‹ Actions et traictez oratoiresChapitre 67 sur 103 · FAICTE LE VIKGT-TROISIESME JOUR DE DECEMBRE I · texte numérisé non relu

FAICTE LE VIKGT-TROISIESME JOUR DE DECEMBRE I

Je ne vous sçaurois exprimer, Messieurs, les diverses 5 pensées qui me vindrent en l'esprit quand à mon arrivée je jettay le premier œil sur la face de vostre ville. Car, comme la mémoire des grands dangers se rafraischit aisément par l'object de ceuj qui en ont couru la fortune, je me représenta}' aussi tost le péril et la ruine où vous vous estes 10 veus précipitez et quasi abysmez. Et, tornant la veûe sur ce beau et célèbre port, qui embrasse une partie de vostre ville ety faict affluer l'opulence et la richesse, je m'imaginois d'y voir encor les galleres d'Espagne arborées de leurs croix rouges et les regimens d'Espagnols en battaille sur 15 vos quays, comme quand ils pensoyent s'emparer de vos personnes, de vos biens et de vostre liberté. Je disois à part moy : Combien s'en a-il fallu que ceste brave et magnifique Cité, l'un des yeux de la Fi-ance, ne soit demeurée captive sous le joug insolent de ses plus cruels

3. faite en la maison de Ville, 1596. B C D — 4. sçaurois. Messieurs, assez exprimer A* — 7. rafraiscbisseiit A, refraichit A^ — 8. la mesme fortune A- — 10. veus om. A' ; tournant A'-D — 13. Espaigne A'. Espagnes CD — 16. et disois A' B C D — 17. Combien peu A' B-C D ; s'en est-il A--D — 19. captivée A^.

20 ennemis ? que ses citoyens n'ayentesté enlevez aux Indes, pour repeupler les contrées que la cruauté des Espagnols y a misérablement désertées ? que leurs femmes et leurs filles, leurs biens et leurs maisons n'ayent esté distribuez à une colonie de Castillans ? Mais à ceste triste pensée

2) succéda aussi tost l'aggreable souvenance de ceste heureuse journée, plus reluisante des merveilles de Dieu que des rayons du Soleil : en laquelle, sous les heureux auspices du Roy, nostre juste et légitime Prince, sous les heureux auspices du nom de la France, sous les heureux

30 auspices du nom fatal de liberté, Marseille fut réduite à l'obéissance de son Roy, rendue à la France et délivrée de la servitude Espagnole. Ceste seconde imagination effaça bien tost la première et estouffa incontinent par la joye ce que j'avois conceu de frayeur et d'estonnement :

55 mesmes quand, approchant de plus près de vos portes, je vous vis sortir en foulle et tesmoigner par vos voix, par vos visages, par vos gestes, Talegresse et le contentement que vous aviez de la grâce que vous faict le Roy, vostre souverain Seigneur, vous envoyant et déposant en vostre

40 ville sa justice Souveraine, le plus riche et précieux fleuron de sa Coronne.

Une seule appréhension me demeura de toutes ces diverses cogitations, qui fut que je me representay à l'instant l'inconstance des affaires humains et me resou-

45 vins d'un des plus célèbres et judicieux historiens de l'antiquité, qui s'estonne avec raison du naturel des peuples et dit que c'est grand cas que les plus stupides bcstes qui soyent au monde, estans une fois eschappées

21. lescruautezA* — 22. y oin. A' BCD ; ont misérablement A; désertez A-. — 30. réduite en A' — 31. rendu, délivré A — 32. des Espagnols BCD — 33-4. sa joye A' BC D — 35 . près vos BCD — 36. tesmoignans A= ; tesmoingner B — 37. gestes le plaisir et le B C D ; et contentement A' — 38. faisoit A^ — 40. souverainne A^ — 41. couronne A'-D — 42. toutes ses A» — 44. humaines A'-D.

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