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I. — IMPORTANCE DE LA QUESTION

L’étude de l'application des engrais chimiques à la eréaüon et au développement des bois et forêts est d’un intérêt capital,

La question des reboisements est actuellement à l'ordre du jour.

C’est à l’absence de boisements, à la disparition des forêts qu'est due la ruine d’un grand nombre de régions. Dans le Plateau Central, par exemple, un coefficient de boisement insuffisant est la vraie cause des désastres produits par les inondations trop fréquentes qui désolent le pays. Si nous examinons cette contrée, nous constatons que les statistiques indiquent un taux de boisement de 14 à 18 0,0, alors que celui des Vosges, pays forestier par excellence, est de 39 0/0.

Encore le boisement des Vosges est-il réel, alors que le taux de 44 à 18 0/0 pour le Plateau Central est une illusion.

En effet, les bois du Plateau Central sont formés, en majeure partie, de pins sylvestres et de hêtres.

Le hêtre est traité le plus souvent en taillis fwretés ne donnant que du chauffage inférieur et ne protégeant le sol que d’une manière insuffisante.

Quant au pin sylvestre, son traitement n’est pas moins favorable à la dénudation et à la dégradation du sol: on le trouve, dans les bois particuliers, soit exploité en véritables tétards, afin d'utiliser les branches au chauffage, soit élagué jusqu’à deux ou trois couronnes de la cime, afin de l’employer comme bois de mine.

Tous ces bois particuliers sont comptés dans les boisements des statistiques, alors qu'ils laissent le terrain exposé aux érosions.

Aünsi le taux de boisement fictif est insuffisant, et le taux de boisement réel est presque nul ; il n’y a de vrais bois que ceux qui sont créés par l'Administration des Forêts, et ces bois n’occupent qu’une très minime surface, parfaitement insuffisante pour avoir une action sur le climat et le régime torrentiel des eaux.

On peut dire qu’il n’existe pas de véritables forêts dans Le Plateau Central.

Il est donc urgent de reboiser, comme dans les Alpes et les Pyrénées.

Il est non moins urgent de chercher les engrais chimiques el les procédés de culture pouvant favoriser ces reboisements.

Dans de nombreuses circonstances ces études trouvent une application immédiate.

Je citerai le cas du Mézenc et du Mégal.

Le Mégal est reboisé. Au Mézenc, au contraire, les reboisements ont si peu réussi qu’on à proposé de louer cette région pour le pélurage.

Toutes choses autres que le terrain étant égales d’ailleurs, la réussite d’une part et l’insuccès d’autre part ne peuvent s'expliquer que par la différence de composition chimique du sol. |

Fig. 1. — Bois particuliers du Plateau Central.

Forme de pin sylvestre traité en télard ct ne protégeant plus le sol.

Fig. 2. — Bois particuliers du Plateau Central.

Forme de pin sylvestre traité en {élard et ne protégeant plus le sol.

Fig 59 Bois particuliers du Plateau Central.

Mode d'élagage de deux pins sylvestres destinés à former des bois de mines.

Fig. 4. — Hêtre soumis au « furetage »

et laissant le sol exposé aux érosions.

Région des sources de l'Allier.

Vue prise en hiver.

L'analyse donne les résultats suivants :

Terre fine du Mégal :

SDOURMOAIERE, . «000 — 553 MO de es UO0 =

Terre du Mézenc :

Chauxitôtale. , =... 0/00

ROTASSERRERS 57 0 %7.0)00

Dans le premier cas, le sol est riche en matières minérales calciques et potassiques ; dans le second cas, celui du Mézenc, il est pauvre ; mais, ce qu'il y a de remarquable, c'est que la proportion de potasse comparée à celle de la chaux est beaucoup plus considérable que dans le terre du Mégal.

Dans nos expériences, nous constaterons l'influence nuisible des sels potassiques sur la végétation ligneuse.

IL est permis de penser que dans le sol du Mézenc la dose exagérée du potassium par rapport à celle du calcium à exercé une influence néfaste.

C’est un cas frappant où les engrais calciques, préalablement essayés et introduits avec discernement, auraient pu favoriser la réussite des reboisements, et éviter à l'État une perte importante.

En fait, les engrais chimiques ont été expérimentés déjà dans le Plateau Central pour les améliorations pastorales.

Après l’extraction des bruyères, ajoncs, genêts, après fauchages et écobuages, on a mis temporairement en réserve

(Se IMPORTANCE DE LA QUESTION DES ENGRAIS EN SYEVICULTURE

certains cantons, et on a procédé à des épandages de chaux et de phosphales.

La réussite ne s’est pas fait attendre.

On ne voit pas pourquoi des essais ne seraient pas tentés avec succès pour Îles végétaux forestiers.

Il. — DIFFICULTÉS INHÉRENTES AUX VÉGÉTAUX LIGNEUX

Les végétaux ligneux ne prennent au sol qu’un centième à peine de leur poids, en éléments minéraux ; le reste, carbone, hydrogène, oxygène, est emprunté à l’atmosphère au moyen de leur appareil foliacé.

Ces éléments minéraux trouvés dans le sol existent dans les terrains les plus pauvres ; le pin sylvestre notamment est, sous ce rapport, particulièrement accommodant.

Agir sur ces végétaux par des éléments introduits dans le sol est beaucoup plus difficile que pour les espèces annuelles ou bisannuelles.

