‹ Actions et traictez oratoiresChapitre 35 sur 103 · Si avec D · texte numérisé non relu

Si avec D

et disette des vivres, qui nous pourra sauver d'un sac et pillage ? Je pense donc pour moy que nulle nécessité ne 90 nous doit arriver si grande, qu'elle nous doive faire prendre ce conseil. Cette ville est grande, pleine de peuple, et de tel nombre que nous pouvons sortir dehors pour garder noz tranchées ; comment ne garderons-nous donc pas la ville ? Conservons, Messieurs, tant que nous 95 pourrons, nostre liberté et la seureté de noz familles, et croyons que, quand nous serons reduicts à ces termes-la d'avoir des estrangers chez nous, nous ne devrons plus rien craindre, car le pis qui nous puisse arriver nous sera advenu.

100 II y en a qui disent que nous ne devons pas estre de meilleure condition que ceux des faux-bourgs. Ceux-là, ce me semble, combattent contre leur patrie, et, faisant semblant d'estre justes, se monstrent injustes et imprudens tout ensemble. Car ceux des faux-bourgs mesmes ne

105 doivent pas désirer cette égalité de misère, pource que, si la ville ne leur demeuroit pour retraicte, et qu'ils n'eussent cette dernière seureté pour déposer ce qu'ils ont de plus cher, je croy qu'il y a long temps qu'ils seroient ou absens, ou ennemis de cette ville. La liberté

110 et seureté de nostre ville est l'unique refuge et consolation de tout le pays d'alentour : quand nous l'aurons perdue par les garnisons, et que nous aurons de nouveaux et rudes maistres en noz maisons, il ne nous restera plus, ny à noz voisins que le desespoir. Vous ne sçavez

115 pas. Messieurs, que c'est que de veoir chez vous des Goujats rompre voz coffres et crocheter voz serrures, des soldats acoster voz filles et solliciter vos femmes. Dieu vueille que vous ne le sçachiez jamais.

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