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UNE PROVINCE ORGANISÉE : RERGAME

n'éprouvent aucune répugnance à reconnaître dans le roi d'Italie le maître légitime de Rome. C'est parmi ces libéraux que Ton prend le syndic. Cette combinazione et la discipline qu'elle exige, pour son succès, de la part des électeurs catholiques, montrent combien ils sont loin de l'incapacité ou de la faiblesse.

Cette autorité prépondérante qui leur assure la victoire quand ils jugent à propos de lutter, est la récompense méritée d'un persévérant effort. Effort d'autant plus digne d'étude que l'influence électorale a été obtenue sans être cherchée, est allée par surcroît, et comme une conséquence, à des hommes occupés d'une autre œuvre, et que leur autorité politique a été le couronnement de leur action sociale.

L'étude des associations et des institutions qu'ils ont organisées présente un autre intérêt. En ces derniers mois, les catholiques italiens ont eu à souffrir de divisions intestines, ici assez aiguës et parfois retentissantes, là plus sourdes et à peine visibles. Un diocèse — le seul, sans doute, de la Péninsule — semble avoir échappé à la contagion du mal : c'est le diocèse de Bergame. La raison de cette heureuse anomalie nous était récemment donnée par VAzione popolare qui est l'organe officiel du second groupe de l'œuvre des congrès. « Bergame, y lisait-on, prouve de la façon la plus irréfutable que, pour être unis, il faut travailler. »

Puisque, en ce pays fortuné, le travail a de si excellentes conséquences, il nous a paru d'un piquant intérêt pour un Français d'y aller faire un tour; et, si le lecteur veut bien nous suivre, nous lui dirons, en toute vérité, ce que nous avons vu et constaté de l'autre côté des Alpes, dans un diocèse à tel point riche en institutions chrétiennes et sociales qu'il n'est peut-

être pas un seul besoin, ni un seul intérêt légitime auquel il n'ait été aujourd'hui pourvu par les catholiques. Ce n'est point qu'examinées une à une, les œuvres de cette région n'aient pas d'égales en France, en Belgique ou en Allemagne : mais nulle part, croyons-nous, on ne pourrait rencontrer un si puissant faisceau d'organisations, de sociétés et d'instituts de toutes sortes, intimement unis malgré leur extrême diversité et groupés autour d'une même autorité religieuse : c'est dans cette coordination de tous les efforts — qui n'exclut pas une intelligente autonomie — que résident surtout l'originalité et la force du mouvement bergamasque.

Le point de départ de ce mouvement fut un congrès qui se tint à Bergame, du 10 au 14 octobre 1877.

Les congrès peuvent donc servir à quelque chose; ils viennent parfois, en effet, secouer les torpeurs, exciter les énergies qui s'ignoraient et rapprocher, pour une action attentive et féconde, des bonnes volontés que l'isolement seul rendait inactives. Mais encore faut-il que la région soit prête à pareille transformation : paroles et exemples de congressistes sont des semences qui ne lèvent pas en tous terrains.

Le diocèse de Bergame, il y a quelque trente ans, était une terre merveilleusement fertile. Le clergé était pieux, dévoué, fidèle aux solides vertus chrétiennes et, de plus, initié aux nécessités sociales ^

4. Dans la première moitié du siècle dernier, remarque M. P. Sylvestre en une intéressante brochure, un évéque dont Bergame a conservé le souvenir, M8' Speranza, avait donné à ses prêtres une formation à la fois sévèrement religieuse et ardemment sociale. Il voulait

sation du congrès et ils étaient pour beaucoup dans le succès de cette assemblée. Au lendemain de ces brillantes réunions, c^est parmi eux que les initiateurs du mouvement devaient trouver leurs premiers et plus dévoués collaborateurs : ces « jeunes » étaient prêts pour Taction.

