‹ Action du Cobalt sur l’Organisme des VertébrésChapitre 13 sur 28 · ACTION SUR LE CŒUR · texte numérisé non relu

ACTION SUR LE CŒUR

Tous les auteurs qui ont étudié l’action du cobalt sur l’organisme animal ont été frappé de son action sur le cœur. Les toxicologues, depuis GMELIN, le considéraient comme un poison du cœur sans donner plus de détails sur le mécanisme de cet empoisonnement. Il faut arriver aux observations de STUART pour avoir quelques données précises sur le phénomène. Dans cétte étude, il y a deux cas à considérer : l’action sur le cœur in situ, puis sur le cœur isolé.

Chez la grenouille, tous les auteurs sont d’accord pour reconnaître qu’à l’autopsie, l'oreillette est large, volumineuse, dilatée, pleine de sang noirâtre. Pour le ventricule, les avis sont partagés: alors que la plupart soutiennent que l’arrêt a lieu en diastole, STUART dit que le ventricule est au contraire toujours légèrement contracté. Chez la grenouille traitée à qui on vient d'ouvrir le thorax, on trouve habituellement le cœur arrêté en diastole. Si on l’excite mécaniquement, on n’a plus à ce moment de réponse du côté de l'oreillette, mais on voit le ventricule se contracter faiblement et rester ainsi longtemps en systole. Le ventricule semble donc seul excitable. On verra plus loin que létude du cœur isolé a éclairé suffisamment le mécanisme d’empoisonnement par le cobalt, pour qu’on puisse considérer la discussion superflue. Cet arrêt du cœur est précédé de troubles de la pulsation. Pour AzaRy, il y a d’abord accélération du pouls avec élévation de la tension artérielle puis ralentissement avec chute de la

NE ee

pression qui ne vont qu’en s’accentuant pour aboutir à l’arrêt complet en: diastole..

SIEGEN, COPPOLA indiquent la même marche pour le phénomène. Pour ce dernier, il y a d’abord un renforcement systolique suivi d’un ralentissement de la fréquence du pouls qui conduit à l’arrêt en diastole.

Quelques auteurs se sont attachés à élucider le mécanisme de cette action sur le cœur de grenouille in situ. Azary y voit une action purement locale du cobalt qui n’interviendrait ni par le sympathique ni par le pneumogastrique. COPPOLA montre que le cobalt n’est en aucune manière antagoniste de l’atropine; il en conclut que n’agissant pas sur le pneumogastrique, il paralyse simplement les ganglions ou les fibres excito-moteurs. STUART coupe le pneumogastrique et atropinise la grenouille sans rien changer au phénomène. Il attribue cet arrêt du cœur à la baisse de la tension artérielle. Le muscle cardiaque anémié par cette tension trop basse ne peut battre normalement et s’arrête; pour étayer sa thèse, il montre que l’injection de sang de grenouille normale dans ce cœur restaure complètement son activité. Nous verrons que les expériences dé YosipA permettent d'expliquer totalement l’action du cobalt sur le cœur. AE

Toutes les expériences précédentes ont été exécutées avec des doses voisines de la toxicité; à dose plus faible chez la grenouille, l'effet est comparable à ce que nous venons de décrire, mais il est moins prononcé. On observe un ralentissement sensible des mouvements du cœur qui recouvre en une dizaine de minutes son activité normale. STUART a décrit chez les mammifères des intoxications cardiaques analogues. Chez le lapin, les accidents sont particulièrement nets après une injection intra-veineuse.

Il a observé par cette voie la baisse de la tension

PE à ES

artérielle qui amène, dit-il, suivant la loi de MAREY, une accélération compensatrice du cœur. Cette accélération n’est que passagère et l’arrêt en diastole survient bientôt. AZARY, SIEGEN ont publié des observations analogues sur le même animal. AzaRY a, de plus, fait quelques expériencés sur le chien chez qui il décrit d’abord l'augmentation du pouls et de la tension artérielle, puis la chute parallèle de chacun d’eux. Nous avons fait sur l’hamster des constatations analogues en ce qui concerne le pouls.

L'étude de l’action du cobalt sur le cœur isolé de grenouille a permis d’élucider le mode d’action de ce métal. Charles RICHET recherchait sur le cœur de grenouille isolé la toxicité des différents métaux. A l’aide d’une mesure arbitrairement établie au préalable, il montre que le cobalt est plus toxique pour cet organe que la plupart des autres métaux dont Fe, Ba, Cu, Li, K, Pa, etc. BLAKE, qui donne peu après un tableau des actions des métaux suivant leur poids atomique, signale aussi le cobalt comme agissant sur le muscle cardiaque.

Après lui, CopPoLA montre que le cœur isolé de grenouille imbibé d’une solution de CoCl? accélère d’abord ses pulsations puis les diminue pour, finalement, s’arrêter en diastole. Suivant ses graphiques, les pulsations doublent d’abord presque leur nombre. Il recherche si cette accélération est due à l’excitation des ganglions excito-moteurs ou à la paralysie des inhibiteurs et penche finalement pour la première hypothèse.

