‹ Actions et traictez oratoiresChapitre 66 sur 103 · leurs pays CD · texte numérisé non relu

leurs pays CD

allumera-elle un feu de guerre pour cent ans, non seule-

835 ment en ce Royaume, mais aussi en toute la Chrestienté, et que la France sera le théâtre où de toutes les parts de l'Europe il faudra que les forces accourent pour, avec le sang d'un milion et milion de Chrestiens, esteindre ce funeste embrasement. Et que fera le Turc, cependant, dis-

840 je, que nous luy ouvrons noz portes par noz divisions et haines bestiales ? Je me souviens d'avoir leu dans une relation d'un Ambassadeur de Venise que les Turcs en leurs mosquées font tous les jours une prière publique à Dieu que les Chrestiens ne puissent estre jamais d'accord.

845 O que je crains bien que leurs vœuz n'ayent esté exaucez, et que noz péchez n'ayent servy de sacrifice pour rendre leurs prières acceptables ! Ils ont de grandes armées prestes, qui menacent de tous costez la Chrestienté, mais ils n'en auront que faire, car nous combattons trop cou-

850 rageusement pour eux : tous noz desseins, tous noz conseils ne sont que pour leur aplanir le chemin pour venir à nous, pour faire leurs besongnes, et pour perdre nousmesmes la religion dont nous chérissons, mais en parolles seulement, le nom, et dont en effect nous déracinons,

855 entant que nous pouvons, les fondemens. Tournons les yeux de tous costez, et, sitostque nous les jetterons hors de l'enclos des bonnes villes, nous trouverons toutes les Eglises abattues, ou pour le moins pillées et désertes, les Monastères abandonnez, les Religieuses vagantes, afin

860 que je ne die pis, et toutes sortes de pollutions faictesaux lieux saincts. Et qui faict tout cela ? Noz gens : ceux qui combattent, ce disent-ils, pour la religion en font la meilleure part. En fin, Messieurs, les causes de faire la guerre sont différentes en la bouche des divers partiz,

865 mais les effects en sont par tout semblables ; ce ne sont par tout que violemens, saccagemens, pillages, meurtres

138 SUASIOX DE l'aRREST

et impietez. Prenons donc les conseils, non qui peuvent entretenir et fomenter cette hydre vénéneuse de guerre et dissention civile, mais qui, ramenant toutes choses à

870 la paix, tendent à conserver Testât auquel nous sommes nez et la religion Catholique en laquelle nous sommes renaiz. Mais, comme entre les préceptes de la médecine il faut, pour parvenir à une cure parfaicte, oster de la partie blessée le corps estrange ou l'humeur maligne, avant

875 que travailler à y r'amener une bonne nourriture; aussi, avant que d'employer noz esprits à la recerche des moyens nécessaires pour la plaine restauration de cet Estât et conservation de la religion, il faut parer au coup qui nous menace, et lequel, s'il n'estoit divert}', nous ren-

880 droit après soy tous les autres remèdes inutiles. Portonsy donc tous la main, l'esprit et le courage. Secourons nostre pays, soustenons la fortune de nous et de noz enfans, affermissons nostre liberté esbranlée, et tesmoignons que nous sommes vrayement ceux de qui nous por-

88$ tons le nom, sages et fidelles conseillers de la couronne.

Je scay bien qu'il pourra survenir deux diverses pensées

à ceux qui ont le sang un peu plus froid, et ausquels la

timidité soubs le nom d'une fauce prudence engourdit

bien souvent les conseils. Les uns diront que ce que je

890 propose est bon, salutaire, voire nécessaire, mais qu'il seroit plus à propos d'en parler à monsieur du Mayne avant que de le faire, afin qu'en chose de telle conséquence il ne semble que nous l'ayons négligé. Les autres diront qu'avant que de ce faire il faut pourvoir à nostre

895 seureté et mettre ordre que nous ne soyons prévenus par une puissante garnison de plus de trois mil hommes qui est en nostre ville, qui, congnoissant noz volontez,

871. naiz CD — 880. inutils CD — 897. cognoissant C, coniioissant r.

voudra peut-estre essayer de faire avec la force ce qu'elle désespérera d'obtenir de nostre consentement. Je loue

900 grandement la modestie de ceux qui désirent rendre à monsieur du Mayne l'honneur et le respect qui luy est deub. Car il a tousjours monstre tant de bienveillance envers cette compagnie ; il luy a tousjours tant déféré ; il est d'ailleurs si sage, si prudent, si entendu en la con-

905 duicte des affaires et s'est monstre en toutes choses si désireux de la conservation de cet Estât, qu'en nul autre cerveau, en nul autre cœur nous ne pourrions puiser des advis plus salutaires pour remédier à semblables accidens que celuy où nous sommes. Mais je désire un peu plus

910 de circonspection en ceux qui font cette difficulté ; lesquels ne considèrent pas que, si nous faisons ce qu'ils proposent, nous ferons en conséquence trois choses que nous devons le plus éviter. Car, trainant cette délibération en longueur, nous en rompons le cours et perdons

915 espérance de jamais l'avoir achevée. Nous y sommes entrez sans que bonnement on sache pourquov nous sommes assemblez, ny que personne aye preveu ce qui s'y pourroit résoudre. Que si une fois nous-nous séparons, quelles tempestes, quelles tourmentes verrons-nous excitées contre

920 nous ? Ce sera lors que tous les ressorts d'Espagne joueront pour nous perdre et pour nous accabler. Car, quand nous aurons faict une fois ce que nous devons, en vain feroient-ils leurs efforts pour nous offencer ; ce qui sera faict sera faict: mais, s'il sçavent que nous

925 sommes assemblez pour le faire, il n'y a rien par discours qu'ils ne doivent tenter pour nous en empescher.

Outre cela nous faisons tort à monsieur du Mayne, à sa fidélité et à sa prudence, si nous doutons quelle est

91$. la voir achevée CD.

en cela sa volonté et ce qu'il auroit à nous respondre,

•930 luy que nous avons ouy, et en gênerai et en particulier, faire tant de grands et solemnels sermens qu'il ne soufFriroit jamais que Ion fist préjudice aux droicts de la couronne et à la loy del'Estat; luy qui enareceuledepost de nous, lequel il a jusques aujourd'huy si religieusement

935 conservé. Voyez-vous pas, Messieurs, que parmy tant de nécessitez et publiques et particulières, dont le faix des affaires qu'il a sur les bras le surcharge, quelque argent ou condition qu'on luy ait présenté, il n'a jamais voulu consentir qu'aucune place de ce Royaume fust

940 mise entre les mains des Espagnols ? Et ne sçavez-vous pas que les garnisons estrangeres qui ont esté mises en quelques villes y ont esté introduictes par la faveur de quelques séditieux et par la sottise des peuples, sans son advis ny commandement ? Vous a-il pas assez fait sentir

94> ses intentions, quand, avant que permettre l'ouverture des Estats, il a voulu que Ion entrast en traicté avec ceux du party contraire ? quand au commencement de l'assemblée il a voulu que les cours souveraines, les grands du Royaume y eussent voix à part, afin de rompre le coup

■950 aux pratiques que les Espagnols avoient fait avec les députez des Provinces ? Et quand la prudhommie qui est en luy très-grande y seroit moindre, feriez-vous si mauvais jugement de sa prudence qu'il ne sache assez que ceux qui vendent leur pays se livrent eux-mesmes?

■955 qu'il ne juge bien qu'il ne pourroit pas plus espérer des Espagnols pour leur mettre en main cette couronne qu'obtint le Duc de Bragance pour leur avoir livré celle de Portugal? Que pensez-vous donc que doit désirer monsieur du Mayne en son ame ? ce qu'il doit attendre de

-960 vous en cette occasion ?

Ouy, mais vous voudriez ouyr sa voix, c'est à dire,

Messieurs, que vous le voudriez ruiner. \'ous avez desja. veu céans les informations qui ont esté faites contre ceux qui avoient résolu d'atenter sur sa vie, pource qu'il

965 ne favorisoit pas leurs brigandages et mauvais desseins : que n'entreprendroient-ils maintenant contre luy, si publiquement et à haute voix vous luy faisiez déclarer ce qu'il pense de ce fait? Ceux qui sont en telles charges sont contraints, pour la nécessité des affaires, de dire et

970 promettre beaucoup de choses contre leur cœur et leur intention, desquelles ils ne veulent rien moins quel'effect. Mais, quand ce vient au temps de se pours'oir d'excuse, il n'est pas raisonnable de leur en faire porter l'envie ;. il est plus juste que nous la subissions nous mesmes.

975 Comme nous-nous prévalons du labeur, de l'industrie et des veilles de ceux qui sont en authorité, et qui travaillent pour nostre salut,' ainsi faut-il que nous leur aidions à supporter une partie de l'envie, que nous les. secourions et soustenions en ce que nous pouvons. Il y

980 a beaucoup de choses que les Princes désirent estre faictes, lesquelles ils ne peuvent toutefois honnestement commander. Ce qui se présente, Messieurs, est de cette nature : il est juste, utile, nécessaire, séant en nos bouches, peut-estre ne seroit-il pas seur en la sienne ; et croy que

985 le plus grand desplaisir et deservice que nous luy pourrions faire seroit de l'interpeller de nous dire en cela son intention, qui est à dire de le contraindre ou de nousdire le contraire de ce qu'il pense, ou de mettre sa vie en un évident hazard, et les affaires qu'il a en main ert

990 une ruine indubitable.

Que cette considération ne nous retienne donc point,.

972. se vient B — 974. la soustenions D — 976-7. travailent B — 979. et assistions D.

et beaucoup moins la crainte que Ion pourroit avoir des forces estrangeres qui sont icy en garnison. Car nous avons le peuple pour nous qui recongnoist son mal, qui 995 juge ce qui est nécessaire pour son bien, qui nous porte dans les yeux, attend son salut de nous. Cette garnison d'Espagnols n'est pas suffisante pour rien entreprendre contre le gré du peuple. Puis ils ne sont pas en lieu de retraicte aisée : ils sont au milieu du Royaume, environ-

looo nez de toutes parts des forces ennemies. Davantage leur dessein n'est pas sur cette ville, laquelle ils ne veulent que pour la perdre : il est sur tout le Royaume. Ils jugent bien que ce qu'ils entreprendroient icy mal à propos leur feroit perdre créance par-tout, et ne leur servi-

1005 roit qu'à ruiner leurs affaires. Aussi avez-vous veu que par le passé, quand ils ont entrepris quelque chose de semblable contre vous, ils ont emprunté les mains de voz propres concitoyens pour l'exécuter. C'est chose qu'ils ne peuvent plus faire, les Seize ne sont plus au monde,

loio il n'y a rien à craindre de ce costé-la. Mais, quand il y auroit à craindre, la crainte retarderoit-elle noz conseils en un temps où, si pour craindre nous laissons d'y pourvoir, il nous faut endurer tout ce que nous pouvons craindre au monde de plus misérable, la perte de la vie,

1015 des biens, de l'honneur, de la liberté ? Oque misérable et imprudente est la crainte qui empescheles hommes de pourvoir à leur mal, mesmes quand il est si certain, si présent, si extrême que celuy qui nous pend sur la teste, et après lequel on ne peut espérer de mieux, ny rien craindre de

1020 pis. Nous n'avons rien à craindre. Messieurs; mais j'estime tant vostre vertu, je fais tant d'estat de la généreuse ardeur qui vous enflamme à la conservation de vostre

994. recognoist CD — 1019. rien espérer D — 1020. rien h redouter D.

chère patrie, que, quand tous les périls du monde vous environneroient, vous passeriez par-dessus au travers des

1025 flammes, vous-vous porteriez à son secours, et loueriez Dieu de vous avoir reservez à une occasion en laquelle vous eussiez moyen de rendre vostre nom glorieux, en rendant vostre pays heureux. Mais, comme Dieu, qui a plus de soing de nostre salut que nous ne méritons,

1050 nous a rendu cette action moins hazardeuse, aussi la rendra-il tant agréable à tous les bons, tant fructueuse à cet Estât, tant admirée de tous les estrangers, que vous en recevrez, en vous sauvant et le public avec vous, plus d'honneur, plus de réputation, plus de gloire, que d'ac-

1055 tion qui jamais soit sortie de ce Sénat.

Or, afin de rendre le conseil que nous avons à prendre vrayement utile et fructueux, observons-y, Messieurs, une chose : ne perdons point le temps à beaucoup de discours, ains, si tost qu'il y aura une ouverture d'advis

1040 que vous jugerez estre propre, soit celle que je vous ay faite, ou celle que quelque autre plus clair-voyant, mais non pas plus désireux du bien public vous fera, couronsy tous, et faisons en sorte qu'avant que l'heure nous prenne et que nous nous levions de noz places, nous

1045 ayons fait arrest. Pour moy je suis d'advis que la Cour déclare qu'elle n'a jamais eu autre intention que de maintenir la religion Githolique, Apostolique et Romaine, et l'Estat et couronne de France soubs la domination d'un Roy tres-Chrestien, catholique et François, appelle à la

1050 couronne par les loix du Royaume. Et que pour cette occasion elle ordonne que remonstrances seront faictes cette apresdinée à Monsieur du Mayne, par un de messieurs les Presidens, assisté du plus grand nombre de

1040-1. auray faite D — 1044-5. «1°^ nous ayons CD.

