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I. Discours prononcé au Reichstag, le 20 janvier I8'j

-i. Cf. Der Volksverein, 7e livraison. 1899, p. 101. '}. Mais il ne faut pas exagérer l'union du Centre allemand. » <oi ne parfois, dit Mtr.Kunnengieser, qu'autour de Windthorst les

tholiques allemands ne se contentent pas de réfuter doctoralement les thèses socialistes, mais, par les faits, ils démontrent aux gens du peuple que les chrétiens prennent en mains la défense des intérêts matériels des prolétaires : démonstration pratique autrement convaincante que les discours les plus éloquents.

C'est là, à notre avis, une des raisons — la principale, peut-être — du très favorable accueil que les électeurs allemands continuent à faire aux candidats catholiques. Il est de mode parfois d'expliquer les succès de nos frères d'outre-Rhin par leur excellente organisation et leur parfaite discipline. Cette organisation et cette discipline, nous l'admirons à un tel point que nous écrivons ce chapitre à seule fin de les faire connaître. Mais organisation et discipline seraient singulièrement moins puissantes si elles n'étaient au service du programme du catholicisme social. En Allemagne, les adversaires les plus déterminés du Centre ne sauraient l'accuser, avec un semblant de raison, de constituer le « parti des riches » : il est vraiment, en apparence et en réalité, le représentant du peuple catholique allemand. Tel est le secret de sa force.

Mais laissons cette digression et revenons au Volksverein.

A côté de ces tracts ou Flugblàtter qui se distribuent gratuitement et en très grand nombre, à côté

députés catholiques n'avaient qu'un cœur et qu'une âme, et que cette harmonie parfaite a survécu à l'illustre chef. La vérité est qu'aujourd'hui, comme au temps de la « Petite Excellence >. on trouve des germes de division dans le Centre. Opposition de race entre les Allemands du Sud et ceux du Midi, questions économiques, courant démocratique et esprit aristocratique sont autant de causes de divisions. Mais les rivalités de caste, comme les rivalités de personnes, sont inoffensives dans un parti où une discipline sévère enlace tous les membres... C'est le cas du Centre, où l'esprit de corps remplace dans les moments critiques l'union des âmes. ■

de ces feuilles volantes qui pénètrent jusque dans la chambre du dernier des mineurs westphaliens ou dans la demeure du plus pauvre paysan bavarois, l'Association populaire édite des brochures destinées aux « dirigeants », à ceux qui, à un titre quelconque, jouent ou pourraient jouer un rôle utile dans le mouvement catholique : c'est la collection des Soziale Tagesfragen. On y trouve, par exemple, des études sur « les chambres de travail », sur « les conférences sociales dans le clergé » ou bien encore sur « les œuvres de formation populaire ».

Toujours pour les « dirigeants », le Volksverein donne des « Matériaux pour discours » — Matériel fur Reden — à l'intention de ceux qui sont appelés à prendre la parole dans des réunions ouvrières, dans des assemblées de paysans ou dans des séances de l'Association populaire : dans ces petits volumes, il y a un grand nombre de plans d'allocutions, avec les renseignements bibliographiques nécessaires pour le développement du sujet. Ces Material fur Reden rendent de grands services : les orateurs sont moins « creux » et leur éloquence peut ne pas être pure déclamation.

Enfin, s'adressant et envoyé à tous les membres de la ligue, paraît huit fois par an le bulletin de lŒuvre : Der Volksverein, Stimmen aus dem Volksverein fur das Katholische Deutschland. Cette publication n'a pas seulement pour but de tenir les associés au courant de la vie de l'Association, de leur faire connaître ses efforts et ses progrès , mais aussi et surtout « d'être un véritable arsenal où les militants viennent puiser les arguments dirigés contre le socialisme » . Nous avons sous les yeux la collection de ce périodique et nous admirons fort l'habileté pratique qui préside à sa rédaction; à côté d'études théoriques,

claires et écrites pour être comprises de tous les lecteurs, il y a un feuilleton ou plutôt une « nouvelle » dont la portée sociale, pour n'être pas toujours apparente, n'en est pas moins réelle. Nous croyons sans peine que ce Bulletin prête au Yolksverein un puissant concours.

L'organisation de la propagande par la parole écrite est donc admirablement comprise par l'Association populaire allemande. Et cependant cette organisation n'a pas paru suffisante au Comité directeur : elle laissait passer encore à travers mailles bien des catholiques qui jamais, ou presque jamais, ne recevraient de Flugblâtter ou n'en liraient tout au plus qu'un ou deux par hasard.

On voulait exercer une action à la fois plus étendue et plus régulière : les journaux pouvaient seuls remplir cet office.

