PHYSIQUE, CHIMIE
RADIUM ET RADIOACTIVITÉ
C'est bien le plus curieux métal du monde, presque le plus invraisemblable, que le radium., découvert récemment par M. :et Mme Xllurie : il est cousin-germain scientifique du poloaium et xle l'actinium, découverts simultanément par M. Debierne,
Ces <>orps^xtfaordirfâires possèdent la propriété de fabriquer en quelque sorte de rélectricité (ce qui montre bien que rélectricité est une lorme de la vibration), de provoquer â distance des actions chimiques, d'impressionner les plaquas photographiques : ils émettent spontanément des rayons anaiogues à ceux produits par l'ampoule de Crookes, organe primordial des appareils à rayons X du professeur Rœntgen.
JVous n'en ferons pas ici l'historique : ces découvertes datent de trois ans à peine, et il faudrfi^it déjà, pour les traiter, leur consacra un volume.
Rappelons seulement qu'il convient d'être armé d'une certaine patience pour fabriquer, par exemple, le radium. Oti l'extrait, en effet, des résidus de minerai d'urane, provenant des miâftes de Joachimsthal, en Bohême. Pour tirer trois cents grammes de radium de mille kilQgrammes de résîdus, il faut mettre en œuvre six mille Mlograimnes de produits ^chimique6 ^ cinquante miJile Jitres d'js&xx de layage^
Aussi, le prix de revient du radium est-il fabuleusement élevé. Peut-être trouvera-t-on moyen, par la suite, de l'obtenir plus économiquement ; alors, on lui fera faire toutes sortes d'étranges besognes.
Car voici quelques-unes des choses que fait déjà le radium :
11 a des propriétés intenses de luminosité et de fluorescence sur le sulfure de zinc. Mais, de plus, il pratique de la « radioactivité induite», l'émanation, sur divers corps, notamment sur le zinc, l'aluminiam, le plomb, et bien d'autres.
Cette induction consiste en ceci. Il charge ou décharge le corps d'électricité, en les soumettant, autant qu'on peut le supposer, à un bombardement moléculaire : ils sont alors i( activés » et ne se comportent plus du tout comme dans leur état naturel : le verre, l'alun, le caoutchouc, le celluloïd, n'échappent pas à cette radioactivation.
On se demande , avec curiosité et inquiétude , si le radium et ses similaires ne seraient pas capables de modifier « le poids » des corps et de causer certains phénomènes, tels par exemple que ceux attribués à la fameuse « gravitation universelle ».
Car, il y quelques années, un savant, M. Landolt, avait remarqué que certaines réactions physiques ou chimiques s'accomplissent, dans quelques cas, avec une variation de poids supérieure à ce que l'on peut supposer être des erreurs matérielles d'expériences. Ainsi, vous dissolvez un certain poids de sel chimique dans un certain poids d'acide : la dissolution obtenue pèse plus ou moins que le total des poids de Tacide et du sel ! Vous distillez, vous recueillez le sel desséché, il a son poids primitif ; vous recueillez l'acide, il a son poids de début ! Cette observation est éminemment troublante. Un autre savant, M. Heydweiller, qui a contrôlé les expériences de Lan-
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doit, les a confirmées. La conclusion paraît être que ces variations de poids sont dues à la radioactivité, et qu il convient d'admettre une « énergie potentielle de gravitation » ; ce sera un rude coup porté à de bien anciennes théories.
Mais c'est pour le moment surtout au point de vue physiologique, à ce qui touche à Texistence, « à la vie », que le radium nous fait quelques récentes surprises.
Des traces de ce métal sont placées dans un tube de verre ; on pose le tube sur le bras d'un sujet, on ly laisse quelques heures : il en résulte une très grave brûlure fort difficile à guérir et à cicatriser.
Par contre, à « l'activité de quinze millièmes », le radium est guérisseur. On dit qu'il guérit notamment Tinguérissable « lupus », cet horrible chancre, lequel ronge la face des infortunés qui en sont atteints et les transforme tout vivants en squelettes. Le docteur Danlos, de rhôpital Saint-Louis, à Paris, les docteurs Roux, de l'Institut Pasteur, et Danisz, suivent cette application avec des espérances dont il faut ardemment souhaiter la réalisation.
Continuons ! Le radium tue en vingt-quatre heures les larves du papillon des farines, et, dans un temps à peu près égal, le microbe de l'impitoyable infection nommée « le charbon ».
Mais ne l'appliquons pas imprudemment aux graines et aux semences ! Il semble qu'il détruit leur pouvoir germinatif.