144 SUASIOK DE LARREST

Messieurs les Conseillers que faire se pourra, à ce qu'au-

1055 cun traicté ne se face pour transférer le Royaume en la main d'aucun Prince ou Princesse estrangers. Que les loix fondamentales de l'Estat soient gardées, lesarrests de la cour faicts pour la déclaration d'un Roy Catholique et François, exécutez. Qu'à ceteffect il employé l'authorité

1060 qui luy a esté commise, et pourvoye le plus promptement qu'il sera possible au repos du peuple, pour l'extrême nécessité en laquelle il est réduit. Et neantmoins je suis d'advis de déclarer dés à présent tous traictez faicts ou à faire cy-apres, pour l'establissement de Prince

1065 ou Princesse estrangers, nuls et de nul effect et valeur, comme faicts au préjudice de la loy Salique et autres loix fondamentales du Royaume ; et tous ceux quiy presteront aide, faveur et consentement, criminels de leze Majesté au premier chef. Et, pource que cette remonstrance est

1070 pleine de quelque envie, laquelle beaucoup de gens, qui d'ailleurs sont personnages d'honneur, ne pourroient pas peut-estre si hardiment soustenir comme la condition de l'affaire le désire, et aussi que, pour la pouvoir bien faire, il est besoing d'avoir veu ce qui s'est passé aux Estats,

1075 il me semble que nous devons tous prier Monsieur le Président le Maistre d'en prendre la charge, m'asseurant que, comme aux autres occasions qui se sont présentées il a monstre un courage plein de vertu, en celle-cy, la plus importante pour le public, la plus honorable pour

1080 cette compagnie, la plus glorieuse pour luy qui puisse jamais arriver, il apportera tout ce que nous pouvons désirer d'une ame vrayement généreuse et Françoise, et digne du lieu d'honneur où il est assis.

1063. jeoM). CD — 1083. assis : L' arrest fut donné en la forme et aux termes cy-dessus. D.

A LA LETTRE DE MOKSEIGNEUR LE LEGAT DU VIXGTSEPTIESME JAKVIER 1594'.

Monseigneur, nous avons veu vos lettres du vingt- 3 septiesme Janvier dernier. Nous y eussions tait response long temps y a, n'eust esté que nostre liberté est tellement opprimée qu'il ne nous est plus permis de faire

I. Le teste decette lettre est précédé, dans les éditions de 1606, 1625 et 1641, de la note suivante:

Risponse faicte souhs le nom d'un Bourgeois de Paris à la lettre du Cardinal de Sega, Légat du Pape, du 2J de Janvier 1^94. Comme les Espagnols eurent perdu l'espérance de pouvoir par utu élection d'un Roy imaginaire nouer la guerre civile pour si long temps qu'ils s'estaient propose:^ et qu'ils virent que la j irefve que Fan avoit faicte réconciliait les esprits des François et les conduisait à un traictéde paix ; ayant consumé tous leurs autres remèdes, ils recoururent au Cardinal de Sega, Légat de nostre S. Père, qui dépendoil entieretnent d'eux et fomentait leurs desseins contre Fintention de sa Saincteté mesme et ses instructions. Ils tirèrent donc de luy un escrit qu'il fit imprimer et publier par tout,

10 pour mettre en scrupule les âmes les plus iinu>rées et leur persuader qu'on ne pouvait entrer en aucun traictè avec le Roy ny le reconnoislre en saine conscience. Et pour ce que cet escrit ainsi divulgué tant en François qu'en Latin pouvait donner quelque mauvaise impression aux plus faibles esprits et retarder cette reconciliation qui porta enfin avec soy la restauration du Royaume et la con-

1 3 servation de la religion en iceluy, comme chacun reconnoist maintenant. Monsieur de Villeroy {persotiruige à Fexcellente prudence duquel la France doit une bonne partie de sa restauration') m'escriiit de Pontboisc, oii il s'estait retiré, que le Roy désirait que j'y fisu une response soubs le nom (Tun habitant de Paris, et en ternies convenables à cette qualité, qui peut faire veoir clair à

20 ceux qui estaient enveloprien ce par ty et dissiper les artificieux nuages des opinions ausquelles on les voulait entretenir. Je dressay ce discours pour cet effect, qui fut imprimé et eut cours par u Royaume, mais assex incorrect.

7. dépendoit entièrement d'eux et om. CD — 11. recognoistre C — !>• recognoist D — 16-17. * '* prudence duquel la France doit beaucoup D — 19. peust C D.

Actions et Traicle^ Oratoires. 10

I4fe RESPONSE d'un BOURGEOIS DE PARIS

aucune assemblée de ville pour pourveoir à nos affaires, et que nos Magistrats, qui devroient veiller pour le peuple,

lo sont tellement assouppis, ou par leur laschetc, ou par la violence d'autruy, que nous n'avons qu'un continuel sentiment de nos douleurs, sans avoir moyen de les pleindre, et si ne voyons que personne s'en pleigne pour nous : tellement que c'est de nous que le Sage disoit : fay veu

15 les larmes des innocens et n'ay veu personne qui les console. Au deffaut de ceux qui le devroient faire pour nous, nous voulons employer ceste voix demy estoufée, qui seule nous reste de tous nos biens, à vous remercier du soin que vous avez de nous, vous tesmoigner l'honneur

20 que nous desirons rendre à nostre S. Père, et, sur le suject de vostre lettre, selon que la fidélité que nous luy avons nous oblige, l'advertir en vostre personne des inconveniens que nous voyons menasser l'Eglise, et vous prier, et luy aussi, d'y pourvoir et à nostre salut, qui y

25 est entièrement conjoint. Ce n'est pas que nous nous défiions de vostre prudence, mais nous sommes tous hommes, et outre ce, la tempeste est si grande, et nostre vaisseau flotte entre tant d'escueils, qu'il est besoin que le pilote, quelque expert qu'il soit, reçoive les advertisse-

30 mens des moindres passagers.

Par vostre lettre vous nous louez de ce que nous nous sommes remis à sa Saincteté pour juger de la conversion de Henry, qui se dit Roy de France et de Navarre, et estimez que c'est le vray remède de nos maux de

35 rendre à sa Saincteté l'honneur qui luy est deu. Maisvous dites craindre que ceux qui ont déclaré qu'ils obéiront à

8. afin de 1) — 10. par leur timidité B C D — 17. demie B C — 19. que vous dictes avoir B C D — 22. nous ont. B, rétabli dans B' — 55, Henry quatricsnie Roy de France B C D.

ce qu'il ordonneroit n'ayent plustost entendu l'obliger à ordonner ce qu'ils désirent que s'obliger à approuver ce qu'il ordonneroit. \'ous nous faites puis après entendre to ce qui s'est passé à Rome sur ce fait, blasmez de légèreté et perfidie ceux qui se sont rengez du party de ce Prince depuis sa conversion, et en fin concluez que sa Saincteté ne fera rien en cest affaire en faveur des factions et partis, ains tout ce que doit faire un père commun de toute la Chres- 4> tientérd'où vous concluez qu'il est aisé à juger combien sa Saincteté est aliéné de consentir aucune paixavec ce Prince, ny permettre qu'il aye le gouvernement de cest Estât.

Monseigneur, nous recevons la louange que vous nous donnez d'aimer et honorer le S. Siège comme nous jo appartenant de tout temps et estant annexée au nom François. Nous avons tousjours advoûé avec la candeur et ingénuité qui nous est naturelle que l'Eglise Catholique ne peut estre bien gouvernée s'il n'y a un chef recogneu, que l'Eglise de Rome est vrayment celle à qui il faut >5 donner ce tiltre, et que Dieu a par une miraculeuse provoyance estendu exprès les bras de l'Empire Romain jusques aux extremitez de la terre, afin que la foy, se formant en ceste auguste ville, qui lors estoit le chef du monde, elle fust puis après portée par la faveur des 60 Empereurs jusques au dernier bord du continent, comme les esprits sont conduits par les veines avec le sang jusques aux plus esloignées parties du corps. Et de vérité les premiers Papes, qui ont esté sous les Empereurs Payens, ont tellement arrousé le tige de la foy de leur 6<; sang, et sous les Empereurs Chrestiens couvert de l'ombre

42. conversion, et nous asseurez que B C D. — 46. aliène B C D — 47. ait B C D — 50. annexé A — 53. recongneu B. reconneu D — 55. Dieu par B C D — S 5-6. prévoyance a estendu BCD — 56. le bras Romain B C D — 62. ù la vérité BCD — 64. la tige BCD.

148 RESPOXSE d'un bourgeois DE PARIS

de leur faveur les autres Eglises naissantes, et asseuré par leur fermeté et constance le navire de l'Eglise flottant parmy les erreurs et hérésies, qu'on ne leur peut desnier l'honneur de pères communs de la Chrestienté, et de

70 principaux autheurs du progrez que la foy a fait dans la plus part du monde. Aussi a Ion veu qu'à la suitte des siècles suivans, bien que plusieurs Eglises ayent voulu débattre ceste primauté à la Romaine, que la faveur des Empereurs et des Rois aye supporté quelques Prélats en

7S telle contenance, et que le desordre mesmes et la corruption, qui regnoit quelquefois à Rome, fortifiast contre elle ceux qui rentreprenoient;neantmoins ceste vénération et recognoissance luj^ est tousjours demeurée, laquelle nous desirons conserver de tout nostre pouvoir, la jugeant

80 aujourd'huy plus nécessaire qu'elle ne fust jamais : car, s'il y eust onques saison où la Chrestienté menassée par la puissance des infidèles, par la multiplicité des hérésies, par les ambitieuses divisions des Princes Chrestiens, eust besoin de recueillir ses membres sous la conduite de son

85 chef pour travailler à son salut commun, c'est aujourd'huy.

Mais ce qui nous afflige est que nous craignons, voire

que nous voyons que ceux qui font plus de semblant de

désirer l'authorité de l'Eglise la renversent et oppriment

et, pour advancer leurs desseins particuliers et servir à

90 leur ambition, ou à celle d'autruy, jouent hardiment le salut des peuples et des nations, et quasi de toute la Chrestienté, et, comme s'ils vivoient parmy des hommes stupides et hebetez qui n'eussent aucun autre sens que les

67. la navire C D ; flottante D — 70-1. en la plus part B C D — 71. a-on veu B C D — 72. siècles d'après B C D — 75. telle contention B C D ; mesme B C D — 78. reconnoissance B D — 80. fut B C D — 81. eut B C D — 83. Chrestiens ont. B C D — 84. les membres A — 84-5. d'un chef B CD — 90. où A — 91. peuples, des nations, voire quasi B C D.

oreilles, leur veulent persuader par paroles le contraire

95 de ce qu'ils voyent à l'oeil et par effect ; de quoy nous vous advertissons, afin que, puisque vous estes icy comme en sentinelle, pour prendre garde que l'Eglise ne reçoive quelque dommage, vous ne vous laissiez tromper par les apparences, et conduire à des evenemens contraires au

[oo bien de l'Eglise. Car, encor que cela puisse arriver aux plus advisez, neantmoins on a tant d'opinion de vostre suffisance, qu'on n'imputeroit jamais tels accidens à vostre imprudence, mais à quelque mauvais dessein. Informezvous donc de la vérité, et sçachez comme les choses se

[05 passent, afin d'y pourvoir.

Je le dis pour respondre à ce que vous rescrivez, que les Catholiques ont par une Déclaration publique dit qu'ils se remettoient au Pape de juger de la conversion du Roy de Navarre : car quant* à nous, depuis ladicte con-

iio version ny long temps auparavant, nous n'avons esté assemblez pour adviser ce que nous ferions et quel ordre nous mettrions à nos aifaires. S'il nous eust esté permis, comme il devoit, et comme sous nos Rois il a esté, non seulement à la ville capitale du Royaume, mais aux

115 moindres bourgades, nous vous dirions ce que nous eussions fait. Nous avons entrepris ceste guerre pour empescher qu'un Prince d'autre religion que la nostre ne vint au Royaume. Incontinent après la mort du feu Roy, Ion nous fist entendre que Monsieur du Mayne avoit

120 proposé à ce Prince que la succession l'appelloit à la Couronne, qu'il se fist Catholique, et qu'il le recognoistroit. C'estoit un propos qui estoit en la bouche de tous

100. de toute l'Eglise B C D — loi. ce neantmoins CD — 106. escrivez B C D — 109. de Navarre om. B C D — 109-10. depuis icelle, ny B C D — iio. n'avons point esté BC D — 119. fit B CD — 120. proposé au Roy de Navarre qu'il advoiioit que a B C D — 121-2. reconnoistroit B D.

ceux qui approchoient dudict Sieur Duc. Quant on remonstroii à Monsieur le Légat Caëtan qu'il n'y avoit

125 d'autre moyen de sauver la religion et cet Estât qu'en ramenant ledict Roy à l'Eglise, et qu'on le prioit qu'il l'en sollicitast, il respondoit que l'honneur du S. Siège ae le pouvoit supporter, et que c'estoit à luy à s'y présenter. Quand Messieurs de Paris et de Lyon durant le

150 siège furent vers luy, ils luy proposèrent qu'il se fist Catholique, et qu'aussi tost ce Royaume seroit en paix. Quand mondict Sieur du Mayne fist assembler les Estats, sa Déclaration portoit expressément qu'il avoit fait tout ee qu'il avoit peu pour ramener ce Prince à l'Eglise.

