‹ Action des engrais sur les végétaux ligneuxChapitre 3 sur 41 · kilog. scories (ou 2.000 kilog. phosphate minéral · texte numérisé non relu

kilog. scories (ou 2.000 kilog. phosphate minéral

1.000 — kaïnite, 300 — nitrate de soude, 1.500 — plâtre moulu.

M. Grandeau signale le fait que Le plâtre augmente considérablement /4 quantité du rendement.

Le même auteur déclare que les cultures arbustives autres que les fruitiers et la vigne, telles que houblons,oseraies,etce., ont sensiblement les mêmes exigences que ces derniers, et que les fumures indiquées précédemment peuvent leur être appliquées avec succès.

Enfin, pour les oliviers, amandiers et autres arbustes du Sud, il conseille les phosphates et les scories dans les sols siliceux, les superphosphates dans les terrains calcaires, associés aux engrais azotés, tourteaux oléagineux ou fumier.

Pour les végétaux forestiers, ce n’est pas tant une floraison abondante qu’une végétation luxuriante que l’on recherche ; ce qu’on veut, dansles reboisements, c'est le maintien de l'existence ligneuse, la reprise facile des plants, ce qu’on désire dans la forêt en état de végétation, c’est un marimum dans la masse ligneuse produite.

Nous n’avons à ce sujet aucune donnée scientifique précise.

Certains auteurs même nous conseillent des formules empiriques de nature, comme nous le démontrerons, à gêner le développement du bois, par exemple l'emploi des sels de potasse à hautes doses.

Quelques-uns sont en désaccord complet :

Ainsi M. le professeur Laurent, de la Seine-Inférieure, déclare que la potasse augmente la raideur et par conséquent la lignification de la paille de blé et d’avoine, et empêche la verse ; il prescrit 200 kilogrammes de chlorure de potassium par hectare.

Au contraire, M. Dassonville conclut, de ses très remarquables travaux, que la potasse provoque la verse.

M. Eug. Leroux, quand les arbres fruitiers poussent à bois, et ne donnent pas de fruits, recommande, par arbre, le mélange suivant :

3 kilog. chlorure de potassium,

10 kilog. scories.

On voit que la dose de potasse prescrite est relativement importante.

Quand de jeunes arbres fruitiers donnent des fruits trop prématurément, il attribue le fait à un sol riche en acide phosphorique et en polasse.

Sans qu’il soit désigné positivement, on peut entrevoir, dans ces prescriptions, le rôle des sels potassiques dans la diminution de la production ligneuse comme dans la mise à fruits.

M. Garola, de même que M. Leroux, indique que, si les vignes et les fruitiers poussent à bois, c’est la dose des super: phosphates et des se/s de polasse qu’il faut forcer.

Faute d’expériences rigoureuses, on émet les affirmations les plus contestables :

: Les uns déclarent que le plâtre n’agit pas dans Les sols qui

ne contiennent pas de matières organiques, ou qui sont trop appauvris; or nous avons cultivé des plants forestiers ex sable pur mélangé de plütre, et nous avons constaté que celui-ci agit merveilleusement.

Les autres prescrivent le chlorure de potassium dans la culture du chanvre, alors que les expériences précises de M. Roux, du Museum, démontrent nettement /’in/luence défavorable des sels potassiques dans la lignification du chanvre.

Certains attribuent les bons effets du sulfate de chaux à cette hypothèse qu’il favoriserait la descente des principes fertilisants du sol dans le sous-sol.

En résumé, aucune formule précise basée sur des recherches rigoureuses n’est fournie à ce sujet par les auteurs que nous avons cités. On ne nous donne rien qui soit démontré favorable à la formation de la matière ligneuse.C’est cependant le but principal à atteindre dans les reboisements. C’est aussi l’objet que nous nous sommes proposé dans ces recherches.

On peut classer ainsi les engrais couramment usités en agriculture :

1° Engrais organiques : fumiers, sang, etc.

2° Engrais minéraux :

Azotés : Nitrate de soude, sulfate d’ammoniaque.

Phosphatés : Phosphates de chaux,superphosphates,scories.

Potassiques : Sulfate, carbonate et chlorure de potassium, kaïnite,

Calciques : Plâtre, chaux, carbonate de chaux.

On pourrait ajouter à cette énumération les sels de fer, notamment le sulfate de fer ; mais ils ne peuvent être utilisés qu’à si faible dose qu’on doit les considérer moins comme un engrais que comme un stimulant chlorophyllien.

Nous n’avons compris dans notre classification que les substances dont les prix ne sont pas en disproportion trop grande avec les résultats à obtenir dans la culture des végétaux ligneux.

Désirant donner un caractère pratique à ces recherches, tout en les conduisant avec le maximum de rigueur scienti-

fique, nous devions tenir compte de la valeur vénale des matières essayées.

