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X. — Conclusions

L'ensemble de ces résultats montre qu'une suspension de soufre évolue avec le temps, la vitesse d'évolution dépendant des conditions de formation. L'étude des différentes propriétés de ces suspensions incite à penser que la précipitation se décompose en deux phases : dans la première, le soufre resté encore en solution dans le liquide intergranulaire se fixe sur la surface des grains qui prennent naissance instantanément quand on étend d’eau la solution acétonique ou la solution alcoolique ; le diamètre grossit alors régulièrement jusqu'au moment où cette fixation des molécules de soufre devenant négligeable, sous le jeu des forces de cohésion les grains s’agglutinent deux à deux, puis des flocons se forment qui sédimentent.

La lumière modifie la vitesse d'évolution ; les radiations de petites longueurs d'onde accélèrent l’évolution et leur action est d’autant plus grande que l'on s'approche davantage du violet extrême du spectre visible ; au contraire les radiations de grandes longueurs d’onde diminuent la vitesse d'évolution et leur action est d'autant plus intense que l’on s'approche davantage du rouge extrême du spectre visible,

Entre ces deux groupes, les radiations jaunes ne produisent aucune modification de l’évolution.

Les radiations les plus actives sont les plus absorbées par le soufre; les radiations jaunes, inactives, sont peu absorbées.

On peut penser que dans les phénomènes d'adsorption qui mettent en jeu les électrons périphériques des atomes, l’énergie absorbée, quand elle ne se transforme pas en chaleur, peut modifier les états d'équilibre de certains de ces électrons et par suite modifier la cohésion qui dépend vraisemblablement de ces électrons. Les phénomènes d’adsorption qui constituent une manifestation de l'énergie superficielle pour-

ACTIONS DE LA LUMIÈRE SUR LES SUSPENSIONS t

raient donc être modifiés. Indépendamment de l’action que la lumière exerce sur la vitesse de fixation des molécules de soufre il se peut, du reste, qu'elle modifie la vitesse d'adsorption des ions qui constituent l'atmosphère ionique des cranules.

Les exemples d'actions antagonistes des radiations sont nombreuses. L'action bien connue des rayons les moins réfrangibles du spectre sur les substances phosphorescentes est classique. Récemment, J.-L. Pech (!) en étudiant l’action de la lumière sur le blanchiment du coton brut humide, a montré que ce phénomène était produit par les rayons violets et ultra-violets, et qu'on pouvait l'empêcher de se produire en faisant agir en plus sur le coton en expérience un faisceau lumineux riche en infra-rouge.

>5. — On peut essayer de rattacher cette action antagoniste de deux groupes de radiation sur le soufre à la photo-électricité de cette substance.

L'augmentation de la conductibilité du soufre sous l’action de la lumière a été signalée par Bates (*) qui s’est borné à observer une augmentation de la décharge spontanée d’un électroscope à isolant de soufre quand on le place dans une vive lumière solaire.

Plus récemment M. Maurice Curie (5) a déterminé par une méthode électrométrique l'augmentation de conductibilité du soufre pulvérisé quand on l'éclaire avec des radiations de différentes longueurs d’onde. Les nombres suivants sont

extraits de ses expériences :

() J.-L. Pecn. C. R., p. 1270, t. CLXX, n° 21. (2) Bares. J. de Physique, 1911.

(5) M. Cure. C. R,1. CLXXIV, p. 590, 1922.

08 R. AUDUBERT Courant spontané Courant à l'obscurité avec éclairage Ecran ne laissant pas- — —

ser que les radia-

HOBS MIT roUDeS EM RERRCE <e Effet nul Écran rouge : . . o,10 X 107 2? amp. “0,36 X 10712 amp. Beranver Ne TU 0 » 2,40 »

Ecran jaune . . . o,29 » 5,01 »

ÉCranbI UE 62 0 » 4,90 »

En gros, ces résultats montrent que l'augmentation de la conductibilité du soufre doit croître avec la fréquence de la radiation excitatrice, Ge qui est conforme à la théorie générale de la photo-électricité. Il est vraisemblable, donc, d'imaginer que cette augmentation de la conductibilité est due à l’arrachement d’un électron sous l’action de la lumière excitatrice.

Si on essaie de rapprocher ces résultats des faits relatifs à l’action antagoniste de deux groupes de radiations dans l'étendue du spectre visible sur des suspensions de soufre on arrive à se faire une idée du processus d'action de la lumière.

Les radiations de fréquences élevées peuvent arracher un électron, ou tout au moins elles peuvent l’écarter beaucoup de sa position d'équilibre, elles modifient ainsi l'édifice électronique autour du noyau et par ce fait produisent une variation des forces de cohésion ; les radiations de basse fréquence au contraire mettent en jeu un quantum d'énergie insuffisant pour déplacer beaucoup l’électron, elles se contentent de l’écarter un peu de sa position d'équilibre, on peut ainsi imaginer que cet électron atteint une orbite sur laquelle il n’est pas en équilibre et d’où il retombe sur une orbite stationnaire Stable de rayon inférieur à celle de départ, on comprend aisément que cette modification dans la structure électronique de l’atome puisse produire dans le jeu des forces de cohésion une modification de sens contraire à celle produite par les radiations de fréquences élevées. Quant aux radiations jaunes qui d’après la théorie photoélectrique doivent exercer

ACTIONS DE LA LUMIÈRE SUR LES SUSPENSIONS 59 une action excitatrice comprise entre les radiations rouges el les radiations bleues, on peut s'expliquer qu’elles puissent malgré cela rester inactives. IL suffit de se rappeler que le soufre présente précisément à leur égard un minimum d’ab- Sorption, ce qui permet de concevoir que l'effet photoélectrique produit par elles doit être extrêmement faible en raison de la très faible quantité d'énergie qu'elles abandonnent par leur passage à travers le soufre. L'augmentation de l'effet quand on s'éloigne des radiations jaunes vers les petites longueurs d'onde serait liée à l'intensité de l'absorption et à l’intensité de l'effet photoélectrique, ces deux facteurs augmentent quand on se rapproche de l'extrémité du spectre visible ; l'augmentation de l'effet quand on s'éloigne des radiations Jaunes vers les rouges serait liée uniquement à l'intensité de l'absorption.

26. Analogie avec la température. — L'action de la température sur l'évolution ‘des suspensions de soufre est extrèmement sensible.

Une élévation de température accélère la sédimentation des grains, c'est-à-dire qu'une élévation de température accroît la vitesse d'évolution de la suspension. Si l’on compare à cette action celle des radiations, on reconnaît immédiatement le parallélisme déjà mis en [lumière par MM. Berthelot et Gaudechon entre l’action des courtes longueurs d'onde et celles des hautes températures. Les radiations de grandes longueurs d'onde produisent au contraire le même résultat qu'un abaissement de température.

On peut en définitive conclure que la lumière peut intervenir dans les phénomènes d'adhésion et qu'il existe dans le spectre visible des radiations exerçant des actions antagonistes ce qui est en accord avec la théorie de M. J. Perrin. Pensant qu’elle pouvait avoir une action plus étendue sur les phénomènes d’adsorption, j'ai alors étudié son action sur l'électrisation d'adsorption.

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