c'a B — 978. ç'avoient B
985 personne aymée, principalement lors que les effets des affections sont presens, et que les peuples sont tourmentez et affligez. Les volontez des peuples, lors qu'ils sont en repos et à leur aise, se gouvernent par l'opinion ; mais, lors qu'ils sont troublez, le sentiment du mal les manie
990 et conduit. Devinez si, plus on ira avant, plus leur mal ne croistra pas. Or, ou monsieur du Maine laissera le desordre qui est en son party, auquel tous les gouverneurs sont Roys, disposans de la vie et des biens des subjets, prenant les finances et les deniers publics : si il le
995 fait, quel Roy sera-il ? quels moyens, quelles commodité;^ aura-il non pas de faire la guerre, mais de vivre ? combien de plaintes et mescontentemens tous les jours? Oubien il les empeschera : combien lors en perdra-il ? Le temps a rendu la foy volontaire : ils auront un nouveau
1000 prétexte de ne vouloir pas fa.voriser une usurpation, ou bien ils se rendront neutres, pensans avoir autant de tiltre de s'emparer de ce qu'ils tiennent comme un autre du total ; sinon ils prendront part}' avec l'ennemy.
Mesmes pour le regard des Princes, voire de sa mai-
1005 son, comment en viendra-il à bout ?I1 void desja assez comme la jalousie les sépare de luy. Tout le fruict qu'ils ont acquis du desordre qui est en France, c'est que chacun d'eux se pense Souverain où il est, et pense ne devoir, non pas obéissance, mais ayde et secours aux
loio autres, que tant qu'il luy plaist. L'on pourroit cotter les sinistres effects que cette jalousie a ja aporté, les pertes de batailles et ruine des Provinces : ils sont joints aujourd'huy comme à la cause commune, et s'unissent comme à un bien qu'ils espèrent esgallement. Si la pomme d'or
1015 est adjugée à l'un, les autres ne s'en separeront-ils pas ?
990. Jugez si D — 991. ou de Mayenne D — 994. prenansC D — 1005. a bout B — loio. pourroit marquer D.
Voudront-ils qu'un tiltre de Roy leur face perdre l'authorité qu'ils penseront avoir, et les réduise aux termes où ils estoient auparavant de simples gouverneurs, subjects aux Princes et aux loix ? Quant aux estrangers, n'aura-
I020 il pas pour ennemis ceux qui prétendent à la couronne, et lesquels il en aura exclus, comme le Roy d'Espagne, le Duc de Savoye et celuy de Lorraine ? et pour envieux et malveillans tous les autres Potentats, qui voyent mal volontiers l'agrandissement des autres et encores plus mal
1025 volontiers la subversion des Estats pour en establir de nouveaux, comme estant exemples qui les menacent? Quand Monsieur duMayne seroit un petit Roy, qui auroit partagé le Royaume avec le Roy de Navarre, et qu'il auroit encor un souz-partage à faire avec les Princes de
1030 son party, qu'il seroit Roy d'un pays ruiné et désolé, qu'il auroit un fascheux et irréconciliable ennemy parmy toutes ses Provinces, à vostre advis le Duc de Savoye differeroitil d'entreprendre sur luy ce qu'il a si hardiment entrepris sur le deffunct Roy, lors que l'Estat estoit entier ?Le Roy
1035 d'Espagne differeroit-il à reprendre ce qu'il prétend appartenir à sa maison, la Bourgongne, la Bretagne, les villes de la Rivière de Somme et autres ? Ou monsieur du Mayne les laisseroit faire, ou il leur resisteroit : s'il les laissoit faire, que seroit-il, sinon qu'un Roy de Tra-
1040 gedie, qu'on auroit vestu d'habits empruntez pour l'en despouiller ? s'il veut résister, comment feroit-il la guerre à ses amis et à ses ennemis, veu qu'aujourd'huy avec tous ses amis il ne fait que se défendre ? Tous les peuples qui crient aujourd'huy après un Roy pensent que, si
1045 tost qu'ils l'auront, ils seront en repos et verront tout le monde luy obeyr. Quand ils verront leurs maux croistre,
103 1. en toutes D.
