CHAPITRE Vil
TRAITEMENT
L’actinomycose était autrefois considérée comme une maladie très grave, à pronostic presque toujours
funeste ; et c
voyait guère de traitement à lui
appliquer. On l’a vu plus haut, aujourd’hui il ne faut pas maintenir absolument la sévérité de ce pronostic ; on ne peut donc pas se résigner à assister impuissant à l’évolution de la maladie.
II est permis d’espérer qu’une intervention opportune, énergique, sera suffisante pour permettre aux malades d’échapper aux désordres, parfois très sérieux, dus à la pullulation de ce parasite.
On a remarqué qu’en France les rares cas observés se sont tous terminés par la guérison, à l’exception de la première malade observée par M. le professeur Poncet, où il y avait propagation au poumon. — Ce qu’il faut retenir surtout, c’est que toute
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actinomycose, reconnue à temps, peut être traitée avec des chances de succès, quel que soit son siège, fût-ce même le cerveau ; l’observation d’Otto Relier (pages 160-162) est là pour donner de ce côté des espérances, qui, dans le cas particulier, se sont réalisées pendant un laps de temps de plus de six mois.
§ I. — Traitement chirurgical.
Il paraît évident, a priori, que le traitement chirurgical sera la règle dans tous les cas oh il sera applicable.
En effet, tant qu’on n’aura pas trouvé de spécifique certain de la maladie, la méthode, la plus rationnelle sera d’enlever largement tous les tissus malades ; — l’indication est bien nette, lorsque le foyer est circonscrit et présente la configuration d’une sorte de tumeur ; dans ce cas, si la tumeur ne contient encore que peu ou point de pus, il sera ordinairement facile de l’enlever, en la circonscrivant par des incisions, qui comprennent suffisamment de tissus sains, pour éviter de laisser la moindre trace d’agent pathogène dans la plaie, et pour éviter ainsi une repullulation, qui ne tarderait guère.
Mais les tumeurs ne précèdent pas toujours la suppuration ; — dans nombre de cas, on a des collections purulentes diffuses et très peu limitées; da'hs
ces cas, après avoir évacué le pus, on devra, tout comme pour un abcès froid tuberculeux, s’efforcer de modifier la cavité et les parois.
On remplira cette indication en faisant usage d’antiseptiques puissants, après avoir enlevé le plus possible, au moyen de la curette, les fongosités et les colonies d ’actinomyces, qui se trouvent dans toutes les anfractuosités et les trajets fistuleux de la région.
On complétera opportunément ce raclage par une cautérisation énergique au thermocautère ; — peutêtre même pourra-t-on dans certaines régions, telles que la face et les mâchoires, poser la question du flambage des plaies, proposé à la Société de chirurgie par M. le, D r Félizet, et qui aurait sur le thermocautère l’avantage de ne laisser aucun clapier, ni trajet fistuleux inexploré, et empêcherait par conséquent, dans l’actinomycose, la récidive de l’affection par repullulation d’une colonie de champignons, qui aurait échappé à l’agent destructeur. C’est là une vue de l’esprit, que l’avenir pourra mieux juger.
Il arrive fréquemment que l’actinomycose ne se borne pas à attaquer les parties molles ; dans la région maxillaire surtout, le périoste et l’os lui-même sont plus ou moins profondément intéressés; et il faut en arriver à un sacrifice partiel de l’os malade. — Il en est de même dans nombre de cas d’actinomycose des poumons et de la plèvre, où les côtes, le sternum et des vertèbres elles-mêmes peuvent être intéressés.
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— Tel est encore le cas rapporté par Kœhler, où un jeune garçon de quatorze ans portait, dans le tiers supérieur du tibia, localisée sur le condyle interne, une tuméfaction actinomycétique du volume d’un œuf de poule. Dans ces cas, le grattage suffit rarement, et il faut se résoudre ou à des opérations secondaires, ou même à la résection partielle.
