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ACTION SUR LES VAISSEAUX & ET LA TENSION ARTÉRIELLE

STUART (7), comme nous le verrons tout à l’heure, attribuait la chute de la pression artérielle du lapin à l’action vaso-dilatatrice des sels de cobalt. Il décrit incidemment la teinte rouge que prennent les oreilles et les pieds du cobaye à qui on a injecté une solution de sel de cobalt. La question de la vaso-dilatation est restée ainsi à l’ébauche jusqu’au jour où LE GoFrrF (29 à 33) découvrit le même effet et publia une série de notes le concernant. Quand on injecte par voie souscutanée de 3 à 5 centigrammes de CoCE à un lapin, on voit apparaître aussitôt une rubescence des oreilles qui deviennent chaudes, les pieds des animaux deviennent, eux aussi, rouges, traduisant une dilatation importante des vaisseaux tégumentaires. Sur l’homme, il a obtenu des résultats analogues en injectant le même sel par voie sous-cutanée ou intra-musculaire. Les expériences ont porté sur 71 individus. À la dose de 2,5 cgr., tous ont présenté les phénomènes suivants : rougeur de la face et des oreilles apparaissant très rapidement et se maintenant pendant 10 minutes; une sensation de chaleur à la face, aux oreilles et à la nuque est ressentie en même temps par le sujet. Avec 4 ou- 5 centigrammes, les oreilles, la face et le cou deviennent très rouges et chauds pendant un quart d'heure. Et LE

Nous avons vérifié cette vaso-dilatation à de nombreuses reprises sur la grenouille: À partir de 3 milli-

HET ou

grammes jusqu'aux doses toxiques et avec le chlorure, le sulfate, le bromure, l’acétate ou le nitrate injectés dans le sac lymphatique dorsal, on voit apparaître chez cet animal une coloration rose vif des téguments, visible surtout à la face interne des cuisses et des bras, à la région péri-anale, à l’extrémité des cartilages des doigts, enfin à la langue. Cette vaso-dilatation s’installe en quelques secondes et persiste de 20 à 40 minutes pour les doses moÿennes.

Chez le poisson, aux doses moyennes, cette vasodilatation se révèle surtout au niveau des branchies qui deviennent d’un rouge vif et aux endroits du corps de lanimal où le tégument blanchâtre permet par transparénce d’apercevoir la teinte rose caractéristique de la dilatation vasculaire. Chez le vairon et l’épinoche, les zones voisines des nageoires ventrales sont particulièrement propices à cette observation. Chez la souris blanche, le cobaye, l’hamster, nous avons observé des faits analogues à ceux décrits par LE GOFF : rougeur des oreilles et des pieds qui deviennent chauds à la palpation.

Cette vaso-dilatation, qui s’extériorise sous ces différents aspects, saute davantage aux yeux à l’autopsie des animaux qui ont recu une dose de sels de cobalt légèrement toxique. Les muqueuses sont rose vif surtout celles du tube digestif depuis lestomac jusqu’à l’anus. Les viscères, reins, foie, rate, poumons, sont congestionnés; à la coupe, on voit que la lumière de leurs vaisseaux est nettement élargie. Ces faits ont été depuis ORFILA noté par tous les chercheurs sans qu’aucun d'eux ait pensé à une dilatation possible des capillaires. .

Si on examine au microscope la membrane interdigitale des pattes postérieures de la grenouille, on observe peu après l’injection un net élargissement de

ses capillaires principaux; les capillaires d'importance secondaire ou ceux dont on aperçoit peu nettement les parois deviennent à l’examen beaucoup plus nets. La vaso-dilatation est surtout sensible sur les capillaires moyens; elle est moins considérable sur les troncs importants. Elle détermine un ralentissement de la vitesse du sang qui dure quelques minutes et disparaît ensuite. On peut encore l’observer sur le mésentère étalé de la grenouille et sur l’aire vasculaire de l’embryon de poulet. Le plus favorable à cette étude est l'embryon de 3 à 5 jours, âge où l’appareil circulatoire -est assez développé pour laisser nettement percevoir le sinus terminal. En laissant tomber une goutte de chlo- ‘rure ou de sulfate à 1 % sur l’aire vasculaire, on provoue une vaso-dilatation nette qui rend perceptibles les moindres capillaires aboutissant au sinus terminal.

L'action vaso-dilatairice des sels de cobalt, assez démontrée par tous ces faits, trouve une confirmation nouvelle dans l’étude de la tension artérielle des animaux traités. AzZARY et COPPOLA ont pensé qu’il devrait y avoir chute de la tension artérielle après administration des sels de cobalt sans apporter de preuve expérimentale. STUART (8), le premier, a vu une chute nette de cette tension chez le lapin, après une injection intra-veineuse de CoCl. Il mesure les différences de pression à l’aide d’une canule introduite dans la carotide des animaux en expérience. À de faibles doses, la tension baisse et revient rapidement à la normale; aux doses fortes, il y a chute brutale qui se continue jusqu’à l'arrêt du cœur en diastole; il donne une série de chiffres portant sur quelques expériences. LE Gorr (59) a bien étudié chez le lapin la marche complète de cette perturbation provoquée par les sels de cobalt. Un lapin de 3 kilogs reçoit par exemple 5 centigrammes de CoCl? dans la veine marginale de

HR Et

l'oreille. Sa tension au début subit une chute verticale, remonte un peu ensuite pour retomber encore. Une demi-heure après l'injection, elle est encore 1,5 cm. exprimé en mercure, au-dessous de sa valeur initiale. Le même auteur a noté chez l’homme, en même temps que des phénomènes de vaso-dilatation, une chute de la tension artérielle. Elle ne dépasserait pas 2 ou 3 points de la maxima ou de la minima prises à l’appareil de Pachon. PATr?

Expliquer cette baisse de la tension artérielle, c’est mettre à jour le mécanisme de la vaso-dilatation. Pour STUART, le cobalt paralyse les centres vaso-constricteurs de la moelle qui intéressent la région abdominale. Il rétablit en effet la tension à son niveau normal, soit en comprimant légèrement la masse abdominale, soit surtout par excitation faradique de la moelle au niveau de la colonne cervicale. Il y a donc pour lui paralysie des centres vaso-constricteurs puis dilatation passive des vaisseaux qui détermine elle-même une chute de la tension. LE Gorr (59) pense aussi que la vaso-dilatation est due à une action paralysante des sels de cobalt sur le sympathique. Le métal agit certes sur l’appareil sympathique, mais son action nerveuse élective est peu probable et cadre d’ailleurs mal avec ce que nous connaissons. Une ou deux gouttes d’une solution de CoCE à 1 ou 2% déposée sur le mésentère de grenouille ou Paire vasculaire de l’embryon de poulet détermine une vaso-dilatation immédiate des capillaires de la région. Cette action ne semble pas réalisée par un intermédiaire nerveux. Sans discuter plus avant, notons qu’ici encore le cobalt se montre comme ayant une propriété opposée à celle de l’adrénaline. Nous en reparlerons plus loin en déplorant pour finir de n’avoir pas eu le temps d’étudier sur les vaisseaux l’antagonisme des deux produits.

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