‹ Actions et traictez oratoiresChapitre 54 sur 103 · reconnut C · texte numérisé non relu

reconnut C

qu'ils prenoient, desiroient esgalement la ruine de tout

150 ce qui estoit eminent en France. C'est pourquoy, luy qui juge assez sa conser\'ation estre joincte avec celle du public releva l'authorité de ceste compagnie, r'asseura tous les gens d'honneur et essaya de r'allier tous les François en un corps, pour se porter un jour tous où le

155 bien commun le requerroit. Mais son soudain départ ayant laissé les choses imparfaictes, il ne peut empescher que les conseils et l'or d'Espagne ne se fortifiassent tousjours, et ne demeurassent avec l'authorité. Ayant donc chassé de la ville quasi tous les gens de bien, on

160 trouva du commencement moyen d'y faire entrer une garnison d'Allemans. Le nom de la nation estoit moins suspect ; le commandement en estoit à monsieur du Mayne, mais en effect le Roy d'Espagne les soudoyoit. De mesmes par les -autres Provinces, les Espa-

165 gnols commencèrent à jetter des gens par tout, traitter en particulier avec chacun des gouverneurs, les desunir de leur chef, s'asseurant assez que leur foiblesse et desespoir les feroit en fin jetter entre les mains du Roy d'Espagne.

170 Tout cela. Messieurs, faisoit songer monsieur du Mayne à soy, et luy faisoit tirer les choses un peu en longueur, pour veoir quelle ouverture de salut il pourroit trouver parmy tant de pièges qu'il voyoit tendus de tous costez. Mais les Espagnols, qui congnoissoient bien que le temps

175 feroit en fin les François sages, le firent tant et tant presser par le Légat, qu'ils avoient à leur dévotion, qu'ils le contraignirent de tenter la fortune des armes et commettre tout à un jour de bataille, sur l'espérance du

157. conseils avec l'or D — 158. AyansC D — 167. s'asseurans D 171. a B — 174. c(^noissoient C, connoissoient D.

lié SUASION DE l'aRREST

grand secours qu'ils luy promettoient. Vous sçavez tous

i8o combien leur secours fut petit. Bien avoient-ils sur la frontière une autre armée toute preste pour un autre dessein, car ils concluoient ainsi : ou Monsieur du Mayne gagnera la bataille, ou il la perdra. S'il la gagne, il s'affoiblira et perdra une partie de ses forces ; nous vien-

185 drons derrière pour cueillir le fruict de la victoire, et donner la loy aux vainqueurs et aux vaincus. S'il la perd, il faut que luy et tout son party se jette entre noz bras, n'ayant plus de resource ailleurs. Ils n'argumentoient pas mal, car, après la bataille perdue, Paris estant

190 assiégé, il n'y avoit moyen de le délivrer qu'avec l'armée du Prince de Parme ; et comment vint cette armée ? Au petit pas, attendant le dernier moment de toute extrémité. Ce fut lors que les Espagnols commencèrent à faire entendre leurs prétentions sur le Royaume, qu'ils

195 commencèrent à presser de faire tenir une assemblée d'Estats, pensant avoir desja asseuré leurs affaires, et corrompu par les Provinces tous ceux qui pouvoient y estre députez. Toutesfois, Paris estant délivré, ils ne trouvèrent pas après le péril passé qu'on fist tel compte

200 d'eux qu'ils esperoient. Aussi s'en retournerent-ils soudain, se contentans de laisser trois mil Espagnols ou Napolitains en garnison à Paris, comme pour tenir la ville et fortifier leurs partisans.

Le siège de Rouen survint incontinant après ; ceux de

205 dedans se trouvans fort pressez, le Prince de Parme, invité de prester ses forces pour les secourir, parla lors encor plus clair qu'il n'avoit fait auparavant, représentant que l'Infante d'Espagne pretendoit que ce Royaume luy appartint ; déclara ouvertement qu'il n'avanceroit

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