Schlange a signalé, au Congrès des chirurgiens allemands de 1892, deux malades qui paraissaient guéris cinq ou six ans après la dernière intervention chirurgicale ; mais l’un d’eux conservait encore une fistule, et la guérison n’avait été obtenue qu’au prix de plusieurs opérations successives.
Il n’est pas jusqu’au cerveau qui ne soit justiciable d’une intervention, et la trépanation trouve ici absolument les mêmes indications que pour un épanchement sanguin intra-cranien, ou pour toute autre tumeur, de quelque nature qu’elle soit, comprimant la substance cérébrale; on peut même reconnaître que l’opération s’impose d’une façon beaucoup plus impérieuse, — car la guérison spontanée et la disparition progressive des phénomènes, possibles dans les cas d’épanchement intra-cranien, ne sont nullement à espérer dans le cas particulier où l’on a affaire à un agent vivant, de prolifération assez active parfois, et qui poursuit sans trêve sa marche envahissante et éminemment destructive. — Aussi faut-il agir vite et.largement, dès que l’on voit survenir des signes de compression
cérébrale chez un sujet actuellement atteint d’actinomycose d’une région quelconque ; —la môme conduite s’impose, quand même la lésion actinomycosique serait antérieure et serait depuis complètement guérie ; on pourrait, en ce cas, affirmer presque à coup sûr line migration de quelques champignons, ayant vraisemblablement échappé au premier traitement, et transportés ailleurs par le courant sanguin, une vraie métastase, en un mot.
Pour ce qui concerne l’actinomycose abdominale, le traitement chirurgical paraît le seul à proposer. Ordinairement, la collection purulente vient faire saillie dans une des fosses iliaques, au-dessus de l’arcade de Fallope, ou aux environs de la cicatrice ombilicale; parfois aussi elle descend dans le petit bassin ; et le toucher rectal peut donner des renseignemenls sur la situation de l’abcès, le degré de compression du rectum pouvant amener des symptômes d’obstruction intestinale complète. — Ici encore, il faut agir chirurgicalement : faire la laparotomie, évacuer et drainer les collections purulentes; l’entérotomie, dans certains cas, mettra le malade momentanétnent à l’abri des accidents d’occlusion. Les cas d’actinomycose abdominale sont malheureusement d’un pronostic défavorable ; mais, avec les moyens antiseptiques qu’on a aujourd’hui à sa disposition, il n’est plus irrationnel de proposer une intervention, qui n’est, à tout prendre, pas plus grave dans les cas d’actino-
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mycose que dans les cas de tuberculose péritonéale;et, dans cette dernière catégorie de faits, les résultats obtenus jusqu’ici par la laparotomie sont de nature à encourager le chirurgien.
Il ne faut cependant pas trop demander à la chirurgie.
Une dame âgée, opérée par A. Richet d’une résection partielle de la mâchoire, présente une récidive; M. Peyrotlui fait une opération complémentaire. Une nouvelle récidive se produit, M. Peyrot renonce à
l’opérer, conseille l’iodure ; et.il est très surpris de
constater une guérison qui persiste pendant les huit ans de survie de l’opérée (Netter, 20).
§ II. — Traitement par la lymphe de Koch.
Tel est le traitement de l’actinomycose préconisé en 1891 par Billroth et expérimenté par lui dans un cas d’actinomycose abdominale, Il s’agissait d’un jeune homme de vingt-sept ans, qui vint, le 7 juillet 1890, à la clinique de M. le professeur Nothnagel, porteur d’une infiltration du quart inférieur gauche de la paroi abdominale. Dans l’urine on trouvait un dépôt jaunâtre, composé de petits grains, qu’on reconnut être des actinomyces. Peu après, Billroth, à diverses reprises, incisa la tuméfaction et ouvrit ainsi des abcès multiples. Les aponévroses et les muscles étaient
complètement détruits; et une soude put, par ce chemin, être conduite jusque dans la vessie. Lorsque toutesles parties nécrosées furent éliminées, ce foyer guérit. Mais, pendant ce temps, il s’en était formé un second, qui suppura et dont le pus contenait également des champignons. Du 15 décembre 1890 au 11 février 1891, le malade reçut quinze injections de lymphe de Koch, la première de 1 centigramme, la dernière de 25 centigrammes. Sous leur influence, l’infiltration commença par se ramollir ; puis elle diminua très rapidement de la périphérie vers le centre; et, en trois semaines, elle disparut complètement. Depuis trois autres semaines, dit l’auteur, elle ne s’est pas reproduite.