135 Ledict Sieur de Lyon protestoit que nous n'avions autre cause à nos armes, disant avec souspirs et levant les mains au ciel qu'il desiroitqu'ellefust ostée. Brief,luy et tous les conseillers de Monsieur du Mayne disoient et en public et en particulier qu'il n'y avoit point d'autre moyen

J40 de pourvoir aux affaires.

Lors donques que le Roy de Navarre abjura publiquement l'heresie et fist profession de la Religion Catholique, si on nous eusl laissé la liberté que nous devions avoir de délibérer de nos affaires, nous eussions esté d'avis

14 > d'envoyer vers sa Saincteté de la part des Princes et des villes pour luy remonstrer que nous avions espuisé toutes nos forces et celles de nos alliez pour essayer par la guerre à asseurer la Religion, que les succez nous y avoient esté si contraires que nous y avions tousjours

150 perdu et estions lors réduits à une extrême nécessité.

123. Quand B C D — 124. Cajetan B C D — 124-5. ^^oit autre B C D — 126. que Ion le B C D — 132. Monsieur BCD;fitBCD — 135. Monsieur de Lyon B C D — 137. Bref B C D — 140. pourvoir au salut de ce Royaume B C D — 141. de Navarre om. BC D — 141-2. publiquement son erreur et fit B C D — 147. et consommé celles B C D. — 150. perdu oui. A.

Nous luy eussions peu dire que nous pensions que les ambitieux desseins de nos voisins, altérant la cause de nos armes, les avoient rendues malheureuses, que nous voyons leurs artifices maintenant tout à descouvert, et

I5S que ce qu'au paravant ils tramoient en cachette et en ténèbres, maintenant ils le faisoient en plein Midy et en public ; qui estoit qu'ils se vouloient emparer de cet Estât, s'ils pouvoient, sinon de le ruiner et deschirer, pour arrester leurs ennemis à en recueillir les pièces, et afin

i6o aussi d'en profiter de quelque morceau avec le temps ; que la conversion du Prince nous ostoit le prétexte de la guerre ; que, si Ion la continuoit, la Noblesse se retirant d"avec nous, les peuples se lassans, les Princes estrangers nous defïavorisant, nous lairrions tomber toutes choses à

165 la mercy du victorieux, duquel en ce cas il y avoit beaucoup plus à craindre que non pas s'il estoit recogneu par les considérations d'une bonne et heureuse paix ; et pour ce l'eussions nous supplié de se rendre médiateur et pourvoir tant à la seureté de la religion que de nos fortunes pri-

170 vées, afin que, si on nous les accordoit, nous en peussions jouïr en repos le reste de nos jours, si on nous les refusoit, nous eussions plus de suject et d'occasion de nous rallier par le danger commun de la religion, de nos biens et de nos vies : nous asseurans bien qu'en ce cas toute la

175 Noblesse Catholique se fust rengée avec nous, et conspiré au dessein qui eust esté jugé plus salutaire pour la religion et pour l'Estat.

Ce taisant nous eussions fait au S. Siège le plus

152. alterans D — 158. sinon le B C D — 161. conversion du Roy B C D — 164. deffavorisans B C D — 166. s'il y estoit B C D ; rccongnu B, reconneu D — 166-7. parles conditions B C D — 168. ce eussions-nous supplié nostre Sainct Père B C D ; médiateur de la paix BC D — 171. le relusoit D — 175. et eust conspiré B C D — 176. trouvé plus B C D.

grand honneur qu'il receut onques, et l'eussions rendu

180 arbitre du Roy et du Royaume. Mais Dieu, qui ne jugeoit pas encores nos afflictions esgales à nos péchez, nous esloigna de cet heur-là. Car, si tost que les estrangers pensèrent (ce qu'ils n'avoient jamais creu auparavant) que ce Prince se pourroit faire Catholique, ils vouleurent

185 faire leur dernier effort ; et, après avoir obligé les plus grands d'un peu d'argent et de beaucoup d'espérances, proposèrent les droits de leur Infante, de telle façon toutesfois que, combien que les députez des Estats feussent pour la plus part ceux qu'ils avoient eux mesmes choisis,

190 ils ne les en faisoient pas juges, ains disoient que c'estoit seulement pour faire entendre quels estoient les droits à eux acquis, et la volonté et intention de leur Prince. Apres ils proposèrent l'Infante et Erneste solidairement, puis l'Infante et un Prince François, que le

195 Roy d'Espagne choisiroit; et en fin ils offrirent dénommer le Prince François. Sur ceste nomination Ion entra en une Conférence particulière hors les Estats, où ils firent ce qu'ils peurent afin de faire eslire un Roy, et pour cet effect mesmes représentèrent des pouvoirs,

200 nonobstant que ce fust chose entièrement contraire à ce qu'ils avoient proposé au paravant, et où il y avoit peu d'apparence. Depuis ce temps l'on a tousjours entretenu le peuple en espérance de paix, et a Ion pensé que vous en seriez l'autheur, et que, craignant

205 que le peuple, avant qu'avoir les seuretez nécessaires pour la religion, lesquelles nous attendions que nostre S. Père procureroit, ne se precipitast à une dedition

181. asgales A — 182. eslongna B C D — 184. que le Roy B C D — 186. espérance B C D — 197. hors des B G D — 205 . et a-on B C D — 207-8. ne se hastast de recongnoistre (recognoistre G, reconnoistre D) le Roy, vous B G D.

dangereuse, vous entreteniez les affaires en balance. Mais,, voyant aujourd'huy vostre Déclaration, les hommes sont

2IO tort estonnez, et ne sçavent ce qu'ils doivent penser, ny comment interpréter le contenu de vostre lettre.

Vous nous louez d'avoir rerais au jugement de sa Saincteté le faict de la conversion de ce Prince, et neantmoins vous dites que sa Saincteté n'a point voulu

21) recevoir les Ambassadeurs qu'il luy a envoyé, et que, bien loing avant qu'ils approchassent de Rome, il leur a mandé gens pour leur dénoncer qu'ils n'y entrassent point. Cela, pour vous dire, nous semble fort estrange, et fait craindre, voire croire, que ceste lettre ne soit sup-^

220 posée par les ennemis de nostre S. Père, pour le tirer en envie et diffamer d'une action qu'ils pensoient devoir estre condemnée par tout le monde. Car considérez quel tort c'est faire à sa Saincteté que de luy imputer telle chose si contraire non pas seulement à la qualité

225 du père commun de tous les Chrestiens, mais principallement de Juge d'une telle cause, de laquelle deppend le repos et salut du Royaume jadis le plus florissant et maintenant le plus misérable du monde. Quoy ? que luy, qui doit juger, ait fermé la porte à celuy qu'il faut juger?

250 Dieu, voulant condamner l'homme pour un forfait notoire et sans excuse, a dit : Je descendray et verray. Il est venu vers l'homme pour le juger, et nostre S. Père, ministre de charité, rejectera celuy qui va à luy pour le rendre juge de son salut ? nous ne le croyons pas. Un

255 ancien disoit : Celuy la qui juge sans auyr la partie est mau-

215. conversion du Roy BC D. — 215. envoyezBC D — 217. envoyé gens B C D — 219. faict doubler B C D ; ne om. B C D — 221. et diffamer om. B C D ; pensent B C D — 223. que luy B C D — 225. de Père B C D — 226. de juger A — 228-9. I*^^ nostre Sainct Père qui B C D — 2JI. a om. B C D — 233-4. se rendre A.

vais juge, bien que son jugement soit bon. Que si cela a lieu es jugemens humains et mondains, combien plus en celuy de l'Eglise, laquelle publie par tout pour sa devise qu'elle ne ferme jamais son giron à ceux qui viennent à

240 elle ?

Ouy, mais, me direz vous, il est desja condamné, il est retranché de l'Eglise. Nous ne voulons pas plaider sa cause et vous desduire ses deffences, ny repeter icy ce que ses partisans sonnent si haut, qu'il n'a jamais esté

245 légitimement procédé contre luy, que les formes ordinaires des jugemens n'ont point esté observées pour le condamner ; qu'en tout cas ce ne sont que contumaces, qui s'effacent par celuy qui se présente pour se purger ; joint qu'il n'est point question de juger, mais recevoir

250 l'adveu et recognoissance d'erreur que faict celuy qui demande de r'entrer en l'Eglise. Nous voulons seulement vous remonstrer pour nostre interest, celuy de tout ce Royaume et de toute la Chrestienté, que sa Saincteté n'a peu légitimement (soubs vostre meilleur advis)

255 faisant office de Père commun, non seulement denier l'audience, mais aussi la grâce de l'Eglise et son absolution à ce Prince, s'il s'est présenté à son obéissance. Et s'il l'avoit faict, il faudroit croire qu'il auroit esté trompé et séduit par ceux qui luy auroient faict entendre Testât

260 de nos affaires tout autrement qu'il n'est. Car qui posera que nostre S. Père sçache, comme il nous est tout notoire, que les Espagnols se sont servis de noz guerres pour s'emparer de cet Estât ; que la Noblesse Catholique

236-7. à lieu A — 237-8. en ceux B C D — 244. les s'ens sonnent B C D — 246. observe::^ A — 247. ce ne font A; coutumaces B — 250. reconnoissance D — 253-4. qu'il n'est point croyable que sa Saincteté (soubs B C D — 255. non seulement om. B C D; ait dénié B C D — 2s6. ny aussi B C D — 257-8. Et s'elle l'avoit B C D — 258. elle... trompée BC D — 259. séduite BCD — 261. nous om.B C D.

de France, et une partie des villes et provinces, qui ont

265 bien recogneu et jugé que c'estoit leur ruine, ont esté contraints se ranger avec ce Prince pour s'opposer à ceste invasion, et l'ont neantmoins tousjours sollicité de se faire Catholique, et en fin tant faict qu'il s'y est rangé ; qu'ils sont tous résolus de vivre et mourir avec luy ;

270 que, depuis sa conversion, et mesmement depuis la Trefve rompue, les Gentils-hommes, Seigneurs, Villes et Provinces qui tenoient nostre party se rangent avec luy ; que les estrangers, qui persévèrent tousjours en leurs desseins de ruiner ou deschirer ce Royaume, les y

275 confirment ; que les peuples sont si ruinez, harassez, voire consommez de misère et de pauvreté, qu'ils ne peuvent ny ne veulent plus en façon quelconque continuer la guerre, et que partant il faut que ou sa Saincteté, recevant le Roy de Navarre, mette la paix universelle en

280 ce Royaume, ou que, le rejettant, il forme le plus grand et périlleux schisme qui fust jamais en l'Eglise ; qui posera, disons-nous, que nostre S. Père soit informé au vray de cela, pourra-il croire ny qu'il ait refusé d'ouir le Roy de Navarre, ny refusé de le recevoir à l'Eglise et

285 mieux aimé, en perdant le plus grand Royaume de TEurope, ostanter son austérité qu'accommodant la discipline de l'Eglise, qui n'est qu'un ministère de charité, procurer la paix en toute la Chrestienté ? Et s'il l'avoit

26s. recognu B, reconneu D ; que cette guerre ne tendoit qu'à leur ruine B CD — 266. avec 5e A — 267. et om. B C D — 268. ce faire A — 269. tous resous B C D — 271. beaucoup de Gentils-hommes B C D — 272. se sont rangez BC D — 275. et harassez BCD — 276. consumez B C D ; et pauvreté BCD — 278. où A — 278-9. il faut ou recevant le Roy mettre la paix universellement en cet Estât, ou le rejettant y former BCD — 281. en l'Eglise om. BCD — 281-83. Qui posera..., de cela om. BCD — 283. pourra-il croire que nostre Sainct Père ait refusé BCD — 284. Roy ou de le recevoir BCD — 284-5. ^* aime mieux BCD — 286. monstrer D — 286-7. discipline ecclésiastique BCD — 287. mystère d^ charité, à la nécessité BCD-

15e RESPOXSE d'uK bourgeois DE PARIS

fait, comment nous pourroit-on persuader qu'il l'eus t

290 légitimement faict, et que ce fust par le droict usage des clefs, qui n'ont autre fin que de procurer le bien de l'union de l'Eglise de Dieu ? Certainement trop de raisons y résistent, lesquelles nous vous supplions de bien examiner avec nous.

295 Car premièrement vous sçavez que la charité de l'Eglise est telle, que jamais elle ne se sert de l'excommunication et anatheme, sinon pour le bien de ceux contre qui elle le prononce. Son but et intention est, en jettant un homme souillé hors de l'Eglise, de l'y r'appeller

joo et faire r'entrer net et purifié. C'est ce que disoit S. Paul, qu'il avoit livré la foruicatrice à Satan, afin de sauver son ame. Et de fait, quelques uns des Pères ont tenu que, qui sçauroit que celuy contre qui l'anatheme est jette le devroit négliger, il n'en faudroit point user. Que peut-

J05 on dire doncques, quand par l'anatheme et retranchement de l'Eglise non seulement vous mettez en évident hazard la personne contre qui vous le proferez, mais mesmesun nombre innumerable dépeuples, un Royaume tout entier, voire toute l'Eglise et toute la Chrestienté,

310 et que vous venez par là à deschirer la robbe inconsutile, qu'il faut si soigneusement conserver entière ? Nous aimons mieux respondre à ceste question par les propres paroles de S. Augustin, ce second soleil d'Afrique, que par les nostres. Permettez, s'il vous plaist, que nous

315 vous représentions ses propres mots au commencement du troisiesme livre contre Parmenian. Quand, dit-il.