Nos expériences ont porté sur les substances le plus couramment employées en agriculture :

Le fumier de ferme ordinaire ;

Le sang desséché ;

Le nitrate de soude, le sulfate d’ammoniaque ;

Le superphosphate de chaux, le phosphate de chaux, les SCOrIes ;

Le sulfate, le carbonate et le chlorure de potassium, la kaïnite ;

Le plâtre, la chaux, le carbonate de chaux ;

Le sulfate de fer, le sulfate de manganèse (accessoirement).

Dans les mélanges d'engrais, nous avons évité de mettre en présence des corps pouvant se décomposer.

On ne peut pas mélanger le superphosphate de chaux ou le sulfate d’ammoniaque avec la chaux et les scories, la chaux et les scories avec les engrais potassiques, le superphosphate avec les engrais azotés notamment le nitrate de soude; dans ce dernier cas, l’acide sulfurique et l'acide phosphorique du superphosphate attaquent le nitrate et mettent l’acide nitrique en liberté ; cet acide nitrique, oxydant des matières organiques, laisse dégager du bioxyde d’azote : il y a perte d’azote.

Le sulfate de chaux peut se mélanger au chlorure de potassium, et aussi au superphosphate, qui en contient déjà d’ailleurs.

Le sulfate de fer forme avec les superphosphates des phosphates de fer; avec la chaux, il y à précipitation d’oxydes de fer ; avec le sang, il y a coagulation de la matière albuminoïde et arrêt de la nitrification ; avec les scories on constate la formation d’oxydes et de phosphates de fer.

Un tableau, employé en agriculture, indique, parmi les

engrais courants, ceux qui, réunis par une ligne, ne doivent pas être mélangés :

- Superphosphates

Phosphates 9 et Scories

/ / x, (1 nr on & S à

Sulfate

d'ammoniaque desséché

FC na ‘ \ Sulfate de potasse © & ® Chlorure de potassium ar Nitrate de soude Kaïnite ou de potasse IR 0

Les lignes doubles, dans le tableau, indiquent les engrais dont le mélange est principalement à éviter.

Les lignes pointillées réunissent ceux dont le mélange, impossible en solutions aqueuses, peut avoir lieu à létat solide, si on les incorpore au sol successivement, à deux jours d'intervalle.

Si on analyse un végétal ligneux, on trouve, dans les produits gazeux : du carbone,de l'hydrogène, de l'oxygène ; dans les cendres : de l’azote, du soufre, du phosphore, du chlore, du silicium, du potassium, du calcium, du magnésium, du fer, du sodium.

L'azote, le magnésium, le fer, le sodium n’entrent que pour

très peu dans la constitution du végétal ligneux ; d’ailleurs le magnésium et le fer se trouvent en surabondance dans tous les sols forestiers.

Le chlore et le silicium ne paraissent pas toujours nécessaires; d’ailleurs le silicium se trouve en quantité presque suffisante par suite des apports dus aux poussières atmosphériques et aux parois du vase dans les cultures aqueuses, et dans tous les sols on le rencontre ; il n’y a donc pas à s’en occuper dans les expériences.

Le soufre et le potassium, indispensables à l’évolution complète du végétal, ne s’y incorporent que suivant une quantité extrèmement faible ; on rencontre, d'autre part, le potassium et le soufre en quantité suffisante dans tous les terrains forestiers, spécialement dans les terrains granitiques.

Quant au carbone, à l'hydrogène et à l’oxygène, ils sont empruntés à l'air et à l’eau ; nous n'avons pas à rechercher pour eux d’autres véhicules que l’air et l’eau.

Les corps les plus importants seront donc, en sylviculture, le calcium et le phosphore.

Cest ce que nos expériences ont confirmé, et c’est ainsi que nous serons conduits, par le raisonnement et par l’expérimentation, au choix judicieux des engrais minéraux les meilleurs dans les reboisements.

Les substances employées ont été choisies avec le plus grand soin.

Le nitrate de soude, le sulfate d’ammoniaque, le chlorure de potassium, le sulfate de potasse, le carbonate de potasse, Je sulfate de chaux, la chaux, le carbonate de chaux, le sulfate de fer, étaient chimiquement purs.

Nous avons cherché, pour les principaux végétaux forestiers, l’action des engrais sur les semis, sur les repiquages, sur les rejets, sur les boutures. Nous avons examiné les modifications anatomiques les plus importantes produites sur la plante.

Pour que des expériences de cette nature puissent fournir des résultats indiscutables, se contrôlant les uns par les autres, il est nécessaire de faire des cultures en eau distillée, en sol artificiel, et en terrain naturel.

4° En eau distillée, nos cultures ont eu lieu dans des vases de verre à large ouverture, recouverts de manchons de papier noir, avec toutes les précautions nécessaires pour éviter au liquide et à La plante le contact de tout corps métallique.