L’idée de traiter l’actinomycose par la tuberculine de Koçh était, à coup sûr, 1 originale; et elle a donné, entre les mains de Billroth, un véritable succès, momentané du moins ; — il est, en effet, regrettable que le malade n’ait pas été observé plus longtemps après la guérison apparente ; — et il eût été intéressant de le revoir plusieurs mois après, pour vérifier le maintien de cette guérison et l’absence de toute récidive.
On peut se demander comment a agi la tuberculine dans ce cas : s’il faut admettre une action élective sur le tissu actinomycosique, comme sur le tissu tuberculeux; ou bien s’il y a coïncidence d’actinomycose et de tuberculose, on l’ignore; mais M. Max Wolf (de Berlin) a repris ces tentatives et il a rapporté, au
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vingtième congrès de la Société allemande de chirurgie, que les injections de tuberculine chez les animaux actinomycosiques provoquent les mêmes phénomènes que chez les animaux tuberculeux; passant des animaux à l’homme, le même auteur a pratiqué, chez un malade, une injection d’extrait glycériné d’une culture d’actinomycose sans provoquer aucun phénomène remarquable.
Il est sage de n’accepter cet,agent thérapeutique que sous réserves, en tant que traitement curatif, et d’attendre, pour conclure, que de nouvelles observations soient venues confirmer le succès de la première ; ce succès paraît être jusqu’aujourd’hui le seul qui ait été obtenu par la tuberculine ; — et, d’autre part, il ne faut pas laisser perdre de vue que M. Makora, à la Société des médecins de Buda-Pest (juin 1891), a rapporté un cas d’actinomycose des maxillaires chez un jeune homme de vingt-deux ans, qui subit les injections de Koch sans en retirer aucun bénéfice.
§ III. — Traitement par Vélectro-chimie.
Lorsque l’actinomycose est limitée aux parties molles, le traitement par le curage et l’extirpation ne s’impose pas; il existe, en France, au moins un cas d’actinomycose de la face, guéri par l’électro-chimie. C'est le cas que M. Darier a présenté à la Société de
dermatologie et de syphiligraphie du 41 juin 1894.
« Le traitement fut le traitement électro-chimique du D r Gauthier, c’est-à-dire une injection d’iodure de potassium décomposé par le courant d’une pile. Trois séances suffirent pour amener la guérison; chaque séance était faite à huit jours d’intervalle et à une intensité de 50 milliampères. Non seulement le résultat a été curatif, mais les cicatrices sont de moins en moins visibles, et tout semble concourir à donner la préférence à cette nouvelle méthode thérapeutique, au sujet de laquelle l'auteur, M. G. Gautier, a fait quelques publications depuis une année. Enfin, le résultat thérapeutique est éloigné, puisqu’il date de cinq mois. »
A cette communication, M. Besnier a fait l’objection que l’électrolyse simple aurait pu donner les mêmes bénéfices, et que, partant, il était inutile de recourir à une méthode électrique plus encombrante.
