MÉTHODES OPÉRATOIRES UTILISÉES
On a eu recours à divers procédés opératoires afin de déterminer l’atrophie du pancréas ou de dissocier les deux fonctions de l’organe. Claude Bernard avait déjà poussé, dans les conduits excréteurs, une injection d'huile de suif ou de paraffine fondue. Dès que fut découverte la sécrétion interne, on revint à ce genre d’opération, dans l’espoir de supprimer les éléments de la sécrétion externe, de maintenir ou même d’exalter ceux de la sécrétion interne. Les résultats ont toujours été incertains ou douteux.
Abandonnant cette technique, d’autres expérimentateurs, tels : Arnozan et Vaillard, puis Vassale, Walter, Schulze et Ssobolew, Tiberti et Gonthier de la Roche, effectuèrent alors la ligature simple des canaux. Mais à la longue, ceux-ci peuvent se régénérer. Aussi, pratiqua-t-on par la suite la résection de ces canaux, au lieu de la ligature simple. C’est ce que firent notamment : Zunz et Meyer, Pende, Visenti, Mac Callum, Hess, Sinn, Guleke, Rosenberg et Happei, Lombroso, Kaminura, Voronoff, Saric [991.-:Ces travaux ont porté sur l’étude des modifications histologiques consécutives à cette intervention. La technique de la résection totale de ces canaux est assez délicate.
Il existe toujours un gros canal principal qui émerge du pancréas à l’union du processus uncinatus et de la partie du pancréas adhérente au duodénum. Mais les avis divergent sur le nombre et la disposition des canaux accessoires. Pour la plupart des auteurs, il n’y en aurait qu’un, mais certains croient en avoir trouvé deux, Hess dit qu'il en existe trois; Laqua, quatre. Tout le monde insiste, en tous cas, sur la difficulté qu’on éprouve à repérer avec certitude
les canaux pancréatiques accessoires. D’après l'observation d’une centaine de chiens ayant subi des résections de canaux pancréatiques, de 1925 à 1928, Didry [28] conclut que pour être efficace, c’est-à-dire pour amener une suppression totale des fonctions externes de la glande, la résection de ce canal doit être effectuée sur quelques millimètres en décollant le pancréas du duodénum dans toute la région de ce canal, toujours très ténu, parfois à branches multiples et qu’il faut arracher. C’est cette technique que M. le professeur Aubertin utilisa pour les premiers chiens; mais si, dans ces conditions, l’opération semble radicale, elle a de gros inconvénients. En effet, la riche irrigation sanguine par les petits vaisseaux duodéno-pancréatiques la rend sanglante, avec tendance à hémorragie, avec fermeture de la plaie; et surtout le déchirement de quelques lobules pancréatiques, inévitable lors du décollement de l’organe, provoque l'issue au contact du duodénum de suc pancréatique et des réactions de stéatonécroses.
Aussi, délaissant cette technique, M. le professeur Aubertin adopta ensuite celle de Bottin [18]. Cet auteur étudia d’une façon systématique la disposition des canaux pancréatiques du chien par la méthode stéréo-radiographique, après injection de thorostrat dans le canal principal. Il arriva aux conclusions suivantes : dans 80 p. 100 des cas, il y a deux canaux excréteurs : le principal qui aboutit dans le duodénum par une papille importante située à 3 ou 4 centimètres au-dessus du point où le pancréas se divise en deux portions; il draine la quasi-totalité de la glande; l'accessoire qui aboutit soit à la papille hépatique, soit directement dans le duodénum à un demi-centimètre au-dessous de celle-ci. Dans 20 et 25 p. 100 des cas, il existe un canal surnuméraire très ténu qui aboutit directement dans le duodénum, à égale distance des deux papilles. D’après cet auteur, il n’en existerait jamais davantage; on ne trouverait pas de canaux débouchant sous la papille pancréatique principale ni au-dessus de la papille hépati-
que. I1 est à remarquer que les canaux accessoires et surnuméraires communiquent toujours avec le canal principal. Pour ligaturer d’une façon totale les canaux pancréatiques du chien, on opérera de la façon suivante : « On commence par repérer sur la face antérieure du duodénum le canal pancréatique principal au niveau de son abouchement. On retourne le duodénum de façon à exposer sa face postérieure. On se porte en un point distant de 3 à 4 centimètres vers le haut de l’abouchement du canal pancréatique principal. À ce niveau, on suit le cholédoque suivant son trajet intrapariétal dans le duodénum. On voit deux vaisseaux sanguins, relativement importants, courant dans une direction transversale sur la paroi duodénale, distants l’un de l’autre d'à peu près 1 centimètre. Entre ces deux vaisseaux, il en circule deux autres beaucoup moins importants. On les sectionne entre ligatures, et en dessous on trouve le canal pancréatique accessoire directement, un peu au-dessus où un peu au-dessous. »