et les succès fascheux, comme un Prince foible, ayant affaire à de forts ennemis, ne les peut gueres avoir autres, que diront-ils ? Mais quand M"" du Maine pourroit couler
1050 toute sa vie et traîner la guerre avec cette qualité, que deviendront ses enfans, principalement s'il les laisse jeunes ? L'élection une fois faicte rendra le Royaume électif à l'advenir, car il y aura tous jours force Princes qui espéreront estre esleus. Et les peuples penseront, comme
1055 c'est leur naturel, mesmes quand ils sentent du mal, que, changeant, ils seront mieux. Les Royaumes sont précipices : Ion ne peut cheoir du sommet que Ion ne tombe tout en bas, il n'y a point de lieu stable entredeux. Il faudra qu'ils demeurent misérables, ou réduits
1060 à la condition des pauvres gentils-hommes en leur pays, ou réfugiez chez les Princes voisins, pour y cercher secours. Bref ce dessein est entièrement hors de raison, et ne tombera jamais en l'esprit d'un si sage Prince que Monsieur du Mayne.
065 Quand il seroit chatouillé d'un désir ambitieux de monter à ce degré d'honneur (passion qui entre aisément es cœurs des Princes) il n'ignore pas que ce seroit une grande simplesse d'accepter ce tiltre en Testât où il est. Il faut conquérir les Royaumes, et, quand on y est esta-
070 bly, Ion y prend tel tiltre que Ion veut. Mais de prendre le tiltre auparavant que d'en estre maistre, c'est se charger d'envie sans proffit. Ainsi Charles Martel commandail en France longuement sans estre Roy, et laissa prendre racine à sa puissance, se contentant que son fils en cueil-
075 list la fleur. Ainsi Hugues le grand eut l'authorité et les forces en main sans attenter à la couronne, ains laissa à son fils de le faire lors qu'il fut paisible de tout. Ce
1056. changeans D.
Actions et Traktti Oratoires. 7
n'est donc point sans raison que Monsieur du Mayne s'est mocqué de ceux qui luy ont voulu faire ces propo-
1080 sitions, et, quand ils l'en ont pressé davantage, s'en est oiFencé, comme contre gens qu'il jugeoit en efFect ennemis de sa réputation et de son bien, monstrant en cela autant de modération d'esprit que de prudence.
Quelques-uns mettent en avant d'eslire un de la mai-
108) son de Bourbon catholique, comme estimant que plus aisément soubs un Prince de cette maison se r'allieroient tous les deux partis, principalement la noblesse. Mais à cela pour response, il n'y a apparence quelconque qu'ayans veu ceux qui commandent en ce party si mal
1090 affectionnez en leur endroit, il s'y voulussent fier et se desunir entr'eux. Ils considèrent assez que ce n'est pas la bien-veillance que nous leur portons qui nous feroit leur offrir ce tiltre, ains une nécessité urgente et desespoir d'autre remède ; tellement que, toutes et quantesfois que
1095 nous-nous en pourrions passer, nous les rejetterions. Ce qui nous seroit d'autant plus aisé qu'ils n'auroient avec nous ny force ny crédit, sinon autant que leur en donneroient les Princes de ce party qui sont desja establis : de sorte que le Roy esleu n'auroit rien que le nom. Posons
iioo qu'il s'en trouvast un : si c'est celuy à qui par la proximité de sang il est deu, ce sera un enfant. Si vous en prenez un autre, les autres en seront mal contens, et le choix et l'envie de celuy qui sera esleu confirmera les autres au party contraire. Faisons que tant qu'il y en a de
1105 catholiques prennent nostre party et laissent le Roy de Navarre, sera-ce un remède à nos maux ? Pensons-nous que tant de Noblesse jointe avec luy, obligée de charges et de commandemens, le quittent ? Cela se peut plus
1085. estimans D — 1095. nécessité .pressante D.
