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Actinomycose

L’actinomycose, en tant que maladie distincte, a été décrite pour la première fois par un Italien, Rivolta, qui dit avoir observé, en 1868, dans un prétendu sarcome de la mâchoire du bœuf, certains éléments, qu’il compare à de courts bâtonnets semblables à ceux de la rétine ; il leur assigne la dimension d’un pois ou d’une lentille. En 1875, le même auteur donne de nouveaux détails et décrit avec plus ■de précision les éléments actinomycosiques, qu’il distingue des cristaux, avec lesquels ils peuvent présenter des analogies., Il est à remarquer que Rivolta était tellement convaincu de la nature parasitaire de l’affection, qu’il fit des inoculations au lapin, sans succès toutefois.

M. le professeur Perroncito (de Turin), en 1875

également, donne, dans Y Encyclopédie agraire du D T Cantani, une description exacte d’éléments, de corpuscules particuliers, qui se rencontrent dans l’ostéo-sarcome du bœuf; et, de plus, il les considère comme devant être vraisemblablement des cryptogames.

Ces divers travaux rie provoquèrent pas d’abord la curiosité du public médical,... si bien que Bollinger, professeur d’anatomie pathologique à l’Université de Munich, entretint de son côté, en 1876, la Société de morphologie et de physiologie de cette ville de productions morbides, fréquentes chez le bœuf, et en donna une fidèle description : il avait rencontré, dans les petits centres de ramollissement de ces productions, des corpuscules particuliers, qu’il soumit à l’observation du botaniste Harz ; celui-ci y découvrit la présence d’un microphyte spécial, qu’il rangea parmi les champignons, et auquel, en raison de la disposition de ses éléments, il donna le nom de champignon rayonné ( ray-fungus des Anglais) ou actinomyces. La découverte ayant été faite à propos d’une tumeur du bœuf, le champignon fut appelé actinomyces bovis.

C’est de l’apparition du travail de Bollinger que l’on date généralement la découverte de l’actinomycose ; on ne doit cependant pas lui accorder tout le mérite de la priorité, car cet auteur n’a presque rien ajouté à l’étude des auteurs italiens, qui l’ont précédé et qui, comme lui, avaient uniquement en

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vue l’actinomycose du bœuf, que les éleveurs connaissaient bien et que les vétérinaires considéraient, tantôt comme de l’ostéo-sarcome, tantôt comme de la tuberculose, de l’ostéite, etc.

La maladie nouvelle ne tarda pas à être découverte Chez l’homme ; néanmoins, on ne reconnut pas tout d’abord son identité avec l’actinomycose du bœuf.

Le 2 septembre 1878, James Israël publia, dans les Archives de Virchow des observations: d’actinomycose humaine : dans deux cas personnels, qui se présentèrent sous forme de pyémie chronique, le pus des abcès renfermait de nombreux grains jaunâtres, dont le microscope démontra la nature actinomycosique. Israël fit part de sa découverte à Langenbeck; et celuici. reconnut immédiatement l’identité de ces faits avec un fait semblable, observé par lui en 1845 et resté inédit ; il joignit dès lors son observation à celles d’Israël.

Ce diagnostic rétrospectif n’est d’ailleurs pas le seul ; et l’on a pu ranger avec certitude dans les documents relatifs à l’histoire de l’actinomycose des faits rapportés par Lebert (1857) et Ch. Robin (1871). De l’aveu même de Bollinger, qui avait cru avoir la priorité, un seul ouvrage représentait des tumeurs semblables à celles dont il faisait communication : cet ouvrage était 1 ’Atlas de Lebert; une planche représentait les corps trouvés dans le pus d’un abcès provenant d’un malade, que Louis lui avait envoyé en 1848.

C’est là vraiment la première découverte de l’actinomycose, ou du moins la première publication ; trois ans auparavant, Langenbeck l’aurait vue, sans la publier.