« M. le D r Gautier a répondu que l’électro-puncture ne lui a donné aucun bénéfice dans ce cas, que les séances d’électro-puncture, faites pendant un mois et demi, étaient très douloureuses et sont restées sans résultat. Que cherche-t-on,d’ailleurs,dans l’application du courant de pile? ajoute-t-il; on cherche une action microbicide sur les micro-organismes; or, les expériences prouvent que cette action a lieu au pôle positif, à des intensités très élevées et qu’il serait impossible dé l’administrer à la face. Grâce à l’électrolyse des corps
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naissants, au contraire, il reste prouvé, à la suite d’expériences faites en commun avec M.Charrin, que cette action microbicide se manifeste à 25 milliampères au pôle positif, et aux deux pôles à 50 milliampères. Il semble donc que le double problème ait été résolu de faire des séances électrolytiques efficaces et médicales, par le procédé qu’il recommande : iode naissant et chlorure de cuivre. »
§ IV. — Traitement par l’iodure de potassium.
Le procédé de M. Gautier consiste à enrayer le développement du parasite et à le tuer sur place par un antiseptique puissant, l’iode à l’état naissant. L’application en est nouvelle et fait honneur à son auteur; mais le traitement ioduré lui-même est déjà connu.
M. Thomassen, médecin-vétérinaire à Utrecht,, l’emploie depuis longtemps avec succès chez les animaux atteints de glossite actinomycétique ; et dès l’année 1885 il publiait, dans l’Écho vétérinaire, de Liège, un travail dont voici la conclusion : « Nous répétons qqe le traitement interne par l’iodure de potassium suffit toujours; à la rigueur, on pourrait y joindre le traitement local avec la teinture d’iode. »>
M. le professeur Nocard, de l’école vétérinaire d’Alforl, a consigné dans une très instructive brochure papu e
en 1892, les résultats de ses observations à ce stijet et les expériences qu’il a entreprises pour expliquer le mode d’action de l’iodure dans ces cas. Il rapporte les succès de M. Thomassen, qui possède une statistique de plus de 80 cas guéris en un espace de temps qui n’a jamais dépassé un mois; quatre observations de M. Godbille, vétérinaire à Wignehies (N.ord), également avec succès; enfin, une longue observation personnelle très détaillée, où le même traitement a donné des résultats excellents. On remarquera que ces cas se rapportent à l’actinomycose de la langue ; cet organe est un des sièges de prédilection de l’actinomycose des bovidés, du moins en certains pays, comme la Hollande, alors qu’en France M. Nocard n’avait pu s’en procurer jusque dans ces derniers mois. Les mêmes heureux résultats ont été obtenus par M. Soucail de Montesquiou-Volvestre ; puis par les expériences de Chicago, qui ont donné 131 guérisons pour 185 animaux traités à une période quelconque, soit 71 0/0 de succès, tandis que les propriétaires américains ont eu 53 guérisons sans aucun insuccès en instituant le traitement de bonne heure. Elles ont démontré l’action curative de la médication iodurée sur toute actinomycosé, quelle qu’en soit la forme.
Il est tout à fait rationnel de faire l’essai de ce traitement chez l’homme, bien que l’actinomycose de la langue soit assez rare en médecine humaine.
Il n’est pas douteux que le traitement ioduré, s’il est
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vraiment efficace, ne soit préférable à l’excision d’une partie de cet organe.
Chez le malade de MM. Darier et Gautier, tout porte à croire que c’est l’iode qui a eu la plus grande part du succès ; et, dans un cas semblable, nous n’hésiterions pas à préconiser l’iodure, estimant que le traitement interne est préférable à une intervention chirurgicale dans des régions comme la langue ou la face.
D’ailleurs, il est prouvé que le traitement ioduré donne des succès dans des cas autres que l’actinomycose de la langue ou de la face. M. Meunier (de Tours) a présenté à l’Académie de médecine (séance du 14 mars 1893) un cas d’actinomyCose cervicale, guéri, après une simple incision, par l’administration de l’iodure de potassium à l’intérieur et par l’application d’une pommade iodurée.