tost désirer qu'espérer. Vous avez veu comme, n"es-
iiio tant que la troisième personne de France, n'ayant prétexte que sa religion, n'ayant que quatre ou cinq villes pour luy en ce royaume, il nous y a entretenu la guerre. Que fera-il aujourd'huy qu'il a tant de Noblesse ? qu'il tient la moitié des villes ? qu'il a le prétexte de Testât
1115 pourluy? l'Angleterre déclarée, les Allemans, les Suisses, et peut-estre les Potentats d'Italie favorables, et nous, ses ennemis, si lassez, si ruinez, si divisez que rien plus ?Je dis donques que, de tous les moyens proposez ci dessus, il n'y en a un seul qui puisse, selon que le jugement
1120 humain peut comprendre, apporter remède à noz maux, et rendre à ce pauvre et désolé Royaume le repos, et à la religion sa seureté.
Or après ceux-là n'en reste-il qu'un seul, qui est de faire le Roy de Navarre catholique et Roy de France. Il
1125 est premier Prince, à qui la couronne appartient par droit de sang. Et s'il estoit Catholique, personne n'y trouveroit rien à redire : levant ce defFaut, on levé l'occasion de la guerre ; on réunit tous les deux partis en un, on soubsmet à l'obéissance tous les Princes, seigneurs et
1130 Estats du Royaume, et par conséquent on soude la playe qui nous fait tous périr.
A cela Ion objecte qu'il est relaps, qu'il y a danger que sa conversion ne fust une conversion feinte, qu'ayant acquis l'authorité qu'apporte avec soy le tiltre de Roy, il
1155 ne ruinast la religion et les Princes du party qui l'ont maintenue jusques icy. Quant au premier, il n'est pas plus relaps qu'il estoit lors de la mort du feu Roy, que Messieurs les Théologiens furent d'advis, pour appaiser ce feu de guerre civile, de le faire semondre de se faire
1140 catholique, et ce faisant luy offrir obéissance ; ny plus relaps que quand Monsieur le Légat Cajetan permit durant
lOO EXHORTATION A LA PAIX
le siège traicter avec luy. Je trouve fort louables ceux qui désirent aux Princes qui leur doivent commander qu'ils soient exempts non seulement de tout vice, mais encore
1145 de tout soupçon. Si les choses du monde se gouvernoient par souhaits, ce seroit bien souhaitté. Mais que n'avonsnous fait pour cela? que n'avons-nous enduré ? Tout ce certes que l'esprit humain peut penser. Tant y a qu'après avoir fait tout ce qui est en nostre puissance, avoir imploré
1150 le ciel et la terre, noz amis et noz ennemis, nous nous sommes tellement ruinez, que tout le monde, fors nous, a pitié de nous. Et outre les maux que nous avons endurez et endurons, nous en prévoyons, de quelque costé que nous tournions noz pensées, d'autres infiniment plus grands
11)5 et plus dangereux. Il ne faut donques pas penser à des souhaits et à des vœuz, mais, comme toutes loix divines et humaines le permettent, entre tant de maux inévitables venir au choix des moindres, et examiner par prudence des choses qui sont en nostre puissance (car de
1160 celles-là seules peut-on délibérer) laquelle est moins dangereuse et nuisible pour nostre religion. Or en ce cas je dis, quand toutes les loix excluroient un relaps de la couronne, neantmoins que le cas de la nécessité n'y seroit jamais compris, nécessité qui est telle, qu'elle n'est
1165 pas seulement pitoyable, mais mesmes espouvantable. Je dis davantage que, cette exclusion n'estant qu'en haine de la personne et pour le bien de l'Estatet de la Religion, toutes et quantesfois que la condition de Testât et de la religion porteroit qu'il leur seroit utile de recevoir non
1170 pas seulement un relaps, mais mesmes un de pire condition, l'utilité publique feroit cesser cette disposition. Or si l'heresie avoit à faire un souhait, que pourroit-elle
1143. au Prince... doibt B — 1165-6. Je dy plus D — 1168. et toutes C, que toutes D.
désirer d'avantage, sinon d'avoir un Roy courageux et magnanime, qui, avec le prétexte de Testât, assisté de
1175 tant de Noblesse et de villes, plantast sa religion ? C'est ce qu'il luy faut oster, et de moyen il n'y en a point d'autre que de faire le Roy de Navarre catholique.