En Allemagne, la presse confessionnelle est très répandue, très soutenue, et atteint, par suite, un immense public '. Encore un enseignement dont, en certains pays de notre connaissance, on pourrait tirer parti!) A chaque Congrès, des orateurs rappellent aux

1. On se fait en France une idée souvent inexacte de la presse catholique allemande. Ou croit que la supériorité de sa diffusion tient à la supériorité de sa rédaction. C'est une erreur que M8* Kannengieser a rectifiée très impartialement [D'Étapes en étapes, p. r>0 et suiv.) : « ... La presse du Centre, dit-il. est le grand levier qui sert à soulever la masse des électeurs. Elle est admirablement organisée et adaptée à son but. Non que les catholiques possèdent de grands journaux politiques, où la valeur littéraire des articles le dispute à la richesse des informations; sous ce rapport, leurs adversaires leur sont bien supérieurs. Le Berliner Tagblatt. la Frankfurter Zeitung, la Kœlnische Zeitung, pour ne citer que quelques feuilles connues à Paris, sont infiniment au-dessus des journaux du Centre. Ceux-ci sont, en règle générale, médiocrement rédigés, — même les meilleurs ; ils n'ont que des informations de seconde et de troisième main et n'entretiennent point de correspondants à l'étranger. »

Mais, qu'est-ce qui fait dès lors la force de la presse catholique allemande? C'est d'abord l'appui du public. C'est ensuite l'unité de direction de sa politique; « devant l'ennemi, tous les journaux du

catholiques leurs devoirs envers la presse, devoirs que le Centre a résumés dans ce qu'on appelle la formule des trois « iren » :

Aboniren,

lnseriren,

Correspondirent.

S'abonner, première obligation qui concerne toutes les familles catholiques; insérer des annonces, obligation qui regarde particulièrement les commerçants et industriels catholiques ; envoyer des correspondances et des informations, troisième obligation pour tous ceux qui sont à même d'adresser au journal des nouvelles et renseignements utiles. La pratique des trois iren a contribué puissamment à la prospérité des journaux catholiques allemands.

Le Volksverein n'eut donc pas à créer des feuilles quotidiennes ' , mais grâce à une innovation ingénieuse, il sut tirer tout le profit possible des organes déjà existants : il proposa d'envoyer gratuitement tous les

Centre, et il en est plusieurs centaines, suivent la même voie, observent la même consigne, soutiennent les mêmes candidats... Dans chaque circonscription, il y a un seul candidat du Centre, et tous les journaux le soutiennent énergiquement, même ceux qui ne l'aiment pas ». Enfin, un dernier caractère de la presse catholique allemande, c'est d'être très décentralisée : elle est constituée à peu près uniquement par des journaux locaux. « A Berlin, il n'y a, je crois, que deux journaux catholiques; à Munich, il n'y on a guère plus. Excepté la Germania qui est l'organe officiel du Comité central, ces journaux n'ont point d'action au dehors. Chaque ville de province, voire même chaque petite ville, a ses feuilles locales qui font réellement l'opinion. Très rapprochés de leurs lecteurs, ces journaux connaissent mieux leurs besoins, leur manière de sentir, leurs traditions : ils savent mieux quelles susceptibilités sont a ménager, quelles cordes on peut faire vibrer, sur quel terrain il faut se placer pour gagner la confiance des électeurs. Sans doute, ce contact plus immédiat entre le journal et le public ne supprime ni les malentendus, ni les difficultés; mais il en diminue singulièrement le nombre. ■ Nous ajouterons que le clergé soutient avec énergie la presse catholique : beaucoup de journaux sont rédigés par des prêtres et tous comptent des ecclésiastiques parmi leurs correspondants.

1. Le volkswrein soutient des journaux ouvriers chrétiens, parais-

quinze jours, aux périodiques du parti du Centre, une Correspondance sociale*. « Cette correspondance, rédigée par des économistes et des sociologues de premier ordre, est destinée, disait le manifeste, à rendre les plus grands services, particulièrement aux journaux de province. Ces derniers y trouveront de riches matériaux pour leurs articles d'économie sociale et politique. » C'est plus que des « matériaux « qu'ils y ont trouvé, mais bien de sérieuses et claires études qu'ils ont reproduites intégralement. Récemment, à cette Correspondance sociale, le Volksverein a joint une Correspondance d'apologétique.

