PREMIÈRE EXPÉRIENCE
Chez un chien de 26 kg. 250 (n° 27), on enlève intégralement, le 10 janvier 1935, la partie profonde du pancréas ainsi que celle attenante au duodénum et on ligature les canaux pancréatiques. On détache, par contre, le processus uncinatus de son meso, tout en respectant son pédicule vasculo-nerveux, puis on transplante ce fragment long de six à sept centimètres sous la peau de l’abdomen du flanc droit et on le fixe à la paroi avec le fil d’une ligature posée sur le greffon près de sa tranche de section.
Les suites opératoires sont parfaitement normales. L’ani-
es A UE
mal reçoit une nourriture mixte abondante. Il ne présente pas de glycosurie, sa glycémie à jeun reste normale. (Onze jours après l'opération, elle est de 0,89; vingtcinq jours après, elle est de 0,95). Les selles deviennent rapidement abondantes, jaunâtres et fétides et le chien maigrit de 4 kilos en vingt et un jours, du fait de l’insuffisance pancréatique externe.
Le 21 janvier, soit vingt-cinq jours après l’opération, on fait une épreuve d’hypoglycémie provoquée par linsuline, l’animal n’était pas diabétique à ce moment; la courbe obtenue est tout à fait normale.
Quelques jours après, cependant, la glycosurie apparaît et va progressivement en augmentant. Ainsi se constitue un diabète qui prend peu à peu les caractères d’un diabète tel qu'on l’observe après pancréatectomie totale. Le 19 février, soit quarante jours après l'opération, l’animal élimina, en effet, 48 g. 55 de glucose en vingt-quatre heures, et présenta une glycémie de 2 g. 62. Il était d’ailleurs à ce moment dans un état voisin de la cachexie. Il a perdu depuis le jour de l'opération 7 kg. 700. IL est à noter qu’il n’a pas été traité par l'insuline.
F1G. 16. — Courbes d'hypoglycémie obtenues chez le chien no 27 après pancréatectomie partielle : - (en pointillés) peu de temps après l'opération : - (en traits pleins) longtemps après.
A ce moment, on pratiqua une nouvelle épreuve d’hypoglycémie dans des conditions rigoureusement identiques à la précédente. La figure 16 et le Tableau 24 montrent que la courbe et les valeurs obtenues sont analogues à celles que nous avons observées chez les chiens entièrement dépancréatés, tout au moins en ce qui concerne la phase d’assimilation. La chute maxima et l'aire d’assimilation sont en effet beaucoup plus grandes que normalement, et si la tangente
TABLEAU XXIV TABLEAU DES DIFFÉRENTES VALEURS D'HYPOGLYCÉMIE APRÈS INJECTION INTRAVEINEUSE D’INSULINE CHEZ LE CHIEN A GREFFE PANCRÉATIQUE.
Chien N° 27 Chien N° 30
Valeurs d'hypoglycémie
diabét.
non diab.| diabét. normal non diab.
Glycémie initiale 0,95 2,62 0,91 2,88 1,03 Chute maxima 0,44 1657 0,53 178 0,49 Pourcent. chute max. 0,46 0,52 0,58 0,62 0,48 Temps d’assimilation 35 200 25) 75 25 Temps d’hypogl. totale 220 > 150 » 210 Index d’assimilation PS 0,26 2,32 0,82 1,86 Tang. lig. d’assimilat. 1,26 0,68 DA DS 71 1,88 Temps de restaurat. 185 > 125 > 185 Aire d’hypogl. totale 29,17 > 30,79 > 47,76 Aire d’assimil. totale 6,32 OA 6,62 99,32 6,12 Aire de restaur. totale 22,85 > 24,17 > 41,64 Tang. lig. de restaurat. 0,24 > 0,42 > 0,26 He censure > 0,27 > 0,14
Aire restaur.
de la ligne d’assimilation est abaissée, ce qui s'explique par le fait que le degré d’hyperglycémie n’était pas considérable, le temps pendant lequel l’action hypoglycémiante de l'insuline s’est poursuivie, est de l’ordre de grandeur de celui que nous avons trouvé chez nos animaux complètement dépancréatés. Il est même plus grand que chez les deux chiens observés à cet égard, au moins dans les premiers temps après la pancréatectomie. Il se rapproche, au
PNDRe
contraire, du temps observé lors des épreuves pratiquées longtemps après cette opération, alors que l’animal était devenu cachectique. On se souvient que dans ce cas la recharge glycémique s’est montrée difficultueuse par épuisement des réserves glycogéniques, et que ce trouble a eu pour effet d'augmenter encore le temps d’hypoglycémie maxima.
Dans l'observation du chien 27, la recharge glycémique est également très troublée ainsi que le montrent la figure 16 et le Tableau 24; ligne de restauration traînante (la glycémie étant encore loin d’avoir atteint son niveau normal au bout de cinq heures), et chez l'animal, sacrifié le lendemain de cette courbe, nous n'avons trouvé que 2 g. 55 de glycogène par 100 grammes de foie, et 0,761 par 100 grammes de muscle. Il y a lieu donc de penser que cette pauvreté en glycogène explique la prolongation inaccoutumée du temps d’'hypoglycémie maxima.
Il n’en reste pas moins que, chez ce chien devenu complètement diabétique, l’action hyperglycémiante de l’insuline a présenté les mêmes caractères que chez l’animal entièrement dépancréaté, et que le plus typique de ces caractères, l'allongement du temps d’hypoglycémie maxima, s’est observé chez lui d’une façon très nette.
Or, nous avons tout lieu de penser que le greffon pancréatique n’avait pratiquement plus de valeur fonctionnelle au moment où l'épreuve d'hypoglycémie fut pratiquée, et que le chien se trouvait dans l’état d’un chien complètement dépourvu de pancréas.
En effet, il présentait une glycosurie très importante, une grosse polyphagie et une grosse polyurie, et était dans un état de faiblesse avoisinant le coma. De plus, l'examen histologique du greffon, pratiqué par M. le professeur Lacoste a révélé ce qui suit :
Macroscopiquement, ce greffon était encore volumineux mais dur, blanchâtre, enclavé dans une masse fibreuse, épaisse et dense, criant sous le couteau.
tie
L'examen histopathologique a révélé des lésions de sclérose très accusées et réparties dans toute l’étendue du transplant. De nombreux lobules ont dégénéré; leurs ves-
Coupe N° 1
Coupe Nov 1. — Chien No 27.
Intense sclérose péri-lobulaire et intra-lobulaire du greffon pancréatique. Hématéine et Picro-ponceau. Gr IDE
Cette vue d'ensemble montre de nombreuses travées fibreuses, épaisses morcelant les lobules pancréatiques et révèle l'existence de masses fibreuses dans l’intérieur des territoires parenchymateux morcelés.
tiges se présentent sous forme de blocs fibreux renfermant parfois un corps de petits groupes d’acini dispersés en voie de disparition. On peut dire qu'aucun lobule n’est épargné et que tous sont gravement atteints.
Il s’agit non seulement d’une sclérose périlobulaire