Le terrain était donc préparé quand, au congrès de 1877, les semeurs firent leur geste fécond. Sans se lasser, depuis lors, ils continuent à jeter le bon grain, et, chaque année, à leur fête fédérale du mois d'août, ils ont la joie de lier une gerbe, toujours plus lourde, d'associations et d'institutions populaires. De ces semeurs du premier jour, il en est deux dont il faut mettre hors de pair Faction, à la fois éducatrice et coordinatrice : ce sont le comte Stanislas Medolago-Albani et le professeur commandeur Rezzara.

Très différents de tempérament intellectuel et d'origine, ces deux chrétiens, unis dans un fervent amour pour rÉglise et le peuple, surent accorder leurs tenaces efforts : le grand seigneur comprit le fils de la bourgeoisie, le théoricien soutint toujours l'homme pratique qui, à son tour, reconnut à l'idée le droit d'inspirer et de diriger les applications. Aussi l'un des orateurs dont s'honore l'Italie catholique, M. l'avocat Méda, pouvait-il récemment, sans la moindre exagération, saluer en Bergame tout à la fois « la ville qui jouit à bon droit de la réputation d'avoir conquis la prééminence en fait d'action sociale chrétienne » et « l'un des rares centres où commencèrent à s'élaborer les éléments doctrinaux, précurseurs de l'Encyclique et sanctionnés par elle avec tant d'éclat^ ».

i. Discours prononcé à Bergame, le 16 mai 1904, pour la commémoration de l'encyclique Rerum novarum.

A ceux qui seraient tentés de s'étonner de la part faite au clergé dans la fondation et la direction des œuvres et associations, nous ferons remarquer que ce clergé est, dès le séminaire, préparé à sa mission sociale et qu'il continue ensuite à se tenir au courant des questions économiques dans les réunions de r « Union ecclésiastique des études sociales ». D'autre part, le chef du diocèse encourageait ses prêtres à se dévouer à l'apostolat exigé par les besoins préi^nts. « Il est nécessaire, déclarait, en effet, M^ Guindani, dans une lettre pastorale, que le peuple sache que nous n'oublions pas ses besoins et que nous ne le cédons à personne pour la juste revendication de ses droits. » M«' Radini-Tedeschi qui, depuis un an, gouverne le diocèse, a encore accentué l'orientation sociale du clergé bergamasque.

Mais il ne faudrait pas croire que leur caractère nettement confessionnel empêche les associations chrétiennes de collaborer avec les autres en vue d'un but utile. A vrai dire, ces collaborations ne sont pas très fréquentes, car les catholiques, en ce pays, sont assez nombreux et assez bien organisés pour pouvoir réaliser par eux-mêmes la plupart de leurs desseins. Néanmoins, en ces dernières années, nous pourrions

mentOj p. 4), les comilés paroissiaux se distinguèrent et firent beaucoup de bien dans une centaine et plus de paroisses. Depuis 1884, par suite (le la grande impulsion donnée aux associations catholiques populaires et aux sociétés de secours mutuels, les comités paroissiaux, après avoir fondé ou aidé à fonder ces nouveaux groupements, ont cessé d'exister, estimant que ces associations répondaient suffisamment aux nécessités de l'organisation et de l'action catholique... Mais l'expérience a démontré qu'aucun groupement, aucune association ne peut remplacer complètement le comité paroissial.

On semble l'avoir reconnu et, depuis quelques années, des comités paroissiaux se fondent dans celles des 348 paroisses qui en sont dépourvues. Si V Annuaire de 1904 nous apprend que celles-ci sont encore trop nombreuses, il n*y a pas de doute que le travail soit mené à bonne fin.

le déclare formellement. S'adressant aux chrétiens qui seraient tentés par cet apostolat, le président de TUnion diocésaine leur donne ces conseils :

Celui qui se présente au peuple pour l'instruire et pour l'aider à sortir de sa condition actuelle, qui n'est pas toujours bonne et séduisante, celui-là doit s'armer de foi, de charité et d'abnégation; il lui faut se pénétrer intimement de la vie du peuple, acquérir une notion détaillée et précise de ses habitudes, de ses mœurs, de ses besoins et de ses défauts ; il faut que son cœur batte à l'unisson du cœur du peuple ; il faut que sa langue soit la langue parlée par le peuple, et que surtout le peuple soit bien convaincu qu'il ne l'adule point pour des vues intéressées ou des motifs inavouables... 11 est de toute nécessité, déclare le président de l'Union diocésaine, que nos propagandistes se fassent les « pédagogues » qui dirigeront, accompagneront et soutiendront le peuple dans ses premiers pas sur la route de son élévation morale et économique.

