nostre connivence D
autres peuples du monde, qui, acquérant la richesse, ont perdu la vertu. Au contraire ceux-cy ont creu leur cou-
90 rage en croissant de moyens, et des richesses que la fortune leur a offertes ont bast\- des degrez solides à leur ambition, pour joindre les extremitez de la terre soubs leur obéissance. Ce n'est pas sans cause, si en cet ambitieux dessein ils ont porté fort impatiemment de voir la
95 France, rivale de leur empire, arrester leurs progrès, et tenir continuellement en eschec leur grandeur, qui ne se pouvoit dire bonnement asseurée, tant qu'elle se voyoit balancée par un tel contrepoids. C'est pourquoy, ne voyant pas que leurs armes fussent assez fortes pour se 100 deffaire de si puissans voisins, c'a esté un sage advis à eux, digne de grands conseillers d'Estat, de nourrir et fomenter les divisions en la France, afin que celle que les forces estrangeres n'avoient peu esbranler se defist et ruinast d'elle mesme et de ses propres mains. Et pource
10 > que les premières divisions n'y avoient pas peu suffire, et qu'en noz premières querelles pour la religion le trouble qui s'estoit faict au Royaume avoit bien apporté de l'émotion en ses membres, mais nulle altération en sa forme, le grand secret a esté de subdiviser ce qui estoit
iio le plus fort et puissant, qui estoit le part}' des Catholiques, pour esbranler en l'authorité du Prince la clef de la voûte, et, ostant le respect des loix et des magistrats, couper les nerfs qui maintenoient et soustenoient le Royaume.
11$ Comme cela s'est faict. Messieurs, vous l'avez veu : bien est-il vray que la disposition du subject, les vices et manquemens des François ont fort aidé à l'artifice des
88. acqaerans D — 95. leur progrez D — 97. bonnement cm. D 100. c'a B.
Actions et Traicte\ OraOfires. 8
estrangers. Tant y a qu'en peu de temps, et incontinent après l'accident arrivé à Blois, vous avez veu le conseil
I20 d'Estat de la France se tenir à Paris en la maison de Dom Bernardin de Mendose. Là ont esté prises toutes les belles resolutions qui ont esté exécutées pour extirper les loix et la mémoire du nom et de l'authorité Royalle, pour establir une servitude et captivité parmy
125 vous, plus dure que celle des Indes. Là fut pris le conseil d'emprisonner le Parlement, en exécution duquel vous vistes entrer en ceste maison sacrée une trouppe de voleurs, composée des plus bas et vils ministres de la justice, lesquels, l'espée au poing, vindrent arracher
130 de dessus les sièges sacrez ces vénérables vieillards, aux pieds desquels ils estoient à genoux et teste nuë deux jours auparavant. Vous fustes tous menez en triomphe à la Bastille, sans excepter mesmes ceux que ces pendarts estimoient de leurs amis et plus zelez à leur party. Car
15s aussi n'estoit-ce pas aux personnes qu'ils en vouloient, c'estoit à leur dignité et à leur magistrat ; c'estoit au nom de la justice à qui ils faisoient la guerre ; c'estoit celle qu'il falloit exterminer pour introduire la confusion et le brigandage. Cet accident ayant donné un espou-
140 vantement à tous les gens de bien et d'honneur, leur fit vuider la ville et abandonner leurs familles, et lors aussi tost leurs biens furent mis en proye, toute cette ville ne fut qu'un sac, que pillages, proscriptions, recerches, menaces. La venue de monsieur du May ne adoucit
145 aucunement ce desordre, et, comme il est prudent et sage, bien que la nécessité de ses affaires l'obligeast à recercher sa defence et seureté avec qui il la pouvoit trouver, si reconnut-il assez que les Espagnols, au train