Il va sans dire que, dans un cas d’actinomycose avancée, avec lésions osseuses considérables, par exemple, on pourrait préférer encore l’exérèse à ce traitement; mais, pour tous les cas de légère ou de moyenne intensité, reconnus à temps, l’iodure de potassium semble le médicament de choix, tant sont convaincants les résultats obtenus, chez les animaux par MM. Thomassen, Godbille et Nocard. Ce dernier s’est livré à des recherches concernant le mode d’ac^ tion de l’iodure ; il n’a pas, jusqu’à présent, obtenu de résultats, sauf celui-ci, qui est bien fait pour
exciter la curiosité et diriger les recherches de ce côté : c’est qu’ « une culture d ’actinomyces n’est en rien modifiée, quant à sa richesse ou sa rapidité, par l’addition de fortes proportions d’iodure de potassium à la gélose glycérinée », du moins par l’addition d’un pour cent.
L’iodure de potassium a produit des résultats tout aussi heureux dans le traitement de l'actinomycose humaine, en dehors du cas rapporté par M. Meunier.
M. le professeur \an Iterson (de Leyde) a fait prendre 1,5 à 2 par jour d’iodure de potassium à un capitaine de navire atteint d’une actinomycose du plancher de la bouche, avec fistules de la région sous-maxillaire et avec poussées aiguës successives, dont l’une présenta la forme de l’angine de Ludwig. L’amélioration fut appréciable dès le début du traitement jusqu’à la guérison, qui fut complète et s’èst maintenue.
Le même chirurgien traita par l’incision une tumeur dure et sensible que lui présentait un tailleur de la ville de Leyde. Bien que cette pérityphlite fut différente de ce qu’elle est d’ordinaire, la plaie fût bourrée de gaze iodoformée et l’opéré parut guéri ; mais il revint deux mois plus tard ; la plaie réouverte laissait échapper du pus, dans lequel on trouva des grains actinomycosiques. Le traitement par l’iodure de potassium fut commencé à la dose d’un gramme ; il fut continué à celle d’un gramme et demi par jour. La guérison fut obtenue en trois semaines.
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M. le professeur Saltzer (d’Utrecht) appliqua la même médication à une femme de quarante-iîeuf ans, atteinte d’actinomycose de la mâchoire supérieure, de l’os jugal, du temporal et même du frontal. Il y avait, en outre, du trismus, de la surdité, de l’occlusion des paupières. Dès qu’une incision eut évacué un peu de pus, pour permettre le diagnostic, la médication iodurée fut instituée à la dose de deux grammes et demi par jour. Après six semaines de ce traitement, la guérison était complète. Les moyens adjuvants furent des lotions au sublimé, des pansements à la gaze iodoformée et des collutoires au permanganate de potassé.
M. Vitringa (de Zwolle, Néerlande) a observé, chez un cultivateur de trente-huit ans, une actinomycose qui a débuté par le maxillaire inférieur, s’est ensuite propagée, d’abord à la région sterno-mastoïdienne, puis aux régions sous-mentale, cervicale du côté opposé et costo-sternale du côté correspondant. —Le traitement local au nitrate d’argent restait encore sans effet, lorsque fut commencée la médication iodurée. — La dose fut deux grammes par jour pour commencer, puis dix grammes par semaine ; la guérison fut rapide et complète.
Le succès fut tout aussi complet pour un moissonneur de vingt-quatre ans, qui prit deux grammes par jour d’iodure de potassium, sur les conseils de MM. Buzzi et Galli (Rif. med., 6 mai 1893). La guérison fut-complète en trois mois.
M. Netter a obtenu un succès beaucoup plus intéressant, et dont' il faut lire toutes les perplexités dans les Bulletins de la Société médicale des hôpitaux de Paris du 3 novembre 1893. Il a donné 61 grammes d’iodure de potassium en vingt-huit jours; suspendant parfois l’usage du médicament, élevant d’autres fois la dose à 6 grammes par jour. Il a été émerveillé du résultat rapide, complet et durable, sans aucun autre ennui qu’un degré très supportable de coryza et d’hypersécrétion bronchique.
