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plaint de la douleur que reçoivent les plus nobles et prin-
i8o cipales parties, se persuadant que Ion leur impute à crime ce qu'ils ont faict par zèle de religion. Chacun se sent coulpable de ceste faute, si vous la jugez telle ; et ne peuvent (disent-ils) espérer, demeurant en vostre puissance, meilleur traictement que leurs députez, et ne se
i8) pensent exempts du mesme danger, sinon d'autant que la fortune les en a eslongnez.
Voila, Sire, le sens et le mouvement de tant d'hommes que vous voyez si troublez. Voila la cogitation qui les jette à de si furieux desespoirs. Les plus advisez, et ceux
190 qui sont plus jaloux de vostre authorité, pensent bien que si estranges choses ne sont point advenues auprès de vous, qui avez tant de prudence naturelle et d'expérience, que pour de grandes et pressantes raisons que Ion ne peut pas aisément pénétrer, non-plus que la plus-part
195 des actions des grands Princes. Mais le commun des hommes, qui est celuy qui en troubles et séditions donne le branle à l'Estat, ne s'arreste qu'aux effects apparens et ne reçoit conseil, en sa peur, que celuy qui le peut asseurer. La prison, Sire, de ces députez et autres Princes
200 et Seigneurs a faict croire à vostre peuple qu'il estoit captif; la peine dont on le menaçoit luy a persuadé qu'il la porteroit semblable ; il a pensé ne se pouvoir eslongner du danger que s'eslongnant de la puissance de voz ministres et conseillers. Quand vostre Majesté mettra en
20) liberté les prisonniers, tout vostre peuple pensera estre délivré, leur délivrance chassera ceste terreur qui luy a troublé l'entendement, et leurs esprits, calmes et composez, se rendront aisément susceptibles de l'honneur et obeyssance qu'ils vous doivent,