‹ Activités socialesChapitre 24 sur 64 · I. — Chez les catholiques : le Volksverein · texte numérisé non relu

I. — Chez les catholiques : le Volksverein

Comment les catholiques allemands ont su conquérir leurs h bertés. — Leur situation actuelle : nombreux desiderata. — Le Centre doit ses succès à son programme social populaire et à son organisation. — La plus agissante des associations catholiques allemandes : le Volksverein. — IL La dernière grande pensée de Wïndthorst. - Les origines du Volksverein. — But et statuts de cette association. — L'organisation. — Les « hommes de confiance ».— III. Développement du Volksverein. — Quelques chiffres. — IV. Le Volksverein et les élections. — V. Comment le Volksverein mène la propagande. — Les conférences. — Les tracts ou feuilles volantes. — Méthode positive et action sociale populaire. — Brochures et journaux. — La formule des trois iren. — La Correspondance sociale et la Correspondance d'Apologétique. — VI. Cours pratiques Cours d'économie politique. — A quels besoins différents ils répondent. — Le Volksverein : centre d'action.

En France, on est porté à croire que les catholiques allemands n1ont eu qu'à s'organiser et que, presque instantanément, cet effort une fois fait, ils ont obtenu satisfaction.

Il n'en est rien.

Ce n'est que progressivement, et très lentement, qu ils ont pu conquérir leurs diverses libertés. Et,

bien que constituant aujourd'hui, au Parlement impérial, le parti le plus fort numériquement, ils sont loin d'avoir dans l'empire une situation égale à celle des autres confessions religieuses. Nous n'en donnerons d'autres preuves que cet extrait du discours d'ouverture, prononcé au Congrès catholique de Cologne, par un éminent jurisconsulte, M. Custodis, président du Comité local * : « ... Aujourd'hui, disait-il, jouissons-nous enfin de la paix tant désirée? Hélas! plus que jamais la guerre est déchaînée contre nous, elle est même devenue sur bien des points plus acerbe, plus violente, plus implacable que dans le passé. On nous vante la liberté et l'égalité comme une conquête des temps modernes. Cette liberté, cette égalité devant le droit, où sont-elles pour nous, catholiques, pour notre Église, pour nos ordres religieux? Quelle est notre place, dans l'État, dans la commune? Lorsque nous réclamons la justice, on nous reproche d'être arrogants; lorsque nous revendiquons la liberté, on dit que nous voulons dominer. Nous avons beau aller dans nos concessions jusqu'aux dernières limites de la conscience, on ne nous en sait aucun gré. Une seule chose pourrait désarmer nos adversaires, la défection, la trahison envers notre sainte Eglise. De là, le flot de boue, de calomnies, d'accusations infâmes, d'insultes dont on couvre la religion, le clergé, les sacrements, tout ce qui nous est cher et sacré. Mais, grâce à Dieu, cette campagne n'a point affaibli dans nos cœurs le respect que nous témoignons à l'Eglise catholique. Seule, notre patience est à bout. Ce serait une lâcheté

1. Nous empruntons cette traduction à un volume extrêmement intéressant de M"r Kannengieser, intitulé D'Étapes en étapes : le Centre catholique en Allemagne (Paris, Lethielleux, 1904). Les livres de M** Kannengieser sont une mine de précieux renseignements sur l'Allemagne catholique : ils sont un merveilleux excitant à l'action sociale pratique.

de notre part que de reculer devant la lutte imposée par une brutale intolérance... »

Nous avons fait cette citation pour bien établir que, contrairement à ce que beaucoup se figurent, les catholiques allemands sont loin d'avoir encore obtenu tout ce à quoi ils ont droit. Mais la lenteur des progrès réalisés par eux ne les a jamais découragés. Bien au contraire, ils ont poursuivi avec plus d'ardeur l'œuvre commencée, il y a plus de vingt ans, et patiemment continuée depuis lors.

Donc, aux élections du 16 juin 1903, pour le Reichstag, malgré la coalition de ses adversaires, le Centre a brillamment maintenu ses positions, gagnant environ 400.000 voix dans tout l'Empire.

Or, ses succès, il les doit à deux causes principales : son excellente organisation et son programme social populaire.

De toutes les ligues et associations dues à l'initiative des catholiques allemands, la plus agissante et la mieux constituée est certainement le Volkswerein.

Le Volksverein est la dernière grande pensée de AVindthorst. Depuis longtemps, le chef des catholiques d outre-Rhin se préoccupait des progrès du socialisme ; il se convainquit qu'à la tactique et à la propagande révolutionnaires les chrétiens sociaux devaient opposer, sans tarder, une tactique et une propagande efficaces, sous peine de voir tout le pays passer peu à peu au collectivisme.

