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I. Toutes les éditions présentent cette lacune

25 qui estoientles plus riches familles, sont maintenant hors de nostre corps. C'est pourquoy j'estime que la prudence de ceux qui gouvernent doit estre de compasser la possibilité de noz fortunes particulières avec la nécessité des affaires publiques, et les proportionner en telle façon

30 qu'elles se puissent toutes deux conserver. Car à la vérité nous ne devons veiller en nostre particulier qu'à sauver le public, mais le public aussi ne doit tendre qu'à conserver les particuliers. Quand chacun verroit que ce qu'il faut faire pour le public seroit la ruine de tous les parti-

35 culiers, et que l'Estat seroit tel qu'il ne se peust conserver qu'avec la ruine d'un chacun, chacun aymeroit mieux attendre sa ruine en sa maison que s'empescher à l'aller procurer dehors. Ce que j'estime qui peut adoucir ce que Ion demande aujourd'huy, c'est s'il y avoit moyen de le

40 tirer à deux ou trois fois , comme de mois en mois, pource que cependant les moyens se font, l'argent vient, et tel, qui ne peut tout d'un coup fournir une grande somme, la fournit bien par parties. Vous tirerez d'un corps en deux ou trois seignées une quantité de sang sans

45 l'offenser, laquelle luy aporteroit indubitablement la mort si tout d'un coup vous l'aviez tirée.

Le second poinct qui a esté proposé, de loger des gens de guerre en la ville, me semble de bien plus grande conséquence : pource premièrement que cette ville, en

50 quelque estât qu'elle ait esté, s'est tousjours conservé ce privilège de ne point endurer de garnisons ; de le violer maintenant, c'est chose qui en l'opinion des hommes aportera beaucoup de mescontentement. Puis nous voyons combien les charges sont desja grandes, et quasi

55 plus pesantes que noz espaules ne sont fortes. Cette-cy

ceste

36. on aymeroit D — i\<). pour ce premièrement, cette B (corrigé en C[ut ste dans B ■) — 50. conservée B ' D.

A LA VILLE DE PARIS 6l

semblera et se trouvera plus dure que toutes les autres ensemble. Car de dire que Ion les logera sans incommodité dans les maisons vuides, Ion sçait qu'elles ne sont point meublées ny accommodées, il n'y a ny vivres ny

60 provisions. Puis il est certain que, s'il faut loger des gens de guerre, pour s'en servir, il les faut loger les uns près des autres. De dire que Ion en logera quelque nombre des plus apparans, on sçait quelle jalousie cela aporteroit aux autres, puis on sçait qu'il n'y a que la première pinte

65 chère. Il n'y a que les ouvertures difficiles aux affaires ; l'entrée faicte, tout suit aisément. Il se faut donc résoudre à recevoir l'armée en nos maisons. A cela je n'y voy nulle nécessité, nulle commodité, et au contraire une grande servitude, ruine et désolation à la fin.

70 Nous sommes tous d'accord qu'il faut garder les faux bourgs ; ils sont infiniment grands et logeables, ceux que Ion veut mettre dedans la ville y pourront estre commodément. Je vous prie de considérer en quels termes nous serions réduits, quand il nous faudra et de nuict et de

75 jour, pour aller garder les tranchées ou faire les corps-degarde, laisser un nouveau maistre en noz maisons, parmy noz femmes et noz enfans. Nous sommes tous les jours au hazard de noz vies, cela est peu, mais d'y adjouster le danger de noz femmes et de noz filles, il est insuportable.

80 Nous sçavons comme les gens de guerre se comportent, il n'en faut point faire de différence : la modestie ny la continence ne logent plus parmy les armes. Ce desordre est naturel en toute guerre, mais inévitable en la civile ; puis considérez que ce sont gens de guerre qui ne sont

8) point payez, à qui nostre nécessité apporte un juste mescontentement. Si parmy leur indignation se vient à mes- 1er la fureur du menu peuple, et s'allumer par la cherté

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