VIEUX PAPIERS
apte au microbe sera demiin p3iit-ôtro celui qui eût victorieusement résisté aujourd'hui. Il convient donc, avec une prudence qui n'est jamais exagérée, d'éviter autant qu'on le peut les conditions de contamination.
D'ailleurs, l'emploi des vieux papiers pour le pliage des substances alimentaires, des comestibles, est une chose tout d'abord malpropre avant de devenir dangereuse. Ainsi que le constate M. Georges Hyvert, il y a trois degrés dans le progrès de la civilisation: pas de papier du tout, des vieux papiers sales, du papier propre.
Plus heureux que beaucoup de philanthropes, cependant convaincus, l'auteur de cette thèse a presque gagné sa cause. Tous les Conseils d'hygiène l'ont approuvé, encouragé, et les préfets de tous nos départements, — sauf le département de la Seine, — ont interdit l'usage des vieux papiers pour l'enveloppement des denrées.
Pourquoi donc y insister ainsi nous dira-ton? C'est qu'en pareille matière, il y a de nouvelles habitudes à contracter et qui vont à l'encontre d'habitudes de malproj)reté invétérées. Il ne suffît donc pas de donner de bons conseils ou de prendre de sages arrêtés : il faut tenir la main avec persistance à ce que ces arrêtés soient respectés. Cela fait bien quelques mécontents au début ; mais, comme il s'agit là de la salubrité générale, le public se doit à luimême d'exiger, dans toutes les petites circonstances de l'existence, la mise en pratique stricte de la prohibition.
Une autre objection se présente. L'emploi de papier neuf pour le pliage occasionnera, d'après les statistiques, un supplément de dépense annuel relativement élevé. Sans doute, mais ce genre de papier, sur lequel on n'a pas à écrire, peut et doit être tout simplement du papier de paille fournissant à l'agriculture un important débouché. On reprendrait donc, en quelque sorte, d'une main patriotique, ce que Ton aurait donné de l'autre main.
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M. Georges Hyvert a fourni quelques chiffres bieii curieux. Ainsi, il entrait encore tout récemment, dans le pliage, dix millions de kilogrammes d'imprimés français et quatre millions de kilogrammes de papier d'écolîers, salis, encrassés, et couverts de salive. Cela n'est déjà pas très ragoûtant. Mais il faut y ajouter encore six millions de kilogrammes de vieux papiers qui traversent nos frontières sous diverses dénominations et qui viennent à la rescousse. C'est une véritable importation des maladies contagieuses dont on ne se doutait guère en dehors du monde des spécialistes eïi matière de papier.
Que fera-t-on, par la suite, de la masse considérable de vieux papiers inutilisés pour le pliage des substances alimentaires ? Tout d'abord, une certaine partie en rentrera, comme cela se produit déjà, dans la fabrication du papier neuf de diverses qualités. Puis, il s'est fondé des industries annexes de la papeterie, lesquelles utilisent ingénieusement la cellulose du papier pour de multitudes applications.
On fait, en carton moulé, des tuiles, des ardoises, des roues de wagon, des chaussures, des fers à cheval, des allumettes en papier, des sortes de tapis et du papier-pièrre lithographique.
Les celluloses nitriques, c'est-à-dire la cellulose traitée par l'acide nitrique, fournissent la tonitruante série du coton-poudre et des poudres sans fumée, et aussi le celluloïd, le pégamoïd, et toutes sortes d'objets de tabletterie.
La viscose, autre sous- produit, est employée dans le collage des papiers, le couchage, le gaufrage, l'apprêt, l'impression des tissus, le viscoïd et les peintures spéciales dont se sert la marine.
Enfin, il y a d'utiles applications, encore insuffisamment vulgarisées, pour la garniture des joints de planchers et la confection des calorifuges.
VIEUX PAPIERS è4â
On voit que les vieux papiers, désormais exclus du pliage, trouveront à se faire utiliser sans danger pour la santé publique et en rendant, au contraire, des services appréciables et variés.
Il convient donc de se rallier aux conclusions de M. Georges Hyvert, lequel, après avoir persuadé les Conseils d'hygiène et les préfets, demande instamment le concours des maires de France chargés d'organiser la police sanitaire. Ces conclusions sont les suivantes :
« L'insalubrité des vieux papiers de pliage est un fait acquis. Les meilleures mesures prophylactiques ne peuvent rien contre les dangers de leur emploi. Donc, une seule solution, reconnue pratique, s'impose : c'est l'interdiction absolue de l'emploi des vieux papiers dans le pliage des substances alimentaires. Souhaitons que, d'un commun accord, cette interdiction soit acceptée dans un esprit d'hygiène et de progrès, en même temps que de salubrité générale. »