Avant de faire entendre semblables avis, M. Rezzara les a mis en pratique avec ses collègues de F Union diocésaine. Ce sont, en particulier, ces préoccupations qui les ont dirigés dans l'administration de la ville de Bergame depuis que, en fait, ils sont les maîtres du municipe. Grâce à eux et à leurs amis, leur ville fut la première cité italienne qui supprima l'octroi dont la charge pèse plus lourdement sur les familles ouvrières. Jusqu'à présent, notons-le en passant, cet exemple n'a été suivi que par la ville de Côme. Dans le même ordre d'idées, nous pouvons citer une autre innovation également profitable à une catégorie de travailleurs : il y a quelques mois, les catholiques de Bergame ont aidé les balayeurs et les employés du service de la voirie à constituer une coopérative qui groupe une cinquantaine d'individus et a reçu l'entreprise de l'entretien des voies publiques : elle s'acquitte de cette tâche à la

respectées. Lasses <Je ces incessantes violations, elles menacèrent d'arrêter le travail et demandèrent l'appui du Comité des unions professionnelles d'ouvriers catholiques, présidé par M. le comte Medolago-Albani. Dans l'ensemble, leurs réclamations étaient fondées ; aussi, après un examen approfondi, le comité résolut-il de les soutenir, mais il voulut essayer de les faire triompher pacifiquement. On était au jeudi, il demanda aux tisseuses d'attendre patiemment jusqu'au soir du samedi qui était d'ailleurs leur jour de paye. Le comte Medolago et le curé d'une des paroisses les plus populeuses de Bergame eurent plusieurs entrevues avec les membres de la Chambre de commerce et le préfet de la province. Les patrons résistaient. Les négociateurs n'hésitèrent pas à déclarer que, si satisfaction immédiate n'était pas donnée à ce qu'il y avait de juste dans les réclamations des tisseuses, ils ne pourraient pas dissuader celles-ci de se mettre en grève. Venant d'hommes qui ne pouvaient être soupçonnés de tendances révolutionnaires, cette mise en demeure l'emporta : le dimanche soir, les chefs d'industrie cédaient et la paix était rétablie dans le monde du travail.

L'activité de ces catholiques est progressiste. Dans leurs établissements et leurs institutions économiques, ils adoptent les systèmes les plus récents et réputés les meilleurs. Qu'il s'agisse d'outillage agricole ou de sociétés de production, vous trouverez partout ce souci de ne pas être en retard sur les concurrents. En visitant, par exemple, leur boulangerie et leur moulin coopératifs, il est impossible de ne pas être frappé par cette visible préoccupation. Ils ont, pourrait-on dire, la coquetterie du modernisme. Ils prennent plaisir à montrer aux étrangers et à leur faire admirer la perfection de leur organisation matérielle, par exemple

228 QUELQUES ORGANISATIONS DE PROPAGANDE SOGIAXiC^-

tionnelle agriculture », sous l'autorité du directeur technique de TUnion agricole bergamasque. Les exploitants s'engageaient par avance à suivre scrupU' leusement les enseignements et les prescriptions de cet agronome. D'ailleurs, ils recevaient, à titre absolument gratuit, le)3 engrais nécessaires pour les diverses cultures. Pour se rendre compte de l'amélioration apportée par l'adoption des méthodes scientifiques, on devait établir la moyenne des produits récoltés, dans ces mêmes exploitations, durant les trois années précédentes. Les sommes obtenues en 1902 et 1903 seraient réparties de la façon suivante : on commençait par donner à l'exploitant l'équivalent de sa récolte moyenne durant les trois années antérieures; sur le surplus, on prélevait d'abord le paiement des engrais; enfin, trois cinquièmes du restant étaient attribués à l'exploitant, sans parler de la plus-value donnée à son fonds. Les deux derniers cinquièmes devaient revenir à l'Union diocésaine qui, avec cet argent, ferait d'autres entreprises du même genre.