De dire : il n'y voudra pas entendre ; premièrement, pourquoy en desesperons-nous avant que l'avoir tenté ?
1180 En chose si grande, si importante et si salutaire, craindrons-nous noz peines et d'y employer les moyens dont nous-nous pourrons adviser ? J'ay ploré, croyez mov, et du cœur et des yeux, je dis avec des larmes aussi chaudes que j'en tombay jamais, quand j'ouys un des plus grands
118) de l'Eglise discourant que ce seroit un grand bien, voire seul remède des maux de ce pauvre Royaume et de la religion, que le Roy de Navarre se fist catholique ; et, sur ce qu'un Prélat luy disoit qu'il le failloit doncques sommer de se faire catholique, il respondit que non era
1190 del decoro délia sede Apostolica. Quoy doncques, en l'Eglise comme parmv les follies du monde, on bazardera pour !e poinct d'honneur le salut de tant d'ames, et la ruine d'un si grand Royaume ? O vanité indigne non d'un Chrestien, mais d'un homme bien censé ! Les cœurs des
1195 Rois sont en la main de Dieu. Comme il a jusques aujourd'huy endurci celui de ce Prince, afin qu'il exerçast sur nous la juste vengeance de noz péchez, quand avec un saint zèle et dévote ferveur, en contrition de cœur nous nous retournerons à Dieu, et le supplierons d'amolir et
1200 redresser le courage et la volonté de ce Prince, au premier son de nostre voix, d'un vaisseau d'ire il en fera un vaisseau de grâce et d'élection. Joint que, pour dire la vérité, ce Prince n'a point le naturel mauvais ; ses mœurs
1188. falloit CD — 1194. sensé D.
sont douces, gracieuses, et mesme ce que Ion blasme en
1205 luy tient beaucoup de l'humanité. Puis et la compassion de tant de misères dont il void son pays affligé, et le désir qu'il pourra avoir de se veoir reconnu Roy d'un si grand Estât l'y disposeront beaucoup. Joint les urgentes prières de tant de Noblesse qui est autour de luy, et le
1210 vœu commun de toutes les villes de son party, qui se joindront à ce mesme dessein ; voire les désirs de tous les potentats de la Chrestienté le pourront aisément obtenir.
Que si son malheur et le nostre le faisoit opiniastrer
121 5 contre le bien public, et refuser une si juste et saincte conqueste, nous tirerons sans doubte unfruict très-grand d'en avoir faict la poursuitte et avoir faict ce qui estoit en nous pour le bien public : car nous justifierons nostre cause devant Dieu et devant les hommes, et
1220 rendrons un tesmoignage à la postérité que forcez et violentez nous avons tant faict et enduré de maux, de peur de perdre nostre religion. Puis les Princes, la Noblesse et les villes de son party, qui verront qu'il ne veut pas accepter l'Estat avec les conditions des loix et
1225 de ses prédécesseurs, l'abandonneront, et prendront conseil en commun avec nous de se soubsmettre à un des Princes du sang de France Catholique. C'est un moyen que les plus sages et plus advisez ont ouvert dés le commencement, et lequel estoit si sainct et si salutaire que
1230 je crains que Dieu nous demande compte un jour de l'avoir négligé, et pour l'avoir négligé avoir esté cause de tant de maux et tant de morts.
Nous craignons, disons-nous, que, s'il se faict Catholique, ce soit une conversion feinte et, quand il sera esta-
1207. recogneu C, reconneu D — 1208. J'adjouste les urgentes D — 1224-5. <Jc5 loix de ses CD — 1232. morts survenues. D.
