temps. 11 m'a paru qu'à l'orchestre personne ne s'en plaignait. Nous nous groupons, un bras arrondi par-dessus la chevelure, une épaule abandonnée, l'œil à demi clos, la bouche entr'ouverte. As- tu fini ? — Le photographe dit tout ce qui lui vient par la tête ; il a pour compère son apprenti, nommé Objectif (naturellement). Lorsque nous sommes fatiguées de poser, mes compagnes et moi nous chantons et nous dansons.

« Au deuxième acte, nous chantons et nous dansons dans un bosquet où il ne manque que des tables de restau •

Acteurs et Actrices. 6i

rant. Le photographe devient Anacréon; Objectif s'appelle Cornus. Selon la mode actuelle , plusieurs dieux et autant de demi -dieux, — tels qu'Apollon , Épicure et le sultan Belboula, — se succèdent, en s'appelant ma vieille et en tirant la langue au public, qui se fond de satisfaction.

Signe des temps ! (Ma chère, c'est un mot qui fait fureur. )

« Nous chantons et nous dansons encore au troisième acte, toujours vêtues comme tu devines. Les spectateurs de l'orchestre importunent les ouvreuses pour savoir l'adresse de notre couturière. — Évohé ! la toile du fond représente le palais Pompéien de l'avenue Montaigne. Ainsi que dans toutes les revues il surgit du sol un tas de gens

Physionomies Parisiennes

à baguette d'or , qui dégoisent sur des timbres d'Otfenbach : a Je suis l' Idée ! Je suis le Cable transatlantique!

Je suis l'Alca\ar d'été ! Je suis les Docks de la mélasse ! » — Moi , j'arrange ma jupe de gaze, et je fais sonner mon talon de cuivre.

« Les deux derniers tableaux se chantent et se dansent comme le reste , parbleu ! — Il n'y aurait pas de bonne tête sans l'éternelle parodie de Thérésa. — Moi , je commence à la trouver très-touchante, cette Thérésa tant parodiée ! Lui fait-on payer en quolibets malséants ses modestes rentes et son humble villa de Montmorency !

(c En résumé JesFrcdaines du prince de Satin sont une jolie pièce. — Qu' as-tu à rire ? Et puis , comme

c'est Joué ! Ah ! Il y a là surtout une jeune personne du nom de Bernardine qui sera célèbre avant longtemps. Elle a un entrain du diable, et on lui a fait bisser plusieurs de ses couplets. — Comment trouves-tu que je m'acquitte de mes fonctions de feuilletoniste?

« Tout Paris était là, excepté M. de Pêne; mais il est venu le lendemain.

Une seule chose , ma belle Valérie, a gâté le bonheur de ton petit pruneau bleu. Autour de moi , toutes mes camarades jouaient pour quelqu'un dans la salle. On les voyait sourire furtivement à des loges et envoyer des regards d'intelligence aux galeries. Moi seule , je ne jouais pour personne , — et à diverses re-

6^ physionomies Parisiennes.

prises je me suis senti le cœur serre. C'est une faiblesse, et je ne l'avoue qu'à toi. Bah ! il n'en sera pas toujours ainsi 1

a Garde-moi toujours le meilleur de ton affection. Écris-moi, donne-moi de tes nouvelles. Qu'est-ce que devient Georges?

tt Ta Bernardine.

,< p. S. — Je viens de recevoir une lettre , tu ne devinerais jamais de qui "

Le prince de Satin. (Page f 2}

Actiurs et Actrices. 67

TRAGEDIENS ET TRAGEDIENNES.

Murs, rades.

Flots verts, Tirades En vers, Boutiques Antiques, Portiques Ouverts.

Sur sa couche, Œil hagard, Fière bouche.

Noir regard.

Une reine Souveraine Vient, m'entraîne..

C'est Agar !

Mais je résiste; Combien c'est beau !

68 Physionomies Parisiennes.

Je brave Égisthe (Lisez Gibeau).

Débat nocturne :

Je rêve d'urne Et de cothurne Et de flambeau!

Viennet, moins malade.

D'un bond hors du lit Saute chez Taillade, A qui Latour lit Une tragédie, Beaucoup trop hardie

Pour être applaudie

Legouvé pâlit.

Mais à moi que m'importe!

Princesses et tyrans.

J'entends battre à ma porte Et s'accroître leurs rangs ; Comptant sur mon silence, A la main une lance, Arbogaste s'élance Avec vingt mille Francs !

Etîaré, je les regarde

Par mes rideaux dérangés

Ah mais! non! non! A la garde!

Trop de confidents rangés !

Trop d'Arcas et trop d'Arbate !

De Phénix, de Mithridate, DeCorasmin, d'Orondate!

Trop de gardes affligés !

C'est fini ! les voilà tous maîtres De mon logement profané; Et le bruit de leurs exhamètres Monte à mon plafond consterné.

C'est Lekain sorti de sa fosse, Talma récitant du Lafosse, Et Saint-Aulaire à la voix fausse, Et Fonta qui parlait du nez !

Cris de l'enfer ! bacchanale classique ! Grands bras, grands vers, noble abrutissement! Lambeaux de pourpre et plumes de cacique! Fers, feux, mortels, et tout le tremblement ! Fureur d'Achille et délire d'Oreste !

Dieux attestés et colère céleste !

Rideaux de lit, casques, glaive funeste, Vous m'ennuyez majestueusement !

0 Victor ! si de leurs tirades Ta grande ombre peut me sauver, J'apprendrai toutes les tirades Qu'à vingt-cinq ans tu sus trouver, Et dont Cornelie, avec âme, Aussitôt qu'elle les déclame.

Fait circuler l'ardente flamme Au cerveau prompt à s'aviver!

Ils sont partis! Dans l'espace Résonnent leurs douze pieds, Qu'emporte le vent qui passe !

— Défense à tous les pompiers De ne plus souffrir que monte Cette horde qui, sans honte, A toujours prête une ponte De rhythmes estropiés!

J'ai, tremblant qu'il n'en reste, Après m'étre signé.

Donné d'une main preste; Et, Ricourt consigné, La mémoire meurtrie, A mon aide je crie, Pour voir par Vacquerie Théramène empoigné!

Acteurs et Actrices. 7i

Des rimes étranges

M'arrivent encor

Mais je suis aux anges, Car j'entends le cor D'Hernani qui pleure Et qui sonne, à l'heure Où la joie effleure Meurice qui dort !

A moi, cohortes ! A moi, renforts !

Naissez, escortes.

Belles d'efforts !

A moi, Salluste!

Didier robuste, Gubetta fruste.

Hardis et forts !

Romantiques Aboyants, Et gothiques Flamboyants, Font vassale Une salle

Colossale

Les vaillants!

Physionomies Parisiinna.

Arbate,

S'il sort Sans batte, Est mort.

Le grave Burgrave Le brave, Et mord !

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