D’autres auteurs rencontrèrent des cas d’actinomycose, mais la confondirent avec des affections scrofuleuses ou cancéreuses ; ou encore ils ne surent à quel diagnostic se rallier; témoin le cas du D r Relier (de Kiel), qui, en 1872, procédant à une autopsie, trouva dans la cavité abdominale des abcès contenant de nombreuses granulations, dont il ne s’expliqua la nature que bien des années après, lorsque l’actinomycose commença à être connue en Allemagne.

Ponflck, en 1879, rapporta un cas d’actinomycose vertébrale et reconnut son identité. A partir de cette époque, les observations de la nouvelle maladie deviennent de plus en plus nombreuses ; mais, chose curieuse, tandis que les littératures étrangères, allemande, anglaisé, italienne, russe, en signalent de nombreux cas, très rares sont les mémoires en langue française. Depuis la note de Davaine, en 1858, suides tumeurs indéterminées du maxillaire du bœuf (lesquelles tumeurs sont, à n’en pas douter, des cas d’actinomycose), et l’intéressant travail de M. le professeur Laboulbène, publié en 1853, dans les Comptes rendus de la Société de Biologie, sur « trois productions morbides non encore décrites », qui sont encore de l’actinomycose fia planche remarquable qui

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accompagne le mémoire en fait foi), il faut arriver en 1884 à l’étude vraiment complète de Firket (de Liège), pour avoir une vue d’ensemble de la maladie. L’année précédente, Jullien en avait donné un aperçu dans la Revue de Chirurgie ; on en trouve un autre dans les Archives vétérinaires (25 décembre 1883) ; mais ce sont des communications assez restreintes.

Depuis lors, la médecine vétérinaire et la médecine humaine ont travaillé concurremment à l’étude de la question : MM. Lucet, Nocard,Mauri ont observé l’actinomycose en France ; et, comme l’écrit M. Jeandin, « si la médecine humaine a l’hbnneur des premières observations, la médecine vétérinaire a fourni l’occasion de faire des recherches plus faciles et contribué à la plus large part des connaissances acquises. »

En Suisse, M. Jeandin rapporte le premier cas en 1886, observé dans le service de M. le professeur Julliard ; dès la fin de la même année, Münch eut à soigner un malade atteint d’actinomycose des cinquième et huitième côtes, qu’il prit, au début, pour de la carie, et dont le diagnostic ne put être fait qu’après la fonte purulente des indurations. En 1888, le même auteur observa un cas localisé au maxillaire inférieur.

La même année encore, Langhans fit paraître un intéressant travail sur trois nouveaux cas chez l’homme : un de la région mastoïdienne opéré par Rocher, et les deux autres de la cavité abdominale.

Une année plus tard, Hanau (de Zurich) relate les

observations de deux cas d’actinomycose, dont l’un (actinomycose du sein) avait été publié par Klebs, dans son Traité de pathologie générale.

Rutimeyer, en 1889, cite un cas d’actinomycose du poumon ayant envahi la paroi thoracique; W. Lindt, un autre du sommet des poumons ; Luning et Hanau, un du côlon ascendant, avec métastases dans le foie et les poumons. M. le professéur Roux, le D r Lubarsch, le D r Kern en observent la même année.

Enfin, en 1891, M. le D r Guder publie une intéressante revue sur l'actinomycose en Suisse, avec nombreuses observations à l’appui.

En Belgique, MM. Denys, Von Winiwarter, Verriest, Van der Straeten et Lejeune, ces deux derniers médecins militaires, M. le professeur Thiriar, etc., rapportent, dans ces dernières années, chacun un cas d’actinomycose humaine.

En France enfin, depuis la communication de MM. Nocard et Lucet à l’Académie, les relations cliniques de la maladie sont plus fréquentes : MM. Doyen et Roussel en ont observé deux cas ; MM. Darier et Gautier en ont signalé une forme rare et un nouveau traitement ; MM. les médecins-majors Choux et Émile Legrain en ont observé chacun un.