289-90. qu'il l'eust légitimement faict et cm. B C D — 290. droit d'usage B C — 291. que d'avancer D — 291-2. le bien et l'union B, le bien des âmes et l'union CD — 298. elle les BC D — 299. hors d'elle B C D. 501. le fornicateur CD — 307. celuy contre qui B C D — 307-8mais encor D — 309. toute l'Église et om. B C D — 3 15. f« A — 3iS"6en son troisiesme B C D — 316. livre om. B C D.

quelquttn de iioi frères, c'est à dire ' des Chrestiens aggrege\ à la société de l'Eglise est comme coulpable d'un péché tel qu'il mérite l'anatheme, il l'en faut punir, pourveu qu'il n'y

520 ait point de danger de schisme, et le faut faire avec la dileciion que Dieu a ordonné, c'est à dire, que vous ne le reputiei pas comme ennemy, mais le repreniez, comme frère : car vous n'estes pas estahlis pour arracher, mais redresser. Et pource, quand nosire Seigneur a dit aux serviteurs qui vouloient

525 arracher TIvroye : Laisse:^ croistre l'un et F autre jusques à la moisson, il a adjousté la raison : de peur que, voulant cueillir l'Ivroye, vous n'emporte\ le bon bled quant et quant. La correction ne peut estre salutaire, sinon quand celuy qu'il faut chastier n'est pas suivy de la multitude; mais, quand

3 }o beaucoup de gens sont f rappel ^^ ^^ mesme maladie, vous n'y sçauriei plus rien faire qui vaille, sinon pleurer et lamenter. Et plus bas : Ainsi (dit-ib) quand la contagion du péché a infecté la multitude, la sévérité de la discipline divine se resoult en miséricorde : car les conseils de séparation sont lors

555 vains et pernicieux, voire sacrilèges, pour ce qu'ils se tournent en orgueil et impieté, et troublent plus les gens de bien infirmes qu'ils ne corrigent les meschans audacieux.

Or le mesme conseil que ce S. sage et docte père et les Canons qui l'ont suivy donnoient pour retenir le

340 bras de l'Eglise, qu'elle ne jettast inconsidérément son foudre spirituel lors qu'il y avoit danger d'un schisme, a

517. desoHj. B C D — 518. comme om. BCD — 321. ordonnée BC D — 525. estably BCD; mais pour BCD — 327. emportiez BCD — 529. suiw de beaucoup de gens BCD — 336. trouble A — 338. ce sage BCD.

I. J'ai cru devoir imprimer en italiques, bien qu'ils ne le soient pas dans A, les mots c'est à dire (ligne 517) et Et pource... rivroye (1. 323-5) // a adjousté la raison (1. 326) qui, comme tout le reste du passage, traduisent le texte de saint Augustin (Migne, Contra epistolam Parmtnîani, ch. Il, 13). -^

158 RESPOXSE d'un bourgeois DE PARIS

esté aussi suivy par l'Eglise pour lever l'anatheme ja jette contre les hérétiques et schismatiques, sans y observer aucune rigueur de discipline Ecclésiastique, afin de

545 remettre la paix et le repos en la Chrestienté. Et entre autres exemples nous avons celuy de ce grand et célèbre Concile de Carthage, composé de trois cens Evesques assemblez pour le fait des Donatistes. Les Donatistes s'estoient eux-mesmes volontairement séparez de l'Eglise et,

350 souvent rappeliez, ils n'y avoient jamais voulu revenir, la detestoient et persecutoient, et de schismatiques estoient devenus hérétiques. Neantmoins le Concile par prières, obsecrations et conjurations les rappella, et ne leur remit pas seulement la peine et pénitence ordon-

355 née en l'Eglise ; mais, bien qu'il semblast périlleux de les recevoir en charges Ecclésiastiques, et qu'il fust mesmes deffendu par le Concile observé lors, il les receut à rentrer en leurs charges, voire mesmes aux Eveschez ; et les Evesques Catholiques leur quittèrent volon-

360 tairement la place ; et, de trois cens Evesques Catholiques qui estoient à ce Concile, ne s'en trouva jamais que deux qui refusassent de quitter leurs Eveschez pour la paix et reconciliation de l'Eglise, disant tous les autres que c'estoit un sacrifice d'humilité qu'ils faisoient à

365 Dieu, et que la dignité Episcopale leur seroit bien plus fructueuse si, la déposant, ils pouvoient rassembler le troupeau de Jésus Christ que si ils l'esgaroient, la retenant. Comme il y a partout des esprits pleins d'aigreur, il s'en trouva quelques-uns qui se pleignoient que par là

546. celuy de otn. B C D — 347. de tant d'Evesques CD — 350. avoient point voulu revenir D — 357. par les Conciles precedans observez B C D — 359-60. et les Evesques. .. la place o)«. BC D — 360. catholiques om. B C D — 361. il ne s'en B C D — 362. leur Evesché B C D — 363 . disans B C D — 566. deposans D— 367-8. en la retenant B C D.

Î70 la discipline de l'Eglise estoit violée, et qu'en vain donques avoit on ordonné que ceux qui estoient réduits entre les penitens ne pourroient plus rentrer aux charges. Voicy ce que S. Augustin leur respond : Vous vous trompe^; quand on a ordonné en V Eglise que ceux qui ont fait

Î7Î pénitence publique ne pourront rentrer au Clergé, c'a esté une rigueur de discipline qu'on a voulu establir, non pas pour leur osier toute espérance de pouvoir obtenir grâce, car autrement ce serait disputer contre la puissance des clefs de TEglise. Il se voit donc par là que, pour reconcilier les membres de

î8o l'Eglise et y nourrir ceste paix que S. Grégoire de Nazianze dit estre le vray et paternel héritage des Chrestiens, non seulement on a receu en l'Eglise ceux qui en estoient séparez, relasché la sévérité de la pénitence, mais, ce qui semble bien plus merveilleux, rendu les Eveschez et principales

î8> charges de l'Eglise aux hecetiques et schismatiques ; ce qui estoit sans doute fort périlleux. Mais la raison en fin en est rendue par ce grand personnage, par les mots duquel je croy qu'il faut encores conclurre ce discours : En telles causes (dit-il) o/i les dangereuses play es des divisions

J90 ne mettent pas seulement au hasard le salut de celuy-cy ou celuy-la, mais traînent aptes soy un carnage dépeuples, il faut relascher la sévérité, afin qu'une sincère charité puisse servir de remède à si grands maux.

Or, pource qu'il y en a quelques uns qui estiment que,

59) quelque chose qu'on puisse inférer de ces lieux là, et quelque grande que soit la miséricorde de l'Eglise, neantmoins que les relaps ne s'en peuvent prévaloir, (sans entrer en la question de fait, sçavoir si le Prince à qui ils objectent ceste qualité la mérite) j'adjousteray icy

370. ceste discipline D — 383. relascbe A— 387. personnage en son Epistre cinquantiesme BC|D — 388. encor finir B C D — 389. ou A — 399. 2a mérité A.

l6o KHSPOXSE d'un BOURGEOIS DE PARIS

400 pour response encores un passage du mesme autheur. Bien (dit il) qu'il ait esté sagement et salulairement advisé en V Eglise de ne recevoir point deux fois les pécheurs à ceste très humble pénitence, de peur que ce remède, qui est d'autant plus saluhre qu'il est moins contemptihle, se rendant vile, ne devint

405 inutile, toutesfois la censure divine a estonné ceux qui sont propose^ à punir les crimes, leur enseignant qu'en V exercice de leur charge ils ne doivent cstre pousse\ de cholere, et que les Ministres de la loy ne doivent pas venger leur injure, mais celle d'auiruy après l'avoir examinée ; et leur faisant songer

410 que la miséricorde de Dieu estoit nécessaire pour leurs propres pechei, leur a fait cognoistre qu'ils ne dévoient pas estimer faillir en leurs charges, s'ils usoient de miséricorde à l'endroit de ceux que la loy mettoit en leur puissance. Car, lors que les fuifs amenèrent à nostre Seigneur la femme surprise en

41 ) adultère, et luy dirent en le tentant que la loy vouloit qu'elle fust lapidée, luy demandant ce qu'il vouloit qu'on en fst, il respondit : Celuy de vous qui est sans péché luy jette la première pierre. Et par là ne reprouva-il pas la loy qui ordonnoit qu'elle mourust ? mais, estonnant ceux qui la pouvoient

420 condemner, les ramena à miséricorde : le tremblement de leur conscience fist tomber la cruauté de leur cœur. Par là doncques ce sage Docteur a voulu conclurre qu'il n'y a péché si énorme, opiniastreté si grande et tardive qu'elle soit, à laquelle la miséricorde de l'Eglise ne doive sub-

425 venir. Car si Dieu, pardonnant aux meschans et scelerez et leur donnant la vie, supporte patiemment ceux mesmes

400. Autheur en l'Epistre cinquante-quatriesme BC D — ■ t^o^. pénitente A — 404. vil B C D — 406. préposez B C D ; crimes, et gui en A — 407. leurs charges B C D ; ils om. A — 408. comme Ministres de la loy ils ne doivent B C D — 409. faisant cognoistre (connoistre D) B C D — 411. a faict entendre B C D — 412. usoient de douceur B C D — 413. mettroit B C D — 418-9. m donne qu'elle vwuroit A — 421. faisant tomber B C D — 424-5. survenir A.

A LA LETTRE DE MONSEIGNEUR LE LEGAT l6l

qu'il sçait ne devoir jamais faire pénitence, combien plustost devons nous user de miséricorde à l'endroit de ceux qui promettent amendement ? Q.ue sçavons-

450 nous que deviendra celuy-cy ou celuy-là, bien qu'il soit Juif, hérétique ou Payen ? Peut-estre que la miséricorde de Dieu le convertira, et il tiendra le premier lieu entre les saincts.

Quoy doncques ? Croyons nous que nostre saine

455 Père, qui a devant les yeux pour règle de ses actions l'advis et les conseils de ces grands et saincts personnages, \-ueille prendre une resolution si aliène de toute raison, du nom paternel qu'il porte, de l'exemple de Jésus Christ et de ses Apostres, du bien de l'Eglise et

440 de la nécessité des peuples ? Aimera-il mieux faire paroistre sa puissance à conculquer les Rois et fouler aux pieds les nations, qu'à bénéficier les hommes, et procurer le salut de ceux qui s'humilient devant luy ? Aurionsnous un Pontife qui ne sceust point compatir à nos

445 infirmitez et qui aimast mieux arracher qu'enrouser ? S. Denis, en l'epistre qu'il escrit à Demophile, donne plusieurs belles instructions aux Prélats de l'Eglise pour se comporter paternellement et indulgemment à l'endroit de ceux qui leur sont commis, et commence à leur

450 remonstrer que jamais Moyse n'a esté agréable à Dieu que quand il s'est revestu d'esprit de douceur, mansuétude et patience, et que Jésus Christ, parlant à ses Apostres, les y a exhortez ; voire mesmes que, quand ils luy ont allégué l'exemple d'Helie et de Phinées, il les

455 en a blasraez. En fin il conclud par une vision qui estoit

431. où A — 436. 5« grands A; les advis et les conseils de tant de grands B CD — 437. s'y A — 437-8. de toute raison <wi. B C D — 441. à renverser et opprimer les Roys D — 441-2. au pied B C D — 442. bien faire aux hommes D — 445. arrouser B C D — 449- >o. et leur remonstre B C D.

Actions et Traictei Oratoires. u

lé2 RESPONSE d'uX BOURGEOIS DE PARIS

arrivée à un sainct Prélat de Candie nommé Carpus. Ce Carpus, irrité d'un mauvais homme qui luy avoit desbauché un sien Diocesin, ne cessoit de les maudire tous deux et prier Dieu qu'il les confondist et abymast. Une

460 nuict, comme il faisoit ceste prière à Dieu, il luy sembla qu'il voyoit un gouffre comme la bouche d'enfer plein de serpens, et que ces deux hommes estoient près d'y tomber, et que luy mesmes les y poussoit ; mais aussi tost, le feste de la maison s'estant ouvert, il vit Jésus

465 Christ qui s'apparut assisté d'Anges et s'en alla vers ces hommes, leur tendit la main, les releva et retira de l'abysme, et puis, tournant sa parole vers Carpus, Frappe, frappe moy (dit-il) et non pas eux, car je suis tout prest d'endurer encores pour le salut des hommes. Ce me sera

470 plaisir, pourveu que les garantisse de péché ; et quant à

toy, regarde si tu aimes mieux par ta cruauté choisir ta

demeure en ce gouffre plein de serpens qu'au Ciel, avec

Dieu, entre les Anges pleins de bonté et clémence.