Le concours dont nous venons de parler n'a été organisé que pour améliorer la culture dans la province et servir les intérêts de tousles cultivateurs, sans distinction d'opinions religieuses ou politiques. Ce n'est point là une œuvre de petite chapelle. On comprend dès lors que les dirigeants du mouvement catholique social soient écoutés dans le diocèse.

Enfin, pour être vraiment féconde, l'action catholique ne doit pas seulement servir les intérêts matériels du peuple, mais toucher les âmes et instruire les esprits. Il y a des gens qui se figurent avoir converti un individu parce qu'ils l'auront fait entrer dans une association confessionnelle lui procurant un bénéfice pécuniaire. Ces conversions ne durent qu'autant que la bourse du néophyte y trouve son compte. Les seules

de M. l'abbé D. Baronchelli sur la Fonction sociale des Unions professionelles ^ ou la traduction da petit volume d'Ëckert sur la meilleure organisation des Bureaux de placement. Brochures pour servir à la direction ou à la réorganisation d'œuvres déjà fondées : par exemple, Piccola Guida per il contabile délia Cassa ruralcy par M. Fabbé Fornoni, inspecteur des caisses rurales dans le diocèse de Bergame, et le tract Per una riforma délie Società d'assicurazione del bestiame. Brochures de propagande d'idées, comme celle consacrée par M. Rezzara aux Devoirs des représentants du peuple dans les administrations publiques, ou bien le discours du comte Medolago-Âlbani sur le Socialisme et les Unions professionnelles, Almanachs de toute espèce, de tout format et de tout prix, depuis VAlmanacco popolare et le Calendario delF Agricole tore bergamasco ÎMS(^^k VAnnuario Bergama^coy qui est une mine de précieux renseignements. Toutes ces publications sortent, par milliers, des mêmes presses qui donnent VEco di Bergamo, le Campanone ou le Pro Familia; Timprimerie, les bureaux de rédaction et d'administration de tous ces périodiques occupent des pièces contiguës en cette vaste Casa del popolo ^, où se trouve aussi le siège de l'Union diocésaine et de la plupart des associations catholiques de la province. Ce voisinage laisse entrevoir comment sont étroitement unis les institutions économiques, les œuvres d'apostolat et les organes de propagande intellectuelle.

L'esprit progressiste • des catholiques s'est encore affirmé par l'intérêt qu'ils portent aux questions

4. Sur ce même sujet des Unions professionnelles, nous citerons encore les Brèves considérations de M. Fr. Galbiati, publiées par l'Union diocésaine des institutions sociales catholiques de Bergame.

2. Jusqu'en 4900, toutes ces institutions avaient leurs bureaux dans une vieille et grande maison de la Piazza Pontida.

La population de Bergame, suivant le mot très juste de l'auteur de VAzione cattolica in Italia^ aime mieux Faction que les bavardages : <c Pià inclinata a fare che a chiacchierare ». En d'autres pays, les gens de bien dépensent trop souvent leur activité en paroles : les habitants du Bergamasque prêtent toute leur attention aux résultats positifs. Réalistes, dans toute l'énergie du terme, ils ne créent pas une seule œuvre sans s'être rendu compte si elle répondait à une nécessité et si elle avait des chances de réussir : « Le caractère pratique qui distingue tous les actes de notre propagande catholique est dû d'abord, déclare le président de rUnion diocésaine, à l'étude analytique et à l'examen approfondi que nous faisons des conditions locales et des besoins de la population. » Ce caractère pratique est dû également, ajoutait-il en une langue pittoresque, au soin que nous prenons de « proportionner le pas à la jambe, di fare il passe seconda la gamba ».

