CONCLUSIONS
I. — Dans ce travail, nous avons exposé l’ensemble des recherches qui ont amené J. Régnier et ses collaborateurs à une conception nouvelle du mécanisme de l’action pharmacodynamique des sels d’alcaloïdes.
Nous avons montré que les anciennes conceptions classiques suivant lesquelles l’alcaloïde agit, soit à l’état d’ion, soit à l’état de base libérée par hydrolyse, ne tiennent pas suffisamment compte de la nature de l’acide combiné. Il en résulte, que, jusqu’à présent, ce sont surtout les sels minéraux les plus faciles à préparer et généralement les plus stables et les plus solubles dans l’eau qui ont été proposés pour l’emploi thérapeutique. Quelques sels d’acides organiques faibles ont cependant été envisagés dans le but d’obtenir en solution aqueuse la libération d’une quantité de base plus grande, par hydrolyse de ces sels.
Les travaux rapportés ici montrent, par contre, la part importante que les acides combinés aux alcaloïdes jouent dans l’activité pharmacodynamique de ceux-ci. Certes, c’est toujours l’alcaloïde qui apporte la propriété fondamentale : anesthésie locale pour la cocaïne et le paraaminobenzoyldiéthylaminoéthanol, analgésie pour la morphine, mais le fait que, dans la cellule, le passage de l’alcaloïde lui-même peut être, soit accéléré, soit retardé par sa combinaison avec des acides appropriés, permet d'envisager une augmentation ou une diminution de l’action pharmacodynamique recherchée.
II. — Il a été démontré, à la fois sur des tests animaux et végétaux, que les sels des acides alicycliques : Ar-(CH?} — COOH, (phénylacétique, phénylpropionique, phénylbutyrique) ou encore les sels des acides de la série aliphatique à fonction simple (isobutyrique) pénètrent plus rapidement dans la cellule que les sels d'acides minéraux (chlorhydrique) ; ces derniers ont eux-mêmes une vitesse de pénétration plus grande que les sels d’acides à fonctions complexes, notamment les acides alcools ou bibasiques (tartrique, citrique, gluconique).
Il en résulte que sur divers tests, isolés ou non (nerfs, muscles, cornée, ou même cellules végétales), les sels du premier groupe pénètrent plus vite et agissent mieux que ceux du second. Mais 1l en résulte également que chez un organisme capable d'éliminer, animal vivant ou homme, la rapidité de la pénétration de ces sels peut avoir pour corollaire la précocité de leur élimination. En particulier, dans le cas de la morphine, si l’on veut obtenir une action persistante, il vaut mieux utiliser les sels du deuxième groupe.
III. — Par la mesure des propriétés physico-chimiques des solutions des sels envisagés, on a cherché à expliquer les différences de propriétés pharmacodynamiques. Les essais sont encore en cours. On peut, cependant, dès maintenant, envisager pour chaque sel, des propriétés particulières en ce qui concerne les divers facteurs jouant un rôle dans la résorption : solubilité dans l’eau et dans divers constituants des tissus, diminution de la tension superficielle, diffusion libre et à travers les membranes, gonflement de gels organiques tels que gélatine et nerfs, enfin floculation des colloïdes.
L'hypothèse fondamentale de J. Régnier selon laquelle les sels agissent par leur molécule entière trouve sa confirmation dans le fait que les essais de diffusion, d'absorption et de gonflement montrent que la partie acide accompagne
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toujours la partie basique. Cette hypothèse permet d’écarter les théories classiques anciennes expliquant l’action des sels d’alcaloïdes en solution, soit par leur ionisation totale, soit, suivant Oscar Gros, par leur hydrolyse.
Vu : le Doyen, Vu : le Président de la Thèse, A. BAUDOUIN À. TIFFENEAU
Vu ET PERMIS D'IMPRIMER :
Le Doyen de la Faculté des Sciences, char gé des fonctions de Recteur de l’Académie de Parts,
Ca. MAURAIN