PuGLiEsE (26), WoHLWiLx. (12) et LUssANA (27) reprennent ensuite la question et n’ajoutent que peu de choses au travail de Coppora. Le CoCE à la dose de 0,10 gr. 0/00 mis en solution dans le liquide de Ringer est nuisible à la force de la contraction. LussaNA dit que l’irritabilité initiale n’est pas constante; quand elle apparaît elle disparaît vite et si l’action se prolonge

CU

on assiste à la diminution de la force musculaire. SALANT et CONNET (28) perfusent le cœur avec du CoCF également mis en solution dans le Ringer et leurs observations ayant été reprises en détail par Yosmpa, nous nous contenterons d’exposer ici brièvement ces dernières. Le Japonais utilise pour ses expériences le CoCI? mis en solution dans du liquide de Ringer dépourvu de son bicarbonate de sodium. Le taux de ses solutions oscille entre 1/1.000° et 200/1.00®%. Les recherches ont été effectuées par différentes méthodes exposées dans son mémoire. Il distingue deux phases à l’action du métal sur le cœur isolé : une phase d’excitation et une phase de parésie-paralysie. La première dure peu et fait place presque immédiatement à la seconde. On observe dans celle-ci la diminution des battements et de la force du cœur. Les pulsations tombent par exemple de 40 à 9 en 3 secondes avec la solution au 1/1.000°, l'amplitude des pulsations réduisant en même temps de 40 % leur valeur initiale. Le cœur se ralentit et à un certain moment de ce ralentissement, on observe une allorythmie toxique. caractérisée par un pouls dicrotique et du bi ou du trigéminisme qui précèdent immédiatement l’arrêt du cœur en diastole. Le rythme reste en général régulier avant que n’apparaisse cette allorythmie. L’auteur insiste sur la paralvsie de l’oreillette qui précède celle du ventricule. Celle-ci est encore excitable alors que l'oreillette est déjà arrêtée surtout aux doses de 1/5.000° et 1/10.000° mais finalement il s’arrête toujours en diastole. Le cobalt serait donc un poison homotropo-parésique et hétérotropo-excitatif à ces concentrations. YosipA explique la dilatation de l’oreillette comme faisant suite à une dépression de la fonction sinusale par modification de l’intensité homotropique périodique.

Le cœur paralysé par le cobalt retrouve son activité

Pire

si on le perfuse avec du liquide de Ringer pur. Cette réstauration étant obtenue, si on le traite de nouveau au cobalt, on peut encore lui rendre son intégrité par le Ringer. On ne peut plus le rappeler à la vie au bout de + à 5 opérations semblables. La restauration est donc limitée. Si on prend un cœur excité par le cobalt avec une solution à 1/20.000° et qu’on l'irrigue au Ringer, l'excitation est entretenue pendant longtemps, 10 minutes par exemple, et ne disparaît que progressivement. YOsipAa voit dans ce fait un affaiblissement du système automatique dominateur qui a son siège dans le sinus veineux.

Si l’on irrigue un cœur traité par le cobalt avec une solution diluée de muscarine, on obtient à chaque fois üne inhibition cardiaque, quel que soit le stade d action où soit le cœur à ce moment.

LS digitale dans les mêmes conditions relève l’activité cardiaque, Mais son action est passagère.

“Aü Stade d’éxcitation, l’atropine réaccélère légèrement le cœur; au moment où la paralysie apparaît, ele le ralentit davañtage.

“Le chlorure dé baryum accélère l’action paralysante du cobalt de même que le salicylate d’ésérine.

Ce dernier fait avait été signalé par CopporaA. L’adrénaline restaure complètement le cœur empoisonné par le cobalt. Au stade paralytique, elle régularise l’allorythmie, restaure le travail, la fréquence et l'amplitude presque complètement. Antagoniste dans le stade paralytique elle est agoniste dans le stade excitatif, puisque sous son influence le cœur accéléré par le cobalt l’est encore davantage. Ceci renforcerait la théorie de YosipA suivant laquelle le cobalt agit d’abord sur les terminaisons cardiaques du sympathique et ensuite directement sur la fibre musculaire.

Cet antagonisme du cobalt et de l’adrénaline, signalé

Re

pour la première fois à cette occasion, n’est nullement dénué d’intérêt, comme on le verra à la fin de cet ouvrage.

Voici les temps nécessaires pour arrêter le cœur avec les concentrations qui ont permis de les obtenir. Arrêt en diastole.

40 secondes à 1 minute 30...... 1/1.000° 15 amples cr LES 1/10.000° DOPAMAUeNNNUIES ET RERAURRE 1/20.000° 30 92 DM LES ARE APRES 1/100.000° D DANS: une M REA 1/200.000°

Yosipa insiste sur l’activité des faibles doses qu’il appelle oligo-dynamiques; comme on peut le voir ici, elles sont plus actives que les doses moyennes. On trouve encore ici un exemple typique de la grande activité physiologique dont sont douées les solutions infinitésimales de métaux et qui confirme expérimentalement leur activité physiologique.

Il n’existe aucune expérience de perfusion exécutée sur le cœur des mammifères.

Page 1