Or en cest exemple-là il n'estoit question sinon que

475 de la compassion et miséricorde que Ion doit aux particuliers. Mais aujourd'huy il est question de celle que Ion doit aux peuples et aux nations toutes entières, car ce sont toutes les Provinces de ce Royaume, la nécessité commune des peuples qui interpelle la saincteté du

480 Pape d'accommoder sa bonté au repos et tranquilité de l'Eglise, qui est le cas auquel Moyse, esmeu de la misère commune du peuple, prioit Dieu, pour fîeschir son ire, qu'il l'effaçast plustost du livre de vie et qu'il pardonnast à tant de peuples. Et sainct Paul disoit par une

485 forme de parler exagérante qu'il desiroit d'estre anathe-

462. prests B C D — 465. mesme B C D — 469. encores om. B CD - 470. je les BCD — 485. exaggerante C D.

matisé pour sauver ses frères. C'est le vray cas où il faut que l'Eglise laisse offenser la rigueur de sa discipline, et se laisse entamer comme l'arbre qu'on ante, afin que, recevant la greffe estrangere qui est retranchée

90 de dessus sa branche, elle luy rende la vie et la vigueur, adoucissant son propre fruict par son incision et par sa playe. C'est la vraye prudence, par laquelle l'Eglise de Dieu doit estre conduite, s'accommodant à l'infirmité des hommes ; de laquelle, comme de l'un des principaux

?) instrumens du navire de S. Pierre, les prédécesseurs Papes ont tousjours usé et usent à présent pour destourner les flots des tempestes humaines dont elle est continuellement battue.

Ouy, mais, ce direz-vous, il faudroit en tout cas que

w ce Prince fist pénitence. A cela nous vous prions de recevoir de bonne part si nous -remonstrons que, s'il faut qu'il face pénitence, il faut qu'elle luy soit ordonnée, et par conséquent qu'il soit receu en l'Eglise. Car, bien que les penitens ne participent indifféremment aux sacremens

35 de l'Eglise, neantmoins ils sont du corps de l'Eglise, et ne sont plus entre les anathemes et retranchez. Mais, outre cela, nostre S. Père doit en ce fait considérer qu'il y a bien différence de statuer de la peine d'un particulier ou d'un grand Prince ; de le faire en une saison paisible ou en

to Testât de l'Eglise troublé ; de le faire en faveur du Prince, ou pour subvenir à la calamité des peuples et pour mettre la paix et le repos à l'Eglise. A la première naissance et innocence de l'Eglise, la rigueur de la pénitence a esté tresgrande, et neantmoins personne ne refusoit de la

487-8. discipline, comme dict le mesme Sainct Augustin, et se B C D

— 493 . s'accommadant A — 496. usé et doivent user B C D ; à dresait A

— 501. nous vous remonstrons B C D — 507. en ce fait cm. B C D — 508. d'ordonner de D — 508-9. d'un Prince B C D — 511. survenir A

— 514. ne la refusoit : D. ^

104 RESPONSE d'un BOURGEOIS DE PARIS

S15 subir: car, en ce grand zèle et ardeur de religion, les penitens triomphoient en leurs pleurs, et ceux qui les voyoient compatissoient avec eux et prenoient part à leurs gemissemens. Les Martyrs et les Confesseurs imputoient leurs tourmens et liens aux peines des penitens et procu-

520 roient leur absolution. De puis que les meurs se sont corrompus en l'Eglise et l'ardeur de la charité s'y est amortie, la rigueur de la pénitence publique en a esté mise hors d'usage, de peur que des esprits malins et envieux, dont nos siècles sont fort pleins, ne tournassent

52s à reproche et opprobre ce qui servoit anciennement de consolation. De sorte que la pénitence s'est réduite à une satisfaction secrette et particulière, et n'avons point veu de nos jours qu'à l'endroit de tant et tant d'heretiques qui sont retournez à l'Eglise on en ait usé autrement. Ce

5îo qui est d'autant plus nécessaire au suject qui se présente que, comme il a esté dit, ce n'est pas en faveur d'une personne seulement que la grâce de l'Eglise est demandée, mais de tout un Royaume, le plus grand et plus florissant de la Chrestienté. Et ne pouvons nous imaginer que

535 nostre S. Père, voyant l'émulation des estrangers, et leur entremise en ce fait cy, voulut plustost par sa rigueur et austérité contenter leur envie et ambition que par sa clémence, digne de son naturel et de son nom, obliger à l'aimer la nation qui jamais a le plus servy à l'accroisse-

540 ment et grandeur du S. Siège ; ains nous promettons asseurément qu'il aura en ce fait pour formule de ses actions et l'exemple et les paroles de ceste grande lumière de Carthage, S. Cyprian. Je désire (disoit-il) que chacun rentre en l'Eglise de Dieu, que tous nos compagnons rentrent

521. corrompues B C D — 525. opprobre et reproche B C D — 526. c'est A — 536. voulust B C — 540. ains nous nous BC D — 543. Cyprian escrivant au Pape Cornélius B C D.

5 dans le camp de Jésus Christ, se renferment dans la maison de nostre Dieu et nostre Père '. Je pardonne tout et dissimule beaucoup de choses, pour le désir que j'ay de maintenir la fraternité; mesmes que je n'examine pas avec un plein et exact jugement de religion ce qui est commis contre Dieu, et pèche

;o quasi moy-mesme en pardonnant trop indulgemmeut les fautes des autres.

Si doncques les Canons, les Pères, les Conciles et les exemples des anciens nous ont fait croire et espérer que nostre Sainct Père procureroil le bien et le repos de

55 l'Eglise et si nous l'avons attendu asseurement de luy, nous n'avons nullement diminué son authorité, ains honoré sa vertu et preud'homie, quant nous nous en sommes promis ce que l'office d'un bon père désire. Et au contraire ceux premièrement qui ont douté de sa puis-

So sance, publié et presché publiquement qu'il n'estoit pas en son pouvoir de recevoir ce Prince et, quand il le recevroit, qu'ils n'estoient pas tenus de luy obéir, ont entamé bien avant son authorité ; et quand à ceux qui ont pensé qu'il ne le recevroit pas, lors mesmes que les

55 peuples se joindroient, comme ils font, pour l'en supplier, l'ont fort des-honoré et diflfamé, voulant par là conclure qu'il prefereroit l'ambition d'Espagne (aux desseins desquels seuls tel effect pourroit servir) au bien de toute la Chrestienté. Nous nous sommes doncques pro-

70 mis avec raison cet office de luy, et sur cela, comme sur chose tres-asseurée, avons fondé Tesperancc de nostre

546. Dieu. Et nostre Père, Je A; et nostre Père oin. BCD — 54S. mesmes tant que BCD — 549. de religion om. BCD — 557. quand BCD — 560. n'estoit point BCD — 561. recevoir !e Roy BCD — 563. Quant BCD. — 566. ils l'ont B C D ; Jes-honoré, voulans BCD — 571. nous avons BCD.

I. Les mots et nostre Père -np sont pas, en A, imprimés en italique.

l66 RESPONSE d'un BOURGEOIS DE PARIS

salut et dirigé le cours de noz affaires ; et, quant il arriveroit autrement, cognoissant sa vertu et son intégrité, nous ne croirions jamais que le contraire soit party de sa

575 libre volonté, ains l'imputerons aux artifices de quelques factieux estrangers, qui le trompent et déçoivent pour faire sersnr son authorité aux ambitieuses passions d'Espagne.

Maisquoy pourtant ? Si le malheur portoit qu'il ne vou-

580 lut pas ce que veulent les Loix, les Canons, les Pères et les Conciles, le bien de l'Eglise, nostre pauvreté et nostre nécessité, laisserions-nous perdre la religion et ce grand et florissant Royaume ?Et quand nous ferions la paix avec le Roy, maintenant Catholique, devons nous craindre

585 d'estre ny excommuniez ny parjures, comme les Espagnols nous reprochent ? Ce sera de vérité un grand malheur à l'Eglise, s'il se fait chose de si grande conséquence sans la bonne grâce du père commun d'icelle, mais malheur à celuy qui sera cause du scandale ! Pour nous, nous

590 avons fait tout ce que des enfans peuvent faire pour contenter leur père. C'est au père aussi, suivant le précepte de l'Apostre, à s'accommoder à l'infirmité de ses enfans et ne les pas jetter au desespoir. Nous avons soustenu le faix de ceste guerre avec une extrême incommodité, pau-

595 vreté et calamité, noz campagnes en sont désolées, nostre ville en est solitaire, noz citoyens consommez ou par la famine ou par le glaive. Et neantmoins nous n'avons jamais voulu condescendre à aucune paix. Ce n'est pas que nous ne sceussions que, combien que la gu.rre fust

572. quand BCD — 573. congnoissant B, connoissant D — 575. imputerions BCD — 579. Mais quoy ? pourtant A — 579-80. voulust BCD — 581-2. et nécessité BCD — 585. ny d'estre excommuniez ny parjures BCD — 595. désolée B (désolées rétabli dans B") — 596. oit A — 597. oii A,

A LA LETTRE DE MONSEIGNEUR LE LEGAT léj

oo juste pour empescher qu'un Prince autre que Catholique ne vint à la Couronne, toutesfois, en l'extrême nécessité, il est loisible de faire paix avec luy, et le recognoistre pour Seigneur temporel. Car outre les authoritez des Pères et opinions des plus recens Docteurs, nous ne

O) manquions pas de l'exemple des Papes mesmes, qui ont flechy à la nécessité et supporté la domination des hérétiques. Voire que Jean premier, pour éviter le mauvais traictement que Theodoric Arrien faisoit aux Catholiques d'Italie, alla luy mesme à Constantinople vers l'Empereur

lo Justin, pour le prier de rendre aux Arriens leurs temples, que l'on leur avoit ostez. Et sans en chercher si loing, nous avons veu de noz jours et voyons encores les Papes qui permettent qu'Avignon compose avec Desdiguieres, et luy donnent six cens escus par mois, pour evi-

115 ter la guerre. Nostre S. Père a esté Légat en Pologne, il y a veu quinze ou seize sortes d'heresies qui y sont tollerées ; il n'a pas pour cela anathematisé le Royaume. Mais tout cela ne nous a jamais esmeu, nous avons voulu vaincre la nécessité m.smes, espérant que Dieu nous

>2o feroit en fin la grâce d'avoir un Roy Catholique. Celuy que la succession appelloit à la Couronne, qui occuppoit desja la plus grande part du Royaume, estoit suivy quasi de toute la Noblesse, l'est maintenant, a abjuré l'heresie, nous tend les bras, nous offre seurettez pour la religion

)25 et pour noz fortunes particulières. Quel suject nous reste-il pour continuer la guerre ? quel prétexte pour

601. vinst BCD — 602. recongnoistre B, reconnoistre D — 605. manquons BCD — 609. Oanstantinoble B — 613-4. que ceux d'Avignon composent avec les Huguenots et leur BCD — 615. Polongne BCD — 622. grand BCD; qui estoit BCD — 622-3. de quasi toute B C D — 623. Noblesse, est maintenant Catholique, a abjuré son erreur B CD — 624. seureté et pour BCD.

l68 RESPONSE d'un BOURGEOIS DE PARIS

asseurernoz consciences Pquelsmoyens pour asseurer noz fortunes ?

Nostre S. Père (nous dit-on) ne le veut pas recevoir :

630 il est encores es liens de l'excommunication. Ily a bien différence entre l'heresie et l'excommunication : l'heresie est vice adhérant à la personne, dépendant de sa volonté, qui rend incapable celuy qui en est infecté de la succession du Royaume par la loy fondamentale d'iceluy ; mais,

635 l'ayant abjurée et fait profession de la foy Catholique, il a levé l'obstacle qui le rendoit incapable du Royaume. Quand à l'excommunication, c'est la note de l'Eglise qui le prive de la communion d'icelle et des grâces spirituelles, mais qui en France n'a aucun traict ny conséquence au

640 temporel, ny moins à la Couronne, qui dépend nuëment et immédiatement de Dieu. Il est peut estre raisonnable que ces petits Royaumes que possède le Roy d'Espagne et qui sont feudataires de l'Eglise soient à la disposition de nostre S. Père, mais celuy de France, ny en gênerai

645 ny en particulier, ne dépend que de Dieu : et si les interdits et excommunications eussent eu quelque puissance à priver noz Rois du Royaume, il y a ja long temps que la Chrestienté eust ploré la ruine de cet Estât, et en conséquence d'icelle eust peut estre veu la sienne. Car les

650 Papes qui ont tenu le siège n'ont pas tous esté si sages et si prudens que celuy qui l'occupe aujourdhuy, ains ont bien souvent abusé de leur authorité pour servir à leur passion et à celle d'autruy, et mettre en proye les Royaumes voisins. Sans chercher des exemples plus loing,

655 durant les guerres d'Orléans et de Bourgongne, Charles

627. moyens pour conserver B C D — 630. d'excommunication B C

D — 630-1. Ily a bien et l'excommunication om. B C D — 657.