De cette constatation sortit le Volksverein fur das Katholische Deutschland, c'est-à-dire Y Association populaire pour V Allemagne catholique.

Durant la plus grande partie de Tannée 1890, Windthorst, qui n'aimait pas à procéder avec précipitation, réfléchit et consulta ses amis sur l'œuvre projetée. Malgré son état de santé, malgré les instances de sa famille, il ne recula devant aucune fatigue : il voulait mener à bien cette œuvre qu'il considérait comme capitale pour le salut de la patrie. Un jour que. fort malade, il partait pour aller à Cologne présider une réunion préparatoire, sa femme lui fît ses adieux en ces termes d'une touchante énergie : « Comme tu ne vis plus que pour la grande cause, il faut que nous acceptions le sacrifice, même si tu ne reviens pas de ce voyage. Nous mettons notre confiance en Dieu '. » On n'est point étonné que de telles âmes aient pu concevoir et réaliser une grande idée.

Au mois de novembre 1890, \Yindthorst fît connaître à l'Allemagne catholique l'œuvre préparée, et. le 15 février de l'année suivante, tous les rouages étant prêts à fonctionner, avait lieu à Cologne, dans la métropole du catholicisme rhénan, la séance inaugurale, présidée par l'archevêque, M*1 Krementz.

Cette réunion eut un vif éclat et fut le premier des nombreux succès qui devaient marquer l'histoire du Volksverein. Déjà le Pape, par un Bref en date du 23 décembre 1890, avait approuvé et béni l'entreprise. Plusieurs évêques encouragèrent l'initiative de \Yindthorst qui mourut peu de mois après la mise en train de la puissante Association populaire.

Il nous faut maintenant étudier cette Association en elle-même : nous allons donc examiner son organisation et nous indiquerons ensuite les résultats obtenus par elle.

t. >ous empruntons ces détails au livre de Msr Kannengieser : Ketteler et l'organisation sociale en Allemagne (Paris, Lethielleux,

Pour permettre à nos lecteurs d'apprécier l'organisation du Volksverein, telle qu'elle fut établie dès l'origine, nous avons cru devoir en traduire les statuts. Les voici :

1° Le but de l'Association populaire est la lutte contre les erreurs et contre les efforts destructeurs en matière sociale, ainsi que la défense de l'ordre chrétien dans la société :

2' Ce but est atteint par l'action individuelle des membres de l'Association, par des conférences et par la diffusion d'imprimés;

3° Pour être membre de l'Association, avec le droit de vote, il faut être catholique allemand et majeur 4. Chaque membre paie annuellement à la caisse de l'Association une somme d'un mark (1 fr. 25) ;

4° La direction de l'Association appartient à un Conseil, composé d'au moins sept membres, élus pour une année par l'assemblée générale et rééligibles. L'assemblée générale nommera les deux présidents. Le Conseil choisit dans son sein le secrétaire et le trésorier. Le Conseil a le droit de cooptation;

5° Le Conseil veille aux intérêts généraux de l'Association; en particulier, il s'occupe de la tenue de l'assemblée générale et des assemblées particulières.

11 s'occupe également de la rédaction et de la diffusion des brochures et des tracts (Flugschriften). Enfin il recueille le paiement des cotisations et gère les fonds de l'Association : chaque année, à l'assemblée générale, il doit être fait un compte rendu financier ;

6° Le Conseil peut, dans l'intérêt de l'Association, choisir un représentant ou agent [Geschaftsfiihrer) pour un diocèse ou une région ;

i. Cet article exclut donc. les femmes du Volksverein.

7° Le domicile légal de l'Association est MayenGe. S'il y a dissolution, c'est l'Assemblée générale qui décide. En cas de dissolution, le Conseil doit se prononcer sur l'emploi des biens de l'Association.

Tel est, textuellement traduit, le règlement général du Volksverein. Mais, pour se faire une idée exacte du fonctionnement de l'Association populaire, des articles de statuts ne sauraient être suffisants : ils ne donnent pas la sensation de la vie.

îl nous faut maintenant essayer de pénétrer un peu plus avant dans le fonctionnement même du Volksverein l, et essayer de voir, pour ainsi dire, en mouvement ses différents organes : nous pourrons ainsi nous faire une idée plus exacte des services qu'il rend tous les jours à l'idée catholique 2.

D'abord la tête de l'Association.