On se demande pourquoi, au Congrès des chirurgiens allemands de 1892, Schlange et Garré préconisent enCor.e l’intervention chirurgicale, eux qui reconnaissent que le traitement ioduré amène la guérison, alors môme que l’exérèse n’a pas porté sur la totalité
des régions malades. Si, dans le cas particulier de
l’actinomycose, la médecine a désormais plus de part que la chirurgie, pourquoi ne pas le reconnaître ?
Curatio œgrotantis suprema lex !
§ V. — Traitement local par le nitrate d’argent.
L’iodure de potassium est donc un médicament spécifique; — à côté de lui viendrait s’en ranger un autre, le nitrate d’argent.
Le hasard a fourni au D r Kœttnitz l’occasion de juger de l’efficacité de cet agent thérapeutique. En 1888,
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l’auteur avait à soigner un cas d’actinomycose de l’angle du maxillaire inférieur, le traitement chirurgical avait donné de nombreux insuccès ; et l’on marchait de récidive en récidive. Les raclages, les pansements iodoformés n’avaient pas amené d’amélioration, si bien qu’ « on commençait à mettre en doute une guérison radicale,. lorsqu’un jour on cautérisa les fistules avec le crayon de nitrate d’argent. Le résultat fut merveilleux, les granulations aetinomycosiques, qui tapissaient les parois des abcès, disparurent, et les fistules se tarirent. La maladie avait duré depuis deux ans et demi ; et la guérison ne s’est pas démentie depuis huit mois ». Dans ce premier cas, la guérison par le nitrate d’argent a été obtenue après que plusieurs autres antiseptiques s’étaient montrés insuffisants; — ce cas n’est pas le seul; —en 1891, le D r Kœttnitz rapporte trois nouvelles observations, où ' les malades furent traités de la même façon ; et une cure rapide fut obtenue chaque fois.
L’auteur fait suivre ses observations de réflexions sur le mode d’action du nitrate d’argent ; et il émet l’opinion que Yactinomyces est peut-être très sensible à certains microbicides, dont serait le nitrate d’argent; ce serait là, assurément, un sujet d’expérimentation de savoir jusqu’à quel point les cultures A’actinomyces sont compatibles avec les sels d’argent.
Des expériences dans le même sens Ont été faites pour un autre champignon qui occasionne, beaucoup
plus rarement que Yactinomyces, des maladies chez l’homme, mais dont on connaît néanmoins plusieurs cas : Yaspergillus niger (on sait, en effet, qu’une trace infinitésimale d’un sel d’argent arrête instantanément les cultures de ce champignon). Il se passe peut-être quelque chose d’analogue pour Yactinomyces ; celuici, en présence d’un sel d’argent, verrait sa pullulation entravée ou arrêtée, par suite du terrain devenu impropre à sa culture ; à cette propriété s’ajoute l'action antiseptique et partant microbicide de ce sel ; on s’explique aisément que le champignon soit absolument détruit par cette double action et que, par suite, la guérison soit rapide, comme dans les quatre cas rapportés par M. le D r Kœttnitz.
§ VI. — Traitement général.
Pour tout le traitement de l’actinomycose pulmonaire, les résultats fournis par la statistique sont peu satisfaisants, évidemment à cause du peu d’aetion directe dont on dispose sur les organes contenus dans la cage thoracique.
De l’avis de M. le D r Laplace (de Philadelphie), l’actinomycose pulmonaire est difficile à traiter ; et voici pourquoi : comme le noyau central de la maladie est généralement profondément enfoui dans les tissus et que l’affection est souvent recçnnue, alors qu’elle
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existe depuis un certain temps (ce qui revient à dire que les lésions sont déjà avancées, que le malade est amaigri, tousse, rend des crachats fétides contenant des actïnomyces, etc.j, le traitement trop tardif est souvent inutile. Tout au plus pourra-t-on instituer un traitement symptomatique et s’efforcer de soutenir le plus longtemps possible les forces du malade. Dans ces cas, on assiste impuissant à l’évolution fatale de la maladie, très heureux d’avoir posé un diagnostic et de ne pas avoir confondu l’affection avec la tuberculose, erreur trop fréquente, et dont 1 assiduité seule de l'examen microscopique peut préserver le médecin.