Quant B C D — 642. ses petits A — 654. cercher B C D — 655-6. Charles VII B C D.

septiesme et tous ceux de son party furent excommuniez et mis en interdit. La Sorbonne mesme le requist. Que si Dieu n'eust esté plus prévoyant et favorable à l'Eglise que l'Eglise à soy-mesme, ce Royaume seroit commandé

660 par les hérétiques Anglois, qui, fortifiez d'une si grande estendue de Provinces, auroient peut estre ja occuppé et Rome et toute l'Italie. Du temps de Loys douziesme, modelle des bons Rois et surnommé père du peuple, le Roy et le Royaume furent mis en interdit. L'Eglise ne

665 pleureroit-elle pas aujourdhuy, si ceste censure avoit eu autant de puissance que d'animosité, et si sur ceste occasion ou les sujets du Royaume ou les estrangers eussent deschiré cet Estât, qui est le bras droit de la Chrestienté ? Mais Dieu, qui ayme son Eglise, ne permet pas que, si

670 quelquefois par passion ou par erreur ceux qui manient les clefs tournent à l'injure et ruine des hommes ce qui est ordonné à leur salut, que le succez en soit aussi malheureux que les conseils, ains permet que le cours en soit arresté par ceux qui combattent pour elle mesmes

675 contre elle mesme.

Et ne nous peut-on pas objecter pour cela que nous soyons moins respectueux au S. Siège qu'aucune autre nation, car nous ne l'advouerons jamais, ains rendrons tousjours à ceux qui tiendront le siège tout l'honneur que

680 nous pourrons, n'ostans à la vénération que nous leur rendrons que la licence de nous ruiner et mal faire, laquelle ils ne doivent pas désirer avoir. Bref nous dirons de nostre S. Père ce que TertuUian disoit de l'Empereur : Nous le rêverons comme la plus grande puissance

657. mesmes B C D — 659. que les Ministres de l'Eglise à elle-mesme B C D — 662. Louys CD — 669. que om. B C D — 674. pour elle mesme B C D — 680. ostant B C D — 683. en son Apologétique disoit BC D.

685 qui soit en terre, et la première après celle de Dieu, et luy obéissons autant qu'il nous est loisible et qu'il luv est expédient. Le respect que nous luy portons est plein de franchise et d'ingénuité et fort différent de ceux qui l'honorent de paroles et l'oppriment d'effect, comme fai-

690 soit le feu Empereur Charles Quint, qui, pendant que son armée saccageoit Rome et tenoit le pape assiégé, faisoit faire des processions en Flandres pour la prospérité du S. Siège.

Nous disons doncques que, quant le Roy demeureroit

695 excommunié et interdit, cela ne nous empescheroit point de pouvoir faire paix et de lerecognoistre. Toutefois nous advouons ingenuëment que ce seroit chose fort triste et mal ominieuse de voir hors de l'Eglise le Prince qui doit commander à un Royaume tres-Chrestien. Et pource, de

700 l'advis des Catholiques de tous les deux partis, avoit-il esté résolu qu'avant que d'entrer à aucun traicté ce Prince envoyeroit vers le Pape demander absolution, luy offrir l'obéissance. Mais, quand on nous dit qu'il y a envoyé, et que sa Saincteté ne l'a pas voulu ouyr, et que vous

705 nous le confirmez, nous ne sçavons plus que respondre : car nous sçavons que Dieu ne demande de nous que l'obéissance, et qu'il a dit qu'il ne desnira jamais sa grâce à celuy qui fait ce qui est en luy. L'on a tousjours tenu que les sacremens de l'Eglise opèrent effectuellement en ceux

710 qui font ce qu'ils peuvent pour les recevoir, et particulièrement en France le refus que Ion a fait à Rome de ce qui est de la jurisdiction, voires mesmes des grâces ordinaires, a tousjours esté réputé pour l'effect ; et, sur l'at-

690. Charles le Quint D — 694. quand BC D — 696. recongnoistre B, reconnoistre D; si la nécessité nous y contraignoit. Toutesfois B C D — 698. omineuse B C — 697-8. et de mauvais augure de voir D — 701. entrer en B C D ; le Roy B C D — 707. déniera B CD ^ — 710. recevoir : C D — 710-1. de mesmes en France le C D ; France : le B — 711. qu'on a faict B C D — 711-2. à Rome. . . voires mesmes om. B C D. — 713. rt A.

testation du refus, les Parlemens de ce Royaume ont con-

715 traint les Evesques et Juges ordinaires de l'octroyer. Ce sont les libertez de l'Eglise Gallicane, qui ont tousjours esté inviolables en ce Rovaume, et sans lesquelles il ne pourroit subsister : avec lesquelles Ion a tousjours empesché que la discipline Ecclésiastique ne fust altérée et des-

720 tournée à l'oppression des particuliers ou ruine de l'Estat. C'est pourquoy le Parlement de Paris, qui est la Cour des Pairs et le lict des Rois et la justice souveraine du Royaume, estant advertie que nostre S. Père, séduit (comme il est à croire) par les faux advis et artifices de 725 quelques factieux estrangers, avoit refusé d'ouïr les ambassadeurs que le Roy de Navarre luy avoit envoyé, suivant ce qui avoit esté arresté en la Conférence des Catholiques des deux partis, auroit (sans attendre d'avantage) par son arrest du xiiij Janvier ordonné que remonstrances seroient

750 faites à Monsieur du Mayne, à ce qu'il traitast la paix avec ledit sieur Roy, reser\-ant neantmoins de faire entendre à sa Saincteté les justes et nécessaires raisons qui y contraignoient les Catholiques, et le supplier d'avoir agréable ce qui se traitteroit, jugeant par là qu'il n'y

755 avoit plus rien qui nous empeschast de recognoistre ledict Roy de Navarre, et neantmoins qu'il faloit tousjours conserver, autant qu'il seroit possible, l'union de l'Eglise et rendre au S. Siège tout l'honneur qui se pourroit, et par son advis poursoir aux seuretez de la religion.

714-5. ont accoustumé de contraindre les Ordinaires de les octroyer BCD — 716. libertez qu'on appelle de l'Eglise B CD — 716-8. qui ont tousjours... subsister om. BCD — 718. substister A — 718- 9. avec lesquelles ceux du Royaume ont tousjours prétendu pouvoir empescher BCD — 72 j. adverty D ; S. Père, trompé BCD — 726. de Navarre om. BCD; envoyez BCD — 729. quatorziesme Jan\-ier BCD — 751. avec ledit sieur Roy om. BCD — 755. recongnoistre B, reconuoistre D; dict om. BCD — 756. de Navarre om. BCD

740 Ces raisons-là pourroient suffire pour respondre à ceux qui disent que nous ne pouvons légitimement traitter avec ledict sieur Roy de Navarre, qui nous objetent le serment de l'Union que nous avons fait et de jamais ne le recognoistre, et nous menassent que nous serons excommu-

745 niez. Nous vous supplions, Monseigneur, examiner un peu avec nous comme ils abusent de vostre authorité pour servir à leur passion, afin que, recognoissant la vérité, vous desarmiez les mensonges des prétextes dont ils se veulent prévaloir, et, comme nostre désir est plein

750 d'innocence, vous l'assistiez de vostre faveur et protection. Nous disons doncques que nous ne sommes plus obligez au serment que nous avons fait, pour deux raisons : la première, que le suject de nostre serment, ou pour parler comme les Scholastiques, la matière est chan-

755 gée ; car le Roy de Navarre estoit lors hérétique ; contre luy tel nous avons juré la guerre ; ceste qualité, qui estoit la cause de nos armes, cessant, l'efFect en doit aussi cesser. C'est une maxime trop vulgaire que le cliangement de la chose altère l'eftéct du serment, et en dis-

760 soult le lien. Le sens commun le dit, les loix et les Canons le chantent. C'est ce qu'un Philosophe disoit : Alors me pourra-on appeler perfide et inconstant, si, les choses estant telles qu'elles estoient quand j'ay promis, je n'accomplis ma promesse ; autrement le changement des

765 choses me donne liberté de prendre nouveau conseil, et me descharge de ma foy.

Secondement les actions des associez à ceste guerre,

741-2. avec ledict sieur Roy de Navarre om. B C D — 742. objectent B C D — 74;. d'union B C D ; et oin. B C D — 743-4. ne recongnoistre (recognoistre C, reconnoistre D) le Roy — 744^5 • e^ nous menassent que nous serons excommuniez oui. B G D — 747. reconnoissantD — 755. de Navarre om. B C D ; lors en erreur B C D — 763. estans B C D.

les moyens d'y procéder sont illicites, injustes et deshonnestes, et tendent à une fin contraire à l'intention du

770 serment que nous avons fait, qui est de conser\er la religion et l'Estat. Car premièrement les principaux d'entre nous se sont destournez à brigandages et voleries, faisant servir le prétexte de la religion à leurs mauvais desseins. Au lieu que les affaires publiques se doivent traitter ea

77) commun, ils ont par toutes les villes establv des conventicules et assemblées secrettes, opprimé les assemblées légitimes des villes, traicté à part avec les estrangers, jusques à leur offrir la Couronne, comme il s'est veu par la lettre escrite par ceux de Paris au Roy d'Espagne. Ils

780 ont dressé des conjurations contre les Parlemens et anciens- Officiers de l'Estat, pour faire un carnage de tous les Magistrats et gens d'honneur des villes. Les Gouverneurs des places se sont rendus la «plus part petits tirans, opprimans leurs habitans avec estranges vexations et cruau-

«5 tez, sans recognoistre aucune puissance, mais tendans tous à un desmembrement d'Estat. Les estrangers meslez parmy nous se sont sers'is du manteau de la religion pour nous conduire insensiblement à leur vendre et trahir nostre pays. Ils nous ont au commancement aigris, puis^

790 rendus irréconciliables, à la longue appauvris et aâoiblis, et en fin, ayant rendu leur secours nécessaire, nous ont demandé pour recompense nostre Estât. Eux qui au commancement ne parloient que de religion, à la levée du siège de Dieppe, ayant fait recognoistre à Monsieur du

795 Mayne qu'il ne pouvoit rien sans eux, commencèrent à luy descouvrir leurs intentions et luy taster le poux. A la

772. faisans B C D — 775-5- desseins : au lieu... commun. Us A — 777. d. (de?) villes B" — 785-4. opprimant B C — 785. recongnoistre B, reconnoistre D — 791. ayans D — 792-5- E^^ qui... religion om. B C P — 794. congnoistre B, cognoistre C, connoistre D — 795. que il A;, ils commencèrent C D.

levée du siège de Paris, ils parlèrent plus haut, et proposèrent leur Infante. Le Duc de Parme, venant au secours de Rouen, délibéra de clore le marché, comme il se voit

800 par ses lettres escrites de Landrecy au Roy d'Espagne, et faisant estât d'avoir ja gaigné ceux qu'on avoit des lors député pour les Estats et estimant sa brigue assez forte, se voulut asseurer de Monsieur du Mayne qu'il tiendroit les Estats et procureroit l'eslection de l'Infante ;

805 et de fait, il ne voulut jamais s'avancer au secours qu'il n'en eust promesse. Depuis, le duc de Feria passa par Soissons, apportant quelque argent, et voyant la nécessité où l'on estoit, ne voulut jamais rien bailler qu'on ne luy confiriiiast la mesme promesse . En fin pour l'ef-

810 fectuer on fait venir des députez, la pluspart intéressez, qui avoient des offices ou bénéfices pris sur ceux du party contraire, et qu'ils ne pouvoient conserver que par la guerre. On fait venir des réfugiez, qui se présentent pour les villes qui tenoient mesmes contre nous, et qui avoient

815 neantmoins leurs voix, comme s'ils eussent esté advouez par toute une province. On fist plus, car on osta mesmes la liberté à la ville de Paris de députer telles personnes qu'elle vouloit, et fallust, nonobstant les déclarations faites au contraire et par tous les quartiers et à la ville

820 publiquement, que ceux qui avoient esté esleuz en ladite ville en temps de séditions, et lors que la faction d'Espagne y regnoit, demeurassent. Apres cela, ils firent, à ce que vousescriviez vous mesme à Rome par vostre lettre du xxvij Juillet, parler les Prédicateurs ce qu'ils voulurent

825 et prescher publiquement et en plains Estats contre la

801. gagné BC D — 810. ont A — 815. Ont A — 814. mesmes ow. B C D — 819. quartiers de la ville B C D — 823. escrivez B C D ; mesmes B G D — 824. vingt-septiesme Juillet B C D; dire aux Prédicateurs B C D ; ce qui ils A .

lov Salique. Ils firent leurs propositions pour l'Infante, puis pour l'Infante et Erneste, puis pour l'Infante et un Prince François solidairement ; et sur ces propositions entra-on en conférence secrette, où par ruses et arti-

S30 fices ils nous conduisirent à tel point, que, ce qu'ils demandoient leur estant accordé, il ne restoit que l'exécution, et de contenter les particuliers qui les ser\-oient à ce dessein. Dieu seul, et non les hommes, nous délivra de ce précipice, ayant donné courage au Parlement

855 de s'y opposer, et fait cognoistre audit sieur du Mayne l'abysme où il s'alloit plonger, duquel toutesfois il ne se peut tirer que par un serment qu'ils extorquèrent de luy de ne faire jamais de paix, ains de faire une Royauté lors qu'ils ameneroient des forces : ce qu'atendant, ils s'obli-

S40 geroient de donner certaine somme de deniers par mois pour entretenir les Estais. Et de fait, depuis ce temps là les Estats sont demeurez à Paris, à la veuë de tout le monde, stipendiez par eux, jusques à envoyer en plains Estats leurs rescriptions en Espagnol pour recevoir les

64Î deniers.

