‹ Action socialiste: Première sérieChapitre 21 sur 47 · LA LOI MILITAIRE ÉGALE POUR TOUS · texte numérisé non relu

LA LOI MILITAIRE ÉGALE POUR TOUS

ce La Dépêche y> du samedi 20 Juin 188 y

Il y a quelques orateurs de droite, les orateurs catholiques, MM. de Martimprey, deLamarzelle, de Mun. qui ont très nettement protesté contre les idées de démocratie et d'égalité que nous voulons introduire dans la loi sur l'armée. M. de Mun a dit que l'armée devait être organisée au rebours de la démocratie; M. de Lamarzelle s'est écrié : « La passion de l'égalité n'est que la passion de l'envie ! » Voilà au moins de la franchise. Mais le privilège n'a pas seulement des défenseurs audacieux, il a aussi des patrons habiles, qui voudraient le maintenir sans trop en avoir l'air.

Au premier rang de ces politiques adroits, brillent le comte de Lanjuinais et le baron Reille. Ils disent : « Vos ressources ne vous permettent pas d'incorporer, pour trois ans pleins, la totalité du contingent. » — Cela est vrai, mais aussi cela a été prévu par les républicains, et nous avons deux moyens, entre lesquels la Chambre devra choisir, de parer à cet inconvénient, sans manquer en rien au principe d'égalité qui est le principe de justice. Nous pouvons, ou bien, comme le

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propose la commission, renvoyer en congé, au bout do la deuxième année, pendant six mois, un très grand nombre d'hommes, qui reviendront pour les grandes manœuvres d'automne; ou bien, comme quelques-uns le demandent, nous pourrons simplement renvoyer au bout d'un an, par le tirage au sort, un certain nombre do soldats. Ainsi notre budget sera ménagé, et, en même temps, tous les citoyens resteront égaux devant la loi.

Gela est simple, cela est juste, mais cela ne fait point 1 aiTaire des privilégiés de tout ordre, ni de ceux qui appuient toute leur résistance politique sur la défense habilement dissimulée du privilège. M. le baron Reille veut d'abord qu'on maintienne les anciennes exemptions : ni les futurs instituteurs, ni les futurs professeurs ne serviront. Vous devinez bien que ce n'est ni le souci de la haute culture intellectuelle, tant négligée par l'Empire, ni l'amour passionné de l'enseignement populaire, si suspect à la réaction, qui inspirent cette pensée. Les futurs maîtres de la jeunesse, qui savent que leur influence et leur dignité ne sont qu'au prix du devoir commun virilement accepté, ne se laisseront pas prendre à ce piège. D'ailleurs, ils ne sont exemptés que pour faire nombre : il faut que, mêlée à eux, la grande privilégiée, à qui on songe surtout, se remarque moins.

Je veux parler de l'Eglise ; c'est elle, en réalité, que

(( La Dépêche » du samedi 20 Juin i88n

le comte de Lanjuinais et le baron Reille veulent soustraire au droit commun. Or, nous avons, nous, sans fanatisme aucun, des raisons décisives de l'y faire rentrer. Elle est devenue le centre de toutes les résistances à la démocratie et au progrès humain. C'est elle qui, pendant des siècles, sauf quelques initiatives individuelles, a laissé le peuple de France dans l'ignorance; elle s'est bornée presque toujours à dresser quelques acolytes. 11 y a un demi siècle, Lamennais lui adressait un pressant appel : « A l'origine du christianisme, l'Eglise est sortie du peuple : qu'elle se souvienne de son origine; que, dans la grande lutte entre les peuples et les rois, entre les opprimés et les oppresseurs, entre la science et l'ignorance, la lumière et les ténèbres, la fraternité et l'égoïsme, le bien et le mal, l'Eglise prenne parti, pour la liberté, la fraternité et la lumière : par là, et par là seulement, elle se sauvera, en sauvant le monde. » L'Église n'a point entendu cet appel. Pour ne parler que de notre pays, elle s'est associée au Deux-Décembre par ses bénédictions, au Seize-Mai par ses propagandes, — ce qui explique d'ailleurs parfaitement la reconnaissance de M. le baron Reille. Tout récemment, son chef abusait de son autorité sur les consciences catholiques au profit du militarisme allemand dirigé contre nous. Elle avait reçu un magnifique dépôt de croyances consolantes et d'espérances. Mais elle a voulu,

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