On a mis un tube contenant du radium dans un bocal contenant des têtards de grenouilles. La croissance des petits animaux devient tout aussitôt anormale et leur évolution est troublée : la tête semble se séparer du corps par un cou analogue au cou humain et que ne connurent jamais les anciens têtards. Encore une sorte d'action vitale étrange !
6 ACrVALir^:^ SCIENTIFPO'tES
fTnfiiî, Factiotr an raditrm mir les litjHkfes rélri^ci^ts de l'œil hanram, qirr sorrt rencfus fFirorescents, donne Timpression dTune Itretrr. Avec des seh de radiu^m très actifs, cette action se produit, ttotï smiïement par application sur la tempe, ou sur le front, mais encore à travers la paroi d'une boîte en bois, ef elle ne dotP pas être [>rolongée longtemps car elle potrrrait ana^ner la paralysie do- nerf optique. Mais, c'est là une qnestion de « dose » : Qui sait, avec rétOTinaTite lame pliiïosopMque k deux tranchants de ce pi'odigietrx métal . si Ton n'arrivera pas aussi à rendre la vue aux nombreux aveugles lesquete, sansavotr perdu l'œil, ou même, ayant srmplement perdu son outillage optique, ont simplement le nerf optique paralysé?
Les perspectives ouvertes par les recherebes et tes expériences de M. et Mme Curie et de M. Debierwe sont infinies. Leurs auteurs les continuenf ef les élèves cpf'it» font y apporteront sarrs doute de nouveaux aperçue.
PRODIGIEUSES STNTBÈSES
La Chimie est ea passe de réaliser les grands progrès annoncés par les savants. La synthèse chimique est victorieuse, et les conséquences de celte victoire sont formidables. Il faudrait, en tous cas^ être comme l'autruche qui se cache la tête dans un buisson en présence du danger, si Ton affectait de méconnaître ce que les découvertes récentes» dont nous allons parler, peuvent apporter de modifications profondes dans l'agriculture, Tindustrie, et le fonctionnement général de l'Humanité.
Expliquons-nous. La synthèse chimique c'est la production au moyen de combinaisons chimiques des produits que l'œuvre de la nature pouvait seule fournir précédemment. Or, la synthèse permet désormais d'obtenir le principe sucré sous la forme de saccharine, l'alcool sous forme de véritable alcool.
On est parvenu aussi , paraît-il, à fixer Tazote de l'air atmosphérique. Ce ne sont plus des projets : ce sont des résultats effectifs avec lesquels il faut compter.
La saccharine est un dérivé chimique compliqué» mais aisé à préparer» du toluène extrait lui-même du goudron de houille. Les petits cristaux blancs» peu solubles dans l'eau froide» très solubles dans l'eau bouillante» assez solubles dans l'alcool , ont un pouvoir sucrant « trois ((lI fois » gufëiicur à celui du sucre de canne ou de
betterave. La législation française en interdit l'emploi. Mais pourra-t-elle l'interdire longtemps et logiquement ? Il semble que non, puisque la saccharine se fabrique et se consomme largement hors de France.
A la Conférence internationale sur le régime des sucres qui vient de se tenir à Bruxelles, les délégués ont constaté ceci :
La production de saccharine et de sucres chimiques artificiels analogues a quintuplé en Allemagne de 1895 à 1900, en cinq ans ! Elle atteint actuellement « cent soixantedix mille kilogrammes » par an, correspondant à « soixantedix millions de kilogrammes » de sucre par an.
Les prévisions prochaines, pour l'Europe, sont une consommation de saccharine annuelle de « deux cent cinquante mille kilogrammes », lesquels enlèveraient « cent vingt-cinq millions de kilogrammes » de sucre à la consommation, et diminueraient de cinquante millions de francs le rendement des droits sur le sucre.
Cela n'est pas rassurant pour la betterave et pour la canne à sucre, on en conviendra.
Mais, dira-t-on, au lieu de faire du sucre avec la betterave et la canne, on fera de l'alcool, et Tagriculture retrouvera son compte ? 11 est à craindre que non.
Car, avec de la chaux et du charbon, on est parvenu à fabriquer le. carbure de calcium qui, mouillé d'eau, donne, tout le monde le sait, des flots de gaz acétylène. Ce gaz traité à chaud en présence de l'hydrogène donne l'éthylène, lequel traité par l'acide sulfurique fournit l'acide sulfovinique, qui, saponifié, fournit l'alcool ordinaire.
C'est une fabrication normale et complète : Talcool obtenu est bien de l'alcool, dont le prix de revient ne dépend plus que de celui du carbure de calcium.
Or, l'utilisation de la puissance des chutes d*eau et du courant des fleuves fera tomber le prix de revient du car-