1235 bly, qu'il ne revienne à son erreur et ne replante sa religion. C'est sainctement et religieusement craint, mais il ne faut pas pour la crainte d'une chose incertaine encourir un mal présent et, de peur qu'il ne ruine un jour la religion, que nous la ruinions dés à présent. Comme cela
1240 peut advenir, aussi peut advenir le contraire. Mais quant à moy je dis que c'est faire tort à nostre religion que d'avoir cette crainte, et de penser qu'elle ne soit pas assez forte pour se conserver où elle aura esté une fois receuë. Mettons autant de peine, autant de soin et de
1245 veilles à le bien instruire comme nous avons mis à le vouloir ruiner, et je pense que nous luy ferons autant aimer nostre religion qu'il la hayt, et autant hayr la sienne qu'il l'aime. La raison se peut tousjours persuader à quiconque la voudra entendre, et croy que la principale
1250 racine de l'heresie c'est l'ignorance : non qu'il n'y ait eu de tres-sçavans hommes qui en ayentesté tachez, mais lesquels, ou je suis fort trompé, sont devenus d'heretiques sçavans, et non de sçavans hérétiques ; c'est à dire, qui ont employé leur estude non à cercher la vérité, mais à
1255 soustenir l'opinion qu'ils avoient embrassée. Toutesfois
Dieu peut bien permettre, par les secrets conseils de son
infinie et incompréhensible providence, que les plus sça-
I vans choppent devant luy. Mais quoy que soit, s'il y a
I raison au monde aisée à persuader, c'est celle que nous
1260 luy voulons proposer, laquelle, outre qu'elle est assistée
de l'Esprit de lumière, qui brille aux yeux des plus aveu-
glez et eschauffe les cœurs des plus glacez, est davantage
■I fortifiée par le consentement de tant de siècles, par le
tesmoignage de tant de grands, de saincts, de sçavans
1265 personnages, parles quatre coings du monde où elle est
1247. ''"^ hayt B ; haït D — 1258. quoy que ce soit C D.
receuë et approuvée, que quiconque en esprit d'humilité se donnera patience d'entendre la suitte et le progrès de l'Eglise, et, ostant la destaveur et préjudice que les vices des hommes et la mauvaise vie des ministres ont apporté
1270 à la doctrine, considérera comme tant de fois assaillie par tant d'artifices, tant de fois elle a vaincu, aimera sa pureté et sa candeur, et rejettera toutes les nues de nouvelles opinions dont on la veut obscurcir. La religion est un grand, ample et profond subject, où il y a tant et tant
1275 de difficiles et fascheuses questions que rien plus : et, bien qu'il n'y ayt qu'une vérité, si peut-il y avoir beaucoup d'opinions, qui, ornées par la subtilité de quelques esprits ambitieux et eloquens, se rendent agréables et allèchent à elles un grand nombre de sectateurs. Mais
1280 ceux qui verront comme tant et tant d'heresies se sont défendues de grandes et belles raisons en apparence, et telles que quiconque les lit s'en trouve esmeu, s'il ne void les responses dont elles ont esté renversées, se résoudront en fin qu'il n'y a salut ny repos de conscience, en
128) faict de religion, que celuy que nous apporte l'humilité, qui nous soubmet à l'obéissance de croire ce que la commune voix de ceux qui sont préposez à l'instruction du peuple Chrétien détermine, et que qui sortira de ce train vaguera et flottera toute sa vie incertain, ne sçachant,
1290 en ceste vaste et profonde mer de doubtes et de questions, à quel port surgir. Je me promets donc tant de la vérité de nostre religion que, si le Roy de Navarre s'y laisse instruire, il ne l'abandonnera jamais. Joint que les Princes ne sont pas obligez d'estre sçavans et entrer en
1295 ces pontilleuses et scrupuleuses recherches qui font ordinairement ces hérésies, et aussi qu'entre les Princes et
1280. vie en incertitude D.
pour l'honneur des hommes (qui peut beaucoup es actions des grands) ce luy seroit une honte de changer ce qu'il auroit receu après une telle instruction et une si publique
noo protestation.
