Cf. Pierre Sylvestre, op. cit., p
en résulte. L'exemple d'Isola fut suivi ; bientôt tout le diocèse se couvrit de fédérations de mutualités, constituées suivant les divisions géographiques et formant, chacune, un groupement qui travaille à fonder des sociétés de secours mutuels dans les paroisses du ressort encore dépourvues de semblables sociétés.
Parmi les autres institutions de prévoyance, une des plus originales est assurément une caisse d'épargne d'un genre tout particulier. Chacun des adhérents — cultivateurs, artisans ou bien ouvriers — fait ses dépôts au fur et à mesure de ses rentrées d'argent. Les sommes les plus modiques sont acceptées et portent un intérêt de 4 pour 100 : le tout est remis au dépositaire au moment du terme, de sorte que le fermier et le travailleur urbain ont pu économiser, sou à sou, l'argent du loyer ou du fermage, et que cet argent déposé en lieu sûr leur a rapporté un bon intérêt. Pour faire apprécier les services que rend pareille institution, il nous suffira de dire qu'il y a actuellement dans le diocèse de Bergame plus de cinq mille livrets d'épargne de cette espèce.
Voyons maintenant les œuvres et institutions économiques qui s'adressent plus particulièrement à la population rurale, si nombreuse dans le diocèse de Bergame.
Le paysan a besoin de crédit : les organismes qui distribuent le mieux ce crédit sont certainement les Caisses rurales fondées sur le principe delà solidarité illimitée entre tous les membres.
J'ai sous les yeux la liste des 66 Caisses qui existent
tion commençante des Caisses rurales un précieux concours.
Dès qu'une Caisse rurale est fondée, il envoie dans la paroisse un de ses employés qui instruit les administrateurs et le comptable de la nouvelle institution, leur enseigne tout ce qui touche à la tenue des livres, à la confection des bilans et des états mensuels, en un mot les met à même de remplir convenablement leur rôle. Pour les fonds nécessaires, cette banque ouvre à la nouvelle Caisse un crédit qui, suivant les circonstances, varie de 5.000 à 20.000 francs et qui permet ainsi de consentir les premiers prêts. Si, au contraire, la Caisse reçoit plus de dépôts d'argent qu'elle ne fait de prêts, le Piccolo Crédita accepte le surplus et le garde en donnant à la Caisse un intérêt supérieur à celui payé aux déposants.
Mais il ne suffit pas d'avoir mis une institution en marche ; il est bon, surtout quand il y a un roulement de fonds assez important, de surveiller d'assez près radministration, non pas tant pour éviter les malversations que pour corriger les erreurs de direction. Les membres des Caisses rurales le comprirent. Ils demandèrent à l'Union diocésaine de leur indiquer sept personnes compétentes et, parmi elles, ils élurent quatre inspecteurs, deux ecclésiastiques et deux laïques, qui reçurent mission de visiter les caisses, d'examiner les livres et de rechercher si les opérations étaient conformes aux statuts et aux lois. Depuis lors, l'inspection se fait régulièrement pour le plus grand profit de tous. Cette surveillance est d'autant plus utile que les Caisses rurales de Bergame ont un chiffre (l'affairés assez élevé, car elles font des achats collectifs de semences, d'engrais et de machines, qui s'effectuent aujourd'hui dans d'excellentes conditions, grâce à l'intermédiaire de V Union catholique agricole eik
le prix et en devient propriétaire provisoire. La société d'assurance les inscrit sur ses registres et la caisse rurale verse la prime. Le cultivateur reçoit le bétail et le garde; il donne à la caisse un intérêt de 5,50 p. 100 sur le prix d'achat et se libère ensuite peu à peu. Quand il a payé les trois quarts de la somme due, le bétail devient sa propriété :1e dernier quart de la dette sera réglé dans des délais qui varient de quatre mois à une année. « Ainsi donc, conclut M. Rezzara, le paysan devenu propriétaire des bêtes qu'il a dans son étable, sera beaucoup plus intéressé à améliorer ses méthodes de culture pour augmenter sa récolte en fourrages et, par suite, pour accroître encore le nombre de ses bêtes et la quantité de lait qu'elles produisent... »
Dans le diocèse de Bergame, comme en plusieurs autres régions de l'Italie, la coopération de production agricole commence à prendre quelque essor. A ce point de vue, nous signalerons les Affiti colletwi de Lallio, Sforzatica et Villa sola : ce sont des exploitations rurales, faites encommunparun certain nombre de cultivateurs auxquels le Piccolo Crédita a très obligeamment accordé les avances de fonds nécessaires. Il y a là une entreprise des plus intéressantes, jusqu'à présent couronnée de succès, et qui, suivant l'appréciation d'un témoin compétent, est « de nature à élever la condition morale et économique des travailleurs de la terre ».
