‹ Action de la quinine sur les parasites malariques et sur les accès fébriles qu'ils déterminentChapitre 6 sur 6 · C. G0LGI · texte numérisé non relu

C. G0LGI

la quinine dans le sang jusqu’au nouvel accès et même au-delà. Il est, en tout cas, absolument exigé, pour la garantie de l’extinction de l’infection, de répéter 2 ou 3 fois la prescription.

Tout cela est en harmonie avec les connaissances que l’on possède sur la manière de se comporter de la quinine dans l’organisme. Kerner a démontre « que la plus grande quantité relative de quinine ingérée circule dans le sang dans les six premières heures après l’ingestion (1), et, par conséquent, à peu près en coïncidence avec la période de la sporulation, et dans des conditions qui lui permettent d exercer son action la plus énergique sur la jeune génération parasitaire, fruit de cette sporulation. En cela se trouve le fondement du précepte classique d’administrer la quinine 3 , 4, 5 heures avant l’accès .

La différence de voie d’introduction (par la bouche, injection hypodermique, injection dans les veines, entéroclysmes) sous le rapport du plus ou moins de rapidité d’ahsorption et d élimination, n’a pas grande in fluence,- ainsi que l’ont démontré, par leurs expériences, Schwengers, Binz, Kerner, Baccelli, Lepidi-Chioti et d’autres. En moyenne, l’élimination du remède a lieu 10-15 minutes après l'introduction et dure jusqu à 36-48 et meme 70 heures après; ces données nous expliquent l’inefficacité partielle ou complète, dans un grand nombre de cas, où, avec l’administration de la quinine, on remonte vers les débuts du stade endoglobulaire.

Un autre point important traité par l’A., comme conséquence naturelle des études rapportées, est celui du mécanisme ou de la raison dernière de l’action de la quinine sur les fièvres malariques, question qui n’a plus un caractère de grande actualité, mais sur laquelle, toutefois, les controverses ne sont pas épuisées.

Jusqu à ces derniers temps, la théorie la plus longuement discutée et la plus généralement acceptée a été la théorie nerveuse, dans la forme sous laquelle elle a été tracée par .Briquet (2) et après lui, traitée en détail par d’autres observateurs, puis enfin nettement formulée comme il suit: «La fièvre intermittente, ses accès typiques et ses conséquences dépendent d’une névrose du sympathique. La quinine

(1) Kerner, Arch. f d. ges. Physiologie , 1870, vol. III, p. 100.

(2) P. Briquet, Traite thérapeutique du quinquinina , 2e édit., Paris, 1865.

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la guérit en tonicisant le sympathique contre l’action du poison ou en en déprimant la morbeuse excitabilité réflexe ».

Contre cette théorie s’éleva la théorie antiparasitaire soutenue énergiquement par Binz et par ses élèves, laquelle, naturellement, rencontra plusieurs adversaires à cause de la jeunesse relative de la doctrine sur la nature parasitaire de l’infection malarique. Cependant cette théorie est fortement appuyée par les faits que l’A. a observés et d’où résulte, avec évidence, l’action de la quinine sur les parasites du sang, quand elle est administrée en temps opportun pour déployer son action sur la nouvelle génération parasitaire, laquelle, envahissant le sang, amènerait avec elle de nouveaux accès.

Pour expliquer le lien entre une phase déterminée de la vie des parasites malariques (reproduction par sporulation) et la brusque apparition des faits qui caractérisent l’accès fébrile, l’A. émet l'hypothèse, qu'il se développe des faits chimiques vraisemblablement provoqués par un matériel qui s’isole des parasites, en coïncidence et par effet de la segmentation et que, de ces faits, dépendent et la rapide élévation de la température, et les altérations dans l’échange, et les autres phénomènes caractéristiques du processus fébrile. Cette hypothèse est appuyée non seulement par les connaissances récentes sur les poisons produits par les microorganismes, mais encore par des observations spéciales de l’A. déjà publiées dans un autre travail (1). Dans ce travail, il affirmait que si, dans la marche de l’infection, la quantité des parasites malariques est descendue à un minimum dont le niveau n'est pas déterminable avec précision, alors ils deviennent impuissants à produire, dans le sang, le degré d’altération suffisant pour provoquer l’accès fébrile, altération qui se manifeste spécialement dans le sang par le passage de la couleur rouge vif à la couleur rouge foncé et que l'on peut constater aussi, avec l’observation microscopique, dans les globules rouges. Ces faits avaient déjà été remarqués auparavant par Baccelli, lequel, après avoir dit, en discutant sur l’action de la malaria, que celle-ci est « inexorablement hostile aux globules rouges », précisait cette action complexe en la définissant « una progressiva iattura chimica e morfologica del sangue ».

