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deffense CD — 9. ou de la main CD

les actions de ceste compagnie, et sommes d'advis d'at-

2) tendre à une autre saison à pourvoir au mal qui se présente. Ce mal est un mal et présent et pressant, qui apportera en un moment la ruine de ceste ville, s'il n'y est promptement pourveu. Il faut faire estât de luy laisser prendre son cours, ou de l'arrester à sa naissance. En

50 vain implorera-on les loix et l'authorité de la justice, quand les quartiers seront armez les uns contre les autres, et que toute la ville sera pleine de feu et de sang. La crainte que nous avons est fort imprudente, si nous pensons éviter nostre danger particulier pour nous laisser

55 enveloper en la ruine publique. Le danger particulier ne se peut éviter que par le salut public, ny le salut public se conserver qu'avec quelque danger particulier. Il faut ou que tous ensemble nous prenions une généreuse resolution, ou que chacun en particulier souffre une extrême

40 misère. Ce ne sont pas, disoit un Romain en Tite-Live, les conseils mois et timides qui donnent l'accroissement à l'Empire Romain. Faisons donc généreusement ce que nous pouvons. Quand la justice et la pieté accompagnera noz conseils, j'espère que la félicité accompagnera les

4) evenemens. Et quand il arriveroit autrement, noz voix et

noz paroles demeureront en ce lieu pour tesmoings que

nous avons rendu à la patrie et à nostre conscience le

courage et la fidélité que nous luy devions.

Je suis bien d'advis, quant à moy, que vostre Arrest ait

50 pour préface cette amnistie dont Ion a icy parlé. Car, puis que tant de jalousies que Ion peut avoir de noz délibérations n'est fondée que sur une peur du ressentiment du passé, tesmoignons le plus que nous pourrons la volonté que nous avons de l'oublier, et le faisons aussi

$0. amnestie CD — 51. jalousie C D.

55 en efFect. Que l'oubliance, s'il est possible, efface du tout les injures passées ; sinon, que pour le moins le silence les couvre.

Quant à noz privilèges particuliers, je pense que nostre Arrest n'en doibt point parler : le soing que nous aurions

60 de nous en cet endroit diminueroit l'authorité de ceste compagnie et la defavoriseroit, et diroit-on que c'en seroit le principal motif. Quand toutes choses seroient bien reiglées au reste, nostre authorité se deffend de soymesme : il n'y a personne qui ne sçache noz privilèges,

65 et qui ne nous respecte et honore ; et, tant que la confusion régnera et que nous publierons noz privilèges et noz prérogatives, plus irriterons-nous ceux qui entreprennent de nous violer et conculquer.

Je trouve très raisonnables, mais mesmes très neces-

70 saires, les deffences generalles à toutes personnes, quelles qu'elles soient, d'attenter sur les personnes des bourgeois ny sur leurs biens, sinon par l'authorité des magistrats et juges ordinaires, à peine d'estre déclarez criminels de leze Majesté. Il faut maintenant, comme dict la

75 loy, que la douceur de la paix assoupisse ce que la calamité de la guerre a introduit. Car si bien nous n'avons pas la paix generalle en l'Estat, si faut-il que nous l'ayons entre nous en noz murailles, et que nous soyons unis entre nous par la concorde, qui est fille aisnée de la jus-

80 tice. Si les extorsions et violences qui ont régné par le passé avoient encor à durer à l'advenir, cette ville seroit un brigandage public, toute pleine de séditions et de tumultes, et se ruineroit à la fin de soy-mesmes. Car il ne faut pas estimer de trouver tousjours les esprits si

85 patiens comme on a faict par le passé. Lon vivoit lors

68. de les violer, nous affoiblir, nous terrasser et accabler. D.

avec quelque espérance ; maintenant que tout est perdu, quand on commencera de ne plus rien espérer, on cessera de plus rien craindre. Les extrêmes misères donnent le courage de dire et faire librement toutes choses ; et si

90 Ion vient une fois à jouer à la desesperade, je vous prie, songez ce que nous deviendrons. Nous avons nostre ville vuide de la plus-part des meilleures familles, celles qui restent ne cerchent que l'occasion d'en sortir. Pourquoy ? pource que qui a quelque sentiment et jugement ne fera

95 jamais sa demeure en lieu où sa personne et ses biens soyent exposez à l'injure, où le premier venu soit maistre de luy et de ce qu'il a. En vain publions-nous des Edicts pour r'appeller à nous tous les absens, si la confusion que nous nourrissons, l'anarchie que nous tollerons les

100 chasse et les renvoyé. La ville se dépeuplant de bonnes maisons, je ne sçay pas que pourra faire le pauvre peuple, qui n'a vie que soubs l'employ et erogation des riches ; il faudra qu'il soit reduict à une extrême nécessité, laquelle engendrera incontinant la sédition, et la

105 sédition la ruine et réversion de la ville. Quand nous avons eu des Roys de succession en noz villes, nous-nous sommes opposez quand ils ont voulu attenter sur noz biens et noz personnes autrement que par les loix et par l'ordre de la justice. Endurerons-nous aujourd'huy que

no le moindre du peuple s'arroge la puissance que nous avons desniée aux Rois et aux monarques ?