Qui dira qu'il y ait loy au monde, ny divine ny humaine, qui nous tienne liez à une telle société, qui nous oblige à renverser les loix de nostre Estât, trahir nostre pays et nous condamner nous mesmes par une si

J50 flagitieuse action à une honte et misère éternelle ? Peuton alléguer quelque serment contre nous ? Les loix ne

^ veulent-elles pas exprès que, si nous avons fait quelque serment dont l'exécution se retorque contre noz pères et noz mères, que nous en soyons absouz ? Car le serment,

}S5 quelque exprès et solemnel qu'il soit, a tousjours une

829. ou A — 830. conduiserent A — 835. et faire B C D ; congnoistre B, connoistre D ; à Monsieur du Mayne B C D — 836. om A — 582. veulent-»/ A ; expressément D.

176 RESPOKSE d'un BOURGEOIS DE PARIS

taisible exception du droict de nature qui ne peut estre violé. C'est, ce disoit S. Ambroise, une misérable obligation que celle-là qu'il faut acquiter par un parricide. Et pour ce, les Pères ont reprouvé l'exemple de Jephte,

860 sinon entant que c'estoit une figure de nostre salut. Bref la promesse est impie qu'il faut accomplir par un crime, à l'exécution de laquelle tant s'en faut que l'Eglise nous exhorte, qu'elle nous en destourne, nous disant que le serment n'est point lien d'iniquité ny de parricide.

865 Or, pource que ceux qui nous blasment, quand nous demandons la paix, nous objectent que la guerre est la conservation de la religion, et infèrent par là que nous pouvons faire toutes sortes de maux pour parvenir à ce but, et que nous devons pour cet effect renverser toutes

870 loix et ruiner ce Royaume, vous nous permettrez, s'il vous plaist, que nous vous représentions les raisons pour lesquelles nous ne pouvons adhérer à leur advis. La guerre doncques, à ce qu'ils disent, est désirable : car, bien que ce soit la ruine de l'Estat, c'est la conservation de la reli-

875 gion. Premièrement nous leur pourrions respondre qu'ils nous proposent un remède bien cruel et aliéné du nom et de l'effect de la religion ; car ce n'est autre chose que crever l'œil pour en oster la taye, coupper la gorge au malade pour le guérir d'une apostume. Ce n'est pas peu

880 de chose que de vouloir ruiner un tel Estât que cestui-cy, un ouvrage de douze cens ans, le labeur de tant de milliers d'hommes, un des plus beaux membres de l'univers. Il y en a qui pensent, quant ils parlent d'un Estât, qu'ils parlent d'une Idée, qui se peut former ou transformer en

885 leur esprit selon qu'ils se voudront imaginer, et que cela

859. Jephté B C D — 861. qu'il faut acquitter B C D — 869-70. les loix B C D — 876. aliène D — 885. quand B C D.

n'a rien de commun avec l'honneur et le service de Dieu. Tant s'en faut, nous estimons que les Estats sont les principaux et plus excellens ouvrages de Dieu, sans la conduite et providence duquel jamais les esprits de j tant d'hommes naturellement desbordez et enclins à licence ne se laisseroient assembler et estreindre soubs le lien d'une seule loy et d'un seul Prince. Et s'il y a rien en ce monde où Dieu se doive complaire, c'est en l'union et assemblée de tant de peuples, réunis par l'obeis- 5 sance et tempérant leurs mouvemens et modérant leurs mœurs par la règle des loix. Et au contraire il n'y a rien qui luy doive tant desplaire que les ruines des Empires et des Royaumes : car elles ne peuvent aucunement arriver, sinon que par la confusion, par les pillages, brigan- X) dage, sang, meurtre, violemens, sacrilèges, impieté ; choses que qui dira qu'elles soient agréables à Dieu blasphémera detestablement contre luy. Que cela soit vray, nous en avons de trop funestes exemples chez nous pour nous mettre en peine d'en chercher en l'antiquité, dont > neantmoins tous les siècles passez sont pleins. Ce n'est donc pas la un conseil que nous devons attendre de ceux dont les paroles ne respirent que charité et religion, qui doivent bien désirer l'extirpation de Theresie en ce Royaume, mais non pas d'en esteindre le feu par nos ruïo nés, principalement y ayant tant de conseils et plus aisez et plus salutaires. Un ancien ' escrit que Alcon, archer

890. naturellement om. B C D — 893. ou A — 895. temperaus.. moderans B C D — 899. queom. D — 899-900. brigandages... meurtres... impietez B C D — 901. choses qui A — 904. cercher B — 906. là B C D. devions BC D — 910. d'autres conseils B C D. — 911-4- Un ancien escrit... sans l'entamer, om. B C D.

I. Toute cette phrase est supprimée dans B C D, vraisemblablement parce qu'elle figure déjà sous une forme presque identique dans le Discours des Barricades, 1. 266. Je rétablis Candiot dans ce deuxième passage en m'autorisant du premier. -

Jetions et Traicte:;^ Oratoires. 12

IJo RESPONSE D L'\ BOURGEOIS DE PARIS

Candiot, voyant son fils entortillé par un serpent, tira un traict si dextrement que le fer perça le serpent, et s'arresta justement à la peau de l'enfant sans l'entamer. Voilà

915 l'image d'un sage et véritable conseiller, qui doit tellement oster le mal du suject où il est, que le suject ne périsse point: car autrement, périr de peur de périr seroit périr deux fois.

Or donnons leur que nous devions tout ruiner afin de

920 conserver la religion, et examinons maintenant si la guerre la conserve ou la ruine, ou pour le moins si elle la met en plus grand hazard que ne feroit la paix. Si nous n'appellions religion que la droite créance que nous devons avoir, le service de Dieu, la prédication de

925 sa Parole, l'exercice des bonnes et sainctes actions, nous confesserions bien tost que ceste guerre cy la ruïne et la pert entièrement : car la licence de mal faire qu'apporte la guerre rallume tellement la mèche du péché qui est naturellement en nous, que, corrompant entièrement nos

930 mœurs, elle nous conduit à l'impiété, que nous ne nous ser\-ons plus du nom de Dieu et de la religion qu'entant qu'il nous profite : de sorte que ceux qui doivent plus d'exemple sont les plus despravez. La parole de Dieu ne s'anonce plus par toute la campagne et les sacremens

935 s'administrent en peu d'endroits, les biens de l'Eglise nécessaires pour l'entretenement du cuit divin se perdent et occupent, et ce taisant, se débandent ceux qui sont députez et destinez au service divin.

912. Candert A — 914-5. Voilà l'image d'ow. B C D — 915. et charitable conseiller doit B C D — 920. religion ; examinons C D — 923. nous appelions Religion la droite B C 1^ — 926. confesserons B C D — 926-7. les ruine et perd B C D — 930. à telle impieté B C D — 936. pour son entretenement se perdent B C D — 93 7. se om. B C D — 938députez et om. B C D.

Mais, puisque nous ne mettons pas en cela la conser- 0 vation de la religion, ains à rendre plus forts et plus puissans ceux qui en font profession, et à abbattre l'authorité et puissance de nous malfaire de ceux de qui nous nous deffions favoriser l'heresie et la vouloir introduire parmy nous, voyons si la guerre nous asseure et [^ fortifie, et diminue l'authorité et puissance sur la religion de ceux que nous craignons. Car, s'il y a juste occasion de craindre ceux à qui nous faisons la guerre, et que nostre imprudence et nos mauvais conseils les rendent maistres de nous par la force, quelque prétexte que nous

0 prenions, de quelques paroles que nous fardions nos actions, nous aurons combattu contre la religion. Il y a cinq ans que nous faisions la guerre à ce Prince ; il estoit lors hérétique, avoit peu de villes et peu de moyens ; nous estions pleins de biens, pleins de courage ; toutes

iî les bonnes villes estoient avec nous ; le Pape, le Roy d'Espagne nous assistoient de leurs forces ; neantmoins il a tousjours gagné sur nous, nous a vaincus en bataille, enlevé nos villes par sièges. Maintenant qu'il s'est fait Catholique, toute la Noblesse court à luy en foule, les

)o provinces toutes entières se rendent à luy. Que pouvonsnous espérer ? Si à choses ja inégales, vous ostez aux moindres et adjoustez aux plus grandes, quelle proportion y demeure il ? Les Eg}'ptiens nous viendront délivrer, l'Espagne nous sauvera. Est-ce une autre Espagne

j> que celle qui nous a assistez depuis cinq ans ? Y appor-

1 tera-elle plus de volonté? Y apportera-elle plus de ' moyens ? Plus de volonté ? Non, car elle a perdu l'espe-

, 94I-3. authorité de ceux que nous nous B C D — 943. deffions, favo-

riser A — 94S-6- diminue la puissance de ceux B C D — 952. faisons B CD — 954. courages B — 957. gaigné BC — 960-1. à luy que pouvonsnous espérer, si A — 962-}. quelle portion A — 965. assisté B C D — 967. moyens, plus de volonté} A, plus de volonté om. B C D.

l80 KESPOXSE d'un' BOURGEOIS DE l'ARlS

rance qui l'animoit à ce secours, qui estoit la conqueste de ce Royaume. Plus de moyens ? Non, car les despences

970 passées l'ont espuisée et d'hommes et d'argent ; elle a nouvellement perdu le plus grand Capitaine, voire le seul qu'elle eust ; elle a la guerre en ses entrailles ; elle est menassée du Turc ; la seule mine qu'il fera d'armer fora consumer toutes les mines des Indes. Est-il possible que

975 l'expérience de tant d'années et tant d'affaires ne nous aye point encores fait cognoistre la foiblesse d'Espagne ? Le Roy d'Espagne est un grand Prince, il est vray, mais il est vieil ; il a de grands Estats, mais tous séparez, comme les membres d'un corps despecè; il a de grands

980 revenus, mais de grandes charges ; c'est le Géant Briarée, qui avoit cent bras, mais il avoit cinquante ventres. Ne voyons-nous pas ce qu'il a peu en Flandres depuis vingt-cinq ans, faisant la guerre à ses sujects avec mille advantages et mille intelligences ? Ne l'avons nous

985 pas veu venir avec une armée triomphante se briser contre Corbeil, qui n'estoit pas lors fortifié ? Ne sçavons nous pas en quel estât sont aujourd'huy les Espagnes, où les villes sont plus dacées en pleine paix que les nostres ne sont maintenant ? Ne sçavons nous pas qu'on y mau-

990 dit nos querelles, et que ce qui se fait en France n'est qu'un caprice du Roy d'Espagne et une ambition de l'Infante ? N'avons-nous pas appris du seigneur Dom Diego que le Conseil d'Espagne a solemnellement protesté et proteste tous les jours que l'entreprise de France

99) est contre son advis et par le seul et propre commandement du Roy ? Or, quand ce Prince seroit aussi puissant

970. espuisée d'hommes B C D — 974. consommer B C D — 976. connoistre D — oSo. ne le sont B C D.

qu'il faudroit pour nous délivrer, qui nous peut promettre longue vie à un Roy de soixante sept ans ? Qui nous peut promettre qu'il n'y aura point de division après sa mort

looo entre ses enfans de divers licts et des gendres ambitieux ? Qui nous persuadera que son fils \^eille espuiser ses finances et hàzarder ses Estats, pour conquérir un Royaume à sa sœur ? Feignons qu'il puisse secourir toutes les autres villes, secourra-il Paris ? Prendra-il toutes les villes qui la

loo) bouclent et à la miséricorde desquelles elle vit aujourd'huyPQuoy doncques, la condition de Paris sera-elle de périr d'une façon plus misérable que ne seroit un sac, un pillage, un embrasement ? car, consommé d'une lente et irrémédiable misère et pauvreté, il definera avec un

loio estresme sentiment de son mal, n'ayant autre secours ny consolation que d'en maudire les autheurs. C'est le siège de la religion en ce Royaume, le cœur de ce party; il mérite bien que tous les autres membres s'accommodent à le sauver, sinon qu'ils vueillent, en la laissant entamer,

loi) sentir bien tost après les esprits et la vigueur leur deffaillir.

Or, Monseigneur, nous ne voulons pas vous persuader par ces raisons-là : car, estant estranger et grand homme d'estat, il n'est pas raisonnable que vous ayez le senti-

I020 ment si vif de nos misères : vous les contemplez comme celles que vous lisez dans les histoires anciennes, ou comme celles de la guerre de Troye. Mais, quand la continuation de la guerre n'apporteroit autre chose qu'un schisme très-certain et desmembrement de l'obéissance

1025 du Pape par tout ce que tient aujourd'huy le Roy de y Navarre, vous peut-il entrer en l'esprit de le trouver bon ?