Un exemple illustrera opportunément cette affirmation. En 1900, désirant donner plus d'intensité de vie à leurs associations ouvrières, les dirigeants du mouvement catholique ouvrirent, dans la province, une enquête sur l'état de l'industrie et la situation des travailleurs industriels \ Les enquêteurs se renseignèrent de façon très détaillée sur les 248 établissements de la région dans lesquels travaillaient 14.000 ouvriers et plus de 27.000 ouvrières. Les résultats de cet examen, industrie par industrie, furent publiés par lei^ soins de l'Union diocésaine des institutions sociales catho-

i. Ils réalisaient aîDsi le vœu émis par le Congrès catholique de Ferrare, demandant aux associations chrétiennes d'entreprendre « une étude pratique et précise des conditions économiques et morales des populations dans les pays où prédomine Tindustrie manufacturière >.

qui reçoivent la mission d'inspecter bon nombre de ces œuvres, et, au cours des visites, examinent la comptabilité, recherchent ce qu'il pourrait y avoir de défectueux dans l'organisation et profitent de leur venue pour donner quelques bons conseils dictés par cette quotidiana esperienza(fi*'ûs prisent tant.

Enfin, chaque année, tantôt dans une commune, tantôt dans une autre, l'Union diocésaine tient une fête fédérale de toutes les associations -et institutions catholiques de la région. Ce n'est pas là seulement une périodique occasion d'éloquents discours et de manifestations populaires; c'est, avant tout, une revue, exacte et minutieuse, de l'état du mouvement dans le diocèse et de ce qui a été réalisé dans les douze mois écoulés. C'est un examen de conscience des catholiques où leur président indique, avec une chrétienne franchise, ce qui a laissé à désirer aussi bien que les faits dignes d'éloges et les raisons d'espérer. La réalité vraie leur suffit, alors même qu'elle serait parfois un peu dure pour leur amour-propre.

Dans leur diocèse, comme partout ailleurs, il y a, en effet, des œuvres qui échouent ou qui végètent ; mais on ne se décourage pas pour un échec ; on recherche avec soin d'où vient l'insuccès; la cause découverte et la correction faite, on se remet à la besogne.

Le fait s'est produit, il y a peu de temps, pour la caisse centrale de réassurance contre la mortalité du bétail dont on a été obligé de modifier les statuts et l'organisation. Mais il est surtout notable pour les unions professionnelles qui, malgré bien des efforts, n'ont pas encore pris une grande extension. Dans son rapport de 1904, à la fête fédérale de Cologno al Serio, le professeur Rezzara disait :

Voilà trois ans qu'on travaille, qu'on fait des sacrifices

affectionnent, qu'an bas de Téchelle de Tapostolat social et chrétien ; nous devons nous hâter d'en gravir les divers échelons. »

Quatre à cinq cents œuvres qui sont dues à un zèle inlassable ne peuvent être décrites en détail dans les limites de ce chapitre, mais on peut les classer d'après leur nature pour en faire un exposé succinct.

Nous parlerons d'abord d'un institut dont la création a considérablement aidé l'activité chrétienne des gens de Bergame et qui, si on compare le mouvement italien au mouvement catholique social en France ou en Belgique, constitue une très heureuse originalité. Cet institut, c'est une banque populaire : ilPiccolo Crédita Bergamasco ou le Petit Crédit Bergamasque,

Les catholiques italiens ont, en général, compris que la puissance de l'argent devait être mise au service des œuvres sociales et que le crédit était nécessaire aux associations pour se développer. De 1880 à 1904, ils ont fondé 59 banques catholiques; ces banques avaient alors un capital qui atteignait presque 4 millions et demi et des fonds de réserve qui dépassaient l.GOO. 000 francs.