Nous devons également mentionner, à Isola, une latteria sociale, c'est-à-dire une laiterie coopérative fabriquant du beurre, et à Medolago, une fromagerie également soc/â^/e. En dix mois, cette fromagerie a distribué un peu plus de 18.000 francs dans les six paroisses de la montagne où elle recrute ses adhérents. Jusqu'alors, les gens de ce pays ne tiraient pas grand profit du lait : maintenant, nombre de familles touchent, par mois, de
Sous la direction dévouée et intelligente du docteur Benassi, TUnion agricole semble remplir toutes ces missions : elle a notamment beaucoup fait pour la diffusion de « la moderne science agraire » et des doctrines de M. Solari sur rinduction de Tazote^ Sous divers prétextes, — en particulier lorsqu'il s'est agi de choisir les dix-neuf fermes modèles, — M. le docteur Benassi a fait une tournée de conférences à travers la campagne. D'ailleurs le Bulletin de l'association et de nombreuses brochures de propagande continuent l'enseignement du professeur.
L'Union agricole est aussi un intermédiaire précieux pour l'achat des engrais, des machines, des semences et de tout ce dont ont besoin les modernes agriculteurs : elle est devenue vraiment la grande pourvoyeuse de la région et c'est à elle que s'adressent les Caisses rurales pour leurs nombreux achats. Elle possède des succursales en cinq ou six centres importants; ses magasins, très bien aménagés, sont établis à Bergame, dans le quartier de la Mezzaluna. En nous les faisant visiter, notre aimable guide nous montrait un vaste terrain attenant : « Nous ne désespérons pas, nous dit-il, d'être bientôt obligés d'y élever de nouvelles constructions... » Les catholiques bergamasques ont droit à ces espoirs. Car toutes leurs associations et institutions se prêtent une aide mutuelle qui décuple leur efficacité.
Nous en avons un topique exemple dans une création récente qui a rendu de grands services aux cultivateurs de la province : c'est l'ouverture, par le Piccolo CrC'ditOy de comptes courants spéciaux aux agriculteurs. Voici, en quelques mots, comment les choses ont été
4. Le docteur Benassi est, d'ailleurs, un disciple distingué de ce maître éminent dont Pinfluence est si grande sur les agriculteurs de ritalie septentrioDale.
dans les petites villes du diocèse, nous trouvons les institutions d'épargne et de crédit. Plus encore que le paysan, Touvrier a besoin qu'on Taide à mettre quelque argent en réserve et qu'en certains cas, on lui assure un appui financier. Il est souvent, d'ailleurs, très difficile de le faire entrer dans la voie de Féconomie et, par contre, d'écarter de son chemin les prêteurs à la petite semaine...
C'est, d'abord, au Cercle Saint-Joseph qu'a été organisée une « caisse de prêts sur l'honneur » ouverte aux seuls membres de cette association. En dix ans, on accorda 2.920 prêts au taux de 5 p. 100 et pour la somme globale de 104.650 francs : ce qui donne pour chaque prêt une moyenne de 35 francs. Ces avances étaient consenties, sur la simple signature de l'emprunteur, pour la durée maximum de six mois, sans faculté de renouvellement, mais avec possibilité de se libérer par fractions.
L'essai était intéressant, mais restreint. 11 y a quatre ans, M. Rezzara résolut d'organiser des « caisses ouvrières ou populaires » sur le modèle des caisses établies par M^'' Cerutti, en Vénétie. Pour lancer l'idée, le président de l'Union diocésaine fit une conférence aux membres du Cercle démocratique chrétien de Bergame : il montra à quel point ces caisses avaient rendu service à la population de Murano et de Venise ; il indiqua comment l'épargne ainsi réalisée avait permis la construction de saines et confortables maisons ouvrières dont les travailleurs devenaient rapidement les propriétaires. Son discours emporta la conviction des auditeurs et, quelques jours plus tard, on établissait des caisses populaires dans trois paroisses de la ville.
Ces institutions ont une organisation assez curieuse : elle est basée sur le double principe de l'épargne obligatoire et de la solidarité illimitée pour les prêts. Tout
catholiques bergamasques à une assemblée qui aurait lieu le lendemain dimanche au local de FUnion diocésaine, et au cours de laquelle on devait traiter d'une (c très importante question ». Pas un mot d explication de plus. Ce mystère piqua la curiosité : les invités vinrent au grand complet. La séance dura cinq heures : elle ne fut levée qu^après l'adoption des statuts de la nouvelle coopérative; sur-le-champ, 217 actions furent souscrites par 46 personnes.