Une conduite rationnelle, dans quelques cas favorables, serait la résection du poumon; mais, outre lé danger de cette intervention, serait-on assuré d’éliminer complètement les parties envahies, et une récidive à bref délai ne serait-elle pas presque fatale?
Le traitement ioduré est assurément indiqué, puisqu’il paraît spécifique. Il réussira peut-être parfois ; mais il a complètement échoué chez la malade de M. Poncet.-
Le véritable traitement de l’actinomycose pulmonaire est dans la prophylaxie, malheureusement encore peu connue, ainsi que dans un diagnostic précoce; — dans les cas ou ' le diagnostic sera porté avant que l’état général du malade n’ait subi d’atteinte sérieuse, il est permis d’espérer que l’éloignement immédiat du sujet vers un climat plus doux, en même
temps que l’application rationnelle d’antiseptiques tels que l’acide phénique, la térébenthine, etc., sur la muqueuse bronchique donneront de meilleurs résultats que ceux qu’on a obtenus jusqu’à présent.— Ces espérances sont fondées sur l’analogie de cette maladie avec la tuberculose, sur les résultats obtenus dans le traitement de ce dernier processus et aussi sur des examens nécroscopiques, où, plusieurs fois, on a trouvé des aclinomyces en voie de résorption et de calcification.
Toute la médication tonique et reconstituante y peut trouver sa place, tant par ses ressources hygiéniques que par les moyens pharmaceutiques destinés à combattre la dénutrition.
Le traitement médical n’est donc pas absolument illusoire; — et ij ne faut pas oublier que, dans bien des cas à terminaison fatale, le diagnostic n’a été posé qu’après la mort ; c’est donc de ce côté qu’il faut faire des recherches, qui, on peut l’espérer, aboutiront à des résultats, à mesure que la microscopie clinique prendra plus d’extension.
En présence d’un cas d’actinomycose avérée, il faut empêcher son extension et détruire le parasite sur place; c’est dire que le traitement chirurgical sera toujours le plus accrédité, dans les régions où il sera possible de l’appliquer, et ce sera souvent le traitement de nécessité. — Pour les suites opératoires, pour s’opposer aux récidives, rien n’empêche le chi-
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rurgien de cautériser les parois des abcès et des trajets fîstuleux — par la paquelinisation, ou bien avec le nitrate d’argent, qui semble agir rapidement et sûrement.
Dans les cas peu avancés d’actinomycose de la peau, des parties molles, on pourra sans inconvénient substituer au traitement chirurgical, qui peut laisser des traces disgracieuses (quand il s’agit du visage, par exemple), le traitement électro-chimique de M. le D r Gautier, qui a fait ses preuves au moins une fois.
Dans tous les cas, quels qu’ils soient, il parait indiqué d’administrer l’iodure de potassium à l’intérieur, puisque ce médicament, d’après le témoignage des auteurs qui l’ont employé et en font un usage pour ainsi dire journalier, donne des « résultats certains, constants, rapides, en un mot infaillibles, au point que cela tient du merveilleux », selon l’expression de M. le professeur Nocard. — Quoi qu’il en soit, le traitement ioduré à fortes doses, tel qu’il est recommandé par les vétérinaires, et surtout par M. Netter, ne saurait avoir d’autres inconvénients que celui des phénomènes d’iodisme, qui ne sont pas graves et qu’on peut faire cesser rapidement en supprimant le médicament une fois l’organisme saturé par la médication iodurée, pour le reprendre après quelques jours d’interruption. L’iodure de potassium servirait en quelque sorte de traitement général de la maladie, — alors que, loca-
lement, on, interviendrait par la chirurgie, les antiseptiques, les caustiques et l’électro-chimie, et seulement dans la mesure rationnelle, qui sera mieux établie lorsque la question aura fait de nouveaux .progrès.