Les plants étaient soutenus dans la solution, au niveau du

collet de la racine, par deux demi-rondelles de bois ou de liège, évidées en leur centre pour laisser passer le végétal, et dont la face inférieure était aussi rapprochée que possible de la surface libre du liquide, sans toutefois le toucher.

Ces deux demi-rondelles étaient fixées l’une à l’autre, et comprenaient entre elles, en leur centre, la plante ligneuse, qu’elles maintenaient sans la comprimer.

Les solutions étaient renouvelées aussi souvent qu’il était nécessaire.

Les questions de solubilité des corps et d’isotonisme ont, dans les cultures en solutions aqueuses, une importance de premier ordre. Deux corps solubles l’un à 1 gramme, lautre à 10 grammes par litre ne donnent évidemment pas de résultats comparables si l’on met 2 grammes du premier dans un litre d’eau distillée et 2 grammes du second dans un autre litre d’eau distillée. Les cellules absorbantes de la plante se trouveront en présence de 1 gramme de corps étranger dans le premier cas et de 2 grammes dans le second cas. De plus, une solution d’un corps très soluble agit sur la plante non pas seulement par la masse du corps fourni aux cellules végétales, mais encore par influence purement physique d’osmose ; quand la solution est trop concentrée, 1l y a p/asmolyse.

La teneur de nos substances en solution, dans nos essais, variait de 0 gr. 25 à 2 grammes par litre, en général.

Nous pensons qu’il v aurait également intérêt à rechercher des corps qui, à dose infinitésimale, peuvent jouer dans la végétation le rôle d’opsonines, c'est-à-dire un rôle purement stimulant ct excitateur.

En effet, les liquides concentrés conviennent mal aux végétaux ligneux; car ils ont de très minimes besoins, si on

Fig. 6. — Dispositif d'une expérience en eau distillée.

les compare à ceux des espèces annuelles; et c’est ce qui ne contribue pas peu aux difficultés de leur étude.

30 LES DISPOSITIFS DES EXPÉRIENCES 2° En sol artificiel, nous avons procédé de deux manières :

Par cultures en pots ; Par cullures en places d'essais.

Les pots en biscuit de Sèvres étaient lavés à l’acide chlorhydrique, calcinés, garnis au fond de briquettes concassées provenant des parois de fours à porcelaine. Au-dessus, on remplissait à l’aide de sable fin de Fontainebleau ou de la Loire, lavé à l’acide chlorhydrique et calciné. Les pots étaient troués ou fendus à la partie inférieure, pour assurer l’aération.

Ou bien les engrais étaient mélangés à l’état solide au sable fin en proportions déterminées, ou bien on procédait à des arrosages avec des solutions titrées, ou bien on mettait les pots dans des cuvettes contenant de l’eau distillée à laquelle on ajoutait les engrais ; et, dans ce cas, des couvercles annulaires en bois recouvraient le liquide des cuvettes, en laissant libres les surfaces des pots.

Les cultures en places d’essais étaient organisées de la manière suivante :

Dans un terrain qui n’a jamais reçu aucune fumure, on trace des emplacements de 1 mètre carré, distants de 1 mètre les uns des autres ; dans chaque carré, le sol naturel est enlevé sur une profondeur de 1 mètre et remplacé par du sable fin préalablement lavé ; ces masses siliceuses de 1 mètre cube dans chaque carré forment le substratum des expériences.

3° En sol naturel, nous avons choisi une terre de jardin de composition normale, Tantôt nous y avons tracé des emplacements de 1 mètre carré, distants de 1 mètre les uns des autres ; tantôt nous avons utilisé des planches ordinaires de 1 mètre de largeur et 10 mètres de longueur, dis-

DR

ER ge Dispositif d'une expérience en sol artificiel.

tantes de 1 mètre les unes des autres. Toutes les fois qu'il a été possible, les résultats ont été confirmés par des essais effectués sur le terrain même de la forêt.

Rappelons que c’est Duhamel du Monceau qui, le premier, en 1758, imagina la méthode de culture dans l’eau (Physique des arbres).

Il employait l’eau de fontaine ordinaire.

Pendant huit années, il réussit à conserver un chêne élevé dans cette eau ; la tige avait quatre branches ; sa hauteur était de 0 m. 486 et sa circonférence de base de 0 m. 045.

Duhamel ne manque pas d'observer lui-même que l’eau, même filtrée, contient divers sels pouvant agir sur la plante.

Le même savant mit en évidence l’action nuisible exercée sur les plantes par des solutions trop concentrées.