La presse catholique allemande accueillit très favorablement l'idée. Le rapport présenté au Congrès de Cologne, le 25 août 1903, déclarait que. durant l'année écoulée, ces deux Correspondances avaient été servies à 361 périodiques catholiques. La direction du Volksverein nous a très obligeamment communiqué une trentaine de numéros de cette Katholische sozialpolitische Korrespondenz; là encore-, nous avons constaté le même sens pratique que nous avions remarqué dans la rédaction du Volksverein ou des Soziale Tagenfragen .

Mais toutes ces publications, si nombreuses qu'elles soient, peuvent encore ne pas suffire à ceux qui, soit

sant tous les huit jours, comme la Westdeutêche Arbeiter-Zeilung. Ce journal a commencé la publication d'une intéressante Bibliothèque pour les Travailleurs.

1. En France, M. Lee >q a organisé une Correspondance sociale, qui est appelée à rendre les mêmes services que la Correspondance créée par le Volks\erein.

2. Durant l'exercice 1903, la Sozial-Korrespondenz a publié 280 articles parmi lesquels 6-2 traitaient des questions relatives au travail et aux ouvriers, 34 de questions relatives aux artisans, 44 de questions concernant les paysans; GS étaient des réponses à des attaques socialistes.

Cette même année, VApologetische Korrespondenz a donne 166 articles sur l'Église, les cultes, le clergé, les congrégations; 38 articles répondaient aux attaques des antichrétiens socialistes et 2è> réfutaient les objections de savants hostiles au catholicisme.

dans un cercle d'études, soit pour une conférence populaire, veulent approfondir telle ou telle question économique ou politique. Aussi, le bureau du Volksverein a-t-il organisé à Miïnchen-Gladbach une bibliothèque centrale qui envoie gratuitement à tous les membres de l'association les brochures et les ouvrages sociaux dont ils peuvent avoir besoin. Il serait superflu d'insister sur les services que cette institution rend tous les jours à ceux qui veulent se tenir au courant du mouvement des sciences économiques et politiques.

Le Volksverein compte à son actif deux autres institutions d'une haute portée : ce sont les Cours pratiques sociaux et les Cours d'économie politique.

Nous avons parlr plus haut^ des Cours pratiques sociaux qui sont les plus anciens en date et qui permettent aux chrétiens de bonne volonté de s'instruire assez facilement des questions et institutions sociales. Nous n'y reviendrons pas.

Mais les Cours pratiques sociaux ne convenaient guère qu'aux membres du clergé et aux bourgeois. Le bureau du Volksverein ne pouvait oublier les ouvriers qui, eux aussi, réclamaient un enseignement social.

Toutefois cet enseignement devait être organisé un peu différemment de celui destiné aux « intellectuels » : sa durée devait être plus longue et son programme quelque peu modifié.

M. le docteur Pieper résolut avec habileté toutes les difficultés : il institua en 1901 à Miinchen-Gladbach un cours annuel d'économie politique qui dure deux mois

\. Cf. page 17« et suiv.

et demi ' et qui est suivi par une quarantaine d'auditeurs ouvriers , venus de tous les points de l'Allemagne.

En général, ce sont les associations de travailleurs qui délèguent à Miinchen-Gladbach quelques-uns de leurs membres et qui se chargent en même temps de leur entretien. « Pour ces « privilégiés », remarque Mgr Kannengieser 2. c'est parfois un sacrifice assez dur, puisque cette absence de deux mois et demi leur coûte souvent leur place. Mais, en revanche, grâce à l'instruction qu'ils acquièrent, ils ne tardent pas à retrouver une situation analogue ou supérieure à celle qu'ils ont perdue; c'est parmi eux que les chefs d'industrie avisés cherchent et trouvent d'excellents contremaîtres. Dans les cercles ouvriers mêmes, dans les syndicats professionnels, dans les secrétariats ouvriers ils deviennent de précieux auxiliaires. Souvent leur autorité est telle qu'ils se mettent à la tête de ces œuvres populaires et le jour viendra où le suffrage universel choisira ses représentants parlementaires dans leurs rangs. Le cows d'économie politique sera ainsi une véritable pépinière de députés catholiques sortis du peuple, de même que le cours de sociologie forme les futurs députés issus de la bourgeoisie. Par cette double école, le Yolksverein, qui groupe les électeurs catholiques, prépare en même temps les futurs élus. »

Nous venons de voir jusqu'ici le Volksverein, répandant à travers l'Allemagne des milliers de tracts et de brochures, pénétrant de ses doctrines la presse catholique tout entière, organisant un haut enseignement social et tenant des réunions publiques un peu partout, jusque dans les plus petites paroisses rurales.

1. Durant deux mois, les professeurs s'occupent exclusivement des problèmes économiques et sociaux; les deux dernières semaines sont consacrées aux questions apologétiques.

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