‹ Actions et traictez oratoiresChapitre 27 sur 103 · temperamment D — 271. vostre visée C D · texte numérisé non relu

temperamment D — 271. vostre visée C D

DE LA PART DE MESSIEURS LES PRESIDENS ET CONSEILLERS QUI ESTOIENT PRISONNIERS A LA BASTILLE.]

Apres r emprisonnement du Parlement, Von proposa à Mes- 5 sieurs qui estoient prisonniers qu'ils fissent délivrer les Princes et autres deputei que le Roy te)wit, et on les délivreront : ils me nommèrent pour aller vers le Roy l'en supplier en leur nom. Je m' estais préparé pour luy faire cette supplication de leur part aux termes qu'elle est icy. Mais, comme j'estois prest lo de monter à cheval, mon voyage fut rompu par l'artifice de quelques-uns, qui desiroient la place de ceux qui estoient prisonniers, et craignaient leur délivrance.

Sire, voz tres-humbles et tres-fidelles serviteurs et officiers, desquels je vous ay présenté les lettres, ont, puis

15 qu'il a pieu à Dieu, bien changé de condition. Eux qui souloient comparoistre devant vous comme à la lumière d'un astre bénin et favorable, sont reserrez en de sombres et estroittes ténèbres ; eux qui avoient accoustumé de vous prier pour les autres, sont contraincts de vous prier

20 pour eux-mesmes ; eux qui vous presentoient en leur bouche pleine de dignité leurs supplications, sont forcez vous les présenter maintenant par une voix empruntée.

12. et qui craignoient CD — 16. qui comparaissoient D — 17. ea sombres C D.

Dieu vueille au-moins, puis que tant de choses leur deffaillent, que vostre bonté et miséricorde ne leur deffaille

2s point, et qu'au contraire vous imitiez en leur endroict le Roy éternel, duquel vous estes l'image, lequel n'entend rien plus volontiers, et n'exauce rien plus favorablement que ceux qui, destituez de tout autre moyen, n'ont plus que les souspirs et les larmes pour l'invoquer.

;o Toutesfois en leur misère, quelle qu'elle soit et qu'elle puisse estre, ils vous font leur prière avec cette protestation que, si de leur captivité dépend vostre conservation et le salut de leur patrie, ils ne refusent point de demeurer en leur misère, et porter toute leur vie ceste afflic-

35 tion. Que si aussi, après y avoir pensé, vous jugez, sans offenser voz affaires, que leur délivrance se puisse moyenner aux conditions qu'on leur propose, et davantage vous recognoissiez qu'elle puisse sers'ir comme d'arrhes et prémices à la pacification de vostre Estât,

40 eux, leurs femmes et enfans, vous obtestent et conjurent, par le nom de Dieu que vous servez, par vostre bonté naturelle, par les longs et fidèles services qu'ils vous ont faict, par leurs peines et misères, par leurs pleurs et continuels gemissemens, que vous ayez pitié d'eux, que vous

45 les rendiez à eux mesmes, à leurs enfans, à leurs familles, afin qu'ils puissent continuer à vous faire tres-humble et tres-fidelle service. Pour cet effect. Sire, ils m'ont chargé de vous faire briefvement entendre comme leur est arrivé cette misérable captivité, les conditions qu'on leur pro-

So pose pour les en délivrer, et les considérations pour lesquelles ils ont pris la hardiesse de vous oser supplier de faire pour leur délivrance tout ce qu'un bon Roy, Seigneur et Maistre peut faire pour ses tres-humbles, tresfideles et tres-afiligez officiers, sujects et ser\-iteurs.

35-36. sans blesser D — 5^ reconnoissiez D — 40. supplient et conjurent D.

55 Sire, depuis le jour de Noël que l'on eut nouvelles à Paris de ce qui s'estoit passé par-deça, les esprits de ceux qui avoient en main la force et le gouvernement de vostre ville ont esté estrangement frappez d'une entière deffiance et extrême desespoir de leur salut. Ils ont tiré,

60 comme par contagion, la plus grand part du peuple après eux, et la plus grand part a entrainé le reste. La principale plainte qui se faisoit entre eux, et qu'ils faisoient sonner le plus haut, c'estoit la prison et détention des Princes et des députez de leur ville et de quelques

65 autres Provinces. Ils se persuadoient que, puis que vous les aviez arrestez, vous les teniez pour coulpables, pour s'estre r'alliez ensemble afin' de conserver leur Religion, et que vous jugiez pour criminels de leze Majesté tous ceux qui par un faux effroy s'estoient trou-

70 vez en armes le douziesme de May. C'est pourquoy tant de gens engagez en ce danger, prenant l'exemple d'autruy pour occasion de leur crainte, pensans ne pouvoir plus rien espérer, ont commencé à ne plus rien craindre, et ont tenté, pour conserver leurs vies et leurs biens, non

75 les plus justes et légitimes moyens, mais ceux qui leur ont semblé les plus asseurez. Ils avoyent eu la commodité, depuis le jour de Noël jusques au seiziesme janvier, de recongnoistre, sur les occurrances des affaires et propositions qui se faisoient, qui estoient ceux de voz servi-

80 teurs qui s'affectionnoient davantage à la conservation de vostre authorité, et approuvoient le moins le gouvernement qui lors avoit lieu. Ce jour-là ils vindrent (comme je pense que vous avez entendu) en vostre Cour de Parlement : tous ceux qui s'y trouvèrent furent menez à la

85 Bastille ; ceux qu'on estimoit avoir plus d'obligation à

71. prenans D — 78. recogiioistreC,reconnoistre D ; occurrences C D.

vostre service, ou à cause de la grandeur de leur charge, ou de la confiance que vous aviez en eux , y ont esté retenus prisonniers.