IL était nécessaire d’employer pour ces expériences de l’eau distillée. C'est ce que fit Th. de Saussure. Ses essais n’ont pas porté sur des végétaux forestiers ; mais une de ses conclusions s’y applique remarquablement :

« Quand on compare le poids de l’extrait que peut fournir le sol Le plus fertile au poids de la plante sèche qui s’y est développée, on trouve qu’elle n’a pu y puiser qu’une très petite partie de sa propre substance. »

C’est également de l’eau distillée que nous avons utilisée pour toutes nos expériences, sauf une seule.

Un reproche qu'on peut adresser à la méthode de culture en milieu aqueux en général, c'est que la plante, habituée à vivre dans le sol, trouve, dans ce milieu spécial, des conditions d’existence qui modifient sa constitution. Mais les variations produites sur la plante par l’action propre de l’eau ont toujours lieu dans le même sens, quel que soit l’engrais en expérience.

Quand on emploie l’eau distillée du commerce, on peut craindre que cette eau, provenant d'appareils en cuivre, ne contienne des traces de cuivre, de zinc, de plomb. Ces traces, même non sensibles à l’analyse chimique, peuvent agir sur le végétal. Mais avec les engrais minéraux que nous avons essayés, sulfate de calcium, sulfate de potassium, chlorure de potassium, nitrate de soude, phosphate de calcium, etc., de pareilles traces métalliques ne peuvent donner de réaction ; dès lors, si ces traces métalliques ont une influence, l’influence s’exerce dans le même sens pour tous les corps expérimentés.

Un inconvénient beaucoup plus grave résulterait de l’emploi d’eau distillée dans des appareils en verre à la température de 100 degrés et à la pression atmosphérique normale ; car dans ces conditions le verre est attaqué et fournit ses produits de décomposition, notamment le calcium, qui possède, même à l’état de traces, la faculté d’agir sur le végétal ligneux et de donner des réactions avec la plupart de nos engrais minéraux en expérience.

Le seul moyen d’obtenir des résultats aussi rapprochés que possible de la certitude est d'employer de l’eau distillée dans le vide ; et c’est à l’aide de l’eau distillée ainsi obtenue que nous avons institué nos expériences de contrôle, grâce à la grande amabilité de M. le professeur Gabriel Bertrand, de l’Institut Pasteur.

La concordance obtenue entre les résultats fournis par l'eau distillée du commerce et ceux donnés par l’eau distillée dans le vide permet de considérer nos conclusions comme valables.

Aune glutineux

Alnus glutinosa Expérience du 3 mai 1906.

Notre première expérience en milieu aqueux à porté sur l’aune glutineux, parce que cette essence s’accommode bien des régions marécageuses.

C’est un essai que nous avons effectué, en employant l’eau ‘de fontaine ordinaire et les engrais minéraux à doses massives, 4 grammes par litre.

Les plants étaient des semis du printemps 1905, d’un poids moyen de 0 gr. 6.

Les vases sont d’une contenance de 1 litre, et chacun d'eux reçoit, dans 1 litre d’eau de fontaine, 4 grammes de chacun des corps suivants :

N° 1. Sulfate d’ammoniaque ; —- 2. Nitrate de soude ;

— 3. Chlorure de potassium ;

— 4. Sulfate de potasse ; — 5. Superphosphate de chaux ;

— 6. Scories Thomas ; — 7. Chaux ;

— 8. Sulfate de chaux ; — 9. Sulfate de fer ;

e Le n° 10 sert de témoin, et n’a que de l'eau de fontaine ordinaire.

Au 25 mai 1906, seuls résistent :

L’aune du sulfate de chaux ; Celui du superphosphate ; Celui des scories ;

Celui du sulfate de potasse ;

Celui du témoin.

Au 4 août 1906, il ne reste plus que l’aune du sulfate de chaux et celui du témoin.

Le 4 août 1907, le plant du témoin continue à être en bon état de végétation et*son poids est de 0 gr. 8.

Quant à celui du sulfate de chaux, sa végétation est beaucoup plus intense que celle du témoin ; il continue à développer encore denouvelles feuilles, et son poids estde 1 gr.2.

On peut en conclure que le sulfate de chaux, même à dose massive, possède une influence extrêmement favorable sur les végétaux ligneux du groupe des aunes, et peut être manié sans danger pour eux en sylviculture.

Chêne pédonculé

Quercus pedunculata A. — SEMIS 1° Expérience du 6 juin 1906 sur jeunes semis munis de leurs cotylédons.

Des solutions à { gramme par litre sont préparées, avec

chaque corps à expérimenter, dans des vases en verre ainsi numérotés :

36 EXPÉRIENCES ÉN EAU DISTILLÉE N° 1. Témoin (eau distillée pure) ; Sulfate de fer ;

Sulfate de chaux ;

Nitrate de soude ;

Sulfate d’ammoniaque ;

Sulfate de potasse ;

Chlorure de potassium ;

Superphosphate de chaux ; Chaux.

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