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ait B I D

Actions et Traiciei Oratoires. 4

vingt-trois armées qu'il avoit lors sur pied, n'asseurerent point tant son Estât, ny n'establirent point tant son repos que fit la douceur et miséricorde dont il usa à l'endroit de Cneus Cornélius, après laquelle il ne se trouva jamais

245 personne de ses subjects qui ne s'estimast bien heureux de luyobeyr; car la clémence a ce bien-la, qu'elle n'agrée pas seulement à ceux à qui elle faict grâce, mais généralement à tous ceux qui en ont congnoissance. Toutes les victoires que vous avez jamais acquis ne vous ont point

250 tant apporté de gloire que fera, Sire, cette action ; car les Capitaines, les soldats et le hazart mesme de la guerre prétendent part à voz trophées : mais la louange de la miséricorde que nous attendons maititenant de vous sera toute à vous, Sire. Vous estoufFerez par ceste clémence

255 cet effroy qui a saisi l'esprit de voz subjects, qui vous représente à eux plein d'ire et de désir de vengeance, qui leur persuade (toutesfois faucement, comme je croy) que vous reservez ces prisonniers pour leur tenir compagnie à quelque estrange supplice. Vous ferez, Sire, l'action la

260 plus agréable à Dieu que Prince du monde puisse faire, vous esteindrez le feu que chacun voit s'allumer pour embraser vostre pauvre Royaume, vous arresterez le sang de voz pauvres subjets, qu'une guerre civile espancheroit par torrens. Vous empescherez la ruine des citez, la

265 désolation des campagnes, qui nous sont dés long temps annoncées et se voyent comme fatalement advancer, si vostre pieté et prudence n'y pourvoit. Vous rendrez la vie, la seureté et le repos à un million de familles, et au moins rejetterez, si elle ne se peut éviter, la ruine de ce

270 pauvre Royaume à un autre siècle. Vous conserv^erez la religion de voz pères, pour laquelle vous avez tant com-

244.de Cornélius Cinna D — 244-45. jamais aucun D — 248. cognoissance C, connoissance D.

battu, laquelle s'en va indubitablement perdue par le schisme et la desunion de ceux qui à forces communes la doivent conserver.

275 Que si, outre ces considérations si grandes et si importantes, la vie, la liberté et les biens de voz pauvres subjects et officiers prisonniers, qui vous font par ma bouche ceste tres-humble remonstrance, peuvent estre mises en compte à l'endroit d'un maistre si doux et si bénin que

280 vous leur avez tousjours esté, eux. Sire, et leur postérité vous auront ceste obligation de leur avoir rendu la vie agréable, qui leur est aujourd'huy ennuyeuse, de les avoir mis en liberté, de les avoir rendus à leurs femmes et à leurs enfans, de les avoir restituez à leurs biens, maisons

28) et honneurs, pour continuer toute leur vie à vous faire tres-humble et tres-fidele service. Je n'ay regret. Sire, que de ne vous pouvoir représenter icy la langueur, les souspirs et les gemissemens de leurs femmes et de leurs enfans. Car je m'asseure que leurs larmes en tireroyent

290 d'autres de voz yeux, et que, quand quelques importantes considérations d'ailleurs vous retiendroient, si est-ce que la pitié que vous auriez de veoir une si estrange désolation en tant de misérables familles de voz fidèles serviteurs vous arracheroit ceste grâce des mains.

290. quand bien quelques D — 294. mains, pour en user à leur salut. D.

Le cinquiesme aoust ij8p, sur la proposition faicte par les

gens du Roy de faire deffences à toutes personnes de faire

S assemblées et d'attenter aux personnes et biens des bourgeois,

ny faire aucunes levées de deniers que selon les formes accous-

tumées.

Il y a des personnes ulcérées qui ne frémissent pas seulement au toucher du fer et de la main, mais ont mesmes

10 appréhension et horreur de tout ce que l'on remue à Tentour d'eux, et toutesfois on ne laisse pas de les penser. Aussi ne devons-nous pas, ce me semble, abandonner le public en une nécessité si pressante, pour les ombrages et les rumeurs que nous voyons se lever au

15 premier essay que nous faisons de pourvoir à un grand et funeste inconvénient qui menace ceste ville.

Nous voyons de noz yeux entre noz concitoyens deux factions formées, et sçavons que Ion va de porte en porte, de maison en maison solliciter un chacun de prendre

20 party. Nous craignons de jelter de l'eau sur ce feu, et estouffer une sédition qui est desja toute préparée ; nous craignons d'aigrir les affaires, nous craignons la mal-veillance de quelques-uns, qui reçoivent en mauvaise part

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