Le dernier poinct, qui concerne les defences de faire assemblées, me semble aussi infiniment nécessaire pour conserN^er la paix et la concorde entre nous, pource qu'il

II) n'y a sorte de gouvernement au monde où elles n'ayent

94. d'autant que quiconque a du sentiment D — 106-7. des Roys qui ont entrepris de nous mal-traitter, et nous nous sommes librement opposez lorsqu'ils ont voulut D^

esté défendues et où elles ne le doivent estre : aussi n'y a il ville qui se puisse conserver, s'il est permis aux personnes privées de tenir conseil sans l'authorité du magistrat. Il n'y a, disoit un ancien, sorte d'hommes de qui il

I20 ne puisse arriver beaucoup de mal, si il leur est permis de tenir des conseils en privé et faire de secrettes assemblées. Pource aussi nous voyons une grande partie de la ville esmeuë pour cette occasion, et un party ja dressé pour s'opposer par force à ceux qui font telles assem-

125 blées. Je ne veux pas blasmer le zèle de quelques uns, qui par cy-devant se sont employez aux affaires publiques ; mais je ne sçaurois pas approuver que ceux-là entreprennent de faire tels conventicules et là délibérer du faict de l'Estat, usurpant l'auctorité du gouvernement :

150 pource premièrement qu'ils n'ont peu se donner cette puissance à eux mesmes, ny l'entreprendre sans l'establissement public ; secondement, qu'il n'y en avoit aucune occasion ; car les magistrats populaires ayans esté changez, et d'autres mis en leurs places, il falloit gouverner

135 les choses par l'authorité du Prévost des marchans et du conseil. Et tout ce que les autres pouvoyent et dévoient faire, s'ils avoient volonté d'ayder et servir le public, c'estoit de prester la main pour faire obéir les magistrats. Mais au contraire, ils ont brisé et renversé l'authorité

140 publique, et n'ont rien permis de ce qui estoit ordonné, que ce qu'ils ont trouvé bon. En troisiesme lieu, quand ces assemblées eussent esté nécessaires, il les eust fallu faire légitimement en lieu public et ordonné pour cet effect, et eust fallu que Ion eust congneu ceux qui en

145 estoient, afin de recourir à eux quand il eust esté besoin, et que ceux des biens et des personnes desquels ils

120. s'il D — 122. Aussi voyons-nous une D — 129. usurpans D — 144. cogneu C, conneu D.

ordonnent les eussent peu trouver pour leur demander justice. Mais quoy? ce sont gens que Ion ne congnoist point que par les effects, qui ont bien puissance de

150 nuire, mais nulle de faire raison; qui se tapissent dans des antres et des cavernes, et puis tout d'un coup sortent comme des vents que l'on sent et ne void-on point, troublent la mer et y excitent les tempestes, et puis s'en revont, et ne scait-on où.

155 De dire que cela se doive tolérer en une ville en quelque estât qu'elle soit reduicte, et qu'elle puisse subsister en un tel desordre, c'est contre tout sens commun et toute reigle de police ; car, d'autant plus que le danger et le trouble est grand, d'autant plus le magistrat et le

160 supérieur doit-il avoir d'authorité, et d'autant plus doit-on empescher que les personnes privées et incogneuës n'usurpent le commandement. Car un chef à qui Ion a déféré le commandement sçait qu'il est responsable de ce qu'il faict, et pource il y prend garde, mais le peuple se

165 laisse transporter à une inconsidérée impétuosité. Telles assemblées ont tousjours esté contre les loix , mais aujourd'huy elles sont évidemment contre le salut public, et ne les pouvons dissimuler qu'en donnant loy au party contraire d'en faire de semblables, et d'amener en fin les

170 choses aux mains, et veoir vostre ville pleine de sang. Doncques, pour éviter ce mal, je suis d'avis de faire-faire defences à toutes personnes privées de faire aucunes assemblées, ny tenir aucun conseil particulier.

L'on a levé des deniers sans le consentement de la ville

175 à discrétion, sans reigle quelconque. Tous ceux qui commandent aujourd'huy doivent sçavoir qu'ils ont leur authorité du peuple, lequel ne la leur a donnée que pour

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