‹ Action du Cobalt sur l’Organisme des VertébrésChapitre 8 sur 28 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

C’est FORCHHAMMER () qui, en 1865, a le premier signalé la présence du cobalt chez un être vivant. Après avoir découvert ce métal dans différents échantillons d’eau de mer, il étendit ses recherches à quelques organismes marins dont une algue, Zostera marina. Son procédé d'analyse était primitif, aussi les premières données précises sont-elles dues à Gabriel BERTRAND qui, après avoir démontré, avec MOKRAGNATZ @), la présence constante de ce métal dans les terres arables, étudia, avec MACHEBŒUF, sa répartition dans les tissus végétaux et animaux. Leurs travaux furent confirmés et complétés ensuite par VERNADSKY, MARTINI, Mac HARGUE.

Sans nous attarder, rappelons que le cobalt se trouve, avec le nickel, dans tous les tissus végétaux à des taux variant entre 0,02 et (0,3 milligrammes par kilo de substance sèche.

Sa présence dans les tissus animaux est moins générale qu’on n’a pu le déceker dans certains tissus musculaires striés, ni dans le tissu adipeux. Sa teneur varie ici entre 0 et 2.640 milligrammes par kilog de substance séché,

(1) ForcHHAMMER. — Philosophical Transactions, 155-I, pages 203, 263, 1.865.

(2) Pour la partie chimique voir : A. BLANCHETIÈRE. — Traité de Phys. norm. et path. de Roger-Binet. T. 1, Phys. gén., page 816, Masson, 1933.

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Son importance physiologique a été rapidement démontrée puisque, dès 1926, Gabriel BERTRAND el MACcHEBŒuF () montrent qu’il augmente, avec le nickel ou séparément, l’action hypoglycémiante de l'insuline chez le lapin et le chien.

Gabriel BERTRAND, avec NAKAMURA (2), montre peu après son influence sur le métabolisme général des mammifères. L’adjonction de faibles doses de cobalt au régime de souris mises en état de carence minérale détermine chez ces animaux une survie supérieure à celle obtenue avec tout autre métal. Cette action a été confirmée depuis par de nombreux auteurs.

Le cobalt s’est encore révélé comme ayant un rôle important dans un troisième ordre de phénomène. Se basant sur de vieilles données chimiques, MicHAËLIS &) a montré dans une série de travaux exécutés avec différents collaborateurs, l’énorme pouvoir d’absorption vis-à-vis de l’oxygène des composés organiques cobaltiques à fonction sulfhydrile, tels que la cystéine, la cystine, les éthers sulfurés et les acides thioglycoliques. Il insiste sur les réactions couplées d’oxydo-réduction que ces complexes déterminent. VŒGTLIN (4, au cours de ses études sur le glutathion, a constaté aussi que le cobalt était avec le cuivre le métal qui accélérait le plus l’auto-oxydation de ce composé.

En étudiant les conditions biologiques de la synthèse de l’hémoglobine, les auteurs américains ont montré

. G. BERTRAND et MACHEBŒUF. — G. R., t. 182, page 1.504.

(2) G. BERTRAND et NAKAMURA. — G. R., t. 185, p. 321, 1927.

(3) Voir surtout : L. MICHAËLIS et SCHUBERT. — J, Am. chem. Soc., t. 3, page 4.418, 1930.

(4) VŒGTLIN, JOHNSON, SANFORD, ROSENTHAL. — Journ, of

Biol. Chem., octobre 1931.

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que le cobalt intervenait dans ce phénomène capital chez les vertébrés. D’après ORTEN, son action sur les noyaux aminés suivrait immédiatement celle du cuivre; il le tient comme nécessaire à la formation du pigment respiratoire. On trouvera plus loin l’exposé détaillé de cette question.

Ces quelques lignes montrent assez l’importance biologique du cobalt. Sa participation aux phénomènes d’oxydo-réduction est particulièrement intéressante, car l’importance de ces phénomènes est grande. Les principales fonctions physiologiques telles que la respiration tissulaire, les actions endocriniennes et la contraction musculaire en ont à la base de leur action.

Avant qu’on étudiât ainsi le rôle purement physiologique du cobalt, on avait depuis longtemps recherché son action à dose plus massive sur l’organisme animal. C.-G. GMELIN (1), dès 1824, signalait son action brutale sur le chien. Depuis lors, de nombreuses recherches se sont accumulées, révélant les intéressantes propriétés pharmocodynamiques de ce métal. Notre travail a surtout consisté à regrouper toutes ces données éparses. Nous avons repris quelques questions, vérifiant les faits signalés ou décrits par les anciens auteurs ou les interprétant à la lumière des connaissances actuelles. Nous avons aussi étendu des notions déjà solidement acquises sur certaines espèces animales à d’autres, d’organisation plus simple ou plus compliquée, faisant ainsi quelques observations comparées. Le cobalt est peu toxique, il s’élimine bien et agit nettement et rapide- ment. Ses actions devraient, à notre avis, être l’objet d'applications thérapeutiques efficaces. Nous consacrons plus loin un chapitre spécial à ce qui a déjà été accompli dans ce domaine où il reste beaucoup à faire.

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