LA LOT MILITAIRE KGALE POUR TOUS
au nom d'une autre vie, obtenir dans celle-ci, de tous ceux qui travaillent et qui soulTrent, le renoncement, la résignation passive, au profit des puissants et des heureux; le sublime espoir d'immortalité dont elle avait la tradition, elle l'a mis au service de tous les despotismes et de tous les égoïsmés. Si la porte de l'infini, connue je le crois, s'ouvre aux âmes derrière la mort, il ne faut point qu'elles s'y présentent obscures, pesantes et humiliées, avec des guenilles d'esclaves, mais libres, fières, joyeuses, rayonnantes de l'œuvre de justice commencée ici. Nous ne voulons point que par la promesse d'une réparation on lasse accepter au peuple, dans la société des vivants, l'iniquité et la misère indéfinies, et c'est parce que l'Eglise s'est faite le centre et le point d'appui de tous les privilèges que nous voulons, sans colère mais sans hésitation, abolir les privilèges de l'Eglise elle-même et préparer ainsi la ruine des autres privilèges.
Il y a une autre personne de qualité qui tient fort à cœur au comte de Lanjuinais, au baron Reille et à leurs amis : c'est madame la Richesse. Quoi ! envoyer à la caserne, tout comme les autres, ceux qui ont beaucoup d'écus ! Ne suffît-il point que, comme M. Benoîtondans la comédie de M. Sardou, ils donnent l'exemple de la fortune? Autrefois, il y avait le remplacement ; avec un peu d'argent, on se dispensait de tout service. Les
« La Dépêche » du samedi 2 5 juin i88;j
temps sont durs, et un tel système n'est plussoutenable : cherchons, si vous voulez bien, des accommodements : les uns partiront pour trois ans, et les autres pour un an; on tirera au sort, rien de plus juste; oui, mais au bout d'un an, celui qui a tiré au sort le service de trois ans pourra dire à celui qui n'aura tiré au sort qu'un an de service : « Pour les deux ans qui me restent à faire, prends ma place, voici de l'argent!» — Le tour est habile, c'est le remplacement qui reparaît.
Voilà donc les hommes qui nous reprochent, à nous républicains, d'abaisser l'armée, de ne pas comprendre la grandeur du régiment ! Ils veulent que le service militaire devienne pour le riche une corvée qu'un peu d'or abrège; pour le pauvre, un métier à gagner quelques sous. Au régiment, tel que nous le comprenons et nous le voulons, il n'y a qu'une hiérarchie : celle du mérite ; qu'une souveraineté : celle de la loi, où se résume la patrie. Eux, ils veulent prolonger jusque dans l'armée tous les privilèges de la fortune, toutes les inégalités de la vie sociale ; ils veulent que quelques hommes puissent quitter les drapeaux, non à l'heure sévère marquée par le droit commun, mais à l'heure complaisante marquée par la richesse, et que quelques hommes restent sous les drapeaux, non comme les serviteurs nobles et fiers du pays, mais comme les suppléants salariés d'un autre homme. Ils espèrent, sans doute, que l'espoir d'une petite somme assez tôt gagnée