Je vous representerois, Sire, de leur part le fascheux 90 traictement qu'ils ont souffert depuis ce jour-la, et combien dur et lamentable leur est de s'estre veuz mener du throsne de la Justice, du lict des Rois, du temple et sacraire des loix, en des prisons obscures et ténébreuses; s'estre veu conduire en triomphe par toute la ville, en 9) l'habit auquel ils alloient rendre la justice, et par ceux qui le jour au-paravant estoient teste nuë à genoux devant eux. Je vous representerois quelle douleur ce leur a esté de se veoir jetter en de petites cahuettes, où ils sont entassez dix ou douze soubs une voûte, sans aucun ser-

100 viteur; je vous representerois la plus-part d'eux, qui, en ceste chenue et vénérable vieillesse, sont desja demy consommez de l'ennuy, de la douleur et des maladies qui leur sont survenues par l'incommodité du lieu, et pourrois y adjouster la voix de leurs femmes et enfans, crians

105 à l'entour des prisons, et redemandans leurs maris et leurs pères. Mais je croy que la condition du temps vous représente assez d'elle-mesme quelle peut estre leur peine, sans qu'il me soit besoin vous ennuyer d'un si triste discours ; et aussi qu'ils auroient grand regret que

iio vous pensassiez que ce qu'ils ont enduré et endureront pour vostre service soit mis en compte par eux, qui estiment vous devoir leurs biens et leurs vies, et ne les croiront jamais bien employées que quand ils les auront perdues en vous servant fidellement.

115 Ils ont esté depuis le seiziesme du mois jusques au vingt-sixième en ceste captivité, sans sçavoir le subject de

94. veuz C D — 98. en des petites CD — 102. et maladies D — 109-10. que pensassiez C D — ^114. servans D.

leur emprisonnement. Ce jour-la Ion leur fit entendre qu'ils estoient retenus comme par représailles des Princes et députez que vous avez arresté pardeça, et qu'ils se

120 dévoient résoudre de courir la mesme fortune qu'eux, et qu'ils ne pouvoient espérer liberté que par leur délivrance. Lon leur proposa que, s'ils s'y vouloient employer. Ion leur permettroit de le faire, et leur promit-on que, si ils la pouvoient obtenir de vostre Majesté, que lon les

12) mettroit en liberté.

Ils ont assez jugé, Sire, combien estoit grande la perplexité où lon les mettoit, combien estoient dures les conditions que lon leur proposoit, et, s'ils eussent jugé que de la tres-humble prière qu'ils vous font, l'obtenant,

130 il n'en eust peu réussir autre bien que leur délivrance, ils n'eussent jamais pris la hardiesse de vous en faire la Requeste. Mais je ne sçay quelle poincte d'espérance leur a semblé reluire parmy ceste tempeste civile, qui leur a annoncé que ce premier traicté pourra estre l'embou-

135 cheure d'une plus heureuse et tant désirée par tous les gens de bien reconciliation de voz subjects ; et que ce premier rayon de vostre clémence, qui reluira sur la prière qu'ils vous font aujourd'huy, sera comme le feu S. Elme, qui apparoist au fort d'un grand orage, et pro-

140 met aux mariniers un temps calme et serein. Cela, Sire, les a rendu plus hardis à vous représenter par ma bouche quelques considérations, pour lesquelles ils ont pensé que vostre Majesté leur pourroit faire ce bien de les redimer de la misère et captivité où ils sont, mettant en

145 liberté les prisonniers qui sont icy détenus, et vous remonstrer que la délivrance des uns et des autres tournera, comme ils pensent, au bien et advantage de

124. s'ilsD — 127. les reduisoit D — 129. l'obtenans D — 141. rendus C D.

vostre service. Que si cette remonstrance ne trouve tant de grâce, de couleur et de poix en ma bouche qu'elle

i;o pourroit avoir en la leur, je vous supplie, Sire, tres-humblement, en m'oyant, de destourner voz yeux de dessus moy, pour tourner vostre pensée sur ceux qui m'ont chargé de cette parole, et ne prendre pas tant garde à mon insuffisance qu'à la prud'hommie et fidélité de ceux qui

155 m'ont icy envoyé, et en tout cas imputer à mon peu

d'expérience tout ce que vous y trouverez mal à propos.

Sire, ils ont considéré que vostre pauvre Royaume est

frappé d'une playe tantost plus cruelle que celle du

peuple d'Egipte. Le plus grand mal qui nous afflige,

i6o voire la source de noz maux, est une maudite et funeste deffiance qui s'est coulée au cœur de voz subjects, laquelle, comme une eau de départ, corrompant le respect qui les doibt unir avec vous, les sépare, divise et desunit. La cause principale qu'ils allèguent, c'est qu'ils

165 disent que, par vostre Edict d'union, vous avez approuvé et pardonné tout ce qui s'estoit passé jusques au douziesme de May ; que vous avez depuis appelé vos subjects aux Estats, que voz provinces y ont envoyé leurs députez, que leurs personnes et de tous ceux qui y estoient

170 devroient estre inviolables, tant pour la foy de voz Edicts que pour la liberté naturelle de voz Estats, que toutesfois leurs députez et plusieurs Princes et seigneurs sont retenus, que Ion leur veut faire leurs procès par des juges extraordinaires, sur des faicts abolis par voz Edicts.

175 Les provinces qui les ont envoyez pour représenter tous les habitans d'icelles estiment que ce qui est faict en la personne de leurs députez est commis en la leur, compatissent à leur mal, comme tout un corps se ressent et se

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