Au commencement de l’année 1892, MM. Guermonprez et Augier ont communiqué à l’Académie de médecine un cas d’actinomycose du maxillaire, observé à Lille.

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A la fin de 1892 èt dans la première moitié de 1893, les observations deviennent de plus en plus fréquentes. Chose remarquable, pendant ce court espace de temps, quatre cas sont observés à Lyon. Ce sont ceux de M. Louis Dor (dont l’observation a fait l’objet d’une communication de M. Poncet à l’Académie de médecine, le 20 décembre 1892), de MM. Rochet, chirurgien de l’Antiquaille, Pollosson et Poncet. On pourrait y ajouter le fait d’actinomycose de la mâchoire chez un jeune bœuf, rapporté par M. E. Rollet à la Société nationale de médecine de Lyon, le 13 mai 1893. La Société française de dermatologie et de syphiligraphie a entendu le 8 avril 1893 une observation de M. M. d’Audibert Caille du Bourguet et Émile Legrain. ; A Bordeaux, MM. W. Dubreuilh et J. Sabrazès en ont observé un cas ; et M. Taburet en a fait la base de sa thèse de Bordeaux du 20 novembre 1893. Enfin, il faut signaler celui rapporté à l’Académie de médecine, le 14 mars 1893, par M. Meunier (de Tours) ; puis les trois cas observés par M. Netter et présentés par lui à la Société médicale des hôpitaux de Paris, le 3 novembre 1893, pour mieux établir l’efficacité du traitement par Tiodure de potassium.

On le voit, bien que peu nombreuses encore, les publications se font peu à peu plus fréquentes. On peut se demander les motifs de cette récente multiplicité des observations : y a-t-il extension de la maladie? ou plutôt nos connaissances ne deviennent-

elles pas journellement plus étendues sur cette affection, dont le diagnostic exige l’examen microscopique, moyen que nos devanciers mettaient sans doute en pratique, mais dont, faute de technique suffisante, ils ne pouvaient tirer tout le parti désirable? On doit admettre, semble-t-il, une légère extension de la maladie, car nos vétérinaires, eux, ont toujours cherché minutieusement la maladie, sans la rencontrer souvent. « Depuis dix ans, M. Nocard, bien qu’il la recherche avec persévérance, n’a trouvé que trois cas d’actinomycose pulmonaire et un cas de tumeur maxillaire. )> (D r Rochet). Dans une discussion à la Société .des sciences médicales de Lyon, M. Augagneur, sans contester l’existence de l’actinomycose chez les animaux de race bovine d’origine française, admet qu’elle est assez rare dans nos pays. Il s’appuie sur les résultats du service d’inspection des viandes à l’abattoir de Lyon, où la maladie est complètement inconnue.

D’autre part, M. L. Dor, chef du laboratoire de la clinique chirurgicale à Lyon, a recherché sans succès, pendant plusieurs années, des actinomyees dans le pus de toutes les suppurations de différente nature, recueilli dans l’une des cliniques chirurgicales de la Faculté de Lyon.

Cependant, pour qui connaît bien les allures de la maladie, il n’est pas présomptueux de penser que nombre de faits d’actinomycose ont été faussement attribués jadis à la carie, à la tuberculose, à la scro-

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fuie, etc. ; aussi convient-il d’admettre que les médecins ont longtemps passé sous silence l’actinomycose, parce qu’ils ne la connaissaient pas; il est absolument certain que le nombre des cas ira croissant graduellement, à mesure que celte maladie deviendra une entité morbide plus connue et que les progrès de la microscopie clinique enseigneront à la distraire du groupe des affections avec lesquelles elle a été jusqu’ici confondue.

Il sera juste d’en attribuer une part de mérite à M Antonin Poncet (Traité de chirurgie, tome II, 1890), et surtout à M. Michel Gangolphe (Maladies infectieuses et parasitaires des os ; Paris, 1894).

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