Le plus difficile n'était peut-être pas encore fait : malgré l'hostilité bien compréhensible des boulangers, qui s'étaient unis en une ligue de résistance, restait à recueillir un capital suffisant, à choisir un local, à organiser une installation bien comprise, à grouper un personnel dévoué et compétent. Le 25 août 1895, l'évéque de Bergame venait bénir le bel établissement de la via S. Alessandrooù l'on avait construit cinq fours du système Pirovano et adopté les plus récents perfectionnements. Bientôt après, fut établi un moulin coopératif. Pour être maîtres du prix du pain, il leur fallait être indépendants de la meunerie. Delà, nécessité pour les catholiques d'avoir un Molino cooperatwo : depuis 1900, ils en possèdent un, admirablement installé dans le faubourg de Galgario et qui fait d'assez gros bénéfices.
La société coopérative de la boulangerie et du moulin, au 30 juin 1904, comptait 661 actionnaires ayant souscrit 10.303 actions et versé un capital de 206.060 francs \ Le Panificio fabrique, en moyenne, 20 quintaux de pain par jour et, chaque jour aussi, le Molinc travaille environ 60 quintaux de blé et 130 quintaux de maïs. En moins de dix ans, le chiffre d'affaires a
i. Nous empruntons ces chiffres au rapport du professeur Rezzaraqui fut lu, le 4 septembre 4904, à la lêle du dixième anniversaire de la fondation du Panificio (Cf. BoUelino, sept. 4904).
à la précédente fête fédérale. Dès le premier exercice, du 15 janvier 1896 au 15 janvier 1897, il intervenait dans près de huit cents affaires de toute espèce, mais principalement dans des affaires d'ordre juridique *. 11 s^occupait aussi très activement d'organiser le placement gratuit des travailleurs et créait un service spécial pour les émigrants de la province, qui vont en grand nombre chercher fortune à l'étranger, surtout enAmérique ; à cet effet, il publiait un Vademecum deW Emigrante Bergamasco : c'est un précieux manuel pratique distribué à tous les pauvres gens de la province qui quittent le sol natal et qui, trop souvent, deviennent la proie des chevaliers d'industrie.
Les « Cuisines économiques » répondent à un besoin particulier à la région. Sans doute, en tout pays, il serait bon que l'on mît à la disposition du peuple des aliments sains, à un prix peu élevé. Mais, dans le nord de l'Italie, la nécessité en est d'autant plus grande que la population, souvent misérable, consomme une nourriture très médiocre en éléments reconstituants. Cette alimentation défectueuse a eu pour conséquence le développement de la pellagre, mal qui se termine ordinairement par la folie. De là vient que, dans toute la vallée du Pô, les hospices d'aliénés sont fort nombreux et cependant très encombrés.
Pour combattre la pellagre, les Congrès de spécialistes, notamment celui de Padoue en avril 1899, ont recommandé, comme le meilleur moyen préventif, l'amélioration de la nourriture : au maïs d'assez mauvaise qualité qui fait le fond de l'alimentation populaire, il faut substituer des matières plus riches en principes nutritifs. C'est ce que les catholiques bergamasqiies ont fait avec les Cucine economiche.
1. En l'année i9o4, !e Secrétariat du peuple a rendu 1.700 services de nature très différente.
prend la construction avec les 100.000 francs que lui avance la banque iuPiccolo Credito,
Telle est l'activité sociale des catholiques à Bergame depuis une trentaine d'années. Grâce à un zèle ordonné et tenace, ces chrétiens ont progressivement organisé, sur des bases pratiques et populaires, les associations et institutions qui, dans les diverses circonstances de la vie, peuvent le plus efficacement venir en aide aux gens de la campagne et à ceux des villes.
Ces multiples groupements et instituts, que nous avons dû séparer pour les mieux étudier, ne forment cependant pas des individualités isolées, poursuivant dans un aveugle égoïsme, leur propre et unique développement. Chacune de ces œuvres, au contraire, se sent intimement unie à toutes les autres, d'abord, au point de vue de l'idée, par la communauté du but, et ensuite, en fait, par le lien du comité central.
Pour rendre plus étroite, plus facile et plus manifeste aussi, cette cohésion de toutes les organisations catholiques, l'Union diocésaine a fait construire, sur une des grandes avenues de la ville de Bergame, un véritable palais. C'est la Casa del popolo.
Là, chaque société, depuis la banque jusqu'aux unions professionnelles, possède ses bureaux particuliers; outre deux belles salles de conférences, il y a un théâtre à 3.000 places, où se tiendront les assemblées générales; dans cet édifice, on trouve une bibliothèque, des salons de lecture et des jeux, un café, un restaurant, des bains et des chambres mises à la disposition des membres du clergé et d'une quelconque des associations de passage dans la ville ; au rezde-chaussée, on a installé l'imprimerie, les administrations et les rédactions des périodiques catholiques. C'est bien, on le voit, la « Maison du peuple », mais du peuple chrétien.