Dans le jeune âge, après la germination, leurs graines contenant, en général, une masse notable de matériaux de réserve, l'influence des engrais minéraux est masquée, diminuée, ou changée de nature par cette réserve.

D'autre part, sur le sol forestier, les plantes ligneuses ont à lutter contre les autres végétaux secondaires, qui encombrent le terrain, s'emparent des engrais qu'on peut leur fournir, et les dominent souvent par une croissance tout d’abord plus rapide.

Plus tard, le développement de leur appareil foliacé Les

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rend particulièrement sensibles aux agents extérieurs, chaleur, électricité, vapeur d’eau, lumière. Les réserves qu’ils emmagasinent dans leurs-tissus consistent surtout en amidon et cet amidon se constitue dans leurs feuilles.

L'action des engrais minéraux ou organiques doit donc se faire sentir plus lentement et devenir plus difficile à saisir, toutes les fois qu’on ne donne pas ces engrais à doses massives.

Ajoutons que la lignine imprégnant les parois des cellules accentue encore la lenteur des transformations dues aux modifications chimiques du sol,

Dans les pépinières permanentes les engrais sont d’un emploi courant ; ils sont indispensables pour maintenir la fertilité du sol et la production des végétaux ligneux. Mais il fautremarquer queles pépiniéristes emploient presque exclusivement les fumiers de ferme ordinaires, à doses massives. = Dans les pépinières les plus importantes des environs d'Orléans, où l’on produit d'immenses quantités de plants ligneux, on a essayé les scortes, le sang desséché, le nitrate de soude.

Pour les plantations de végétaux-forestiers dans les sols très pauvres, dans les sables, Les Belges ont utilisé, en même temps, /e lupin comme engrais vert azoté, les scories et la haïnite.

Les Allemands, notamment le D° Helbig, ont formulé des prescriptions analogues qu'ils indiquent comme favorables à la végétation ligneuse.

En France, à Chinon, des essais d'engrais sur des peuplements forestiers déjà constitués, tels que des pins, des chênes de 40 ans, ont été tentés : mais M. le professeur Henry a constaté que ces essais étaient peu concluants.

D'ailleurs, les expériences n’ont été conduites nulle part suivant une méthode rigoureusement scientifique.

Sur une espèce spéciale, le robinier faux-acacia, M.le professeur Henry a obtenu de bons effets par la simple injection dans le sol de sulfure de carbone. 1 y aurait à examiner si ce résultat favorable ne peut être attribué à la formation dans le sol de sulfate de chaux.

Dans son récent Traité des engrais, M. Garola recommande pour les arbres des vergers, par hectare :

600 kilog. de superphosphate de chaux ; 150 — de chlorure de potassium ;

200 — de nitrate de sodium.

Dans les sols garnis de fumier de ferme, il conseille 2.000 à 4.000 kilogrammes de plâtre cru par hectare.

Il en est de même pour la vigne ; mais, pour cette dernière, il substitue le sulfate de potasse au chlorure de potassium.

Il ne donne aucune indication relative aux végétaux forestiers.

Georges Ville employait par hectare, pour les fruitiers :

400 kilog. de superphosphate de chaux ; 209 — de carbonate de potasse ; 400 — de sulfate de chaux.

M. de Paris donne, pour les fruitiers, la formule suivante ou ses variantes :

Ca) A , 4 300 grammes par mètre carré du mélange :

Superphosphate de chaux. . 4#à8 kilog.

Chlorure de potassium. . . 1 kilog.

Nitrate de soude, 2 — (ou sulfate d’ammon. 1 k, 500).

SuMate dechaux., 00m

PA

Sullatetde font, m0 1 à 2 kilog,

On doit couvrir tout l’espace occupé par les racines, en semant le mélange d'engrais avant l’hiver.

MM. Joulie et Desbordes conseillent, pour l’arboriculture d'ornement, les proportions suivantes :

Superphosphate de chaux . . . . . 0.400 Chlorure de potassium. . . .. .,. 0.350 NitraLedensSOUe 0, 0,0 7 10.200

Ils obtiennent avec cette composition les résultats cherchés :

« Feuillage bien vert, végétation luxuriante, floraison abondante et soutenue. »

P. Wagner, en ce qui concerne les arbres fruitiers, recommande par pied d’arbre isolé, pour 25 mètres carrés :

1.400 gr. superphosphate à 16 0/0 ; 400 — chlorure de potassium ; 500 — nitrate de soude.

Pour les vergers, par hectare :

550 kilog. hosphate à 16 0/0 D Die È / de novembre à février.

160 — chiorure de potassium

200 — nitrate de soude, au printemps.

Dans les terrains garnis de fumier de ferme, il indique lemploi des scories de déphosphoration, au moment de la plantation (400 gr. par mètre carré).

M. Grandeau conseille d’expérimenter l’action da plâtre à la dose de 500 grammes à 1 kilogramme par pied d’arbre.

MM. Tronchand et Chanzit utilisent pour la vigne, par

hectare :

400 kilog. superphosphate de chaux, 200 — sulfate de potasse, 360 — nitrate de soude.

Ils associent à ce mélange le sulfate de chaux.

M. Obertin a montré d’ailleurs les bons effets du plâtre dans la culture de la vigne ; et ses résultats ont été confirmés par MM. Battanchon et Condeminal,

Dans les sols pauvres, M. Grandeau recommande, par hectare de vigne, ou de verger :

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