I 997. qui peut B C D — 1000. lict A — 1004. secouera A — 1004-5.

le boudent B C D — 1005. il vit B C D — 1008-10. car, consommé... sentiment de son mal oin. B C D — loio. secours ne B C D — 1012. de ce Royaume B C D — 1014. le laissant B C D — 1019. pas om. B C D — 1025-6. de Navarre om. B C D.

l82 RESPONSE d'un BOURGEOIS DE PARIS

yoire de le procurer et le confirmer? Passons que, ruinant cest Estât, vous coupez le bras droit à l'Eglise. Pensez-vous, quand un tel schisme seroit formé, et que

1030 vous seriez retourné à Rome, et que nostre S. Père et Messieurs les Cardinaux ayant reprins haleine considereroient à loisir cest événement, et conteroient sur leurs doigts qu'ils auroient perdu le quart de toute l'Eglise, et qu'ils viendroient à regarder ce que vous avez fait pour

1035 1^ iâïre et ce que vous pouviez faire pour l'empescher, que vous feussiez en seureté ? Les affaires se mesurent par l'événement : croyez que tel vous rit aujourd'huy et vous favorise, qui seroit le premier à vous lapider; et ceux mesmes peut estre qui sont autheurs de tels conseils

1040 seroient bien aises de vous en faire porter l'envie, comme principal exécuteur. Les chefs veulent avoir la gloire des bons succez, et rejettent sur leurs ministres le blasme des mauvais. Vous verriez lors esplucher vos actions depuis le berceau. On diroit : Il ne faut pas s'estonner s'il a

1045 ainsi perdu l'Eglise pour favoriser les ambitieux desseins des Espagnols ; il a esté nourry long temps en Espagne, il estoit Evesque de Plaisance et par conséquent suject du Roy d'Espagne, ou pour le moins de son principal ministre. A Paris, il s'est aussi tost rangé avec les Espa-

1050 gnols et avec la faction populaire qui les favorisoit^ ceux qui par leurs lettres oifroient le Royaume au Roy d'Espagne ne bougeoient de chez luy. Nous avons veu la lettre du Duc de Parme qu'il escrivoit au Roy d'Espagne, que l'Evesque de Plaisance estoit le meilleur ser-

1055 viteur qu'il eust. Par ceste mesme lettre il mandoit qu'en

1031. ayans repris B C D ; et considéré A — 1032. et conté A — 1032-3. par leurs doigts B C D — 1034-5. pour le faire om. B C D — 1059. peut estre ovi. B C D — 1040. aise A — 1053. que le Duc de Parme escrivoit B C D — 1053-4. Espagne par laquelle il mandoit que BCD.

A LA LETTRE DE MOXSEIGNEUR LE LEGAT lO)

ceste considération il s'estoit advancé de supplier le Pape de le faire Cardinal. Il a tousjours empesché la reconciliation des Catholiques des deux partis, jusques à s'opposer qu'on ne vid les lettres qu'escrivoient ceux du party

1060 contraire. Pour cesl effect, il a en pleins Estats approuvé et conseillé d'eslire l'Infante in solidum avec un Prince François tel qu'elle voudroit choisir. Il a toléré les prédicateurs prescher publiquement pour l'Espagnol et faire ser\'ir la parole de Dieu à leur ambition. Il a veu sans

1065 s'en formaliser la faculté de Théologie décerner, contre l'authorité du Pape et des clefs, qu'il ne pouvoit recevoir le Roy de Navarre, et que, quand il le recevroit, ils n'estoient pas tenus de luy obéir. On représentera d'avantage les instructions que dressa le seigneur Panigarolle pour

1070 les affaires de France, contenant ce qu'il faudroit faire à qui voudroit conserver la religion et le Royaume, et ce qu'il faudroit faire à qui* voudroit introduire l'Espagnol, et monstrera-on que vous avez suivy tout ce qu'il proposoit pour ce dernier poinct. Que pensez-vous que c'est

1075 une misérable chose que d'estre souzmis au jugement des hommes ? Nous vous disons plus, que, si le Turc fait quelque progrez en la Chrestienté, chacun vous en accusera comme l'autheur, tant pour ce qu'il aura esté excité à entreprendre par nos divisions, que vous avez peu

1080 appaiser, quepource aussi qu'elles auront osté les moyens de s'opposer à luy à ceux qui y estoient obligez, ^'oulez vous doncques qu'à toutes les mauvaises nouvelles qui arriveront à Rome du succez du Turc, des trouppeaux de Chrestiens qu'on amènera à une misérable servitude,

10S9. ^ist B C D — 1061. rinfante solidairement B C D — 1063. de prescher BC D — 1065. formaliser prescher contre B C D — 1067. de Navarre o;«. BCD — 1067-8. on ne seroit pas tenu B C D — 1069. le sieur D — 1072. faire pour qui BCD — 1075. que om. D — 1081. s'y opposer. Voulez vous BCD.

184 RESPON'SE d'uK BOURGEOIS DE PARIS

1085 qu'à toutes les nouvelles qu'on apportera du schisme de France on crie et déteste vostre nom ? et quant à nous, nous ne nous souvenions de vous que quand nous verrons fumer nos maisons, et n'appellions vostre nom qu'en detestation des misères que vous nous aurez procurées?

1090 Nous ne croyons point qu'une si mauvaise ambition puisse entrer en vostre ame, et estimons que, si Ion remarque en vos actions des choses qui semblent contraires au bien de la religion et de cest Estât, c'est le torrent des affaires qui vous les a arrachées, et que vous

Ï095 avez esté contraint de ployer à l'occasion présente pour éviter un plus grand mal. Et pource, vous aimant et honorant comme l'honneur du S. Siège nous oblige, nous nous retournerons tous vers vous, et, avec la plus ardente prière que nous pourrons, vous obtesterons et conjurerons

iioo que vous ayez pitié de la Chrestienté, de ce Royaume, de nos fortunes particulières. Vous voyez le misérable estât où nous sommes : la religion s'en va vrayement perdue, les Eglises deviennent sans pasteurs, celles mesmes de ceste ville sont habandonnées et désolées, la

1105 campagne est sans aucun exercice de religion ny consolation de la parole de Dieu ; les monastères déserts, les Eglises abbatues, les sanctimoniales prostituées ; les mœurs sont en tel debord que Dieu ne les peut plus supporter. En nostre ville nous voyons un extresme luxe

iiio parray une extresme pauvreté, la pudicité abbatue par la nécessité ; les putains ne sont plus logées que par troupeaux, les pauvres familles ne peuvent plus rien conserver de chaste, parmy la corruption des soldats estrangers. A la campagne, le peuple languist et geniist, ne mange

III 5 plus de pain que celuy qu'il peut cacher dans le fien, et

1085. qu'on aura B C D — 1105. Eglises demeurent B C D — un. les garces B C D — 1 1 1 5 . fiens B C D.

A LA LETTRE DE MOXSEIGN'EU R LE LEGAT l8>

ne trouve plus de seure retraitte que dans les cavernes^ parmy les bestes. Apres que le soldat a pillé, frappé,, meurtry, géhenne, l'exacteur vient, qui prend les corpset les conduit dans les prisons, où les bestes ne pour-

II20 roient pas vivre. Bref il n'y a misère au monde dont nous ne soyons comblez. Empruntons la voix de Jeremie pour pleindre nos misères, et nous ne les pleindrons qu'à demy : Dieu nous a nombre avec h glaive, la mortalité nous a consomme;^, la famine nous a dévore:;^, nous sommes la

112 5 proye et l'opprobre des estrangers, nostre plus heureux souhait est celiiy de la mort.

Mais quoy ! c'est véritablement la juste peine de noz péchez, et pouvons dire que ces misères nous sont pluyesdu Ciel, que les conseils et la prudence des hommes

iijo n'ont rien peu pour les arrester. Dieu mesmes nous avoit aveuglez, afin que nous prestassions noz mains et noz esprits à nostre peine. Mais maintenant il en semble contant : car il a changé nostre cœur de pierre à un cœur de chair et nous rend sensibles de noz maux et désireux des

1155 remèdes. Il fait plus, il nous tend la main, monstre le chemin et applanit la voye, de sorte que, si nous persévérons, nous commencerons d'oresnavant d'estre coulpables de noz propres misères. Oublions doncques noz folies passées, imputons noz afflictions à noz péchez et à la

1140 justice divine, sacrifions à la paix de la Chrestienté et au repos de l'Eglise noz haines, noz craintes, noz vengeances. et les faisons mourir sur l'Autel en sacrifice de grâce et propitiation. Couvrons par un charitable regret et éternel silence le mal que nous nous sommes entrefaits ; nous

114s n'avons gueresà nous reprocher les uns aux autres ; nous

1124. consumez B C D — 11 28. pleuës B C D — 11 ^50. peu om. B CD — II 34. à nos D — 1140. immolons à la paix B C D — 1142. et sacrifice B C D — 1144. les maux B C D.

l8é RESPONSE d'un BOURGEOIS DE PARIS

n'avons esté gueres plus sages les uns que les autres. Hercule en sa fureur enfonçoit son arc et de ses traits tuoit sa femme et ses enfans, et disoit qu'il tuoit Lycus, son mortel ennemy ; mais, après avoir dormy et cuvé sa

1150 fureur, se reveillant et voyant ce carnage, il recognoist sa femme et ses enfans et demande qui est celuy qui les a ainsi meurtris. Comme on luy dit que c'est luy, il se lamente et se tourmente, il brise son arc et ses flèches, funestes instrumens de sa fureur. Il est meshuy temps que

115s nous recognoissions que c'est dans noz propres entrailles

que nous fourrons noz espées, que c'est dans nostre propre

sang que nous nous noyons, et que, bien qu'irritez, bien

qu'offensez, nous sommes tous François.

Et vous. Monseigneur, qui tenez icy la place du Sou-

1160 verain Pontife, qui doit compatir à noz infirmitez et appaiser l'ire de Dieu enflambé sur nous, travaillez avec nous pour destourner de ses yeux tant et tant d'impietez que la guerre produit tous les jours, et qui attisent autant de charbons ardens sur vostre teste et sur les nostres.

1165 Moyennez nous une paix par laquelle l'union soit rendue à l'Eglise de Dieu, l'honneur au S. Siège, le repos et le soulagement au peuple. C'est elle seule qui peut asseurer la religion et réunir tous les Catholiques du Royaume à en procurer la conservation. C'est elle seule qui peut éviter

1170 ce grand et fascheux schisme qui menace l'Eglise, ce grand trouble et invasion des infidèles qui pend sur le chef de la Chrestienté. Si ce que nous vous en disons ne vous en fait venir envie, escoutez ce qu'en dit ce grand Père Sainct Augustin : La Paix (dit-il) est une sérénité d'esprit.

1149-50. cuvé sa rage B C D — 11 50. recongnoist B, reconnoist D — II 52-5. se lamente et ow. B C D — 1153. et brise B C D — ii54. meshuy ow.D — HSS- recongnoissions B, reconnoissions D — 1161. flambante sur B C D — 1164. ardans B C D.

117s simplicité de cœur, lien d'amitié, société de charité. Cest celle quiosîe les simulte:^, foulle aux piedi Vorgueil, chérit rhumilité, appaise les querelles, reconcilie les inimiliei, agrée à tous les bons : elle ne cherche point Fambition, elle na rien à soy. Celuy doncques qui Fa la conserve, et qui ne Ta point la

1180 cherche. Car celuy qui ne sera point trouvé avec elle sera abdiqué par Dieu le Père, exheredé par son fils Jésus Christ, et rendu entièrement aliéné du S. Esprit. C'est à vous. Monseigneur, qui estes dispensateur des grâces de cet esprit d'union et de paix, à ne le pas irriter contre vous, cher-

1185 chant plustostla gloire d'estre le flambeau de la France que l'autheur de son repos. C'est à vous à postposer les autres considérations de grandeur mondaine que l'on vous pourroit proposer au jugement du Dieu vivant, qui reçoit au Ciel les prières des peuples affligez, quand

1190 elles sont rejettées icy bas, et, venant à leur secours, esbranle les fondemerîs de la terre et renverse les plus hautes puissances du monde. Fléchissez, fléchissez à la compassion de noz maux, de peur de sentir les menaces que Dieu faisoit aux Pasteurs d'Israël : Vous navex pas

1195 (disoit-il) conforté u qui estait infirme, pensé ce qui estait malade, bandé ce qui estait rompu, ramené ce qui estait chassé, cherché ce qui estait perdu, mais vous ave\ commandé avec austérité et violence. Et voila que je demanderay aux Pasteurs mon trouppeaii, le retireray de leurs nuiins, et feray quils ne

1200 r auront plus en garde.

Nous espérons, Monseigneur, que Dieu, qui est autheur

II 79. Ta conserve A — 1179-80. ne la point .\; la recherche BC D — ii8i. abdignè A ; abdiqué et abandonné de Dieu D — 1182. aliéné entièrement B C D — 1184. ne la pas A — 1184-5. contre vous, comme vous feriez si vous cherchiez la gloire d'estre plustost le flambeau B C D — 1189. pleuples A — 1196. r'amené ce qui estoit esgaré B C D — 1199. je le retireray B C D — 1201. l'autheur C D.

1 88 RESPOKSE d'un BOURGEOIS DE PARIS

des bons conseils, vous l'inspirera tel que nous le desirons et qu'il est nécessaire pour le bien de son Eglise, avancement de sa gloire et soulagement de tant de peuple 1205 languissant. Nous l'en supplions de tout nostre cœur, et qu'il vous donne en santé longue et heureuse vie.

De Paris ce 10 Février 1594.

1202. les inspirera tels B C D — 1202-3. l^s desirons et qu'ils sont nécessaires B C D — 1207. De Paris... 1594 om. B C D.

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