Mais je vous diray davantage que, quand il le voudroit faire, il en aura lors moins de moyen qu'il n'a aujourd'huy, voire qu'il luv sera du tout impossible. La condition du Roy de Navarre se faisant Catholique, et par ce moyen
1505 estant recongnu Roy, est bien différente d'un Prince qui seroit né Roy ou auroit esté receu absolument. Il ne peut aujourd'huy estre recongnu Roy que par un traicté ; en ce traicté on stipulera des seuretez pour les Princes, pour les Provinces, pour les villes. Les Princes du party con-
1510 traire et la noblesse, qui ont si constamment persévéré en leur religion, n'ont rien démordu de leur foy, ayderont à rendre ces conditions advantageuses, et eux-mesmes voudront garder une partie des gages. Le Roy de Navarre recongnoist assez le naturel remuant des Fran-
1515 çois : quand la crainte de l'estranger sera levée, et que le prétexte del'Estat sera osté, il sçait bien qu'au moindre subject de mescontentement qu'il donnera à ses subjects, il se trouvera prou de gens qui remueront mesnage. Ce sera à luy d'estre sage, et leur en oster les occasions.
1520 Outre cela Ion peut faire interv^enir les Princes estrangers, et les obliger à la protection de ceux qui traitteront et entretenement de ce qui sera accordé. Et quand il aura promis quelque chose, et que toutes les villes qu'il tient aujourd'huy soubs garnison seront en liberté, il n'y
1525 a nulle doute que, s'il vient à enfraindre ce qu'il aura accordé, que plusieurs de ses villes mesmes ne se joignent
1505. recogneu C, reconneu D — 1307. recogneu C, reconnea D — 1311. rien rabatu D — 1314. recognoist C, reconnoist D — 1318. trouvera assez D — 1325. nuI,D — 1325-6. aura promis D.
avec nous contre luy. Quant aux Princes de ce party, les mesmes considérations les peuvent asseurer, mais outre cela le naturel du Roy de Navarre, qui a cette
1550 vertu de n'estre point vindicatif, au contraire fort reconciliable, voire tant que, si d'ailleurs son courage ne paroissoit assez. Ion penseroit en cela qu'il en eust faute. Davantage le subject de cette querelle regardant le gênerai et estant fondée" sur la religion, en est d'autant plus
1335 aisée à sonder par une vraye reconciliation, et plus beaucoup que celle de la maison de Bourgongne, qui estoit entièrement sur le particulier, et laquelle neantmoins, après avoir longuement duré, fut terminée par un accord qui n'a onques depuis esté violé. A cela on peut adjouster
1340 que les debtes dont le Roy de Navarre sera chargé l'espuiseront : de façon qu'il n'aura jamais moyen d'opprimer ceux qui se seront fiez à luy ; où au contraire les Princes de ce party pourront de leur revenu et des pensions qui leur seront accordées se maintenir et entretenir leurs amis
1345 avec eux.
Mais pour le particulier de Monsieur du Mayne, toutes les raisons sont pour conclurre qu'il peut estre par une paix entièrement rabillé avec le Roy de Navarre, et avoir en ce Royaume plus grand rang et auctorité que Prince
1350 qui y soit. Comme les Princes considèrent plus les evenemens que les desseins, le Roy de Navarre peut dire que la guerre que Ion luy a faict luy a mis la couronne sur la teste, et que monsieur du Mayne la luy aura rendue paisible par un accord, estant trop notoire que, s'il eust
1355 eu plus de volonté de luy nuire qu'il n'avoit de mettre cet Estât en repos, il eust peu, en ruinant ce Royaume, gratifier un estranger et se prévaloir de sa faveur. Ce
1329. avec cela D — 1534- elle en estCD — 1542. ou B.