Nous avons vu que le Volksverein est dirigé par un Conseil. Celui-ci est actuellement présidé par M. F. Brandts, grand industriel, assisté de M. le député Trimborn, avocat à Cologne; le trésorier est M. Elkan, banquier à Cologne; le secrétariat est confjé à deux prêtres éminents, MM. les docteurs

1. Nous avons puisé, en partie, ces informations dans les belles études de M?r Kannengieser que nous avons déjà citées, et également aussi dans un tract, publié par le Volksverein et répandu en Allemagne à des milliers et des milliers d'exemplaires. Ce tract a pour titre : Was ist der Volksverein fur das katholische Deutschland. was hat er hisher gethan ? c'est-à-dire : Qu'est-ce que l'Association populaire pour l'Allemagne catholique et qu'a-t-elle fait jusqu'ici ? Nous nous sommes servi en outre d'un petit Manuel que le Volksverein a publié à l'usage de ses amis et propagandistes : c'est le Handbuch fur die Freundeund Forderer des Volksvereins fur das katholische Deutschland, édité par le Bureau Central du Volksverein à Mûnchen-Gladbach.

•2. Dans un article, plein de faits et d'idées, paru dans le Correspondant du 10 avril 1906 sous ce titre expressif : la Science de la propagande, M. Eugène Tavernier donne un remarquable exposé de l'organisation du Volksverein. On lira aussi avec fruit une série d'études ubliées dans les Annales de la Jeunesse catholique de mars-mai 1906

F. Hitze, député et professeur à l'Université de Munster, et A. Pieper. Ce dernier a le titre de secrétairegénéral; il réside à Mûnchen-Gladbach et Ton peut dire qu'avec son maître, le professeur Hitze, il est l'âme de la grande Association. Le docteur Pieper n'est pas seulement un organisateur émérite, c'est aussi un orateur de talent et j'ai pu personnellement constater qu'il savait intéresser un auditoire populaire, même à des questions de chiffres.

Les autres membres du conseil directeur appartiennent aux catégories sociales les plus diverses : on y rencontre plusieurs ecclésiastiques, des négociants, des avocats, des journalistes, des notabilités de l'aristocratie terrienne et de très nombreux députés.

Voilà pour le bureau central der Vor stand).

Mais la caractéristique administrative du Volksverein nous paraît être une très opportune décentralisation etjune remarquable simplicité d'agencement.

Qu'on en juge.

Pour chaque diocèse ou pour chaque région1, le bureau choisit [un représentant ^un Diozesanvertreter ou bien un Landesverlreter) qui est avec lui en relations diverses et constantes. Puis ce « représentant » a sous sa direction des « agents » (Geschaftsftihrer), plus spécialement chargés d'un district ou d'une ville. Enfin, au dernier échelon de cette hiérarchie du dévouement à l'Association, se trouvent les « hommes de confiance », les Vertrauensmànner. Ceux-ci, deux ou trois par paroisse, travaillent à recueillir des adhésions nouvelles, reçoivent les cotisations des membres auxquels, en échange, ils remettent les cartes des

\. Suivant les régions de l'Allemagne, le Volksverein a adopté comme cadres territoriaux de son administration, soit les circonscriptions tstiques, soit les circonscriptions politiques.

sociétaires, enfin distribuent les imprimés de propagande et surtout les F lugblatter .

Le rôle de ces « hommes de confiance » est indiqué en détail dans une circulaire qui leur est envoyée par le Diozesanvertreter.

« Vous ferez, dit cette circulaire, passer de maison en maison la liste des membres enrôlés et vous tâcherez par ce moyen de provoquer le plus d'adhésions possible.

« Vous recueillerez les cotisations annuelles (1 fr. 25) que vous transmettrez au Diozesanvertreter .

« Vous remettrez aux membres inscrits les cartes de sociétaires qui leur serviront en même temps de quittance pour la cotisation de Tannée courante.

« Vous distribuerez à tous les adhérents les brochures et autres imprimés que vous transmettra l'agent du district.

« Vous tiendrez ce dernier au courant de tout ce qui se passe d'intéressant autour de vous en ce qui concerne le Volksverein. »

On le voit donc, il suffit d'avoir trouvé dans une localité un ou deux « hommes de confiance » — et le curé de l'endroit peut presque toujours les indiquer — pour que le Volksverein commence à s'implanter dans la région.