(1) C. Golgi, Ancora sulV infezione malarica ( Bollettino délia Società medicochirurgica di Pavia, Séance du 5 juin 18S6, et Gazzetta degli Ospedali , n. 53, 1886, p. 9).

G. GOLGI

A la fin de son travail FA. traite un dernier point; il se demande si, dans la guérison que l’on obtient, grâce à l'administration de la quinine, une part, plus ou moins directe, revient aux globules blancs, en vertu des propriétés phagocytaires dont ils sont doués.

Si l’on tient compte des observations de Binz, de Scharrembroich, de Kerner, de Geltowski, etc., tendant à démontrer que, sous l'influence de la quinine, les globules blancs perdent, du moins en grande partie, la faculté de se mouvoir, l’hypothèse - exposée ci-dessus pourrait paraître absolument sans fondement; mais, les observations de TA. ont démontré la part importante qui revient aux globules blancs, dans le développement du processus morbeux malarique, comme agents de destruction des parasites et de leurs produits de régression, dans cette période où les parasites étant arrivés à maturation, leur, segmentation est sur le point de se produire ou a déjà eu lieu. Cette action phagocytaire des globules blancs sur les parasites est démontrée, non seulement par les observations directes sur le sang circulant, mais encore par fa considération indirecte que si tous les jeunes parasites résultant de . la sporulation devaient envahir autant de globules rouges, pour recommencer le cycle, chaque fièvre intermittente malarique devrait, en règle constante, s’aggraver au point de se transformer en fièvre pernicieuse, ce qui n'a pas lieu; au contraire, c’est l’opposé qui se produit, l’infection tendant à s’atténuer et parfois même à s’éteindre, phénomène qui ne s’explique que par le fait de la destruction d’un grand nombre de parasites par œuvre des globules blancs en correspondance de chaque accès.

Il est naturel de supposer que cette action phagocytaire se manifeste, dans une mesure bien plus large encore, dans la rate, dans la moelle des os, et peut-être dans le foie, que dans le sajig circulant. Pour la rate, 1*A. lui-même l’a démontré par une série de recherches directes; il n'est pas arrivé au même résultat pour le foie. Si ces faits de phagocytisme peuvent expliquer et l’atténuation et même la disparition spontanée du processus morbeux malarique, cela ne veut pas dire, cependant, que nous devions admettre que la guérison obtenue par l'influence de. la quinine soit également liée, en quelque manière, avec le processus phagocytaire. On pourrait émettre l’hypothèse que la quinine augmente les propriétés phagocytaires des globules blancs et la destruction consécutive des parasites; mais nous avons cité les expériences contraires de Binz et d’autres à ce sujet.

Les expériences de FA. excluent l’une et l’autre de ces deux pos-

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sibiiités, car il a trouvé des formes phagocytaires classiques alors même que, dans le sang circulant, la présence de la quinine était certaine, sans qu’il y eût aucune augmentation dans les phénomènes caractéristiques de ces formes, peut-être même avec quelque retard comparativement aux circonstances ordinaires.

C’est pourquoi l’A.. croit que les globules blancs n’ont aucune part dans la destruction des parasites malariques, mais seulement une part passive, en ce sens que ce sont des agents destructeurs de matériaux étrangers circulant dans le sang, fonction qui n’a rien de commun avec le concept théléologique — lutte pour V existence — que l’on a voulu renfermer dans la parole phagocytisme.

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