Royaume est composé de façon qu'il ne peut estre qu'il n'aye la guerre dehors. Le Roy de Navarre est Prince
i?6o qui a plus paty qu'homme de son aage, qui doit maintenant désirer quelque douceur de vie. Quand il en aura le moyen, il la prendra, il sera bien aise de se reposer, et, le faisant, ne pourra commettre la charge de ses armées à autre qu'à monsieur du Mayne,pour en estre fort capable.
1565 Doncques toutes considérations concurrent pour persuader Monsieur du Mayne et les Princes de mettre fin à tant de misères, et donner quelque moyen à tant de peuples affligez et tantost tous consumez de respirer soubs le faix d'une si estrange calamité.
1370 Mais, quand toutes ces raisons-la cesseroient et qu'autre chose ne les y pousseroit, voire forceroit, que la pitié et compassion qu'ils doivent avoir de ce pauvre Royaume qui les a tant aimé, chery et 'honoré, si faudroit-il qu'ils le fissent. Ce ne sont plus maux que les nostres, ce sont
137s ruines, et non point ruines particulières, ains ruines totales et exterminations universelles, avec tant d'horribles misères, d'effroyables avantures, d'espouventables désolations, qu'il semble que la nature se soit vaincue pour apporter à nostre peine des monstres et prodiges de
1580 meschancetez, et qu'elle ait abbruty les hommes qui dévoient servir à dégrader et ravager nostre pauvre pays, pour d'une bestiale férocité sévir contre nous par nouveaux exemples de cruauté. Dieu a permis pour noz péchez que nous ayons tous preste noz mains à nostre
1385 peine, et que nous soyons tous coulpables des maux que nous avons jusques aujourd'huy endurez ; n'en accusons personne que nous et noz pères, qui ont vescu devant nous. Mais maintenant que la douleur nous a percé
1275. aymez, chéris et hoxiOTti D — 1582. seri'ir B.
jusques aux entrailles, et que noz cœurs attendris par les
1390 durs fléaux de si rigoureuses afflictions souspirent si pitoyablement, et implorent d'un mesme vœu et consentement la bonté et miséricorde de Dieu, à ce qu'il luy plaise lier les mains à nostre fureur et par la douceur de sa paix estancher les torrens de noz guerres civiles, vous,
139s Roys, Princes et Seigneurs, que Dieu prépose au gouvernement de ses peuples, joignez voz souspirs aux leurs, et de la puissance et authorité que vous avez parmy eux soulagez leur extrême calamité. Ils vous en prient, supplient et conjurent. Que si la jalousie de vostre particu-
1400 liere grandeur et quelque ambitieuse passion ferme voz oreilles à leurs cris, faisant que leurs prières et remonstrances soient rejettées de vous en terre, craignez que leurs plaintes et leurs souspirs dressez au Ciel contre vous n'y soient receuz, et que Dieu, avec compassion de leur
1405 mérite et indignation de vostre cruauté, ne vienne à leur secours avec son bras de fureur, dont il brise et casse comme pots de terre les plus redoutables puissances du monde, et qu'il ne rende signalée la salvation de son peuple par la ruine de ceux qui n'en ont point de pitié.
1410 Mais ne vueillez point, ô puissance éternelle, signaler les biens et faveurs que nous attendons de vous par la calamité et désolation de ceux qui font la principale partie de nous. Sauvez-nous, Seigneur Dieu, tous ensemble, et, puis que vous tenez en vostre main le cœur des Roys et
141 5 des Princes, amolissez-les tellement par le feu de vostre saincte charité, qu'ils conçoivent un louable et piteux désir de servir de tout leur pouvoir au salut de leur pauvre patrie, et se rendre glorieux ministres du salut que vous luy voulez octroyer, afin que nous et nostre dernière pos-
1420 terité célébrions par tous les aages suivans l'infinie bonté, sagesse et puissance du Dieu du Ciel et de la
terre, qui nous a sauvez lors que nous n'avions plus d'espérance aux hommes ; et après luy que nous aymions, servions et honorions les Princes, qui auront par leur 1425 saincte et sage sollicitude ramené en ce misérable et calamiteux Estât cette tant désirée et tant nécessaire paix et tranquilité.