Cette organisation est fort ingénieuse. Mgr Kannengieser en fait admirablement ressortir les avantages : « L'homme de confiance, dit-il, n'est pas un chef, un président qui puisse porter ombrage aux autres. Aux yeux des fidèles, il est simplement un chrétien plus fervent, plus zélé, qui a le souci des choses religieuses et sociales. Plusieurs hésiteraient peut-être à entrer dans un cercle ; ils ne refuseront pas leur adhésion à ces représentants de l'Œuvre. Au point de vue de la propagande, il y a là un premier avantage. »

Un second avantage, c'est que cette manière de propermet de commencer dans chaque village par un noyau très modeste. « Dès qu'il est question de créer un cercle, une société avec un président ou un directeur, il faut s'assurer le concours effectif d'un certain nombre de personnes. 11 est assez aisé de racoler une centaine de membres une fois qu'on en a vingt ou vingt-cinq. La difficulté, c'est de réunir un premier groupe, et très souvent les plus énergiques organisateurs se brisent contre cet obstacle initial. Que de localités où Ton entraînerait sans peine le gros delà population, s'il y avait dix hommes pour attacher le grelot! Il en résulte qu'une œuvre qui exige une organisation locale, complète, avec une direction autonome, risque de ne pas s'étendre rapidement. »

Mais le Yolksverein échappe à ce péril : « Aussitôt qu'il a jeté son dévolu sur une province ou sur un district, il peut s'implanter tout de suite sur tous les points du pays. Il suffit qu'il y ait dans chaque localité au moins un ou deux « hommes de confiance ». Or, ces hommes se rencontrent presque partout, puisque, en définitive, il y aura toujours au moins le clergé de la paroisse. Le curé, les vicaires sont les premiers Vertrauensmànner, les auxiliaires-nés de l'Association. De simples fidèles les secondent peu à peu et ainsi le Comité directeur est en mesure d'agir efficacement à la fois sur tous les catholiques d'une région. »

Nous venons d'indiquer l'organisation générale du Volksverein, du moins dans ses grandes lignes. Exa-

minons maintenant à quel degré de développement cette Association est aujourd'hui parvenue.

Pour établir ces progrès, nous n'aurons qu'à prendre les chiffres publiés, chaque année, dans le rapport que la direction du Yolksverein dresse à l'occasion de l'Assemblée générale des Catholiques allemands. Disons, de suite, que l'Association populaire allemande compte maintenant près de 500.000 membres...

Dans son ensemble, le Yolksverein progresse d'une façon continue ; l'accroissement s'était un peu ralenti de 1895 à 1901 : les catholiques allemands jouissaient d'une tranquillité relative qui avait favorisé un certain relâchement. Les progrès du Yolksverein se ressentaient de cette situation : ils furent assez lents à cette époque. On ne dormait pas. sans doute, mais on était en quelque sorte engourdi. « Les catholiques, dit M?rKannengieser, se réveillèrent de cet engourdissement aux cris de guerre poussés contre l'Eglise et la Papauté : Los von Rom! Séparons-nous de Rome! Ce mot d'ordre lancé par le pangermanisme autrichien a pénétré en Allemagne dans ces derniers temps et la Ligue èvangéliquey cette puissante et redoutable association protestante, l'a inscrit en tête de son programme d'action. A certains moments, les passions sectaires flambent comme aux plus beaux jours du Kulturkampf. Il y a eu parmi les protestants une véritable explosion de haine et leur aveuglement est tel qu'aux élections du Reichstag, ils ont préféré donner leurs voix aux socialistes qu'aux candidats du Centre. « Plutôt rouge que noir! » avaient proclamé les chefs du libéralisme. Devant cette prise d'armes injustifiée, les yeux de beaucoup de catholiques se dessillèrent, et ils sentirent la nécessité de s'organiser plus solidement que jamais. Le résultat de ce revirement ne se fit pas attendre. Le Yolksverein dut ouvrir ses rangs

à d" innombrables recrues... » D'ailleurs les chiffres sont là : ils corroborent pleinement ces affirmations. Considérons d'abord les effectifs croissants des adhérents du Volksverein.

En 1891 100.000 membres

En 1893 170.000

En 1896 179.172

En juin 19<)1 185.364

En juin 1!H)2 209.000

En juin 1903 300.000

En juin 1904 410.509

En juin 1905 480.925

Ainsi donc, dans une seule année, de juin 1903 à juin 190 -i. le Volksverein a gagné plus de cent mille adhérents nouveaux. C'est, avec la première année, l'exercice qui, croyons-nous, a été marqué par le plus grand progrès, et ce fait est d'autant plus notable que, Tannée précédente, l'association avait vu ses effectifs augmentés de plus de quatre-vingt-dix mille membres. Le Volksverein semble donc entré dans une période de particulière prospérité.

Après les chiffres globaux, examinons le détail des effectifs du Volksverein pour les diverses parties de l'Empire allemand.

Royaume de l 'russe. .

Province rhénane. .

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