Ce fut en 1890 que l'Union diocésaine des institutions sociales catholiques de Bergame s'inquiéta de venir, par le crédit, en aide à la petite propriété, à la petite industrie et au petit commerce. On mit aussitôt la question à l'étude. Le l^'" juin 1891, on constituait, par acte notarié, la société anonyme et coopérative de crédit, à capital illimité, du Piccolo Credito Bergamasco. Les actions furent émises à 20 francs. La plupart des sociétés adhérentes à l'Union diocésaine, surtout les so-

De plus les hautes fonctions (membres du conseil d'administration, du conseil des syndics et du conseil des probiviri) furent déclarées gratuites. Le bénéfice, net résultant (jiu bilan annuel doit être ainsi distribué : 50 pour 100 aux actionnaires ; 20 pour 100 au fonds de réserve ; 5 pour 100 aux employés de la banque; 5 pour 100 à un fonds de pension des employés; 5 pour 100 à un fonds pour secourir la vieillesse et Tinvali^té en faveur des sociétés mutualistes ou coopératives qui seraient actionnaires de la banque et au prorata des actions primées par ces sociétés ; enfin 5 pour 100 aux clients de la banque. Restent 10 pour 100 mis à la disposition du conseil pour améliorer Tétat moral et économique des classes pauvres. De plus, on décidait que le jour où la réserve aurait atteint la moitié du capital versé, et tant que cette réserve se maintiendrait dans ces proportions, on cesserait de prélever pour ce fonds les 20 pour 100 de bénéfices. Cette somme, devenue disponible, serait répartie ainsi qu'il suit : 50 pour 100 entre les actionnaires, 25 pour 100 entre les clients, 10 pour 100 à un fonds de pension pour les employés * , 5 pour 100 au fonds de vieillesse et d'invalidité des sociétés mutualistes et coopératives, actionnaires de la banque ; enfin 10 pour 100 à la dispoi^ition du conseil pour des œuvres. Ainsi donc, le tiers eni>iron des bénéfices que ferait la banque était d'avance résen^é à un but éminemment social et désintéressé.

Ce n'était point là, humainement, de quoi attirer les actionnaires. Ils vinrent cependant^ : ils n'étaient au

i. La banque s'est tout particulièrement souciée du sort de ses employés : le 13 juin 1903, le conseil d'administration a établi, en faveur du personnel de l'établissement, une caisse de prévoyance quelque peu différente du système de retraites usité en France et plus favorable aux intéressés.

2. Cf. N. Rezzara, Il crédita popolare nella diocesi di Bergamo (Bergamo, 1897).

ellCy en effetj qui^ par ses subventions intelligentes, a aidé les débuts de beaucoup d^ institutions. Le Piccolo Credito n'aurait-il à son actif d'autres services d'ordre social, qu'il aurait bien mérité des catholiques de ce pays : il leur a rendu possible Torganisation florissante de nombre d'oeuvres dont, sans lui, ils n'auraient pu faire même un timide essai.

Œuvres agricoles et œuvres urbaines, tel est le double groupement dans lequel elles se répartissent. Mais, outre il Piccolo Credito^ quelques œuvres échappent à cette classification : on les trouve aussi bien organisées et prospères à la campagne que dans les centres urbains.

Ce sont tout d'abord les œuvres de propagande, comités paroissiaux, cercles de jeunes gens, écoles du soir, réunions d'études sociales et d'apologétique : on en rencontre, et de très vivants et agissants, dans les villages aussi bien que dans les petites villes, et même dans les bourgs de la partie la plus montagneuse du diocèse.

Ce sont ensuite les sociétés mutualistes qui sont extrêmement développées dans tout le pays : elles atteignaient, au 31 juillet 1904, le nombre de 117 sociétés et elles comptaient plus de 8.000 membres.

Les mutualités se sont d'autant plus multipliées, que la loi italienne n'accorde la personnalité civile à aucune association autre que les sociétés de secours mutuels. C'est même une des raisons qui expliquent la lenteur du mouvement syndical ouvrier de l'autre côté des Alpes. Les catholiques de Bergame furent donc contraints d'adopter pour leurs groupements la seule forme possible. « Et, déclarait récemment M. Rezzara^

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